SYPHILIS CDEZ LES ANIMAUX
la syphilis une analogie assez grande pour que certains observateurs aient pensé qu'elle pouvait en dériver. L'opinion qui consiste à reconnaître une liaison causale entre les deux maladies n'est pas, il faut le dire, généralement acceptée. La plupart des vétérinaires regardent la maladie du coït comme entièrement distincte de la syphilis. Lal'osse, qui partage cet avis, base son opinion sur ce que personne n'a encore signalé dans la maladie du coït les ulcères rongeants, les chancres indurés des parties sexuelles, les bubons cervicaux et axillaires, les pustules humides de la marge de l'anus, les périostoses, les exostoses, etc. Ces considérations ne sont pas sans valeur, et je pense, avec le professeur de Toulouse, qu'il est seulement possible d'établir un rapprochement entre les maladies en question. Cependant, un fait raconté dernièrement par le professeur H. Bouley (1), tendrait à faire supposer que le doury (maladie du coït) pourrait, peutêtre bien quelquefois, provenir de la syphilis humaine. Un individu, cédant à une opinion vulgaire et désireux de se guérir d'une affection syphilitique de la verge, introduisit cet organe dans le vagin d'une ânesse qui, plus tard, communiqua la maladie du coït à un baudet, lequel la donna, à son tour, à d'autres femelles. Disons pourtant que, malgré ce fait, M. Bouley ne croit pas à l'identité de la maladie du coït avec la syphilis.
Au résumé, il existe chez les animaux, et particulièrement dans les espèces chevaline et asine (2), une maladie transmissible par l'acte sexuel ; mais, malgré de nombreux points de contact, cette maladie diffère de la syphilis de l'homme. Il n'est pas prouvé, d'ailleurs, que la syphilis puisse se transmettre de l'espèce humaine aux espèces animales.
Contrairement à Van Helmont, dont nous avons déjà fait connaître les opinions sur l'origine première de la syphilis, Hunter (3) soutenait
(1) Bullet. de V Académie de médecine, n» du 20 septembre (1864).
(2) Voyez : Vital, Gaz. méd. de l'Algérie, 18G3. — P, Garnier, Union médicale même année.
(3) Hunter, Traité de la maladie vénérienne, traduit par G. Richelot, Paris, 1859. Boerhaave {Traité de la maladie vénér., trad. fr., Paris, 1753) raconte, d'après les Éphémérides des curieux de la nature, qu'un chien périt sur-le-champ pour avoir avalé la salive d'une personne traitée de la syphilis. — Swediaur [Traité des malad. syphil., Paris, 1801, p. 7) dit avoir vu des chiens affectés de gonorrhée et d'ulcères à la verge, comme aussi des étalons ; mais rien ne prouvait qu'il s'agissait Lien d'accidents syphilitiques. — D'après des expériences qu'il a faites, TurnbuU dit
Lancereaux. 4 9
770 APPENDICE
que le virus syphilitique avait pris naissance dans l'espèce humaine, et qu'on ne connaissait aucun autre animal que l'homme qui pût en être infecté. Turnbull, Babington, Ricord, de Gasteinau (1) et d'autres observateurs ont en vain cherché à inoculer la syphilis aux animaux. La question semblait définitivement jugée, lorsque, en 1844, Auzias- Turenne parvint à transmettre à un jeune singe jusqu'à dix ou douze chancres parfaitement caractérisés (2).
Notons ce fait et remarquons que le nombre de chancres inoculés n'indique en aucune façon qu'il y ait eu, dans ce fait, transmission de la syphilis constitutionnelle. Des expériences tentées en 4845 par Gullerier (3) l'ont conduit à reconnaître que la syphilis ne pouvait être communiquée aux animaux. Auzias-Turenne toutefois ne se tint pas pour battu. Il fallait chercher si les prétendus accidents transmis de l'homme au singe étaient susceptibles de se greffer de nouveau sur l'homme. Or, en 1850, Robert de Weltz (4) tenta l'expérience sur luimême avec le pus provenant d'un accident développé sur un singe et sur un chat à la suite de l'inoculation d'un chanci'e humain. Il se fit quatre inoculations sur les bras, et il obtint des chancres qui se développèrent pendant quelques jours et furent ensuite cautérisés. L'année suivante, Diday (5) inocula également avec succès, sur l'homme, le pus provenant d'un chancre existant sur un chat; les résultats de ces inoculations furent des chancres mous. Depuis lors, plusieurs expérimentateurs ont en vain essayé l'inoculation de la syphilis aux animaux, ils ne sont parvenus à déterminer chez eux que des accidents locaux. Melchior Robert, ayant entrepris des expériences à ce sujet, n'a jamais obtenu de manifestations constitutionnelles. Maunoury (6), en introque ni les chiens ni les lapins ne sont susceptibles d'être affectés du virus syphilitique par inoculation.
(1) De Castelnau, Recherche.'! sur l'inoculation, Paris, 1841, p. 479.
(2) Communications à l'Académie des sciences et à l'Académie de médecine, voy. Bulletin de l'Académie de médecine, Paris, 1844, t. X, p. 212.
(3) Archives générales de méd.^'i" série, t. VIII, p. 54, 1845. — Jules Davasse, Nouvelles expériences sur l'inoculation de la syphilis aux animaux (Gaz. des hôpitaux, G mars 1845).
(4) Ricord, Lettres XV et XVI, dans : Lettres sur la syphilis, et Union méd. 1850. — Robert de WeWz, Deux réponses à deux lettres de M. Ricord, etc. Paris, 1850. — Voyez en outre: Gaz. méd., 1850, p. 544. — Auzias-Turenne, ihid., p. 841.
(5) Gaz. méd. de Paris, 1851, p. 809.
(G) Gaz. hebd., 1855, p. 548.