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GÉNÉRALITÉS

Vie sociale. — Quoiqu'ayant formés jadis de grands empires féodaux, les peuples du Congo n'offrent plus, à part les pays de quelques grands souverains, comme les sultans Asandés, Djabbir, Rafaï, Sémio et le Muene- Putu du Kwango, que des tribus indépendantes que n'unit aucun lien politique. Placées sous les ordres d'un chef héréditaire et absolu, elles se groupent en un certain nombre de villages d'une population moyenne de 200 à 3oo habitants. En certaines régions, ces villages deviennent de véritables villes atteignant même lo et i5ooo âmes.

Le chef a droit de vie et de mort sur ses sujets ; mais son pouvoir est sou-

— Savent limité par une assemblée des anciens. Les pénalités qu'il prononce sont parfois fort graves; elles comportent généralement la mort en cas de meurtre, de vol, d'adultère, souvent aussi en cas de lèse-majesté.

L'organisation sociale comprend trois classes :

les nobles ou riches^ membres de la famille du chef ou personnages influents par leur fortune ;

les hommes libres qui forment le gros des guerriers ;

les esclaves ;

Pour préciser la situation de ceux-ci il est nécessaire de différencier nettement la traite, de Tesclavage domestique.

La traite des esclaves, c'est l'envahissement des villages par des bandes armées, l'extermination des habitants qui résistent, l'enlèvement des autres, conduits sur les marchés pour y être vendus ; c'est la plaie qui pendant près de trois siècles souilla l'humanité et dévasta l'Afrique,

Universellement réprouvée aujourd'hui, elle a totalement disparu de l'Etat du Congo avec les Arabes chassés du Manyéma.

Dans C esclavage domestique au contraire, le noir n'est plus l'esclave au sens que nous donnons à ce mot, mais une sorte de domestique à vie, traité le plus souvent avec certains égards et dont l'existence se confond presqu'avec celle des classes privilégiées. Travaillant avec son propriétaire, partageant ses repas, prenant part à ses joies et à ses peines, il tâche de se faire aimer de son maître et y réussit souvent. Sa situation est si peu inférieure, que lorsqu'il est intelligent on le voit s'enrichir, bien plus, être choisi comme chef par ses concitoyens.

Ces mœurs sont solidement ancrées chez les noirs. Les supprimer du jour au lendemain serait amener une perturbation qui bouleverserait le pays et occasionnerait les plus graves mécomptes. Seules, une longue occupation supprimant définitivement les guerres, et des réformes successives, changeront cet état de choses etamèneront toutes les classes à une égalité absolue.

Lorsqu'une décision importante doit être prise, elle est discutée en commun dans des réunions om palabres où chacun émet son avis, le chef réservant le sien pour la fin.

Vie nutritive. — Dans toute la partie occidentale de l'Etat, la base de la nourriture du nègre est le manioc auquel il joint la banane, l'arachide, la patate douce, etc. A partir du Lomami et plus à l'est, il se nourrit surtout de graminées, trouvant dans le millet, le sorgho, l'éleusine, sa principale subsistance. Le nègre raffole de la viande et la rareté de celle-ci excuse en partie, prétendon, le cannibalisme qui sévit au Congo. Ses boissons favorites sont le vin de palme, le vin de canne, la bière de maïs ou de sorgho. Le tabac est répandu dans tout le bassin. On trouve le chanvre sur le moyen Kassaï et plus à l'ouest.

Vîe sensîtive. — Le vêtement du nègre est le pagne variant de grandeur, du grand pagne allant jusqu'à la cheville jusqu'au petit tablier de lo cm. carrés. Il est fait de cotonnade européenne, d'étoffe indigène ou d'écorce battue.

Le signe distinctif des races est le tatouage, formant souvent des cicatrices profondes sur la figure et le corps. A côté de ce tatouage national, s'étendant

au groupe de tribus de même origine, chaque tribu a le sien propre, complémentaire du premier.

Grand enfant par sa nature même, le noir adore les ornements, qu'il fait varier à l'infini. Ce sont parfois d'énormes colliers de cuivre (pesant jusque 25 kilogs) qu'il se passe au cou, les brassards et les jambières de fil de laiton, le pélélé, disque d'ivoire qu'il loge dans un trou foré dans la lèvre. Sa coiffure est aussi une de ses grandes préoccupations : tantôt il rase ses cheveux partiellement, tantôt il les laisse pousser naturellement, mais toujours il en forme soit un chignon, soit un ensemble de nattes ou de houppes ornées de perles, d'épingles d'ivoire, etc. Il aime aussi le fard. Certaines tribus, assez rares cependant, déforment la tête des enfants. Un grand nombre se liment les dents en pointes ou en créneaux, ou bien s'extraient quelques unes d'entre elles.

Les instruments de musique se bornent chez la plupart des bantus au tambour et à la trompe de guerre.

On trouve quelques instruments moins rudimentaires dans le Kwango. Chez les Asandés la musique est fort répandue ; des troubadours chantent en s'accompagnant d'une sorte de mandoline, les hauts faits de leurs ancêtres. Quant à l'amour de la danse il est général.

Vie affective. — Le fétichisme est si répandu parmi les populations congolaises que ses pratiques se retrouvent même chez les tribus ralliées au Coran par trente ans de domination musulmane. Les noirs croient généralement à une force suprême, invisible, créatrice du bien et du mal et se manifestant par les éléments. Mais cette vague idée les préoccupe beaucoup moins que celle des esprits, qu'ils tâchent de se rendre favorables par des offrandes répétées et même par des sacrifices humains.

Leurs fétiches sont des objets de toute espèce : dents ou peaux d'animaux, touffes de poils, plantes, ossements et surtout statuettes en bois grossièrement sculptées, très répandues dans le Bas-Congo, le Kassaï et le Katanga. Là, considérées comme des représentants de la divinité, elle sont établies sous une hutte et sont' l'objet de la vénération de tous.

Les autres fétiches sont plutôt des talismans, de même que les amulettes dont le goût est aussi fort répandu dans tout le bassin.

Les représentants du culte dans les tribus sont les féticheurs ou sorciers. Ayant un pouvoir souvent très grand— sauf dans quelques tribus du nord,— ils fabriquent des fétiches qui guérissent les malades, ils chassent les maléfices et bénissent les guerriers allant en expédition. Ils se transmettent généralement leurs pouvoirs de père en fils.

Très superstitieux, les congolais voient des présages heureux ou malheureux partout.

Ils croient généralement que la mort survenue ailleurs qu'à la guerre, est due à de mauvais esprits ; aussi les sorciers paient-ils parfois de leur vie la mort d'un personnage de marque. Quant à l'idée de la métempsychose, elle n'est répandue que chez quelques tribus du nord. La polygamie est générale.

Le mariage n'est que l'achat, par le mari, d'une femme qui travaillera pour lui et lui donnera des enfants. Mais cette épouse occupe une situation plus ou

moins importante selon qu'elle est tirée de la classe des femmes libres, ou de celle des esclaves.

Les décès donnent lieu à des cérémonies curieuses toujours,cruelles parfois. Le mort est enterré en grande pompe, avec une partie de ses richesses, au milieu des cris, des pleurs, des danses et des coups des fusils de ses amis. Dans le Haut-Congo la perte d'un grand chef sert souvent de prétexte à des sacrifices humains.

Vie individuelle. — L'habitation se résume, pour les peuples primitifs, uniquement à un couvert contre les éléments. Ils n'y voient autre chose qu'un abri indispensable et n'ont jamais songé à lui faire jouer un rôle quelconque autre que celui de protéger ses habitants contre le soleil, la pluie ou la tempête. Aussi l'habitation nègre réalise-t-elle un maximum de simplicité. L'indigène semble n'attacher aucune importance à son logis ; il ne lui donne de valeur que le travail qu'il lui a coûté (i).

La cause de cet état de choses est double : Elle réside d'abord dans ce fait que la division infinie du pouvoir amène des guerres continuelles, dont la destruction des villages est le moindre des maux; ensuite en ce que les tribus riveraines ou de de l'intérieur, vivant de pêche ou de produits agricoles, sont souvent forcées d'émigrer à la recherche de nouvelles pêcheries ou de nouveaux terrains à défricher.

On peut diviser les huttes congolaises en deux types bien différents : la hutte rectangulaire à pignons et toitures à pans inclinés et la hutte circulaire à toit' conique ou hémisphérique. La première se rencontre dans toute la partie occidentale du bassin, ('voir carte IX). Elle est peu élevée, le faîte du toit est en moyenne à i m. 75 du sol, empêchant donc un homme de taille moyenne de se tenir debout à l'intérieur. Elle n'a comme ouverture qu'une porte basse.- La hutte circulaire se compose le plus souvent d'un mur, en paille ou en pisé, sur lequel est placé une toiture conique ou un dôme. Les huttes coniques sont plus primitives que les huttes rectangulaires. Dans certaines régions, comme chez les Asandés et dans TU rua, ce sont parfois de vraies œuvres d'art, parfaitement construites et très solides. Les noirs arabisés bâtissent des maisons en pisé. Le placement des chimbèques groupés en villages varie à l'infini ; mais là encore, nous voyons le principe de l'adaptation au milieu. Tantôt les populations riveraines du fleuve n'ont qu'une étroite bande de terre entre le cours d'eau et le terrain marécageux de rmtérieur, tantôt l'état de guerre règne en permanence dans la région, tantôt encore la sécurité y est assurée et selon les cas on voit les villages allongés en une longue rue, concentré en un point étroit et fort, ou encore largement éparpillé dans la forêt ou la savane.

Sur le haut fleuve, les villages sont généralement groupés. Les populations de l'intérieur fortifient leurs villages au moyen de fossés et de palissades aussi bien dans TUbangi et la Mongala, que dans PUrua et le Katanga où les retranchements sont mêmes remarquables. Les peuples riverains négligent parfois cette précaution et préfèrent en cas d'attaque abandonner leurs villages et

(x) Belgique Coloniale, (février i8g6).

--^lisent des habitations lacustres ' ,r|grir5 de l'intérieur des terres (les

gye partout à la femme, atteignent

ion remarquable. Le sol, d'une

t ce que l'habitant lui demande.

chèvres, moutons, etc. cir-

:s Balamotos et les Momvus, les |^s,mais où certains préfixes mon- ~e c'est le ba ou le « pour indiquer

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imerciale d'une étude lacile. En te Kibarigi dans rUbangi,le Mongo \héli dans tontes les régions qu'ont

de la population.

■nt dignes de vanniers européens

tain souci artistique. Les noirs se

leurs engins de pèche, filets et

Jimarquables. Mais la qualité par

lïglon inné chez lui d'échanger ses

produits. Il le fait avec un art auquel n'atteint pas le plus roué des négociants européens. Les peuples commerçants, presque tous riverains du fleuve ou de ses affluents sont souvent des bateliers de premier ordre. La principale distraction de l'homme, lorsqu'il ne travaille pas, est la chasse ou la pêche.

La chasse au gros gibier se fait le plus souvent au moyen de pièges. Quant à la pêche, le filet et la nasse, Tempoisonnement des eaux et le barrage des criques, sont les principaux moyens usités.

Guerre. — La multitude de peuplades entre lesquelles est divisé le sol, devait naturellement être la source d'une foule de conflits. Avant l'arrivée des européens dans le pays, Tétat de guerre était permanent dans le bassin du Congo. Pas de mois sans qu'une contestation, un méfait quelconque n'amenât une guerre toujours désastreuse entre tribus Joignons-y les horreurs de la traite dans la région orientale et nous aurons une idée de la malheureuse situation qui existait alors.

L'occupation européenne a rapidement fait disparaître en grande partie ces regrettables usages, auxquels se substitue rapidement l'arbitrage des employés du gouvernement.

A. — LES BANTUS

Les peuples de langue bantu occupent presque toute l'Afrique australe, et se distmguent nettement des nigritiens par la nuance de la peau, les traits moins nègres », la forme du crâne, la démarche et surtout par l'idiome, qui seul unit des populations, en apparence si différentes.

Les Bantus ont été divisés en trois groupes : les Bantus du Sud, les Bantus orientaux et les Bantus occidentaux ou du Congo.

Ceux-ci peuvent se diviser en a) peuples de la côte ou Bacongo, modifiés par un long contact avec les Européens ; b) Bantus des Forêts, ayant gardé dans la grande forêt équatoriale leurs mœurs et le goût prononcé des tatouages ; c) Bantus Lunda ou habitants de la savane australe, qui se distinguent par les grands états qu'ils ont formés, d'où une grande unité de coutumes, et par la rareté des tatouages.

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