DU MÉLANGE DES COULEURS NÉCESSAIRES AUX DRAPERIES, VÊTEMENTS, ETC
Pour les linges et draperies blanches, on doit masser les ombres avéc une légère teinte d'indigo ; les demi-teintes s'obtiennent avec un mélange d'ocre et de cobalt, dans lequel on introduit une pointe
do laque. Si ces ombres ou ces demi-teintes demandent un peu plus (le vigueur que n'en peuvent fournir le cobalt ou l'indigo, on peut y ajouter une pointe de pain's-gray. Ces tons doivent èti-e réchauffés ensuite avec un mélange d'ocre jaune et de laque, car si l'on se servait d'ocre pure, les ombres et les demi-teintes étant bleuâtres, il en résulterait un ton verdàtre; la laque est donc li pour modifier l'ocre. Le ton local des di-aperies blanches est composé d'ocre jaune légèrement étendue; les lumières s'enlèvent à l'aide du chiffon ou du grattoir. Quelques retouches demandent à être faites avec du cobalt, auquel on ajoute un peu de vermillon.
Les draperies et étoffes rowjes. Masser avec un mélange de terre de Sienne briilée et de sèpia; ensuite avec le môme ton, plus clair, modeler les demi-teintes, puis, lorsque ces retouches sont bien sèches, mettre le ton local, composé de laque et d'un peu de vermillon et de jaune indien, le tout moditié pour en arriver i rendre l'aspect du modèle.
Les étoffes violettes s'obtiennent par les mêmes procédés que les draperies rouges, en ajoutant au ton local une pointe de cobalt, do bleu de Prusse, d'indigo ou do pain's-gray, suivant le besoin.
Les draperies lilas se font comme les draperies roses, en y ajoutant du cobalt ou du bleu de Prusse.
Les étoffes roses se massent avec le brown-maddcr et le cobalt ; éclaircir pour les demi-teinlcs, et faire le ton général avec de la laque rompue par une pointe de minium.
Draperies et étoffes bleues. Les ombres des étoffes bleues se massent avec un léger ton de sépia et de terre de Sienne jjrûlée; les demiteintes, avec du brown-madder et du cobalt.
Si le bleu que vous avez à rendre est clair et léger, faites le ton local avec du cobalt, soutenu par une pointe do bleu de Prusse, et ajoutez-y une parcelle de jaune indien, si le ton ([ue vous avez à reproduire est un peu criard. Dans le cas où il s'agira d'obtenir un bleu plus vigoureux, après avoir fait vos retouches plus fortes, mélangez du bleu de Prusse et de la laque pour le ton local. Le. drap, les molletons, les étoiles laineuses, demandent à être faits avec de l'indigo modilié par de la laque ou du brown-maddcr; les
retouches doivent en être faites avec la sépia, le payn's-gray et un peu de laque ou de brown-madder .
Draperies et étoffes vertes. Prenez, pour masser vos ombres, de la sépia et de la terre de Sienne brûlée, et le même ton plus clair pour vos demi-teintes.
Faites la teinte locale semblable à celle que vous devez copier, soit avec du bleu de Prusse et du janne indien modilié par un peu (le terre de Sienne brûlée, pour un vert foncé, soit avec un mélange lie bleu de Prusse, de vert-émeraude et de cobalt, auquel vous ajouterez du jaune indien si c'est un vert clair.
Pour les étoiles laineuses, les draps et molletons, pour les vêtements des marins et paysans, on procède de la même manière que pour le vert foncé, en remplaçant le bleu de Prusse par l'indigo, qu'on obscurcit avec la sépia, ou qu'on fait tourner au violet en y ajoutant soit du payn's-gray, soit du brown-madder.
Les draperies jaunes ; on mélange le noir d'ivoire et la sépia pour masser les ombres des étoiles jaunes.
Pour les demi-teintes, il faut employer le cobalt et le brownuiadder; la teinte locale s'obtient en mélangeant de l'ocre jaune et du jaune indien avec un peu de minium.
Les draperies noires ou brunes : masser vigoureusement les ombres avec du noir d'ivoire et de la sépia, et les ombres moins fortes, formant demi-teinte avec le même ton, plus léger; le ton local d'une draperie d'un noir froid et bleuâtre se fait avec le noir d'ivoire ou de bougie, mélangé de payn's-gray, de cobalt et d'une pointe de brun rouge.
Les lumières s'enlèvent avec le chilïon mouillé, jusqu'à ce qu'on en arrive à produire l'effet du modèle. Les satins et les velours ont des plis cassants et brillants qui s'obtiennent en les enlevant, comme nous venons de le dire ; seulement, les velours demandent un ton local moins bleuâtre que le satin. Les cachemires et toutes les étoffes laineuses doivent être d'un noir plus chaud et plus luat; le noir de bougie, le payn's-gray et le brun rouge mélangés rendent parfaitement ces sortes de noirs.
Les marrons, les bruns, le raisiri de Corinthe s'obtiennent avec
des adjonctions de terre de Sienne brûlée oa de laque mélangée de cob ait ou de sépia, réchauffée par de l'ocre ou brunie par du brown-madder et du payn's-gray.
Pour en arriver à composer tous ces tons au point nécessaire, il ne saurait y avoir de meilleur moyen que la scrupuleuse observation du m'odèle.
Quant à la connaissance parfaite des mélanges, elle s'acquiert par l'habitude, bien moins longue à arriver qu'on ne le penserait au premier abord Au bout de quelque temps d'études faites avec intelligence et bonne volonté, la palette vous deviendra familière à ce point que vous trouverez plusieurs manière de composer le même ton; mais, bien que ce soit une diCliculté vaincue, nous devons dire que celle-là n'est pas la plus grande. La justesse du coup (l'œil, le sentiment de la couleur, surtout dans les études d'après nature, le goût, le sentiment, l'esprit, qui se montrent dans la manière de faire, ce que les artistes appellent la façon, tout cela ne peut être appris A l'élève, et dépend avant tout de son organisation.
La pienc de fifl, entre autres, appelée galatonc en anglais, peut vous servir dans les draperies jaunes, dans les végétaliuns frappées du soleil ; enfin cette couleur [)eut aussi donner de la finesse et de la transparence dans les demi-teinl(!s jaunAtres des chairs.
Le smalt, d'un assez difficile em[)loi, trouve assez souvent sa place dans les ciels, et lorsqu'il a été employé dans votre modèle, vous ne pourriez en rendre l'eiïet par aucune autre couleur.
Le scarlcttcst un rouge magnili(iue, mais dont on ne saurait se, servir en teinte; il s'emploie parfois pour établir une vive lumière sur une draperie, pour frapper un bijou d'une étincelle brillante, etc. On ne doit pas le laisser dans la boite qui contient les autres couleurs, d'abord parce qu'il salière et peut noircir, ensuite parce que le moindre contact avec le fer ou l'acier le décompose, cl que la pointe d'un canif, d'un compas, ra|)proche d une plume de fer ou d'une paire de ciseaux, peut le faire foudre ou le détruire complètement. Tenez-le donc ci part, isolé, dans une boite, et qu'il en soit de même de votre blanc, dont vous ne devez vous servir que r l'.'cnn'at.
Nous avons dit que le papier Whatmann, avec un grain fin, est celui qu'on doit préférer pour la figure et pour tous les sujets pourvus de personnages d'une certaine dimension ; mais lorsque vous aui'ez à reproduire l'effet qui s'obtient sur le papier torchon seulement, et que, pour votre modèle, on s'en sera servi, il va de soimême que vous devrez vous en servir aussi.
Si nous n'avons rien cru devoir vous dire pour les perles et les dentelles, c'est parce que vous devez les traiter de la même façon que les draperies blanches, sauf la différence de la touche, qui fait ressortir les lumières des perles, qu'on peut empâter avec un peu de blanc, après en avoir marqué les ombres avec des tons gris et bleus, et les demi-teintes avec un ton jaunâtre.
Les aciers se préparent avec des bleus gris légers, revenus avec une pointe d'ocre, qui les verdit légèrement; leurs demi-teintes demandent parfois du noir mélangé dans le ton d'ombre. L'acier, comme le cuivre et comme tout ce qui est luisant et poli, doit avoir de très-vives lumièi'es, et participer de la couleur des objets environnants.
Nous ne quitterons pas la plume sans vous recommander aussi de ne jamais négliger les détails les plus petits.
Un joli effet dans le ciel, la brisure d'une feuille de quelque grande herbe placée au premier plan, une arrachure marquant la vétusté du mur, la boue du chemin qui s'est inscrite sur la chaussure du paysan, la poussière qui couvre d'un voile grisâtre certains détails du terrain, la paillette lumineuse qu'attache un rayon de soleil à la pointe de la baïonnette du soldat, rien de tout cela ne doit être omis, car ce sont ces détails qui donnent la vie aux imitations de la nature.