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Allan Kardec, Œuvres

sans jamais entrer dans des considérations aussi profondes.

Tout d’abord comment doit-on considérer l’homme vivant, tel que nous le voyons autour de nous sur cette terre ?

L ''homme est composé de trois principes bien distincts :

1° Le corps matériel, support et moyen d’action des deux autres principes ;

2° L’esprit, cause de la conscience, de l’intelligence et de la volonté ;

3° Entre ces deux principes opposés le périsprit ou lien lluidique qui relie l’esprit au corps, et qui accompagne l’esprit après la mort terrestre et lui sert de nouveau corps.

Allan Kardec étudie avec grand détail ce périsprit qui constitue le point le plus important des doctrines spirites.

Le corps, le périsprit et l’esprit, tels sont les trois principes qui forment l’homme incarné.

D’où vient cet homme et où va-t-il?

D’après la majorité des écoles spirites, l’âme humaine tend au perfectionnement indéfini. Le moyen de réaliser ce perfectionnement, ce sont les incarnations successives. L’âme, accompagnée de son périsprit, se réincarne autant de fois qu’il est nécessaire à son progrès

Entre chaque incarnation, elle flotte dans les espaces interplanétaires et peut entrer en communication avec ceux qui l’appellent.

Ceci nous amène à décrire ce qui se passe à la mort.

Au moment de la mort, le périsprit se détache progressivement du corps matériel, qu’il abandonne sur la terre comme un vêtement désormais inutile. Quand le lien qui

unissait le périsprit au corps est définitivement rompu, l’homme est mort pour les gens de la terre ; il vient de naître pour ceux de l’espace.

Pendant les premiers moments de cette séparation, l’esprit ne se rend pas compte du nouvel état où il est; il est dans le trouble , il ne croit pas être mort , et ce n’est que progressivement, souvent au bout de plusieurs jours et même de plusieurs mois, qu’il a conscience de son nouvel état. 11 se voit alors entouré de ses parents d’autrefois, de ses amis, de tous ceux qu’il croyait morts et qui sont maintenant les seuls vivants pour lui. Les vivants de la terre sont morts à ses nouveaux yeux. Doué par son périsprit d’organes plus subtils qu’avant sa désincarnation, il voit sa famille de la terre ou ses amis, il cherche à leur montrer qu’il est encore près d’eux, et pour cela il agit au moyen de son périsprit sur les objets matériels qui les environnent.

Il ne peut leur apparaître tel qu'il est sans qu’eux-mêmes ne s’y prêtent en alliant leur fluide magnétique (leur périsprit encore incarné) à son propre périsprit. Voilà pourquoi il en est réduit à agir sur la matière. De là ces coups, ces craquements multiples, ces phénomènes inexplicables, attribués machinalement à la chaleur, au froid ou aux influences météorologiques générales par ceux qui ne se doutent pas de la vérité.

Dans son nouvel état l’esprit progresse d’abord par ce qu'il voit, ensuite par les enseignements des autres esprits, enfin sous l’influence des bonheurs, des bonnes pensées et des prières de ses proches restés sur terre.

Cet échange des joies et des progrès entre le monde visible et le monde invisible constitue le fond de la morale du spiritisme, morale reconnue très élevée, même par les pires ennemis de ces doctrines.

Le monde invisible est donc formé par des esprits plus ou moins avancés, bons ou méchants, ignorants ou savants, ayant à leur disposition des fluides plus ou moins puissants au moyen desquels ils peuvent entrer en relations avec les vivants.

Ces relations s’établissent en général au moyen d’objets matériels que les esprits font mouvoir en se servant de leur périsprit combiné avec les fluides des assistants et surtout de l’être humain qui sert de médium.

Pour qu’un esprit se communique, il faut qu’il ait à sa disposition le périsprit d’un vivant et des organes matériels. C’est en alliant son périsprit à lui avec celui du médium que l’esprit peut se servir des objets matériels.

Ces objets matériels peuvent être des meubles (tables, chaises, etc.), qu’il met en mouvement. C’est le moyen généralement employé (phénomènes physiques).

D’autres fois l’esprit agit directement sur le médium endormi et se sert des organes matériels du médium pour se manifester. Dans ce cas on voit le médium changer l’expression générale de sa physionomie, le timbre de la voix habituelle change également .; c’est un esprit qui parle en se servant du larynx et des organes du médium en son lieu et place (phénomènes psychiques, incarnations ).

D’autres fois encore l’esprit peut se montrer aux vivants en condensant autour de lui de la matière. Il se matérialise (phénomènes fluidiques, matérialisations ; voyez les expériences à ce sujet de William Crookes).

Enfin dans d’autres cas l’esprit laisse des traces visibles de sa venue. Des objets matériels sont apportés à travers les murailles, des écritures sont directement projetées dans des ardoises ou sur du papier, et une foule d’autres phénomènes du même genre sont produits.

Ce sont là les principaux moyens qu’emploient les « es-

prits désincarnés » pour communiquer avec les vivants et pour montrer la réalité de leur existence.

Les personnes peu au courant de tous ces phénomènes se demanderont, en lisant ces lignes, si décidément ce ne sont pas des aliénés dangereux à qui est confiée la tâche d’exposer ici les idées des membres du congrès.

Quelques mots sont nécessaires pour rassurer ces susceptibles personnes.

Voir des choses que le commun des mortels ne voit pas journellement, entendre des paroles quand on est seul, voir apparaître des revenants et croire à leur réalité, ce sont là des signes évidents de dérangement cérébral pour nos bons médecins.

Ils ont raison s’ils veulent rester sur le terrain scientifique, et c’est aux spirites à leur répondre sur ce même terrain. Voilà pourquoi tous ceux qui ont étudié sincèrement ces phénomènes ont pris soin de remplacer les organes humains par des instruments enregistreurs purement mécaniques.

Là plus d’hallucination possible : le curseur qui grave des courbes sur le noir de fumée, ou la plaque sensibilisée qui enregistre une image, ne peuvent être hallucinés. Nous insistons longuement sur ces sortes de preuves, et c’est bien volontairement. Il n’v a pas en effet d’autre argument à opposer aux médecins contemporains, qui savent tous que l’hallucination d’un aliéné devient une réalité quand elle est contrôlée par des appareils mécaniques.

Toute personne qui à l’heure actuelle nie systématiquement les phénomènes du spiritisme (quelle qu’en puisse être du reste l’explication) fait preuve d’ignorance ou de mauvaise foi.

Revenons maintenant aux théories que nous avons abandonnées pour faire cette digression.

Nous avons montré les principales données de la doctrine spirite sur l’homme. Il nous reste peu de chose à dire.

V Univers est conçu comme formant une série d’étapes que parcourt l’esprit qui se perfectionne. Les espaces interplanétaires sont peuplés d’esprits désincarnés, et les différentes planètes de tous les systèmes sont peuplées d’esprits incarnés dans des corps plus ou moins parfaits suivant leur élévation.

L’unité de tous les univers et de toutes les humanités est ainsi proclamée par le spiritisme.

La question de Dieu est traitée d’une manière différente par presque toutes les écoles. Aussi nous abstiendronsnous d’entrer dans aucun détail à ce sujet, nous bornant à constater que la presque unanimité des spirites croit à l’existence de Dieu.

L’exposé très succinct d’ailleurs que nous venons de faire du spiritisme montre de suite quelles sont ses grandes qualités et quels sont aussi ses défauts.

Ses qualités proviennent de la simplicité, de la limpidité même avec lesquelles peuvent s’expliquer tous ces phénomènes inconnus des savants. Elles proviennent plus encore que de toute autre cause de la réalité absolue des 'phénomènes .

C’est là le point où le spiritisme est vraiment invulnérable. Les académies ont beau dire que ceux qui s’occupent de ces sciences sont fous, MM. L. Hahn et L. Thomas

ont beau consacrer au spiritisme dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales une étude quelque peu méprisante, ils sont bien forcés de constater que cette « folie épidémique » a gagné à l’heure actuelle plusieurs millions d’adhérents.

Les défauts du spiritisme proviennent surtout des exagérations auxquelles se sont livrés ses adeptes. Ne recrutant que peu de croyants dans les milieux scientifiques, cette doctrine s’est rabattue sur la quantité d’adhérents que lui fournirent les classes moyennes et surtout le peuple. Les « groupes d’études », tous plus « scientifiques » les uns que les autres, sont formés de personnes toujours très honnêtes, toujours de grande bonne foi, anciens officiers, petits commerçants ou employés, dont l’instruction scientifique et surtout philosophique laisse beaucoup à désirer. Les instituteurs sont des « lumières » dans ces groupes. Telle est l’origine de ces théories exagérées venant se greffer sur des phénomènes absolument vrais, nous ne saurions trop le répéter.

Nous verrons tout à l’heure qu’il semble incontestable que les âmes des morts aimés puissent être évoquées et puissent venir dans certaines conditions. — Partant de ce point vrai, les expérimentateurs à imagination active n’ont pas été longs à prétendre que les âmes de tous les morts, anciens et modernes, étaient capables de subir l'action d’une évocation mentale.

C’est alors que l’on imprima des « communications » de Caïphe, de Pilate et d’Hérode discutant contradictoirement avec Jésus-Christ. C’est alors que la « Vierge Marie » vint diriger en personne une série de groupes d’études. C’est aussi de par cette idée qu’on voit Victor Hugo perdre subitement tout sens de la poésie huit jours après sa mort et venir dicter des communications en vers de treize pieds

pleins de hiatus sur l’état actuel de son âme et le bonheur qu’il éprouve à converser avec ses « chers spirites » .

Il est dans le monde du spiritisme des hommes sérieux et instruits s’il s’y trouve des sectaires ignorants : ceux-là rougissent de ces exagérations outrées et cherchent à éviter le ridicule dont les couvrent les « frères » trop zélés. Ces hommes ont pour la plupart leur opinion faite et savent bien que l’âme de Platon n’a que faire des évocations d’un représentant de notre industrie nationale, ancien épicier ou concierge en retraite.

Les phénomènes spirites seraient-ils susceptibles d’être produits par d’autres influences que les âmes des morts?

Si ces influences existent, d’où proviennent-elles?

Telles sont les questions auxquelles la Science occulte nous permettra de répondre, lorsque nous aurons à étudier de notre mieux la question de savoir dans quels cas la communication avec les esprits est possible, étant admis que cette communication est possible.

Pour bien prouver que nous n’exagérons rien et que c’est dans l’intérêt même du spiritisme que nous signalons les excentricités de certains groupes nous citons in extenso le compte rendu d’une séance dans laquelle saint Jean, Jésus-Christ et Allan Ivardec, sans compter Marceau, firent leur apparition. On verra par cet extrait si nous avons raison ou non.

La Vie Posthume n’a cessé dès son premier numéro de crier guerre au mysticisme. Elle persiste plus que jamais à voir dans l’usage des prières à formules cataloguées, une aberration propre à déconsidérer le spiritisme. Vainement nous demandons-nous quels bons fruits peuvent bien attendre les partisans de ce mystique usage qui transforme en chapelles certains groupes spirites dits consolateurs ; quant à ses dangers, le récit suivant suffirait à lui seul à en démontrer l’évidence.

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