‹ Traite iconographique d ophthalmoscopieChapitre 97 sur 177 · FIÈVRE PALUSTRE · texte numérisé non relu

FIÈVRE PALUSTRE

nicieuse délirante, convulsive ou syncopale, on réussit à sauver le malade, on s'aperçoit que ce dernier est presque aveugle et , qu'il ne distingue plus que le jour. Puis, peu à peu, avec les progrès de la convalescence, l'acuité visuelle commence à revenir et, quelquefois même, elle reprend son état normal, ainsi que cela a eu lieu chez deux de nos malades. Mais, en général, le rétablissement de la vue n'est pas complet, car le champ visuel concentrique se trouve tellement rétréci, qu'il ne comprend plus qu'une étendue de quelques centimètres. A l'ophthalmoscope on constate une atrophie des papilles, avec une diminution très notable des vaisseaux centraux ; la substance du nerf optique conserve sa transparence normale. Parmi les faits de ce genre que nous avons eu à observer nous pouvons en signaler trois des plus remarquables :

Obs. — M. S..., capitaine de l'armée d'Algérie, vint me consulter, en 1872, pour une amblyopie extraordinaire. A la suite d'une fièvre intermittente grave, accompagnée d'accidents cérébraux, il lui était survenu une atrophie des papilles avec diminution des vaisseaux centraux. Le champ visuel n'était pas entièrement perdu, mais il était affaibli à tel point, que le malade ne distinguait, sur le côté, que la lumière, et qu'il lui était impossible de suivre un objet en mouvement. Obs. — M. H..., banquier à Paris, m'avait été amené par le docteur Kohn. Ce malade avait été pris, pendant son séjour à la Nouvelle- Orléans, d'une fièvre pernicieuse à la suite^de laquelle sa vue s'était affaiblie d'une manière considérable. A l'examen, nous pûmes constater une atrophie partielle des papilles, un rétrécissement du champ périphérique avec la conservation de l'acuité visuelle normale. Pendant plus de vingt ans, la vision s'est conservée au même degré.

Obs. — Mademoiselle X..., Américaine, âgée de deux ans, présente des symptômes tout à fait semblables avec atrophie des papilles par tromboses vasculaires, survenus à la suite d'une fièvre pernicieuse. Son acuité visuelle se trouve conservée, mais le champ visuel rétréci.

On ne peut expliquer ces phénomènes, qui surviennent d'une manière si brusque, autrement que par un processus embolique. Peut-être y a-t-il là une de ces embolies pigmentaires

dont Frericiis (1) et d'autres auteurs allemands ont admis l'existence, et qui selon eux explique la palhogéaie des fièvres pernicieuses en général?

i 10. — Affeclloni ocalalrea d>aa l'alcooliamc.

I. Ambiyapie uns Uaioaa. — Dans l'inlo.vication clironique produite par l'alcool, il se déclare bien souvent un trouble visuel tellement grave, que, d'après les symptômes fonctionnels, on pourrai! croire à l'exislence d'une atrophie des papilles, et pourtant, l'examen ophlhalmoscopique ne présente aucune lésion. C'est donc dans les signes fonclionuels qu'on trouvera les caractères principaux de la maladie. L'acuité visuelle diminue graduellement au point que le malade ne peut quelquefois lire que le n" 8 ou 8 de l'échelle typographique. Les deux yeux sont pris en même temps el au même degré. La faculté chromatique étant altérée, tantôt les malades confondent toutes les couleurs entre elles, au point qu'ils ne distinguent pas l'or d'avec l'argent, tantôt ils accusent une persistance prolongée des impressions colorées.

L'hallucination étant aussi propre à l'intoxication alcoolique, il arrive que les malades croient voir des mouches, des souris, des rats ou serpents, etc. Les objets leur paraissent doubles, mobiles et, par moment, tremblotants.

Cette affection suit d'abord une marche progressive, puis elle s'arrête pendant quelque temps, pour entrer dans une période d'amélioration.

II. Airsphie de> paptue». — Cette maladie est ordinairement consécutive à une amblyopie alcooUque dont la durée aura été plus ou moins longue. Les signes caractéristiques de cette affection ne diffèrent guère de ceux des autres variétés d'atrophies progressives, seulement les veines sont plus tortueuses que dans ces dernières (voyez la figure 2 de la planche XIV), quoique la papille ne présente pas la moindre trace d'infiltration séreuse. Cette atrophie peut rester longtemps stationnaire avant d'amener la cécité.

Dans l'alcoolisme chronique avec hémianeslhésic et hémi-

;, Iraduil par Duniesnil, 3* édil.

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INTOXICATION SATURNINB. 24!

plégîe, M. Magnan (1) a observé des amblyopies monoculaires, avec stase veineuse et de Finfiltration péripapillaire ou péri- ▼ascttlaire. ' '

§ 11. — Ambljopte nicoU»l4«e.

Desmarres père et Siebel çnt signalé les premiers des amblyopies nicotiniquçs. Hutcbiason, Wordsworth, Apostoli en ont mentionné plusieurs cas.

Pour nous, il existe deux variétés d'amblyopies, comme nous Favons indiqué le premier (2) : Tune est binoculaire sans lésion des membranes internes de Tœil, et ne diffère en rien de Famblyopie alcoolique ; Fautre est monoculaire, et se présente sous la forme d'un scotome central, qui peut quelquefois s'étendre sur tout le champ visuel et amener la cécité. Mais, dans ce dernier cas, la vue revient d'une manière lente et progressive. Sous l'influence d'un régime convenable, la guérison i)eut être complète.

Quelquefois il peut se produire une diminution concentrique du champ visuel pour un temps plus ou moins long.

'X^^, — jLliérailoBa de 1» vae daas l'imtoxlcatlon salaralBe.

L'action toxique du plomb se traduit plus particulièrement par des accidents paralytiques du système musculaire général, mais elle peut aussi afTecter les centres nerveux et donner lieu à des attaques d'épilepsie et de délire, à des coliques, etc.

Des phénomènes paralytiques se rencontrent aussi du côté de l'appareil musculaire de Tœil, mais ils sont relativement très rares. Dans d'autres cas l'intoxication saturnine frappe les nerfs optiques et entraîne l'amaurose plus ou moins complète.

L Pftmlysle sala raine des maeelee de l'œil. — L'abolition de la

eoAtractilité dans les muscles extrinsèques de l'œil est fort i^are, et si Ton parcourt les travaux des auteurs qui se sont plus spécialement occupés de ce poison, on voit qu'à part Lancereaux, qui rapporte une paralysie du droit externe, on n'en fait généralement pas mention. Pour notre part, nous avons ren-

(1) Magnan, De VokwAUTM^ de$ diverses formes du délire alcoolique. Paris, 1S74, p. 222.

(2) Galezowski, Des amblyopies toxiques. Paris, 1S77.

Oaumwmu. — Ofktkaimoêeopk. lÔ

contré deux faits de ce genre qui nous ont paru assez importants pour être signalés Ici.

Le premier se rapporte à un malade du service provisoire d'Aran h l'Ilôlel-Dieu; cet individu était atteint depuis plusieurs semaines de coliques de plomb, d'une constipation opiniâtre avec vomissements, fièvre et violents maux de tête. Peu de temps après son entrée à l'hôpital, il fut pris d'un trouble de la vue très marqué. Appelé à donner notre avis au sujet de ces accidents oculaires, nous avons pu facilement reconnaître l'existence d'une paralysie incomplète des muscles droits externes et internes des deux yeux qui, par cela même, paraissaient fixes et immobiles dans leurs orbites ; la diplopie devenait tantôt homonyme, tantôt croisée, selon la position de l'objet fixé.

L'autre fait a été observé par nous sur un malade de noire clinique, en septembre 1875. C'était un peintre en bâtiments souffrant de coliques saturnines depuis plusieurs années. II était, de plus, atteint, depuis un an, d'accidents cérébraux offrant une grande similitude avec le ramollissement du cerveau et d'un trouble de la vue consécutif à la paralysie des muscles oculaires. En effet, l'un de ses yeux restait complètement immobile, tandis que l'autre œil conservait tous ses mouvements.

Y avait-il là une altération directe des muscles, ou bien le poison avait-il attaqué les nerfs moteurs de l'œil? La question est difficile à juger ; mais il me semble plus juste d'admettre la localisation de la maladie dans les nerfs de la troisième el de la sixième paire.

II. Héfrite optique KT«« Rtropht» contécBttte. — L'affcctiou relativement la plus fréquente est celle du nerf optique ; elle se présente sous forme d'une névrile optique, qui se déclare après plusieurs attaques de coliques saturnines, suivies d'accidents cérébraux plus ou moins graves, comme nous l'avons démontré (1). La névrite optique peut accuser des formes très variées: tantôt elle est accompagnée au début d'épanehemenls sanguins multiples, ainsi que cela élait arrivé chez une malade de

(t) Galezonski, Eludes sur les umblyoïiiei toxiques. Paris, 1S7T.

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