INFLUENCE DU CLIMAT SUR LA COLONIE
L'importance du climat sur la nature et la valeur d'une colonie est énorme. Selon que ce climat sera analogue à celui sous lequel vit la race colonisatrice ou en difiérera, il lui permettra ou lui interdira le travail manuel ; le pays sera colonie de peuplement ou de plantation et dans ce dernier cas, le climat encore dira la variété et la valeur des cultures qu'on pourra y faire.
Nous venons de voir que le climat du Congo est trop différent de celui de la Belgique pour qu'il soit, au moins dans la majeure partie de son territoire, autre chose qu'une colonie de plantation et d'exploitation ; c'est-à-dire où les colons ne se livrent pas aux gros travaux, mais se bornent à diriger de grands établissements agricoles et à commercer avec les indigènes.
Mais il ne faut pas s'exagérer l'influence du climat tropical.
L'action de l'air chaud est simplement débilante et n'empêche pas la vie, la marche et même le travail en plein soleil. Le premier effet du climat tropical peut être stimulant : on éprouve une sensation de bien-
(i) Bulletin de la Société Royale de Géographie,
être inaccoutumée, de force et d'activité, Ton fait des marches que Ton n'oserait tenter en Europe, l'appétit est augmenté et on se sent armé d'une vigueur qu'on ne se connaissait pas. Mais bientôt cette ardeur fébrile s'éteint, pour faire place à une sorte de torpeur qui rend le travail pénible et fait languir toutes les fonctions (i). L'anémie commence à se montrer, moins dangereuse par elle-même, que par la moindre somme de forces qu'elle permet d'opposer aux maladies paludéennes qui peuvent se présenter dans la suite.
C'est contre cette anémie et contre la nostalgie qui arrive parfois aussi, qu'il faut réagir de toutes ses forces par une nutrition réconfortante et variée, un travail et des plaisirs modérés.
La question de confort entre ici en ligne de compte, c'est là un point important qui a déjà fait diminuer sensiblement la mortalité et qui en augmentant fera sentir son influence de plus en plus.
Mais les deux facteurs essentiels d'acclimatement au Congo sont l'âge et la race. C'est en pleine force, de 25 à 40 ans qu'on résiste le mieux. De 40 à 5o ans, tout en résistant parfaitement aux chaleurs, on fournit cependant une somme de travail moindre.
« Quant à la race, ce sont les hommes du midi et ceux du nord au tempérament méridional, qui ont le plus de chance de résister. La race espagnole est la seule qui s'acclimate et se multiplie sous la zone torride. C'est la race la plus mêlée de l'Europe, avec prédominance de sang Arabe.
Le joug espagnol pesa de longues années sur nos provinces, ce sang se mêla au nôtre ; peut-être faut-il attribuer à cette particularité la résistance aux maladies et l'activité des Belges au Congo. » (i).
(i) Dr. Heylen, Belgique coloniale.