DE LA FIGURE EN GÉNÉRAL ET DES DIVERSES COLORATIONS DES CHEVEUX
Nous avons dit que votre esquisse devait se faire avec un crayoa de miuc de ploml) Rowiicy. Lorsqu'elle est terminée, vous prenez uu peu de cobalt que vous mélangez avec du brown-maddcr, et vous repassez avec votre trait, en le rectifiant et l'épurant; pour cette opération, votre pinceau ne doit contenir que peu de couleur, afin de ne rien perdre de sa fermeté, car il ne doit remplir ici que l'office d'un crayon.
Ensuite, vous prenez une légère teinte d'indigo, avec laquelle vous massez vos ombres, en ayant soin d'adoucir très-légèrement, avec votre pinceau à fondre, humide seulement et non mouillé, le contour de ce modelé .
Vos ombres étant établies, vous passez sur le tout un ton local ou teiut de chair, et ce n'est que plus tard, en terminant, que vous vous occuperez de la demi-teinte qui sert d'intermédiaire entre le ton local et l'ombre, et qui se fait en retouche et non pas en teinte.
Ce ton local, qui est la carnation plus ou moins chaudement colorée de l'individu, se compose d'une légère teinte d'ocre jaune, mélangée d'un peu de minium. Nous venons de dire que ce teint de chair ou ton local s'étend par-dessus tout, même sur l'ombre; néanmoins il faut ménager le blanc des yeux, et aussi, pendant que la teinte est encore fraîche, enlever, avec un pinceau presque sec, ce qui forme le dessous de la paupière inférieure où se trouvent ordinairement des tons fins et nacrés.
Si l'on n'a pas eu ce soin, on peut remédier au mal en enlevant légèrement, avec un petit chillon, lorsqu'on est arrivé à terminer.
La teinte incarnat qui se trouve sur les joues se fait avec de la
laque et un peu de minium; parfois une pointe de vermillon fait très-bien aussi; cela dépend de l'éclat plus ou moins vif qui distingue le modèle.
Le coloris des joues étant indiqué, on doit préparer les lèvres avéc de la laque et du vermillon; les oreilles, les narines doivent être glacées avec une teinte un peu plus rosée que le ton local; pour les retouches qui marquent le modèle des lèvres, l'intérieur des narines et des oreilles, il faut faire un mélange de terre de Sienne brûlée, de laque et de brown-madder ; on peut y ajouter une pointe de cobalt pour le rendre plus sourd.
En somme, ce mélange doit produire un ton rougeâtre obscur, mitigé par quelque chose de jaunâtre : la demi-teinte qui fait tourner les joues en se liant à l'ombre, se fait avec un peu de cobalt rompu avec une pointe de brown-madder; à ce ton vous ajoutez une parcelle d'ocre jaune, vous en retouchez les ombres les plus vigoureuses des paupières, vous faites les petites retouches, ainsi que celles qui doivent exister sous les masses de cheveux acconapagnant le visage. Le cou offre parfois dans l'ombre des tons roux qui doivent se faire en mettant un peu d'ocre jaune mélangée de terre de Sienne brûlée; si, au lieu d'être jaune roux, le cou présente un aspect verdâtre, il faut dans le mélange mettre plus d'ocre jaune et moins de Sienne brûlée, et comme la demi teinte de votre cou a dû être préparée avec de l'indigo ou du cobalt rompu légèrement, votre ton jaune mis par-dessus, vous donnera l'effet que vous voulez rendre.
Presque toutes les retouches d'une tête se font avec un pinceau peu rempli, et alors elles se fondent facilement avec l'autre pinceau, humide seulement. Avant d'en poser une seule, inspirez-vous bien de votre modèle, voyez quelle est l'inclinaison, la forme donnée à chacune d'elles, car telle retouche, mise sans soin et sans l'observation du modèle, gâte l'eftjt de votre tète ou le détruit, tandis que telle autre, mise avec esprit, avec sentiment, détermine la ressemblance et témoigne du goût et de la science de celui qui l'a comprise et exécutée ainsi.
Il est bien entendu que tout ce que nous venons de dire se rap-
porte à une carnation pure et fraîche, à un individu jeune et finement coloré.
Si l'individu était pâle (au cas où il s'agirait d'une figure de grande dimension ou d'un portrait), il suffirait d'aflaiblir toutes les teintes.
Si, au contraire, on avait à reproduire un teint méridional et chaudement coloré, au lieu d'ocre et de minium, vous mellrcz do la terre de Sienne brûlée, que vous modifierez, soit en y ajoutant un peu de laque, soit en y ajoutant un peu d'ocre ou de jauntt indien.
Si c'est une tète de vieillard ou de vieille femme que vous avez ù. reproduire, dans un tiers d'ocre ou de minium, ou d'ocre mitigée d'une pointe do laque, ajoutez un peu de sépia, et vous aurez un ton local, où le sang sera raréfié et qui tirera sur le grisùtre : il va sans dire que, pour les personnes basanées, les retouches doivent se trouver en rapport avec le ton local et comporter plus d'ocre que de terre, de Sienne brûlée ; au reste, il vous suffira do bien étudier votre modèle, vous y lirez peu A peu comme dans un livre de quel ton vous devez vous servir pour l'imiter.
Les yeux bleus se font avec un peu de cobalt, repiqué dans l'ombre avec du pain's-gray mitigé par du browu-madder; pour les yeux bruns, prenez de la terre de Sienne brûlée, brunie par de la sépia ou éclaircic avec un peu d'ocre, puisretouchez avec la sépia.
Les sourcils se font ordinairement avec le ton le plus vigoureux (les cheveux. Le dessous de la paupière supérieure est toujours un peu jaunâtre; une pointe d'ocre, mitigée par un peu de laque et lie cobalt, vous donnera le ton nécessaire.
La place de la barbe est bleuâtre : c'est avec la préparation d'indigo qu'il faut l'indiquer.
Les petites figures qui se trouvent dans les marines, les paysages ou les intérieurs, n'étant là, du moins pour l'ordinaire, que des accessoires, on doit en indiquer la masse seulement, c'est-à-dire eu établir franchement les ombres et ,les lumières, pour en bien rendre l'effet, mais on ne saurait les détailler sans faire mesquin et lourd.
11 ne s'agit donc, ainsi que votre modèle vous le dira, que de préparer les chairs avec un ton suffisamment vigoureux, et d'accentuer le nez, les yeux, la bouche, par un ton sourd composé de bfown-madder, de cobalt et d'un peu de terre de Sienne brûlée ; la partie ombrée du visage s'établira avec le même ton indiqué pour les têtes plus grandes, et enfin un peu de couleur rosée, rougeàtre, placée sur la partie colorée de la joue, suffira pour terminer vos figures de petites dimensions. Il n'est pas besoin de dire que plus les figures sont grandes, plus le travail doit être détaillé et se l'apporter à celui que nécessite un portrait.
Les cheveux blonds se massent avec du brown-madder mélangé de cobalt ; les masses lumineuses se couvrent d'une teinte de jaune indien ou d'ocre jaune mélangée de laque et d'un peu de cobalt; le même ton, plus fort, suffit aux retouches ; les vigueurs les plus accentuées se font en ajoutant une pointe de sépia et de Sienne brûlée.
Les cheveux bruns se préparent ainsi : pour masser les ombres, noir d'ivoire et sépia, revenir avec de la terre de Sienne brûlée, du brown-madder et du cobalt mélangés ; avoir soin de mélanger les lumières qui doivent être glacées avec du cobalt et du brownmadder ; dans les cheveux noirs ou presque noirs, mettre moins de terre de Sienne brûlée, et foncer le ton en sépia et en payn's-gray; en somme, les ombres doivent toujours renfermer un principe chaud et coloré, qui fasse valoir, par opposition, la finesse et la légèreté des lumières bleuâtres.