‹ Traité historique et pratique de la syphilis [electronic resource]Chapitre 97 sur 107 · DES AFFECTIONS SUPPOSÉES SYPHILITIQUES CHEZ LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DES AFFECTIONS SUPPOSÉES SYPHILITIQUES CHEZ LES ANIMAUX

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Savoir si la syphilis est une maladie exclusive à l'espèce humaine est une question qui (^epuis longtemps fixe l'attention des observateurs, et qui, à mon sens, a sa place marquée dans cet ouvrage. Cette question a un double point de vue : d'abord, existe-t-il dans certaines espèces animales (1) une maladie comparable ou identique à la syphilis de l'homme ; la syphilis, enfin, est-elle transmissible aux animaux?

L'observation nous apprend qu'il y a chez le cheval des affections

(1) Bien que ce soit un hors-d'œuvre, je rappellerai ici, uniquement pour la curiosité du fait, que l'un des plus anciens sypliiiographes, Ruiz Diaz de Isla, fait mention de la syphilis des choux. « A Baiza, mon pays, dit-il, j'ai observé des choux -atteints de syphilis. Celte maladie leur est communiquée par les eaux stagnantes, dans lesquelles a été lavé le linge des vénériens, et dont on s'est ensuite servi pour les arroser. Les excroissances de ces plantes ressemblent à tel point aux pustules du mal français, que les enfants les coupent avec des ciseaux et les collent sur leur visage pour simuler la maladie. Du reste, les autres plantes potagères soutirent aussi de la maladie, non moins qu'un grand nombre d'animaux. »

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des organes génitaux iransmissibles, comme chez l'homme, par l'acte génital ; et, chose curieuse, à côté de certaines formes qui infectent l'économie et dans lesquelles la maladie se généralise à la façon de la syphilis, il en est d'autres qui n'apportent jamais chez l'individu qu'un simple trouble local (1). Ici reparait par conséquent la doctrine dualiste. En Allemagne, Rodloff admet, à cet égard, deux maladies distinctes : l'une qui n'est qu'un exanthème sans gravité, ne s'étend pas ordinairement au delà des organes externes de la génération; l'autre qui représente une affection maligne et qui mérite seule le titre de maladie du coït.

Toutefois, de même que les médecins, les vétérinaires ne sont pas d'accord sur la nature de ces maladies. Contrairement à Rodloff, Hertwig (2) est d'avis qu'il n'y a qu'une seule maladie du coït, et qu'elle présente deux formes, l'une bénigne et l'autre maligne. Caractérisée à son début par l'apparition, sur les parties génitales externes, d'ampoules, d'ulcérations, de taches, etc., cette maladie peut ou s'arrêter d'elle-même ou se compliquer de troubles généraux et de phénomènes nerveux et être transmise sous l'une ou l'autre de ces deux formes.

La maladie du coït règne en Russie et en Prusse depuis la fin du siècle dernier. Observée en 1796 et 1799 dans le district de Trackhène, elle y persista jusqu'en 1801. En 1815, on la vit apparaître à Witthowo, près Ramberg; elle se montra de 1816 à 1820 dans le Hanovre; en 1817 et 1818 en Lithuanie.

On la trouvait en 1821 dans diverses parties de l'Allemagne du nord, en 1826 en Silésie, de 1827 à 1830 en Rohême et dans le canton de Rerne. Elle fut observée pour la première fois en France, dans le cours de l'année 1830, par Lautour (3), qui la décrivit sous le nom de maladie contagieuse des organes génitaux de l'étalon et de la jument. En 1840, elle fit invasion dans la Poméranie, et c'est alors qu'elle fut

(1) Ces mêmes affections paraîtraient se rencontrer aussi dans l'espèce bovine. Toutes les vaches que couvrit un taureau sur le pénis duquel était un condylome de la grosseur d'une noisette furent prises d'un écoulement muqueux qui dura plusieurs semaines et exigea quelquefois l'emploi d'injections astringentes {Archiv. de méd., 18iO, p. 358).

(i) Voyez Maladie de l'étalon, dans Magasin de médecine vétérinaire, 1842, traduit par Baldenweck. Analysé par Delafond, Recueil de méd. ve'iér., 1852, p. 897.

3) Voyez Becueil de méd, vétérinaire, 183i, p. IIS; Journal théoriqueet pratique. 1832, p. 258.

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observée par Rodloff, inspecteur des haras de Posen (I). Vers la même époque, elle régnait en France, où elle était décrite par Dayot sous le nom d'eczéma contagieux (2). Balardini l'a observée dans le royaume Lombard-Vénitien (3). Tandis que l'Angleterre a été jusqu'ici préservée de celte maladie, le nord de l'Afrique en a depuis longtemps subi les atteintes. La maladie du coït a été observée par Signol (A) dans la province de Gonstantine,et le général Daumas l'a vue sévir sur les chevaux arabes dans cette même province, où les indigènes la désignent sous le nom d'el dourine (5). Fixée depuis l'année 1851 dans le département des Hautes-Pyrénées, cette maladie a été l'objet de recherches et d'expériences intéressantes de la part des vétérinaires de l'école de Toulouse. Prince et Lafosse (6) en ont fait une étude approfondie, du moins en ce qui concerne la contagion. Nous allons parler successivement de ses deux formes, l'exanthème coïtal et la maladie du coït proprement dite.

A son début l'cxanlhcme coïtal se monlre chez l'étalon sous forme d'un œdème plus ou moins prononcé, affectant le pénis et le fourreau de la verge de façon à déterminer parfois un paraphiraosis. Au bout de quelques jours, l'œdème diminue, et vers la fin du premier septénaire apparaissent des phlyctènes sur les faces latérales et inférieure de la verge ou sur le gland. Au troisième jour, engéuéral, ces phlyctènes se dessèchent; mais parfois elles laissent à leur suite des ulcérations entourées d'une auréole rouge, et dont les bords sont tantôt lisses et unis, tantôt déchiquetés et rugueux, le fond blanchâtre ou lardacé. Ces ulcérations, qui n'intéressent jamais qu'une partie de la peau, se ferment au bout de six à huit jours, laissant à leur suite une cicatrice blanche et lisse. Les symptômes généraux, tels que fièvre, perle d'appétit, etc., sont à peine sensibles; l'érection et le coït sont douloureux. Un ou deux jours après l'accouplement, on remarque chez la jument de l'inquiétude et un certain degré d'agitation. La

(1) Voyez Recueil de méd. vétérinaire, 1855, p. 241.

(2) Mém. de la Société imp. et centr. d'agriculture, 1847-1818. — Recueil de méd. vélér., 1850, ji. 92.

(3) Ohs. de syphilis chez les chevaux. Gazetta medica Lombarda, 1849.

(4) Voyez Comptes rendus de la Société imp. et centr. de méd. vélér., 1853, Recueil de méd. vélér., 1854, p. 127.

(5) Voyez Recueil de méd.vétér., 1855, ilG, et Comptes rendus de fa Société imp. et centr. de méd. vétérinaire.

C) Voyez Journal des vétérinaires du Midi, 1853, p. 145; 1855, p. 1; ISCO, noumbre et dccembre.

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vulve se tuméfie en totalité ou en partie ; du vagin et de la face externe des grandes lèvres s'écoule un liquide visqueux et blanchâtre, puis survient un gonflement œdémateux qui occupe le périnée et descend jusqu'aux mamelles. Vers le troisième ou le quatrième jour apparaissent sur les parties sexuelles des saillies jaunâli'es ou des ampoules contenant une sérosité âcre, lésions qui se terminent enfin par des cicatrices blanches. Quelques soins de propreté suffisent, en général, pour amener la gùérison de cette affection tout à fait distincte de la maladie du coït, mais qu'il est jusqu'à un certain point possible de comparer aux lésions locales des parties génitales de l'homme.

La maladie du coït procède, comme l'exanthème coïtal, par des déterminations locales qu'il est possible de rapprocher des indurations spécifiques de la syphilis. Le fourreau du cheval et quelquefois le scrotum sont tuméfiés, chauds et douloureux. La muqueuse urétrale gonflée met obstacle à la miction, et l'urine est retenue dans la vessie. On observe enfin les vésicules de l'exanthème coïtal ou de légères érosions. Chez la jument, l'œdème qui se montre au périnée et à l'abdomen se transforme en une induration lardacée qui disparaît bientôt. Un liquide jaune et blanchâtre s'écoule de la vulve; plus tard, la muqueuse se tuméfie et prend une teinte grise ou marbrée ; le clitoris se boursoufle et la matière sécrétée se colore en jaune verdâtre. De petites vésicules apparaissent enfin sur les muqueuses, et Herlwig dit avoir observé deux fois des ulcères arrondis intéressant toute l'épaisseur de la muqueuse vaginale.

A ces accidents purement locaux et comparables à l'accident primitif de la syphilis succèdent des symptômes d'un autre ordre, symptômes secondaires qui marquent l'infection générale de l'organisme. C'est quatre ou six semaines environ à partir du début de la maladie que surviennentces nouveaux accidents. Le poil se hérisse, la peau exhale une mauvaise odeur et le regard perd son éclat; puis des tumeurs cutanées, ayant leur siège dans l'épaisseur du derme, se montrent d'abord sur la croupe et s'étendent aux régions costales, à l'encolure et aux cuisses; elles sont semblables aux bosselures produites par les piqûres d'insectes, affectent une forme circulaire circonscrite par un rebord bien dessiné, et ont un diamètre qui varie de 1 à 3 centimètres. Contrairement aux autres observateurs, Hertwig prétend qu'il s'échappe parfois du centre de ces plaques une sérosité jaunâtre,

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agglutinaiiL les poils (Voy. /b-c/i. mcd., loc. cit.). Il est à remarquer qu'il s'agit ici de plaques cutanées, et non de tumeurs sous-dermiques ainsi que cela s'observe dans les affections farcino-morveuses; du reste, absence de cordons lymphatiques et des abcès multiples propres au farcin.

Les muqueuses peuvent prendre part à l'affection ; celles du nez, des bronches ou même des yeux, peuvent être injectées dès le début du mal ; les ganglions inguinaux et sous-glossiens sont parfois tuméfiés et indurés. Plus tard apparaissent des manifestations nouvelles, arthrites, paralysies du mouvement, atrophies partielles ou générales, éruptions de boutons érythémateux ou pseudo-farcineux ; et enfin, comme phénomènes exceptionnels, on peut constater encore la luxation coxo-fémorale et des fractures spontanées (Lafosse). Le train postérieur est le siège assez habituel de paralysies, lesquelles se lient en général à une affection médullaire jusqu'ici mal déterminée. Cette maladie a une durée qui varie entre deux mois et trois ans, sa guérison est rare, et les animaux succombent pour la plupart à un marasme hideux. Elle sévit deux ou trois années de suite dans une localité, et la quitte d'ordinaire après ce terme pour reparaître dans des lieux plus ou moins distants.

La maladie du coït est contagieuse ; c'est un fait sur lequel s'accordent presque tous les vétérinaires, et qui est aujourd'hui hors de doute depuis les expériences démonstratives pratiquées à Toulouse. Cette contagion toutefois n'est pas absolue. Quinze juments parfaitement saines furent livrées à des étalons atteints de la maladie du coït et provenant du dépôt de Tarbes. Sur ce nombre, cinq ont offert à un faible degré les symptômes de la maladie et en ont guéri spontanément; cinq ont été gravement affectées, une seule a guéri, les quatre autres ont succombé. Des deux étalons ayant sailli les juments malades, l'un est mort de la maladie du coït, l'autre n'a présenté que des symptômes peu sérieux. Ces faits peuvent évidemment se passer de commentaires. Cependant il paraît que la contagion par inoculation se fait difficilement ; beaucoup d'expérimentateurs, et Lalosse est du nombre, n'ont point réussi à inoculer la maladie par piqûre, ni môme par frictions sur les parties génitales. Ilerlwig avance pourtant qu'il est quelquefois parvenu à transmettre le mal au moyen de la friction faite dans le vagin avec la matière virulente.

Telle est, dans l'espèce animale, cette maladie qui présente avec

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