ANOMALIES DE LA CHOROÏDE
fente dans la partie inférieure de l'œil, se prolongeant d'avant en arrière. Avec le développement de l'œil, les bords de la fente se rapprochent de plus en plus, puis la fente disparaît complètement. .
Mais il arrive quelquefois que par suite d'un arrêt de dévelopl^menti la fente de la choroïde ne se renferme point et constitue une fissure qui persiste pendant toute la vie. C'est cette fisspre de la choroïde qui porte le nom de coloboma. L'œil, à l'extérieur, n'accuse assez souvent aucune altération, et il n'y a qu'à l'ophthalmoscope qu'on découvre cette anomalie. Dans un certain nombre de cas, qui sont du reste assez fréquents, l'œil tout entier présente un développement incomplet, il peut être tout petit et avoir la forma d'un œil rudimentaire, auquel on donne le nom microphthalmos. Les yeux ainsi mal conformés sont atteints souvent de nystagmus, et leur acuité visuelle est ellemême sensiblement diminuée, surtout si la fente choroïdo-rélinienne s'étend jusqu'à la papille.
siirnes ophthaimoscopiques. — Généralement le coloboma existe avec celui de l'iris, mais il peut exister sans ce dernier; souvent il est binoculaire. On voit à l'ophthalmoscope comme dans la figure 3 de planche XI, une grande plaque blanche, luisante, à contours bien tranchés, et limitée par un rebord noir, pigmentaire, très foncé; ce même pigment se dissipe peu à peu sur le reste du fond de l'œil. La tache blanche est constituée par l'absence de la choroïde et la dénudation de la sclérotique. Cette dernière apparaît sous sa teinte habituelle, blanche, luisante ; par places on voit des stries ou demi-cercles grisâtres, qui proviennent des débris de la lamina fusca. Tout cet espace est parcouru par des vaisseaux ciliaires postérieurs, qui se trouvent en très petit nombre.
Le coloboma est quelquefois arrêtée à un demi-cenlimètre de la papille, comme cela se voit sur la figure 3 de la planche XI; la papille dans ces cas ne change pas d'aspect et se présente d'une forme ronde ou ovale comme dans l'état normal. Mais il arrive aussi que le coloboma embrasse la papille tout autour et se confond avec cette dernière comme dans le cas d'un slaphyplome étendu. Quelquefois la papille présente une forme ovale placée dans le diamètre horizontal, comme on peut en
214 EXPLORATION DES DIFPËRENTES HEUBIl\NES DE L'ŒIL.
juger par la figure 88 de la planche XXVIII de l'atlas de Jîeger.
Ordinairement la réiine n'esl point arrêtée sur les limites du coloboma, mais elle s'étend sur toute l'étendue de la fente sous forme d'une pellicule mince, transparente, peu vasculaire, el qui n'a pourtant pas des éléments sensoriels. Ici, nous ne partageons pas l'opinion de Ammon fl) et de Slellwag von Carion{2), qui prétendent, à tort selon noua, que la rétine avec tous ses éléments recouvre le coloboma dans toute son étendue. Les recherches, en effet, que nous avons faites sur les malades atteints de cette infirmité, nous ont démontré que le champ visuel est tout h fait aboli dans la partie correspondante du coloboma.
DiagBoitic difr^reniiri. — Celte anomalie se reconnaît facilement dans un œil atteint de coloboma de l'iris, puisqu'on sait que ces deux anomalies existent souvent en même temps. Mais si le coloboma n'occupe que la choroïde seule, le diagnostic peut présenter quelques difïicullés, et on peut, en eiTet, le confondre avec une large plaque atrophique. On le reconnaît par les contours bien tranchés, 'doublés du pigmenl , bien régulièrement distribués, et par des nuances grisâtres striées dans toute l'étendue du coloboma.
II. Aibiniime. — Cette anomalie est constituée par l'absence complète du pigment dans les membranes vasculaires de l'œil. Les yeux de ces individus paraissent rouges, à cause du passage de la lumière à travers la substance de l'iris jusqu'au fond do l'œil et à travers la sclérotique elle-même.
Les albinos, n'ayant point de pigment ni dans l'iris ni dans la partie antérieure de la choroïde, ne sont point garantis contre l'action de la lumière du jour, ce qui fait qu'ils sont constamment atteints de photophobie et qu'ils clignent des paupières; quelquefois ils ont du nyslagmus. C'est pour cette raison que les albinos recherchent le demi-jour et qu'ils portent foujours la têle baissée et les sourcils froncés.
Pendant longlemps on les a considérés tous atteints de myo-
jl] Von Ammon, ZeUschrift fiir Ophlhalmologie, 1831.
(2) Slellwag von Garion, Woehenbtalt der Zeitéchrifi de>- Gciellsctuift der Wiener Mnie, ISâi et 1856.