EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE. — DIVISION DU SUJET
Dans l’étacle suivante nous allons résumer de notre mieux les enseignements et les traditions de la Kabbale.
La tâche est assez difficile, car la Kabbale comprend, d’une part, tout un système bien particulier basé sur l’étude de la langue hébraïque, et d'autre part, un enseignement philosophique de la plus haute importance, dérivant de ce système.
Nous allons faire tous nos efforts pour aborder ces divers points de vue l’un après l’autre en les séparant bien nettement. Notre étude comprendra donc :
1° Un exposé préliminaire sur l’origine de la Kabbale;
2° Un exposé sur le système kabbalistique et ses divisions, véritable cours de kabbale en quelques pages;
3° Un exposé sur la philosophie delà Kabbale et sur ses applications ;
4° Les textes principaux de la Kabbale sur lesquels sont bâties les données précédentes.
C’est la première fois qu’un travail de ce genre est présenté au public. Aussi nous efforcerons-nous de toujours nous appuyer sur des auteurs compétents lorsque les développements ne nous seront point personnels.
La Kabbale est la clef de voûte de toute la tradition occidentale. Tout philosophe abordant les conceptions les plus élevées que
puisse atteindre l’esprit humain aboutit forcément à la Kabbale, qu’il s’appelle Raymond Lulle1, Spinosa2, ou Leibniz3.
Tous les alchimistes sont kabbalistes, toutes les sociétés secrètes religieuses ou militantes qui ont paru en Occident : Gnostiques, Templiers, Rose-Croix, Martinistes ou Francs-Maçons, se rattachent à la Kabbale et enseignent ses théories. Wronski, Fabre d’Olivet et Éliphas Levi doivent à la Kabbale le plus profond de leurs connaissances et le déclarent plus ou moins franchement.
D’où vient donc cette doctrine mystérieuse?
L’étude, même superficielle des religions, nous montre que l’initiateur d’un peuple ou d’une race divise toujours son enseignement en deux parties :
Une partie voilée sous les mythes, les paraboles ou les symboles à l’usage des foules. C’est la partie exotérique.
Une partie dévoilée à quelques disciples favoris qui ne doit jamais être écrite clairement, si elle est écrite, mais qui doit être transmise oralement de génération en génération. C’est la doctrine ésotérique.
Jésus n’échappe pas à la règle générale pas plus que Bouddha; l’Apocalypse en est la preuve ; pourquoi Moïse serait-il le seul qui ait failli à cette règle ?
Moïse, sauvant le plus pur des mystères d’Égypte, sélecta un peuple pour garder son livre, une tribu, celle de Lévi, pour garder le culte; pourquoi n’aurait-il pas transmis la clef de son livre à des disciples sûrs?
Nous verrons en effet que la Kabbale enseigne surtout le maniement des lettres hébraïques considérées comme des idées ou même comme des puissances effectives. C’est dire que Moïse indiquait par là le sens véritable de son Sepher.
Ceux qui prétendent que la Kabbale vient d’Adam racontent tout simplement l’histoire symbolique de la transmission de la tradition d’une race à l’autre, sans insister sur une tradition plus que sur une autre.
d. Les adeptes de cette science (Kabbale) parmi lesquels il faut comprendre plusieurs mystiques chrétiens, tels que Raymond Lulle, Pic de la Mirandole, Reuchlin, Guillaume Postel, Henri Morus, la regardent comme une tradition divine aussi ancienne que le genre humain (Dictionnaire philosophique de Fi-anck).
2. Les ouvrages de Spinosa attestent une connaissance profonde de la Kabbale.
3. Leibniz fut initié à la Kabbale par Mercure van Helmont, fils du célèbre alchimiste, et grand kabbaliste lui-même.
Quelques savants contemporains, ignorant tout de l’antiquité, sont étonnés d’y trouver des idées profondes sur les sciences, et placent l’origine de tout le savoir au second siècle de notre ère, d’autres daignent aller jusqu’à l’école d’Alexandrie.
Des critiques prétendent même que la Kabbale a été inventée au xme siècle par Moïse de Léon. Un véritable savant, digne de toute notre admiration, M. Franck, n’a pas eu de peine à remettre ces critiques à la raison en les battant sur leur propre terrain1.
Nous nous rangerons donc à l’avis de Fabre d’Olivet plaçant l’origine de la Kabbale à l’époque même de Moïse.
Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moïse lui-même, prévoyant le sort que son livre devait subir et les fausses interprétations qu’on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une loi orale, qu’il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu’il chargea de transmettre dans le secret du sanctuaire à d’autres hommes qui, la transmettant à leur tour d’âge en âge, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée. Cette loi orale que les Juifs modernes se flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d’un mot hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en main.
Les livres les plus fameux qu’ils possèdent, tels que ceux du Zohar, le Bahir, les Medrashim, les deux Gemares qui composent le Talmud, sont presque entièrement kabbalistiques.
Il serait très difficile de dire aujourd’hui si Moïse a réellement laissé cette loi orale, ou si, l’ayant laissée, elle ne s’est point altérée comme paraît l’insinuer le savant Maimonides, quand il écrit que ceux de sa nation ont perdu les connaissances d’une infinité de choses sans lesquelles il est presque impossible d’entendre la Loi. Quoi qu’il en soit, on ne peut se dissimuler qu’une pareille institu-
d. Quand on examine la Kabbale en elle-même, quand on la compare aux doctrines analogues, et qu’on réfléchit à l’influence immense qu’elle a exercée, non seulement sur le judaïsme, mais sur l’esprit humain en général, il est impossible de ne pas la regarder comme un système très sérieux et parfaitement original. Il est tout aussi impossible d’expliquer sans elle les nombreux textes de la Mischna et du Talmud qui attestent chez les Juifs l’existence d’une doctrine secrète sur la nature de Dieu et de l'univers, au temps où nous faisons remonter la science kabbalistique (Ad. Franck).
tion ne fut parfaitement dans l’esprit des Égyptiens, dont ou connaît assez, le penchant pour les mystères.
La Kabbale, telle que nous la concevons, est donc le résumé le plus complet qui nous soit parvenu de l’enseignement des mystères d’Égypte. Elle contient la clef des doctrines de tous ceux qui allèrent se faire initier, au péril de leur vie, philosophes-législateurs et théurges.
De même que la langue hébraïque, cette doctrine a pu subir les vicissitudes nombreuses dues à la longue suite des âges qu’elle a traversés; toutefois ce qui nous en reste est encore digne d’une sérieuse considération.
Telle que nous la possédons aujourd’hui, la Kabbale comprend deux grandes parties. La première constitue une sorte de clef basée sur la langue hébraïque et capable de nombreuses applications, la seconde expose un système philosophique tiré analogiquement de ces considérations techniques.
On désigne dans La plupart des traités sur cette question la première partie seule sous le nom de Kabbale; l’autre étant développée dans les livres fondamentaux de la doctrine.
Ces livres sont au nombre de deux : 1° le Sepüer Jesirah, le livre de la formation qui contient sous forme symbolique l’histoire de la Genèse Maasseh ber eue kit.
2° Le Zouar, le livre de la lumière, qui contient également sous forme symbolique tous les développements ésotériques synthétisés sous le nom d'Histoire du char céleste : Maasseh merkabali *.
C’est encore au symbolisme qu’il faut rapporter les deux cabales des Juifs, la cabale Mercava, et la cabale Bereschit. La cabale Mercaca faisait pénétrer le Juif illuminé dans les mystères les plus profonds et les plus intimes de l’essence et des qualités de Dieu et des anges ; la cabale BereschitAui montrait dans le choix, l’arrangement et le rapport numérique des lettres exprimant les mots de sa langue, les grandis desseins de Dieu, et les hauts enseignements religieux que Dieu y avait placés. (de Brière.)
Merkabali et Bereschit, telles sont les deux grandes divisions classiques de la Kabbale adoptées par tous les auteurs.
Pour aborder les enseignements de la Merkabah, il faut connaître déjà la Bereschit et, pour ce faire, il faut connaître l’alphabet hébraïque et les mystères de sa formation.
Partant donc de cet alphabet, nous allons, aborder successivement