LES MÉTHODES EMPLOYÉES DANS LA TRANSMISSION DE LA TRADITION
§ 1 . l’ÉSOTÉRISME. — l’eXOTÉRISME. — LE CULTE.
Les idées que nous venons de développer touchant la Science des Égyptiens et sa transmission presque totale par la Kabbale ne peuvent manquer de choquer au plus haut point la plupart des contemporains. Cela tient à ce que nous avons parlé surtout de renseignement ésotérique du sanctuaire de renseignement réservé aux prêtres, aux docteurs ès sciences de l’époque.
Il fallait atteindre deux buts dans la transmission de cette science égyptienne :
1° Transmettre la science occulte de génération en génération par le moyen des hommes instruits dans chaque peuple. L’initiation était le moyen employé pour cette transmission (c’était là la méthode ésotérique ou du dedans, du sanctuaire).
2° Transmettre en même temps la science occulte par le moyen des ignorants de manière que, de quelque façon qu’on s’y prît, la tradition ne pût être anéantie. Les légendes religieuses étaient employées à cet effet ( c’était là la méthode exotérique, ou du dehors, de la foule).
Chacune de ces deux voies de transmission a ses méthodes particulières qu’il est important de bien définir.
La transmission par les hommes instruits seuls devait être surtout orale, mais, lorsque les circonstances forçaient à écrire les mystérieux enseignements, le choix des caractères était fait de telle sorte qu’il rebutait à jamais le profane.
De là l’obscurité proverbiale des livres kabbalistiques.
Cette chaîne de transmission secrète, qu’elle soit orale ou qu'elle emploie des caractères particuliers, constitue l’ésotérisme, — le côté intérieur de chaque doctrine, le côté véritablement occulte.
Il suffit de se reporter aux citations que nous avons faites de de Brière à propos des hiéroglyphes et de l’écriture sacrée pour voir que cette méthode mettait en jeu les facultés les plus élevées de l’homme et demandait pour être appliquée une grande instruction.
En possession des signes capables d’exprimer son idée, l’initié devait donc se plier à une considération importante : le choix de son lecteur futur.
Il fallait créer une langue s’adaptant d’avance à l’intelligence de celui à qui elle était destinée, une langue telle qu’un mot, ne présentant au vulgaire qu’un ensemble de signes bizarres, devînt pour le voyant une révélation :
« Bien aultrement faisaient, au temps jadis, les sages
d’Égypte quand ils écrivaient par lettres qu’ils appelaient hiéroglyphes lesquelles nul n’entendait qui n’entendît, et un chacun entendait qui entendît la vertu, propriété et nature des choses par icelles figurées.
« Desquelles Orus Apollon a en grec composé deux livres et Polyphile au songe d’amour en a davantage exposé. )> (Rabelais, liv. I, chap. ix.)
L’idée théorique qui présida au choix de cette langue fut celle de la gradation hiérarchique Ternaire, les trois mondes indiqués par Rabelais dans la citation ci-dessus.
Cette idée d’enfermer certaines connaissances dans un cercle spécial est tellement commune à toutes les époques que nous voyons, en ce siècle de divulgation et de diffusion à outrance, les sciences communes, mathématiques, histoire naturelle, médecine, s’entourer d’un rempart de mots techniques. Pourquoi s’étonner de retrouver le même usage en action parmi les anciens?
Reportons-nous au triangle des trois mondes faits-loisprincipes, et nous allons voir l’initié en possession de trois moyens différents d'exprimer une idée : par le sens positif . le sens comparatif ou le sens superlatif.
1° — L’initié peut se servir de mots compris par tous en changeant simplement la valeur des mots suivant la classe d’intelligences qu’il veut instruire.
Prenons un exemple simple tel que l'idée suivante :
Un enfant nécessite un père et une mère.
S’adressant à tous, sans distinction aucune de classes, l’écrivain parlera au sens positif et dira :
Un enfant nécessite un père et une mère.
S’il veut retrancher de la compréhension de cette idée les gens à l’intelligence matérielle, ceux qu’on désigne sous le ternie collectif de : le Vulgaire, il parlera au sens
comparatif, montant du domaine des faits dans le domaine des lois en disant :
Le Neutre nécessite un positif et un négatif .
L'Equilibre nécessite un actif et un passif.
Les gens qui sont versés dans l’étude des Lois de la nature, ceux qu’on désigne en général à notre époque sous le nom de savants , comprendront parfaitement le sens de ces Lois inintelligibles pour le paysan.
Mais faut-il retrancher de la connaissance d’une vérité ces savants devenus théologiens ou persécuteurs, l’écrivain s’élève encore d’un degré, il pénètre de plain-pied dans le domaine de la symbolique en entrant dans le monde des principes et dit :
La Couronne nécessite la Sagesse et !’ Intelligence.
Le Savant, habitué à résoudre les problèmes qui se présentent à lui, comprend les mots isolément, mais ne peut saisir le rapport qui les lie. Il est capable de donner un sens à cette phrase ; mais la base solide lui manque ; il n’est pas sûr d’interpréter exactement; aussi hausse-t-il les épaules quand des phrases analogues à celle-là lui apparaissent dans des livres hermétiques et passe-t-il outre en s’écriant : Mysticisme et Fourberie !
N’était-ce pas là le désir de l’écrivain?
La Kabbale et ses trois divisions Gématrie, Notarié et Thémurie nous montrent un exemple de cette méthode et de ses applications.
Nous retrouverons ce procédé dans toute l’histoire de la tradition, surtout lorsque nous aurons à parler de l' Alchimie et des livres de Philosophie hermétique.
2" — L’initié peut employer des signes différents suivant ceux à qui il veut s’adresser.
C’était cette méthode qu’employaient de préférence les
prêtres égyptiens qui écrivaient en hiéroglyphes, ou en langue phonétique suivant le cas.
Mais éclairons encore ceci par des exemples en employant, pour plus de clarté, la même idée que dans le premier cas :
Un enfant nécessite un />ère et une mère.
S’adressant à la masse, l’initié dira la phrase textuelle.
S’il veut restreindre le nombre des lecteurs, il abordera le Monde des Lois, et les signes algébriques compris du savant viendront s’aligner ainsi :
Soit le signe ce désignant le neutre, l’enfant, on écrira :
-yz nécessite -h et, — ou (-J-) + ( — ) — (oc)
S’il veut encore restreindre le domaine de la compréhension, il abordera les signes idéographiques correspondant aux principes et dira :
astrologiquement : 0 3 = £
ou géométriquement : | -\ = -f
Nous allons voir que ces signes, qui ont encore le don d’exaspérer les curieux, ne sont pas pris arbitrairement, mais qu’au contraire une raison profonde préside à leur choix.
De la. géométrie qualitative.
Rien n’est plus fastidieux que la liste des rapports entre les figures géométriques et les nombres qu’on trouve un peu partout dans les auteurs qui s’occupent de la Science occulte. Cette sécheresse vient de ce qu’ils n’ont pas jugé à propos de donner la raison de ces rapports.
Pour établir l’alliance des idées aux figures géométriques, il nous faut une base de développement solide,
connue déjà de nous. Le point de départ d’où nous allons partir, ce sont les nombres.
Il suffît de se reporter à la tin du chapitre n pour comprendre les développements qui vont suivre.
C’est de l’Unité que partent tous les nombres, et tous ne sont que des aspects différents de l’Unité toujours identique à elle-même.
C’est du Point que naissent toutes les figures géométriques, et toutes ces figures ne sont que des aspecls différents du Point U
L 'unité [I] sera analogiquement représentée par le point •
Le premier nombre auquel donne naissance 1, c’est 2. La première figure à laquelle donne naissance le point, c’est la Ligne.
Le deux [2| sera représenté par la Ligne
simple ou double — —
Avec la ligne une autre considération entre enjeu, c’est la direction.
Les nombres se divisent en pairs ou impairs, de même les lignes affectent deux directions principales.
La direction verticale | représente l’actif.
La direction horizontale — le Passif.
Le premier nombre qui réunit les opposés 1 et 2, c’est le Ternaire .‘L La première figure complète, fermée, c’est le triangle.
Lp trois [à] sera représenté analogiquement par
A partir du nombre 3, nous savons que les chiffres
I. La kabbale est fondée sur la même idée. Toutes les lettres naissent
d’une seule, \ tod, dont elles expriment tous les aspects comme la nature exprime les divers aspects du Créateur. (Voyez le Sepher Jesirah.)
recommencent la série universelle 4, c’est une octave 'différente de 1
Les figures suivantes sont donc des combinaisons des termes précédents, et rien de plus.
Le quaternaire [4] sera représenté par des forces opposées deux à deux, c’est-à-dire par des Lignes opposées dans leur direction deux à deux.
1 2 forces actives
[ 2 forces passives
Quand on veut exprimer une production produite par le 4, on fait croiser les lignes actives et passives de manière à déterminer un point central de convergence ; c’est la figure de la croix, image de l’Absolu.
Au chiffre cinq (5) répondra l’étoile à cinq pointes symbolisant l’intelligence (la tête humaine) dirigeant les quatre forces élémentaires (les quatre membres).
Sûr (6) =3 + 3= \7 =
les deux ternaires, l’un positif, l’autre négatif.
Sept (7) = 4 + 3 =