II. Apoplexies saMS ou aToe exsadatlons. — LcS hémorrhagies
rétiniennes qui se développent sous l'influence des maladies du cœur sont habituellement monoculaires et se présentent sous des formes très variées. Elles forment rarement des taches isolées; le plus souvent on a affaire à cette forme d'hémorrhagie, qu'on a appelée hémorrhagie capillaire^ caractérisée par la présence d'une multitude de petits foyers hémorrhagiques restant parfaitement isolés les uns des autres, et que Follin appelait sablé hémorrhagique ; ou bien on voit des taches sanguines se réunir ensemble pour former des foyers plus ou moins grands.
Souvent on voit ces hémorrhagies se grouper autour d'un vaisseau principal, à une petite distance de la papille, et si c'est autour d'une artère que ces hémorrhagies sont distribuées, l'artère se trouve alors rompue, la circulation dans sa portion périphérique est abolie, d'où il résulte naturellement une perte du champ visuel dans la partie correspondant aux hémorrhagies. La figure 6 de la planche III représente cette variété d'apoplexies rétiniennes, que nous avons observée avec le docteur Peter, sur la personne d'un confrère venu de province pour nous consulter, et qui était atteint d'une insuffisance mitrale.
Dans d'autres cas, la rupture des vaisseaux s'étend & un nombre beaucoup plus grand des vaisseaux, et alors la rétine est recouverte de taches rouges très nombreuses, et qui se
trouvent éparpillées toul aussi bien le long des artères que des veines.
Il est trfes difficile de faire alors la distinction entre les apoplexies artérielles et les apoplexies veineuses, leur coloration étant presque toujours la méuae. Mais on aura une grande présomption do rcxislencc d'hémorrhagics artérielles, si la pulsation artérielle ne peut pas être obtenue dans l'artère correspondante à i'hémorrliagie. D'aulre part, on trouve presque toujours, au voisinage des taches hémorrtiagiqucs artérielles, des arlî'res complètement exsangues.
Au milieu des foyers hémorrhagiques, on trouve généralement des taclies blanches exsudalives plus ou moins nombreuses, et qui sont consécutives à la transformation que subit le sang épanché. Quelquefois même, les hémorrliagtes disparaissent, et les taches exsudatives restent seules sur la rétine, comme cela a eu lieu chez une malade de M. le docteur Noël Guéneau de Mussy, que nous avons vue à l'ophlbalmoscope {voy. figure 4 de la planche III).
Les hémorrhagies rétiniennes, qui sont consécutives aux alTections cardiaques, sont généralement 1res longues à se dissiper, et si elles attaquent la région de la macula, la vision centrale dans ces cas ne revient que d'une manière incomplète. U faut ajouler aussi que l'œil qui a subi une fois cette atteinte est prédisposé à des rechutes.
III. F.mbDilrN de l'arUre centrale. — LaCHIieC ri Bouillaud (1)
ont démonifé h'S premiers que dans les alToctions du creur il exisie un certain nombre de lésions qui ne sont que passagères. Ce sont notamment des végétations pohjpi formes, de dimensions plus ou moins grandes, qui s'observent sur la surface des valvules. Ces concrétions gênent pendant quelque temps le jeu des valvules; peu à peu elles se dissolvent sur place, ou bien elles se détachent de leur point d'implantation, el soni lancées dans le torrent circulatoire pour aller oblitérer plus ou moins complètement le calibre d'un vaisseau quelconque du cerveau ou de la réiine, comme cela avait été démontré par Virchow; De là Xembolki
(1) Bouillaud, Teaité «linitiue des maladies du c<gur. 2" édition. Paris, 1S4I.
TROUBLES VISUELS DANS GEaUIlliS AFFECTIONS GASTRIQUES. 249
L'oblitération des vaisseaux r^irfèns se rencontre dans toutes les formes des maladies du cœur; souvent elle se produit chez des personnes qui présentent à peine un bruit de souffle. Maïs il arrive, dans ces pas, que rengibolie rétinienne est provoquée par une frayeur ou «ne émolioii tirés vive. La fièvre typhoïde ou érysipélateuse, la cborée et les perturbations menstruelles peuvent prédisposer à ces mêmes accidents ou à d^çâir^mboses. Dans ces derniers temps, nous avoijts euen effet à soigner; 4eux mjGilades dont Thistoire est ijLe3 plus intéressantes^
Le premier fait se rapporte à une personne qui nous fut adressée par M. le. docteur Bergeron* C'était une dame âgée de 50 ans, qui, pendant la période. da ménopause^ avait été prise subitement d'une embolie de Tartère centrale de Tœil gauche, et chez laquelle notre éminenl confrère n'avait pas trouvé, d'autre lésion qu'un léger bruit de souffle au premier t^mps.,
L'autre fait concerne une vieille dame âgée de 75 ans,, qui a perdu là vue par trombose de l'urière centrale de la rétine peur dant un érysipèle de la face. Nous n'avons rien trouvé au cœur, si ce n'est un léger bruit de soufjfle; la mal^^e n'a jamais été sujette au rhumatisme, ni aux accidents indiquant une affection cardiaque. Mais le bruit de souffle peut être le résultat de ces mêmes végétations polypiformes dont la surface interne du cœur et ses valvules sont recouvertes, et qui produisent aussi les accidents oculaires.
§ 15. ^ Troubles Tisvels dans certaines afTeetioMs f^striqaes.
Nombre damblyopies et d'a^n^auroses n'x)nt d'autre caïuse qju'une irritation de l'appareil gastro-intestinal. Les auteurs anciens avaient déjà remarqué que, dans quelques cas, Yamau-^ rose imparfaite et cvrable provenait des affections du système digestif. De là les nom^^ àLophthalmie abdominale q\x à'amauro^^e biliewe. Richter et Scarpa en ont aussi cité des exemptes tr^s nombreux ; maislea opinions do ces patbologistes spnt tombées dans ToubU. . >
Nous avons eu l'occasion de distinguer un certain nombre d'atrophies des papilles avec des signes plus ou moins nombreux d'ataxie locomotrice fausse, et sur lesquelles nous donnerons quelques détails.
Atrophie dea p>piiiM. — Nous avons établi (1) que, sur 168 cas, 7 fois l'afrophie du nerf optique était occasionnée par des perturbations profondes de l'appareil digestif. Depuis, nous avons eu l'occasion d'observer des faits nouveaux, très intéressants et assez nombreux, produits par des causes analogues.
Les atrophies de la papille que j'ai rencontrées dans les affections gastriques présentaient des phénomènes des plus caracléristiquos, qui se rapportaient non seulement à l'œil, mais à la santé générale. On trouve, en effet, chez les individus atteints de cette maladie, des symptômes très marqués de l'affection spinale, ressemblant d'une manière si frappante à l'ataxic locomotrice, que souvent l'on confond la première de ces affections avec la seconde. Cette erreur est d'autant plus facile à commettre qu'il existe, ainsi que le professeur Charcot l'a démontré, un certain nombre d'ataxips locomotrices dans lesquelles les troubles gastriques sont des plus accentués et se traduisent par des vomissements, des douleurs et des crampes épigastriques, des digestions défectueuses, etc.
1° Symptômes de tataœie locomotrice fausse. — Les symptômes qui caractérisent cette affection ressemblent beaucoup, disons-nous, à ceux de l'ataxie locomotrice au début. Les malades éprouvent, pendant plusieurs mois, des douleurs lancinantes, qui se propagent au loin, ne durent que quelques minutes, mais reviennent très fréquemment et par accès. Ces douleurs sont passagères, mais il en existe d'autres qui sont plus persistantes et qui durent plusieurs heures sans discontinuer; elles se concentrent tantôt dans le mollet, tantôt au tronc, ou bien encore au creux de l'estomac, au front, aux tempes, ou quelquefois même k la nuque. Ces maux de tête sont par moments très violents; ils occupent la moitié du crâne, comme dans les migraines, et sont pris pour elles, surtout lorsqu'ils sont accompagnés de vomissements, comme cela a lieu quelquefois.
2° Los troubles digestifs constituent un des phénomènes pré-
(I ) Galezowski, Le l'atrophie de la papille {Journal tTophlkalmolagie. Paris, 1872).