‹ Traite iconographique d ophthalmoscopieChapitre 88 sur 177 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

MALADIES GÉNÉRALES ET CONSTITUTIONNELLES DE L*ORGANISNE. § 1. ~ Tronblei Tlsnels dans la dlphthérle.

Les altérations de la vue dans la diphthérie sont de deux sortes : les unes paralytiques, consécutives à Tintoxication générale, et qu'on pourrait appeler secondaires; les autres directes^ provenantde la transmission de l'inflammation diphthéritique à la muqueuse oculaire. Dans le premier cas, les malades sont pris de troubles visuels^ et dans le second, c'est de Vophthalmie diphthéritique qu'il s'agit.

I. Les troubles visuels sont généralement de nature paralytique, et ils se rencontrent très communément, comme cela a été

observé par Blache, Trousseau, Bardiez el Jules Simon. Les auteurs qui se sont occupés plus spécialement des affections diphtliéri tiques, ont signalé depuis longtemps déjà ces phénomènes d'altération visuelle. Trousseau raconte qu'à l'époque où Gliisi décrivait l'épidémie diplilhéritiquc de Crémone, qui sévissait en 1747, un médecin français, nommé Cliomel, observait des paralysies consécutives au mal de gorge gangreneux, H et il ajoutait qu'une de ses malades était devenue louche el contrefaite. >•

Mais ces faits étaient restés ignorés jusqu'au moment où Brelonneati (1), Trousseau et Las^gue (2) eurent publié leurs observations et les interprétations de ces phénomènes. Aujourd'hui personne n'ignore que, consécutivement à la diplithérie, on voit survenir des paralysies diplithériliques soit généralisées soit partielles, affectant les yeux, la langue, le voile du palais, et même les membres supérieurs et inférieurs. Trousseau (3), Maingault (4) et J. Simon ont publié de nombreux et intéressants détails à ce sujet.

De plusieurs observations mentionnées par Trousseau, il résulte que c'est le plus souvent pondant la période de convalescence, un mois ou six semaines après le début de l'angine, que les accidents paralyliques ont lieu. La paralysie se déclare d'abord dans le voile du palais pour s'étendre ensuite et progressivement à la langue, quelquefois même aux bras, aux jambes et enfm à l'appareil de la vision.

Ainsi les accidents oculaires se réduisent à deux phénomènes : de strabisme et do paralysie de l'accommodation.

Le strabisme est ordinairement convergent, et il esl amené par la paralysie de la sixième paire d'un ou des deux yeux. Dans d'autres cas, qui sont il est vrai plus rares, c'est la troisième paire qui est paralysée, et elle est caractérisée par la chute do la paupière avec diplopie. Celte dernière, quoique plus rare, a eu lieu dans un cas rapporté par Donders.

La faiblesse de la vue dans la diphthérie est le résultat de la

(1} BretoiineQU, Archives de médecine, janvier el septembre 1855. (a) Trousseau el Las^gue, Union médicale, 8 octobre i85t.

(3) Trousseau, Clinique de IHôtel-Dieu. 6« édil. Paris, 1885, 1. 1.

(4) MaingauU, Paralysie du voile du palais à la suite dangine, 1854.

TROUBLES VISUELS DANS LA DIPHTHÉRIE. 'èJ9

paralysie du muscle accommodaleur, comme cela a été démontré par Follin, Donders et par moi. Cette paralysie est habituellement complète, et l'acuité visuelle se trouve affaiblie au point d'empêcher le malade de lire et d'écrire, tandis que la vision de loin est presque normale.

A l'aide d'un verre convexe de 4 dioptries la vue est complètement rétablie.

A l'examen ophlhalmoscopique on ne constate habituellement aucune lésion ; les papilles optiques ainsi que le reste de la rétine sont complètement saines.

Pour s'assurer alors que le trouble de la vue est réellement dû à la paralysie, on doit faire lire à l'aide de lunettes numéro 4 diopties (10 convexe) : ces verres corrigent la vision en remplaçant l'accommodation qui fait défaut, de sorte que le malade peut distinguer à lire les plus fins caractères de l'échelle typographique.

Les affections des muscles de l'œil peuvent se déclarer dans une angine dont la nature diphthérilique n'aura pas été bien démontrée. Cela dépendrait évidemment d'une diphlhérie bénigne, mais qui aurait pu être tout autant contagieuse que les autres.

En 1873, je fus mandé par mon éminent maître le docteur E. Barthez près des enfants du prince de B... A la suite de l'angine diphthérilique, qui avait été du reste très bénigne, les deux jeunes malades âgés l'un de 7 et l'autre de 8 ans, furent pris de troubles visuels. Le premier présentait une paralysie de l'accommodation, le second accusait la même altération, mais il avait en outre une diplopie consécutive à la paralysie de la sixième paire. Sous l'influence d'un régime tonique et du collyre d'ésérine, la maladie guérit promptement.

En résumé, il n'y a que les paralysies musculaires intrinsèques ou extrinsèques de l'œil qui amènent ces troubles de la vue ; et leur cause réelle réside, d'après Trousseau et Bretonneau, dans l'empoisonnement, dans l'intoxication de l'économie par le principe morbide, qui attaque, pareillement à la syphilis, au plomb ou au mercure, les différents muscles et organes.

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