IV. LES BANTUS ORIENTAUX
Les Bantus orientaux ne sont répandus dans TEtat du Congo, qu'à Test des Mitumbas septentrionaux, c'est-à-dire dans la partie de la grande crevasse située au nord et au sud des Monts Fumbiro. Ces populations appartiennent au groupe des Bantus des lacs et se subdivisent comme suit : (i)
Bantus des lacs {lo'^^^J jl Population pure et autonome: les Wakon^os
\ II. Population gouvernée par des WahumasilesKuandas
Les Wakondjos qui occupent les rives sud, ouest et nord-ouest du lac Albert-Edouard, ne constituent pas une race spéciale, mais semblent être les derniers vestiges des Bantus orientaux, tels qu'ils existaient avant les invasions Hamites. Les hommes sont de taille au dessous de la moyenne et sont loin d'être beaux. Ils portent de petits colliers de perles au cou et aux bras, autour des reins tantôt un grand morceau d'écorce battue allant jusqu'au genou, tantôt le petit tablier de cuir.
Ils habitent de petites huttes rondes, groupées en villages de peu d'importance.
La résidence du grand chef Vitchumbi, au sud de T Albert-Edouard, compte i5oo à 2000 habitants. Ceux-ci font peu de cultures, ce sont des pécheurs et des commerçants. On peut, l'année durant, voir leurs flottilles traverser TAlbert-Edouard pour aller acheter le sel des salines de Katué, qu'ils vendent ensuite dans l'intérieur.
Les Wawamba. Au nord des Wakondjo, dans la plaine de la Semliki, vivent les Wawamba, population Wakondjo fortement métissée. Ce sont de très grands nègres, aux lèvres percées de trous où ils passent de menus objets. Tantôt sans tatouages, tantôt couverts de petites cicatrices sur tout le corps, les cheveux longs ou courts, ils se parent peu. Ce sont surtout des agriculteurs, qui tirent de leur sol si fertile, de splendides récoltes de maïs, de bananes, de tabac, etc.
Les habitants de ces régions sont sous la menace perpétuelle de Kabréga, le puissant potentat de l'IInyoro.
Les Ruandas forment sous les ordres du Kigeri, un puissant état de peuples pasteurs, qui occupent le pays borné au nord par les Fumbiro, à l'ouest par les Mitumbas et au sud par la basse Rufidji et s'étend à l'est jusqu'à la Kagéra.
Le Kigéri et ses dignitaires sont des nomades, n'habitant jamais plus
(i) Stuhlmann, Mit Emin Pacha in' s Herz von Afriha,
de deux mois une même résidence. Ils sont de très grande taille et s'habillent de peaux de chèvres.
Quant au peuple on y distingue nettement la juxtaposition des deux races. Les aborigènes très nombreux, allies aux habitants de TUrindi (sud-est) sont de riches agriculteurs non groupés en villages mais dispersant leurs métairies ça et là sur le plateau fertile. Au milieu de cette population dense, se meuvent les anciens envahisseurs Wahumas, peuples pasteurs, conduisant des troupeaux de gros bétail, aux cornes immenses. Ces Wahumas ont adopté la langue et les usages de leurs vaincus, mais se reconnaissent à leur grande taille, à leurs traits distingués et à leur peau claire. Ils maintiennent l'ordre dans le pays au moyen d'un corps d'élite recruté dans une tribu peu connue : les Datoua, qui occupent le nord-ouest de la région (i)
Les cultures s'étendent en immenses champs de sorgho, de patates, de manioc, de bananes, etc. Le reste du pays est couvert de gras pâturages.
B. — LES FOULAH-SANDES
La large bande de territoires Foulah-Sandés qui traverse l'Afrique de part en part, n'embrasse dans l'Etat du Congo qu'une partie de la région de rUellé, où cette race prend le nom de Niam-Niam ou A-Sandés.
Les Asandés du Congo se divisent en deux branches: les Bandjas et les Avanguras.
Les Bandjas sont établis entre le bas Bomu, TUellé et le 23° de longitude ; ils ont en outre plusieurs importantes enclaves au sud de rUellé.dans le Rubi et même sur la Lulu, où les Mabaudjas ne paraissent être que des Bandjas émigrés. Leurs principaux chefs sont Djabbir, Rafaï et Enguettra dont dépendent tous les autres. Djabbir qui a vécu à Karthoum, y a acquis une certaine civilisation qu'il met entièrement au service de l'Etat. Rafaï aussi est d'une éducation peu commune, il possède secrétaire, armurier etc.
Les Avanguras forment une branche beaucoup plus importante, allant au nord jusqu'au 6* parallèle et à l'est jusqu'aux Makrakras et au Locos. Ils ont plusieurs grandes enclaves sur le Bomokandi. Les grands chefs avanguras sont: Semio, Bokoîy Domina, Bio, Tambiira, Bili, Bauli^ Akaiigaï et Karma, qui tiennent les autres chefs sous leur dépendance. Doruma, Bio et Tambura résident dans le Congo français.
Chez les peuples Asandés nous rencontrons une organisation politique et militaire supérieure à celle des Bantus. C'est encore la division en tribus
(i) Von Gôtzen, Durck Afrika von Osi nach Wesicn^
guerroyant entre elles, mais l'influence égyptienne a pénétré chez ces peuplades si aptes à la civilisation et le pouvoir plus solide, les états plus puissants, les chefs plus intelligents montrent ses heureux effets.
Beaux nègres à la tête ronde, au nez large, aux grosses lèvres, aux cheveux épais, ils ont la démarche distinguée et sont très agiles. Le tatouage, peu pratiqué d'ailleurs, relie les oreilles en passant au dessus des yeux. Chose remarquable, ils n'achètent plus leurs femmes, mais se la font désigner par leur chef; généralement ils lui sont très dévoués. Ils professent aussi un culte profond pour leurs ancêtres, dont les ménestrels chantent les hauts faits. L'influence musulmane a fait dans la région nombre de mahométans, qui gardent encore fortement l'empreinte du fétichisme.
Vivant en villages le plus souvent peu étendus, ils s'y livrent à diverses industries, exécutant de fins et beaux travaux forgés en fer et en cuivre, des tissus de coton au moyen de métiers analogues aux nôtres, des chaussures en cuir d'antilope, etc. Ces villages sont entourés de vastes cultures de bananes, de manioc, de maïs, qui augmentent d'année en année. Le plaisir des Asandés est la chasse. Ils s y livrent avec ardeur.
Mais ce qui caractérise surtout la race Asandé, c'est le puissant esprit de conquête et de domination qui anime tous ses membres. Très courageux, persévérants, rusés, ils s'exercent dans leurs villages à jeter la lance et à tirer l'arc. Les grands sultans comme Sémio et Doruma peuvent mettre en lig^e plusieurs milliers de soldats, non organisés en bandes désordonnées comme les Bantus, mais en groupes de 5o à loo hommes disciplinés, placés sous les ordres d'officiers et agissant avec ensemble dans leurs opérations militaires. Aussi, n'est-il pas étonnant qu'entourés comme ils l'étaient au sud de faibles voisins, ils se soient avancés si loin dans cette direction.
Dans les pays Asandés ou dominés par ces derniers, vivent des tribus diverses, probablement vestiges des peuples aborigènes. Ce sont par exemple, chez Djabbir, les Abassangas, agriculteurs, pêcheurs et bateliers d'une endurance extraordinaire ; les pêcheurs Mobengués, qui tendent à disparaître ; chez Sémio les Akaris, cruels et poltrons, transformés par les Niam- Niam en bêtes de somme et se montrant d'une sobriété et d'une résistance extrême à la fatigue, etc.