‹ Traité méthodique de science occulteChapitre 155 sur 454 · Fabre d’OIivet, Lang. hib. rest., p. 30, l. I · texte numérisé non relu

Fabre d’OIivet, Lang. hib. rest., p. 30, l. I

C’est par un hasard providentiel que l’œuvre de Moïse est retrouvée au fond d’un vieux coffre et qu 'Esdras comprend peu après tout le parti qu’il peut tirer du livre sacré.

Samarie avait été détruite, les tribus dispersées; le Sepher avait groupé autour de lui les Juifs de Jérusalem emmenés soixante-dix ans en captivité.

Aussi quand Esdras, accomplissant une seconde fois l’œuvre de Moïse, obtient la liberté des Juifs et les ramène à Jérusalem, il lui faut renverser une foule d’obstacles sans cesse renaissants.

Samarie était secrètement reconstituée, grâce à des éléments hétérogènes, par Babylone pour s’opposer à Jérusalem. Une copie du Sepher hébraïque avait été envoyée avec un prêtre dévoué à la cour.

Esdras vint à bout de tout.

Frappant ses adversaires d’anathème, il réunit une imposante assemblée de rabbins, constituant la Grande Synagogue, qui .approuve l’anathème et prête son aide au réformateur pour donner un caractère moins archaïque aux lettres du livre sacré, lettres déchiffrées avec peine parles Juifs revenant de captivité. Esdras joint au Sepher un recueil fait par lui-même et ainsi se constitue la Bible des Juifs. La grande Synagogue, qui avait déjà décidé la création des points voyelles dans l’usage vulgaire de l’écriture, approuva ce recueil.

Deux points sont dès maintenant importants à établir :

1° La preuve qu’Esdras n’est pas lui-même l’auteur du Sepher de Moïse ;

2° La perte de la connaissance réelle des caractères hébraïques du Sepher de Moïse par les Juifs à leur retour de captivité.

• « 1° Cette révision et ces additions ont donné lieu de

penser, par la suite, qu’Esdras avait été l’auteur de toutes les écritures de la Bible. Non seulement les philosophistes modernes ont embrassé cette opinion 1 qui favorisait leur scepticisme, mais plusieurs Pères de l’Église, et plusieurs savants l’ont soutenue avec feu, la croyant plus conforme à leur haine contre les Juifs2; ils s’appuyaient surtout d’un passage attribué à Esdras lui-même3.

« Je pense avoir assez prouvé par le raisonnement que le Sepher de Moïse ne pouvait être une supposition ni une compilation de morceaux détachés, car on ne suppose ni ne compile jamais des ouvrages de cette nature ; et quant à son intégrité du temps d'Esdras, il existe une preuve de fait qu’on ne peut récuser : c’est le texte samaritain. On sent bien, pour peu qu’on réfléchisse, que dans la situation où se trouvaient les choses, les Samaritains, ennemis mortels des Juifs, frappés d’anathème par Esdras, n’auraient jamais reçu un livre dont Esdras aurait été l'auteur. Ils se sont bien gardés de recevoir les autres écritures, et c’est aussi ce qui peut faire douter de leur authenticité4 ».

2° Appuyons bien sur cette importante vérité : la langue hébraïque, déjà corrompue par un peuple grossier, et d’intellectuelle qu’elle était à son origine, ramenée à ses éléments les plus matériels, fut entièrement perdue après la captivité de Babylone. C’est un fait historique dont il est impossible de douter de quelque scepticisme qu’on tasse profession. La Bible le montre % le Thalmud l’affirme6, c’est le sentiment des plus fameux rabbins7; Walton ne

t. Brolinbroke, Voltaire, Fréret, Boulanger, etc.

2. Saint Basile, Epist. ad. Child. Saint Clément d’Alexandrie, Slrom. I. Tertull, De habit mulier, c. xxxv. Saint Irénée, 1. XXXIII, c. xxv, etc.

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