‹ Traité méthodique de géographie du CongoChapitre 35 sur 118 · C. — LE PLATEAU DE LUNDA · texte numérisé non relu

C. — LE PLATEAU DE LUNDA

Le plateau de Lunda est presqu'entièrement occupé par les peuples de l'ancien empire de Muata-Yamvo, ou Lundas proprement dits. A l'ouest de ceux-ci vivent, dans les hautes vallées des affluents du Kassaï, les Kiokos.

Les Lundas formaient, il y a peu d*années encore, Timmense empire de Muata-Yamvo. allant de Touest du Kassaï au Lualaba. Mais la mort de son chef, tué dans un combat contre un de ses vassaux, semble avoir achevé la débâcle, qui menaçait depuis longtemps ce puissant état nègre.

Actuellement, toutes les tribus éloignées ont secoué le joug du grand chef, dont le royaume doit être considérablement réduit. Celui-ci était divisé en un certain nombre de provinces, gouvernées par des vassaux qui recevaient l'investiture de Muata-Yamvo. Le pouvoir de ce dernier n'est pas héréditaire. Il est élu entre les fils des principales épouses du roi et son élection, une lois ratifiée par une femme élue parmi les filles du roi, il détient le pouvoir absolu. La capitale, variant à chaque règne, est toujours cependant entre la Luisa et le Kobangi (i).

Les Lundas, plus grands et plus forts que leurs voisins Angolais, ont aussi le teint plus clair et les lèvres moins épaisses. A rencontre des hommes, les femmes se tatouent le corps et les bras. Ils portent le petit tablier de cuir, sauf les grands personnages qui se vêtent du pagne ou de la peau d'un fauve.

Beaucoup moins industrieux que les Bakubas leurs voisins, ils dépendent de ceux ci pour une foule d'objets. En dehors de la région septentrionale, qui est très fertile, ils sont généralement pauvres.

Parmi les tribus Lundas qui se sont rendues indépendantes, on peut citer celles du Lualaba et les Sambas.

Les Lundas du Lualaba forment les trois tribus principales de Chamalenge, Kazembé, et Musoko-Tanda qui est la plus importante. Ce sont des peuplades pauvres. Celles de Chamalenge vivent de pêche et sont en partie troglodytes. Celles de Kazembé extraient du sel.

Les Safîibas^qui occupent le plateau de ce nom, à l'ouest du Lubudi, forment quelques grands villages en amont de la Luina. Ce sont de grands forgerons, cultivant aussi beaucoup de manioc et récoltant le caoutchouc, qu'ils vendent aux traitants de Bihé.

Les Kiokos qui habitent à l'ouest des Lundas, sont en grande majorité répandus en dehors de l'Etat, mais ils descendent lentement vers le nord et abordent la frontière à l'ouest du Kassaï. C'est une nation aventureuse, intelligente et active. Quoique grands chasseurs, ils sont très pacifiques.

<x) Reclus, Géographie univirseîU*

D. LE MANYEMA.

Entre la grande forêt, le Lualaba et le Tanganika, s'étendent une série de peuples que l'on a groupés sous le nom de Manyémas.

Les Manyémas sont une race d'hommes solides et de femmes belles. Peu ou point tatoués, mais coiffés de façon fort compliquée, ils portent le long tablier de peau ou le pagne d'étoffe. La croyance aux fétiches est fort répandue. Leurs villages sont nombreux et les rives du Lualaba sont un des endroits les plus peuplés du Congo. Quoique cannibales convaincus, ils sont doux et bienveillants. Alors que sur les rives du Lualaba ils font peu, de cultures mais sont surtout pêcheurs et excellents bateliers, à l'intérieur s'étendent d'immenses plantations de manioc, de bananiers, de maïs et de sorgho cultivées avec soin. L'organisation du travail s'y ressent de l'influence arabe qui opprima le pays pendant plus de trente ans. Les Manyémas, sont pour la plupart fort paisibles.

Les Arabes originaires de Zanzibar avaient pénétré dans le pays vers 1866 pour y commercer. Par la force des armes, ils avaient bientôt substitué leur autorité à celle des chefs nègres et, groupant autour d'eux quelques centaines de noirs plus ou moins transformés à leur contact, s'étaient établis en maître dans le pays où ils avaient fondé les importantes villes de Nyangwé et de Kassongo, centres agricoles et de transit. C'est de ces points que rayonnaient leurs expéditions vers le nord, l'ouest et le sud-est, chassant l'homme et l'ivoire et fondant, dans la forêt, des postes tenus par des chefs secondaires.

E. L'URUA.

La totalité de TUrua est occupée par la puissante nation des Balubas, dont le grand chef, Kassongo- Niembo, réside à Kassongo, entre le Lomami et le Lualaba. C'est un empire allant du Lomami au Tanganika, divisé en un certain nombre de districts placés sous les ordres de « Kilolos »», gouverneur. Le pouvoir de Kassongo est absolu et il en use avec beaucoup de cruauté, entre autres dans ses condamnations judiciaires qui comportent presque toujours des mutilations. Mais l'empire des Balubas montre, lui aussi, des signes de décadence et la puissance du chef actuel est loni d'être aussi grande que celle de son père. Des guerres avec son frère, établi sur la rive gauche du Lomami, pour savoir (]ui possédera leur propre sœur, femme intelligente et énergique, a diminué son prestige et son autorité. Les vassaux profitant de la querelle et de l'éloignement de la province qu'ils gouvernent , s'abstiennent un à un de payer l'impôt.

Les Balubas sont de taille élevée ; ils soignent beaucoup leur coiffure et se vêtent d'un pagne d'écorce.Les femmes, fort jolies, joignent à leur beauté naturelle, une grande coquetterie. Elles se coiffent d'une façon rappelant beaucoup celle des européennes.

Les villages, presque tous fortifiés, sont remarquables dans la région nord, mais dans la vallée du Lualaba, les indigènes y vivent encaqués dans une malpropreté repoussante. Le lac Moaria présente quelques agglomérations lacustres. La densité de la population est extraordinaire dans la basse et la moyenne Lukuga. Plus riches et plus policés que les Lundas, les Balubas se montrent encore supérieurs à eux par leur intelligence et leur adresse au travail. Ce sont surtout des agriculteurs cultivant le maïs, le manioc, le millet, les arachides, etc. Certains riverains du Lualaba construisent même de remarquables travaux hydrauliques afin d'irriguer leurs cultures.

Toutes les tribus du Lualaba : les Lubende du Lubudi, les Shimaloa^ les Simbi d'Ankoro, les Buli de la Lukuga, sont indépendantes aujourd'hui.

Tout rUrua ainsi qu'une partie du Lunda,est parcourue par les Tu-Gombé, trafiquants venant du Bihé pour faire le commerce d'ivoire, de caoutchouc, et devenant selon les circonstances, marchands ou pirates. Connaissant très bien le pays, ils se rendent favorables, par des présents, les chefs importants et en profitent pour se livrer à une foule d'exactions. C'est contre eux surtout que sont dirigées les fortifications Balubas. (i)

Les Marungus. A Test des Balubas, sur les rives méridionales du Tanganika et dans Tintérieur, vivent les Marungus, peuples appartenant aux races les plus diverses et groupés en villages gouvernés par les anciens. Hommes et femmes se tatouent des pieds à la tète. Généralement de taille moyenne et peu avenants, ils sont beaucoup plus actifs que leurs voisins. Après avoir cultivé leurs champs pendant les quatre ou cinq mois de bonne saison, ils utilisent leurs loisirs à fondre et à forger le fer dont ils font des pioches, des haches, etc. Ils récoltent aussi le sel de deux ruisseaux salés qui traversent le pays. La vannerie et la poterie sont assez réj)andues.

F. LE KATANGA.

La plupart des populations du Katanga, qui comprennent toutes les tribus habitant à Test des Lundas et au sud des Balubas, formaient, il y a quelques années, un puissant état placé sous les ordres de Msiri. Ce chef, venu jadis du Guaragenza pour commercer, s'était établi dans le pays et, a3^ant épousé la fille du chef Katanga, succéda à celui-ci. Quelques guerres heureuses avaient encore étendu son royaume qui avait comme capitale Bunkeia. Il le gouvernait avec une tyrannie et une cruauté excessives. Bientôt une de ses tribus, les Basangas, se révoltèrent contre son autorité et, le roi ayant été tué, l'empire se désagrégea complètement et se trouve divisé aujourd'hui entre les Bayeck, les Basangas et les Bena-Mitumbas, D'autres tribus avaient toujours résisté aux tentatives de conquête de Msiri ; c'étaient les Balamotwosy les Lundas du Luapula, les Ba-Uchis, les Balambas, etc.

(x) L* Bollen, Lettres inédites.

Les Bayeck originaires du Guaragenze dont ils vinrent avec Msîri, sont répandus dans toute la plaine de la Lufira et surtout aux environs de Bunkeia. Anciens percepteurs des impôts de Msiri, ils sont peu aimés des autres populations. Ce sont de grands amateurs de fétiches. Leurs habitations n'ont rien de remarquable, elles forment des villages fortement palissades. Les femmes cultivent le sorgho, le millet, le maïs pendant que les hommes chassent et pèchent.

Les Basangas occupent les rives de la Lutira, de Tenké à Kalala- Gombé. Ils ont comme chef Katanga, homme sans intelligence et sans énergie qui n'a plus aucune autorité. Quoique ses sujets lui rendent encore hommage, ils reconnaissent pour chef, soit l'actif Tenké (i) soit Kalanguna. (s)

Jadis très puissants, puis dominés par Msiri, ils se révoltèrent les premiers contre sa tyrannie. La ville de Katanga, autrefois si riche, est réduite à une cinquantaine de cases entourées d'une palissade. L'immense étendue des cultures et les nombreux villages abandonnés indiquent cependant qu'ils furent florissants. Certaines des familles Basangas (les Kafunda-Mikopo) sont troglodytes.

Ce sont les Basangas qui ont la spécialité de récolter le sel des sources de Moachia. Ils en forment des pains qui sont l'objet d'un commerce très actif.

Les Bena-Mitumbas (fils de la montagne) habitent les rives de la Dikuluwé et les monts Mitumbas où ils vivent en troglodytes. Ce sont des peuples chasseurs.

Les Balamotwos semblent être de très anciens peuples, (i) Ils habitent les Kundelungu et la partie avoisinante de la plaine, se divisant ainsi en deux grandes familles : les Balamotwos proprement dits et les Bachilas.

Les Balamotwos sont des peuples troglodytes, vivant la plupart à l'état patriarchal (sans chef d'aucune sorte) dans leurs cavernes inaccessibles. Extrêmement farouches, sociables mais inhospitaliers, ils sont grands, agiles et parlent une langue absolument différente de celle de leurs voisins. Ils ne font aucune plantation et se bornent à chasser et à pêcher.

Les BachilaSy descendus des montagnes qu'ils occupaient jadis, habitent le versant est des Kundelungu vers le Moëro jusque Mpuéto. Ils sont agriculteurs.

Les Lundas du Luapula n'appartiennent pas aux Lundas du Kassaï. Ils résident en majeure partie hors du territoire de l'Etat. Quelques-unes de leurs tribus occupent le sud-ouest de Moéro.

Les Ba-Uchis, peuple énergique et fier du sud du Katanga (environs du Banguelo) sont groupés sous les ordres de deux chefs principaux : Chimion et Miélé-Miélé. Ce sont de bons forgerons, travaillant habilement le fer et le cuivre. De même que les Balambas, ils chassent avec ardeur le gibier, qui abonde dans le pays.

(z) Cornetf Mouvement Géographique.

(2) Brasseur, Belgique CoUmiaU*

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