LES FONDS
Les fonds ne jouent pas un rôle moins important dans les portraits que les ajustements et les draperies. C'est à l'instinct et à l'intelligence de l'artiste à déterminer la teinte qui conviendra le mieux pour faire valoir les carnations .
Les fonds gris ou de couleurs rompues, c'est-à-dii'e qui tenden t au gris (on sait que trois couleurs simples mêlées ensemble forment toujours une sorte de gris), sont préférables à des couleurs
brillantes. On peut toujours imaginer des gris clairs ou foncés tendant vers une couleur simple quelconque. Des gris froids tendent au bleu et au noir, des gris chauds tendent au rouge ou au jaune ; on comprend que si le teint d'une personne est trop haut en couleur, un fond sombre dissimulera cet excès, de môme qu'un fond clair déguisera une pâleur extrême. Les fonds de couleurs entières ne se rencontrent jamais dans les bons ouvrages.
La couleur de la chevelure est un guide certain pour choisir la valeur de ton et la couleur d'un fond de portrait ainsi que les accessoires et ajustements drapés destinés à environner les chairs.
Il y a, dans les personnes de l'un et de l'autre sexe, deux types d'individus à peau plus ou moins blanche et rosée dans certaines parties, l'un à cheveux blonds et ^ yeux bleus, l'autre à cheveux noirs et à yeux noirs. La juxtaposition des objets do toilette doit contraster heureusement avec la chevelure ou avec les carnations.
Chez les blonds, la couleur des cheveux, quand elle n'est pas d'une extrême pAleur qui lire sur le jaune de Naples mêlé d'ocre, étant un mélange de jaune et de brun que Chevreul considère comme de l'orangé rabattu, la couleur de la peau, quoique d'un ton plus bas, y est analogue, sauf dans ses parties vermeilles, et les yeux généralement bleus ou gris-bleu, sont véritablement les seules parties du visage qui forment avec l'ensemble un contraste de couleurs. Les parties vermeilles ne produisant avec le reste de la peau qu'une harmonie d'analogue, de nuance et non un contraste de couleur, et les parties voisines des cheveux ne formant qu'une harmonie d'analogue de gamme ou de nuance, il suit de l'aspect général du type blond, qu'il ne fournit que des harmonies d'analogue et non des harmonies de contraste.
Le 13^0 des personnes brunes, au contraire, fournit des hai'monics de. contraste prédominant sm- les harmonies d'analogue.
Le bleu do ciel dans les draperies, connu pour aller très-bien aux blondes, est précisément la couleur qui s'approche le plus d'être complémentaire de l'orangé (rabattu), fond de la teinte de leur chevelure et do leurs carnations. Le bleu est un ton froid, qui con-
ttaste heureusement avec la couleur chaude de la pèau. Ou choisirà donc un fond rompu plus foncé que les cheveux, si les cheveux sont très-clau"s, et d'un gris chaud qui participe de l'orangé, un gris roussâtre.
Deux couleurs regardées depuis longtemps comme se mariant bien aux chevelures noires et aux carnations brunes, le jaune et le rouge plus ou moins orangé, contrastent pareillement beaucoup avec la leur.
Le jaune et le rouge orangé contrastent par la couleur et le brillant avec le noir, et leurs complémentaires, le violet et le vert bleuâtre, en se mêlant à la teinte des cheveux, en rehaussent la beauté.
Les considérations expérimentales sur les couleurs démontrent qu'une di'aperie rose ne peut que nuire à une carnation rosée, la blanche lui est plus favorable. On peut interposer du blanc entre le rose et la peau avec avantage. Le vert tendre est favorable aux carnations blanches qui manquent de rose, et peuvent en recevoir du vert, par contraste.
Le vert foncé convient aux carnations plus rouges que roses.
Le jaune violacé une peau blanche ; il blanchit, au contraire, une peau trop jaune ; il est fade pour une blonde. Il peut faire paraître plus rosée une peau d'une teinte orangée, il produit ce bon effet sur les carnations brunes du type à cheveux noirs, et sied bien aux brunes en ce cas.
Lè violet, en contact avec les peaux blanches, les fait paraître verdâtres par le tonjauae qu'il leur jette, le jaune étant complément du violet.
Il rend encore plus jaunes les peaux jaunes et orangées, et pour peu qu'il y ait quelque peu de bleuâtre dans la carnation, il la verdit tristement, à moins qu'il ne soit très-foncé, comme du velours sombre, il y a, en ce cas, contraste favorable de tons.
Nous avons parlé plus haut du bleu comme draperies. Le bleu n'ira guère aux brunes.
L'orangé est trop éclatant pour être recherché. Il bleuit les blanches, blanchit les carnations orangées et verdit les peaux jaunes.
Le blanc de la percale convient aux peaux blanches et roséeâ ; mais il exalte les teints foncés.
Les étoffes claires et transparentes, comme les mousselines ou le^ gazes, les dentelles, les ruches, agissent comme des gris, très-agréablement; on en tire de charmants effets.
Les ajustements noirs, abaissant le ton des couleurs juxtaposées, blanchissent la peau; mais si les parties vermeilles ou rosées sont éloignées à un certain point par l'interposition de linge et d'étoffe-^ transparentes, comme certaines collerettes qu'on admire dans des portraits de Van Dyck, de Rubens ou de Velasquez, ils sont du plu^ heureux effet.
L'observation démontre que les coiffures ou chapeaux noirs, A plumes blanches, ou roses, ou rouges, conviennent aux blondes. Une coiffure blauc mat ne convient qu'aux ligures blanches et rosées-, sauf celles en gaze, cr^-pe ou tulle, qui conviennent à toutes les carnations.
Les coiffures bleu clair vont aux blondes, accompagnées même de fleurs blanches, ou même jaunes, mais non de roses ni diviolettes.
Les coiffures ou chapeaux verts vont aux blanches convenablement rosées, l'interposition de gazes blanches y serait plus agréable, ou d'une guirlande de fleurs blanches avec feuilles vertes.
La coiffure rouge ne serait admissible que très-intense de coloris; pour diminuer une teinte trop ardente.
Les coiffures jaunes, orangées ou violettes, ne seront jamais d'mi bon effet. Les noires et les blanches ont les mômes avantages et les mc^mes inconvénients signalés plus haut, à propos des draperies en contact avec la peau.
D'après les précédentes observations, on peut conclure que le portraitiste doit chercher, dans les modèles de ses portraits, la couleur qui y prédomine, afin d'employer tous les accessoires dont il dispose à faire valoir ses chairs par les contrastes de couleurs ou de tons. L'étude des harmonies de couleurs lui enseigne à équilibrer son coloris, ce qui prouve une fois de plus que tout est proportions dans la nature, dans le coloris, comme dans le dessin.
AQU.VRRLI.K. 5
Couleurs les plus essentielles :
Le blanc de gouache ou pastille de blanc de zinc.
Jaune de Naples.
Ocre jaune.
Vermillon.
Carmin.
Sienne brûlée.
Noir d'ivoire.
Indigo.
Bleu de Prusse.
Outremer .
Cette dernière couleur, introduite dans la plupart des demiteintes, leur donne une grande finesse et une grande transparence.
L'eau gommée est utile comme dans la miniature. Le parchemin, le carton, le bristol ou le papier vélin peuvent servir pour le portrait.
Ayez soin d'avoir pour garde-main du même papier ou carton dont vous vous servez pour votre ouvrage, et aussi un garde-main en papier buvard, pour étancher l'eau du pinceau.
Quelques artistes, après avoir esquissé, commencent par coucher partout généralement des aplats de la teinte lumineuse de chaque objet, ils attaquent ensuite leurs demi-teintes, qu'ils remontent à plusieurs reprises, ils couchent ensuite sur ces demi-teintes de nouveaux lavis destinés à colorer les parties occupées par l'ombre. Le premier lavis sert de lumière, le deuxième et le troisième donnent les demi-teintes et les reflets, et les suivants achèvent de donner aux ombres la force nécessaire. Ce procédé peut être bon pour les les commençants; nfais il est insuffisant. Il est bon d'oser de bonne heure s'accoutumer à un travail large, aux teintes abondantes, aux pinceaux plutôt gros que petits.