HYDROGRAPHIE
Cette partie de la géographie congolaise est assez bien connue grâce aux travauK des explorateurs, parmi lesquels il faut citer au premier rang, M. M. Chavannes. Von François et Grenfell.
Le mérite de notre chapitre réside donc seulement dans la mise en œuvre des renseignements les plus récents, entr'autres des descriptions du Haut-Uellé par un des membres de l'expédition Van Kerkhoven et des moyens-Lualaba et Luapula par Brasseur. Nous mentionnons aussi la lagune de Lubengole d'après Delcommune.
Nous introduisons également en ce qui concerne l'intéressant problème des sources du Congo la solution à laquelle nous sommes arrivés dans notre article du BuUetm du Club Africain d'Anvers.
Pour le choix des affluents à citer, nous nous sommes basé :
1* soit sur l'importance de leur bassin et du volume de leurs eaux. Ex. Ubafigi.
2** soit sur leur direction caractéristique indiquant une des parties de la configuration générale du bassin. Ex. Ebola.
3® soit sur certains faits remarquables au point de vue géologique ou hydrographique. Ex. Rivière Kashimbi ; rivière Lofembura.
Nous sommes arrivé ainsi à faire un choix judicieux dans ce fouillis de rivières.
Il est un autre p(^int que nous avons essayé de fixer. C'est celui de la dénomination des cours d'eau.
Lorsque, au début de l'exploration, un voyageur rencontrait une grande rivière et qu'il demandait son nom aux indigènes, ceux-ci répondaient la plupart du temps dans leur dialecte : • grande eau. ■ Et TEuropéen inscrivait le mot sur ses tablettes et le donnait comme nom du cours d'eau. Un autre explorateur rencontrant la rivière en un autre point, recevait la même réponse dans un dialecte différent et la donnait comme le véritable nom, et ainsi de suite. C'est de cette façon que le Kibali-l'cllé-Té-Dua-Ubangi ne forme qu'une seule rivière ; que le Sankuru et le Lubilach sont identiques, que le Lualaba devient le Kamolondo, etc.
Ces complications, de peu d'importance pour les spécialistes, ne peuvent qu'embrouiller rôtudo de la gôo::rapîîie du Congo, pour les non initiés, C est pour faire un premier pas dans cette voie de simplification que nous avons donne un scjI nom à chaque rivière. Nous avons pris, autant que possible, le nom donné par le premier découvreur
(ex. Semliki au lieu Issango) à moins que ce nom ne soit tombé en désuétude (Rubi au lieu d'Itimbiri ou de Loïka) etc.
L'évaluation de la superficie des lacs Tanganika, Albert-Edouard, Moéro et Banguelo a été prise dans les « Petermann's Mittheilungen » de 1893. Nous avons mesuré celle des autres sur la carte.
Quant au débit des cours d'eau, ce sont les résultats donnés par Cornet, Jungers^ Stanley et Von Fraftçois. Quoique Reclus émette des doutes sur les chiffres de ce dernier, nous les admettons comme ayant été relevés avec autant de conscience que ses observations astronomiques.
ETHNOGRAPHIE
L'immense groupe des peuples de langue Bantu, qui occupe TAfrique centrale et méridionale d'une côte à l'autre, se divise, dit le dictionnaire de Géographie de Vivien de St-Martin, en Bantus méridionaux, Bantus orientaux et Bantifs occidentaux ou du Congo. Mais M. Rousselet ajoute que Stuhlmann semble donner comme limite entre ces deux dernières grandes divisions, d'ailleurs plutôt géographiques qu'ethnographiques, le Lualaba II en résulterait que les peuples Wagénias, Waviras, Manyémas, etc. situés à Test du fleuve, appartiendraient au groupe oriental. C'est là, à notre avis, une mauvaise interprétation de ce que dit l'explorateur allemand.
Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer ailleurs, les peuples de l'Afrique, chassés de leurs demeures par leurs ennemis ou par une calamité quelconque, suivirent sans doute dans leurs migrations les voies naturelles. Or, ne l'oublions pas, au centre de l'Afrique, à la frontière orientale de TEtat, s'étend la grande crevasse du centre africain, gigantesque fracture longue de i5oo kilomètres, large de 100, bordée de jdeux chaînes de montagnes d'une altitude moyenne de i5oo mètres et présentant des massifs de 2000 et même de 58oo mètres de hauteur.
Cet obstacle longitudinal qui a arrêté presque partout la flore et la faune, n'a-t-il pas arrêté aussi les hommes ? N'est-il pas presque certain que, dans leurs migrations, ces hommes s'écoulèrent le long de ce système montagp.eux sans presque l'aborder ? Tout nous le prouve : Stuhlmann trouve au fond de la crevasse, la race pure des anciens Bantus (Wakondjo) ; les populations situées plus à l'ouest sont, selon lui. originaires du sud-ouest. Plus au sud, Von Gôtzen dans son voyage •• Durch Afrika von Ost nach Westen » est frappé par la différence complète des peuples situés à l'est et à l'ouest de la crevasse.
Sans doute les parties méridionales et septentrionales, où les montagnes s'abaissent en bordant de grands lacs, ont offert moins d'obstacles à la pénétration et nous pouvons voir des tribus franchir les
lacs Albert et Tanganika, et s'établir sur leurs rives occidentales, mai^, à part les Arabes, elles ne vont guère loin et c'est tout au plus si quelques uns de leurs usages se propagent. Quant aux Arabes, il est certain qu'on ne peut invoquer leur présence dans tout Test du Lualaba pour assimiler les peuples qu'ils opprimaient, aux Bantus orientaux. Pour profonde qu'ait été leur action, elle a été de trop courte durée (3o ans à peine) pour modifier suffisamment le caractère ethnographique des tribus du Manyéma et de la partie orientale de la grande forêt. Nous adopterons donc pour limite entre les deux groupes Bantus du nord, la grande crevasse.
Si les mœurs et Taspect extérieur des peuplades congolaises ont été observés jusque dans leurs moindres détails, si les explorateurs ont décrit avec minutie les plus petites particularités qu'ils ont observées chez elles, les vues générales, les groupements ethniques ont été négligés jusqu'ici. « Il y a là, dit Sthulmann, un vaste champ encore vierge pour Tethno- » graphe » .
Et cependant ce vaste bassin doit sans aucun doute être habité par des peuplades présentant des analogies et des dissemblances d'aspect ou de mœurs, qui permettent de les réunir ou de les séparer. Mais rien n'est plus difficile que ce groupement ethnique. La langue ne peut nous servir de base en pareil cas. « La langue, dit Lepsius, ne se laisse pas, il » est vrai, séparer totalement des peuples qui la parlent; cependant il faut » d'abord se pénétrer de cette idée que les peuples et les langues ne coïn- » cident nulle part, d'après leur descendance et leur groupement, comme » on le croit encore généralement. Les groupements de langue doivent » être entrepris indépendamment des autres et ne doivent entrer en ligne » de compte qu'en dernier lieu. Les caractères physiques, les dates ethno- » graphiques et les traditions des peuples, sont les meilleurs guides pour » étudier la communauté de leurs caractères ».
Il est encore un autre facteur cependant à prendre en considération, dit Stuhlman. C'est l'habitat. Des analogies de milieu et de circonstances ont donné des moyens semblables de subsistance et des usages, des mœurs, des industries analogues.
En l'absence de documents anthropologiques suffisants, nous en sommes réduits à nous baser principalement sar la cominunauté d'habitat, qui, en effet, coïncide fort biea au Congo avec certaines particularités générales, observées chez tous les habitants d'une même région.
Nous sommes ainsi conduits à diviser nos Bantus du Congo, en Bantus de la côte, Bantus-Lunda ou de la savane australe et Bintus des forêts, qui offrent certains caractères communs cités dans notre livre. Le groupe des peuples Lunda avait déjà été établi par les ethnographes allemands depuis les explorations de Pogge et Wissmann. Nous n'avons fait que le préciser un peu.
Quant au groupe des Bantus silvestres, nous en empruntons le nom à Stuhlman qui classe sous cette dénomination tous les habitants à Test de la ligne Amadis, Bena-Kemba. L'unité de moeurs des peuples situés à Test et à Vouest de cette ligne nous semble suffisamment établie, pour qu'on puisse étendre celte appellation à tous les peuples de la foret.
Les caractères des Bantus de la côte, ont déjà été suffisamment établis pour qu'il soit nécessaire d'y revenir.
Sans doute cette division n'est pas définitive ; les frontières entre autres sont assez conventionnelles et seront modifiées par la suite, mais, telle qu'elle est, elle nous semble établir mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici, les grandes branches des Bantus du Congo Celles-ci à leur tour sont susceptibles de nouvelles subdivisions que nous avions ébauchées d'abord, mais les renseignements sur lesquels nous avons été forcé de tabler étaient trop précaires et trop incomplets ; nous avons provisoirement préféré y laisser subsister des subdivisions géographiques.
La savane septentrionale, peuplée par les tribus Nigritiennes, Foulah Sandés et métissées, offre une situation ethnographique des plus complexes.
Nous nous sommes servis pour étudier ces peuples du %savant livre de Stuhlmann : « Mit Emin Pacha f;/ '5 Herz von Afrika ; » et de l'étude: « Les peuples du Haut-Nil, » par E. de Martonne (Annales de Géographie, 1896.)
Ce dernier n'a été consulté que pour les régions au Nord de l'Uellé ; c'est à lui entr'autres que nous empruntons la division en jeunes et vieux Nilotiques. Pour le sud de l'Uellé au contraire, nous nous rangeons presqu* entièrement à l'avis de Stuhlmann, qui a sur les autres ethnographes l'incontestable avantage d'avoir été sur les lieux.
On remarquera que nous plaçons les Mangbettus dans la classe des Bantus-Sandés. Cette opinion que nous avons déjà développée dans la " Belgique coloniale ^ (n° 5, 1897), s'est encore affermie depuis, par de nouveaux détails que nous ignorions alors et que nous tenons de M. Adam. Cet officier n'a pas, comme Junker, fait que traverser ces peuplades ou, comme Stuhlmann, n'en a pas seulement approché ; mais ayant séjourné pendant plusieurs années au milieu d'elles il a pu les étudier complètement, écouter leurs légendes et retenir leurs traditions.
« Le Nepoko, disent les Momvus, est aux Tik-Tik (nains), le Kibali (Haut-Uellé) est à nous, à nous seuls. Les Mangbettus nous ont pris nos territoires, ce sont des étrangers ici. » Et lorsqu'on leur demande d'où ces étrangers sont venus, ils montrent le sud-ouest.
Cette souvenance de l'arrivée des Mangbettus est trop nette pour ne pas être relativement récente. Le temps ne peut donc en avoir encore altéré suffisamment le souvenir, pour que les indigènes indiquent le sudouest alors que les envahisseurs seraient venus du nord. C'est cette
certitude qu'ont les Momvus du pays d'origine des Mangbettus, jointe aux remarques que nous avons déjà faites, qui nous a décidé à classer ces derniers de la façon figurée sur la carte.
Le coup d'oeil historique par lequel nous débutons a été rédigé d'après des renseignements recueillis à diverses sources.
Ciiaque peuplade a été étudiée autant que possible, d'après le questionnaire ethnographique posé par la Société d'anthropologie de Paris aux explorateurs, groupant tous les renseignements en vie sociale, vie mUritivc, vie sensitive, vie affective, vie individualité (habitation, vêtement, industrie, chasse et pêche, agriculture, navigation, commerce, guerre.)
Nous nous sommes servis pour étudier ces peuplades de la foule de relations publiées par le Mouvement géographique, la Belgique coloniale et le Congo Illustré. Ces renseignements ont été complétés par le livre de Stanley; Dans les ténèbres de l'Afrique; Stuhlmann, Mit Entin Pacha in 's Hers von Afrika; Von Gôtzen, Durch Afrika ron Ost nach Wcsten, etc. Nous avons fait revoir nos feuilles par des voyageurs a3'ant parcouru la contrée.
Cartes. — Carte de la densité de population. — Est faite d'après divers documents et des renseignements puisés au cours de nos études. La partie orientale est rédigée d'après Stuhlmann.
Carte ethnographique. — La carte ethnographique ne nécessite plus, après ce qui vient d'être dit, que peu d'explications. Elle n'offre de réellement intéressantes que les régions orientales et septentrionales. Ces régions ont été rédigées d'après les cartes de Stuhlmann, de Martonne et plusieurs documents inédirs. Les bgnes d'invasion sont figurées d'après des renseignements recueillis à diverses sources déjà indiquées. Quant aux stations préhistoriques, elles sont figurées d'après Dupont, Cornet et Christiaens. •
Cartons. — Ils sont tracés d'après des sources déjà indiquées.