V. aux remarques
Trois mères, sept doubles et douze simples. Telles sont les vingt-deux lettres avec lesquelles est fait le tétragramme IEYE mm > c'est-à-dire Notre Dieu Sabaoth, le Dieu Sublime d’Israël, le Très Haut siégeant dans les siècles ; et son saint nom créa trois pères et leurs descendants et sept ciels avec leurs cohortes célestes et douze bornes de TUnivers.
La preuve de tout cela, le témoignage fidèle, c’est l’univers, l’année et l’homme. Il les érigea en témoins et les sculpta par trois, sept et douze. Douze signes et chefs dans le Dragon céleste, le Zodiaque et le Cœur. Trois, le feu, l’eau et l’air. Le feu au-dessus, l’eau au-dessous et l’air au milieu. Cela signifie que l’air participe des deux,
Le Dragon céleste, c’est-à-dire l’Intelligence dans le monde, le Zodiaque dans l’année et le Cœur dans l’homme. Trois, le feu, l’eau et l’air. Le feu supérieur, l’eau inférieure, l’air au milieu, car il participe des deux.
Le Dragon céleste est dans l'univers semblable à un roi sur son trône, le Zodiaque dans l’année semblable à un roi dans sa cité, le Cœur dans l’homme ressemble à un roi à la guerre.
Et Dieu les fît opposés, Bien et Mal. Il fît le Bien du Bien et le Mal du Mal. Le Bien prouve le Mal et le Mal, le Bien. Le Bien bouillonne dans les justes et le Mal dans les impies. Et chacun est constitué par le ternaire.
Sept parties sont constituées par deux ternaires au milieu desquels se tient l’unité.
Le duodénaire est constitué par des parties opposées: trois amies, trois ennemies, trois vivantes vivifient, trois tuent et Dieu, roi fidèle, les domine toutes du seuil de sa sainteté.
L’unité domine sur le ternaire, le ternaire sur le septénaire, le septénaire sur le duodénaire, mais chaque partie est inséparable de toutes les autres depuis qu’ Abraham notre père considéra, examina, approfondit, comprit, sculpta, grava et composa tout cela, et de ce fait joignit la créature au créateur. Alors le maître de l’Univers se manifesta à lui, l’appela son ami et s’engagea par une alliance éternelle envers lui et sa postérité, comme il est écrit : Il crut en IOAH (mm) et cela lui fut compté comme une œuvre de Justice. IL contracta avec Abraham un pacte entre ses dix orteils, c’est le pacte de la circoncision, et un autre entre les dix doigts de ses mains, c’est le pacte de la langue. IL attacha les vingt-deux lettres à sa langue et lui découvrit leur mystère. IL les fît descendre dans l’eau, les fit monter dans le feu, les jeta dans l’air, les alluma dans les sept planètes et les effusa dans les douze signes célestes.
REMAHQUES
Notre intention n’est pas, dans ces courtes observations, de faire un commentaire du Sepher Jesirah. Ce commentaire, pour avoir quelque valeur, ne peut être basé que sur le texte hébraïque dont la langue conservant encore sa triple' signification1 permet seule de rendre tout entière la pensée de l’auteur. Du reste les maîtres les plus éminents en occultisme, Guillaume Postel et l’alchimiste Abraham, ont fait, en latin, des commentaires excellents auxquels nous renvoyons le lecteur désireux d’approfondir ces questions.
Nous voulons borner notre ambition à éclaircir de notre mieux les passages trop obscurs, par des notes et par la traduction de deux ouvrages kabbalistiques trop peu connus: Les cinquante portes de l’Intelligence et Les trente-deux voies de la Sagesse.
D’une [façon générale on pourrait appeler le Sepher Jesirah le livre de la création kabbalistique plutôt que le livre kabbalistique. de la création. C’est en effet sur le nom mystérieux IOAH (n -rv) que le livre tout entier repose, et la création du monde par LUI- LES-DIEUX2se borne à la création toute kabbalistique des nombres et des lettres. Par là l’auteur du Sepher proclame, dès le début, la méthode caractéristique des Sciences Occultes : l’Analogie.
La forme que l’artiste donne à son œuvre exprime exactement la grandeur de l’idée productrice, il existe un rapport mathématique entre la forme visible et l'idée invisible qui lui a donné naissance, entre la réunion des lettres formant un mot et l’idée que ce mot représente ; aussi créer des mots c’est créer des idées et l’on comprend pourquoi le Sepher Jesirah se borne, pour raconter la création d’un monde, à développer la création des lettres hébraïques qui représente des idées et des lois.
« Le Sohar est une genèse de lumière, le Sepher Jesirah une
d. « Moïse a suivi en cela la méthode des Prêtres égyptiens ; car je dois dire avant tout que ces Prêtres avaient trois manières d’exprimer leur pensée. La première était claire et simple, la seconde symbolique et figurée, la troisième sacrée ou hiéroglyphique.... Le même mot prenait à leur gré le sens propre, figuré ou hiéroglyphique. Tel était le génie de leur langue. Héraclite a parfaitement exprimé cette différence en la désignant par les épithètes de parlant, de signifiant et de cachant. « (Fabre d’Olivet.) »
2. Traduction exacte du mot 75$ (Ælohim). Du reste, on peut voir au début du Sepher Jesirah Dieu désigné au pluriel.
échelle de vérités. Là s’expliquent les trente-deux signes absolus de la parole, les nombres et les lettres ; chaque lettre reproduit un nombre, uneidée etuneforme, en sorte que les mathématiques s’appliquent aux idées et aux formes non moins rigoureusement qu’aux nombres, par une proportion exacte et une correspondance parfaite.
« Par la science du Sepher Jesirah l’esprit humain est fixé dans la vérité et dans la raison et peut se rendre compte des progrès possibles de l'intelligence par les évolutions des nombres. Le Sohar représente donc la Vérité absolue et le Sepher Jesirah donne les moyens de la saisir, de se l’approprier et d’en faire usage. » (Eliphas Levi, Histoire de lu Magie.)
La loi générale qui va donner naissance au monde une fois créée sous le nom de IOAH1, nous allons lavoir se développer dans l’Univers à travers les dix Sephiroth ou Numérations.
Qu’expriment donc ces dix Sephiroth? Peu de termes ont donné naissance à plus de commentaires ; d’après les racines hébraïques de ce mot, je crois qu’on pourrait exprimer l’idée qu’il renferme, parla définition suivante : point d’arrêt d’un mouvement cyclique. Les dix Sephiroth ne seraient alors que dix conceptions à degrés différents d’une seule et même chose que les Kabbalistes désignent sous le nom d’En Soph, l’ineffable, qui représente l’essence divine dans sa plus grande abstraction et qui est désignée dans le nom (IEVE) par la première lettre droite I * (niï"V).
Le Sepher nous montre l’application de ces idées en se servant du même mot (EVE) (ITTH) combiné de façons différentes pour nous indiquer les six dernières Sephiroth (chap. I01').
1. Je crois rendre service aux lecteurs en publiant une partie du commentaire de Fabre d’Olivet sur ce nom mystérieux dont l’étude est, à dessein, à peine abordée par les écrivains en occulte :
« Ce nom offre d'abord le signe indicateur de la vie, doublé, et formant la racine essentiellement vivante EE (Hn). Cette racine n'est jamais employée comme nom et c’est la seule qui jouisse de cette prérogative. Elle est, dès sa formation, non seulement un verbe, mais un verbe unique dont tous les autres ne sont que des dérivés : en un mot le verbe
ï~nn (EVE) être-étant. Ici, comme on le voit, et comme j’ai eu soin de
l'expliquer dans ma grammaire, le signe de la lumière intelligible * (Vô) est au milieu de la racine de vie. Moïse, prenant ce verbe par excellence pour en former le nom propre de l’Être des Êtres, y ajoute le signe de
la manifestation potentielle et de l’éternité *1 (1) et il obtient HW (IEVE) dans lequel le facultatif étant se trouve placé entre un passé sans origine et un futur sans terme. Ce nom admirable signifie donc exactement l’Etre- qui-est-qui-fut-et-qui-sera. »
M. Franck, interprétant les Kabbalistes, dit aussi : « Quoique tous également nécessaires, les attributs et les distinctions que les Sephiroth exprimentne peuvent pas nous faire comprendre la nature divine de la même hauteur; mais ils nous la représentent sous divers aspects que dans le langage des Kabbalistes on appelle des visages ou des personnes1. »
Mais c’est Kircher qui va nous éclairer tout à fait en nous montrant dans une seule phrase l’origine des travaux modernes sur l’unité de la force répandue dans l’Univers, travaux poursuivis avec tant de fruit par Louis Lucas2; écoutons notre auteur:
« C'est pourquoi toutes les Sephiroth ou Nombres sont une seule et même force modifiée différemment suivant les milieux quelle traverse 3 .»
Bientôt la substance divine va, par de nouvelles modifications, donner naissance à des conceptions encore inconnues manifestées par les vingt-deux lettres. Ici les grandes lois qui régissent la nature vont apparaître une à une dans les applications analogiques qu’emploie l’auteur du Sepher en parlant de l’Univers, de l’année et de l’homme.
La première distinction apparaît dans la division ternaire des lettres qui se partagent en mères, doubles (exprimant deux sons, l’un positif, fort, et l’autre négatif, doux) et simples (n’exprimant qu’un son).
Cette idée de la Trinité se retrouve partout dans le Sepher. Elle est surtout bien développée dans le chapitre ni où l’on montre sa constitution; un positif (t£T) S le Feu; un négatif, l’Eau (Q) M; et enfin un neutre, l’Air A intermédiaire entre les deux et résultant de leur action réciproque.
Considérons chaque Trinité comme une seule personne et nous allons voir apparaître une Trinité positive, une Trinité négative et l’Unité qui les accorde dans le Septénaire comme le dit le texte:
« Sept parties sont constituées par deux Ternaires au milieu desquels se tient l'unité. »
De même le duodénaire est formé de quatre ternaires opposés deux à deux.
Dans ces quelques chiffres sont cependant contenues toutes les i