HERMÈS DÉVOILÉ
Par Cyliani.
dans lequel le secret tant cherché fut révélé à notre alchimiste par un « esprit planétaire ». A la suite de ce récit commence le traité suivant qui constitue presque à lui seul l’ouvrage de Gyliani.
Première Opération. — Mercure des philosophes.
Je pris de la matière contenant les deux natures métalliques ; je commençai par l’imbiber de l’esprit astral peu à peu, afin de réveiller les deux feux intérieurs qui étaient comme éteints, en desséchant légèrement et broyant circulairement le tout à une chaleur de soleil ; puis réitérant ainsi et fréquemment en humectant de plus en plus, desséchant et broyant jusqu’à ce que la matière eût pris l'aspect, d’une bouillie légèrement épaisse.
Alors je versai dessus une nouvelle quantité d’esprit astral de manière à surnager la matière et laissai le tout ainsi pendant cinq jours, au bout desquels je décantai adroitement le liquide ou la dissolution, que je conservai dans un lieu froid; puis je desséchai derechef à la chaleur solaire la matière restée dans le vase en verre qui avait environ trois doigts.de hauteur, j’imbibai, je broyai, desséchai et dissolus comme j’avais précédemment fait, et réitérai ainsi jusqu’à ce que j’eusse dissous tout ce qui était susceptible de l’être, ayant eu le soin de verser chaque dissolution dans le même vase bien bouché, que je mis pendant dix jours dans le lieu le plus froid que je pus trouver.
Lorsque ces dix jours furent écoulés, je mis la dissolution totale à fermenter dans un pélican pendant quarante jours, au bout desquels il se précipita par l’effet de la chaleur interne de la fermentation une matière noire. C’est alors que je distillai sans feu, le mieux qu’il me fut possible, le liquide précieux qui surnageait la matière contenant son feu intérieur, et le mis dans un vase en verre blanc, bien bouché à l’émeri, dans un lieu humide et froid.
Je pris la matière noire et la fis dessécher à la chaleur du soleil, comme je l’ai déjà dit, en réitérant les imbibitions avec l’esprit astral, les cessant aussitôt que j’apercevais la matière qui commençait à se sécher et la laissant ainsi se dessécher d’elle-même, et cela autant de fois qu’il fut nécessaire pour que la matière devînt comme une poix noire luisante. Alors la putréfaction fut totale, et je cessai le feu extérieur, afin de ne point endommager la matière en brûlant l’âme tendre de la terre noire. Par ce moyen la matière parvint au fumier de cheval, à son imitation ; il faut, suivant le dire des philosophes, laisser agir la chaleur intérieure de la matière elle-même.
Il faut ici recommencer le feu extérieur pour coaguler la matière et son esprit. Après l'avoir laissé dessécher d’elle -môme, on l’imbibe peu à peu et de plus en plus de son liquide distillé et réservé qui contient son propre feu, la broyant imbibée et desséchant à une légère chaleur solaire, jusqu’à ce qu’elle ait bu toute son eau. Par ce moyen l’eau est changée entièrement en terre, et cette dernière, par sa dessiccation, se change en une poudre blanche que l’on appelle aussi air, qui tombe comme une cendre, contenant le sel ou le mercure des philosophes.
Dans cette première opération, on voit que la dissolution ou l’eau s’est changée en terre et celle-ci par subtilisation ou sublimation se change en air pur.
Là s’arrête le premier travail.
On prend cette cendre que l’on fait dissoudre peu à peu à l’aide du nouvel esprit astral, en laissant, après la dissolution et la décantation, une terre noire qui contient le soufre fixé. Mais en réitérant l’opération sur cette dernière dissolution, absolument comme nous venons de la décrire précédemment, on obtient une terre plus blanche que la première fois, qui est la première! aigle, et l’on réitère ainsi sept à neuf fois. On obtient par ce moyen le menstrue universel ou le mercure des philosophes, ou l’azote, à l’aide duquel on extrait la force active et particulière de chaque corps.
Il est bon d’observer ici qu’avant de passer de la première aigle à la deuxième, ainsi qu’aux suivantes, il faut réitérer l’opération précédente sur la cendre restée, si le sel n’est pas, par le feu central de la matière, suffisamment élevé parla sublimation philosophique, afin qu’il ne reste après l’opération qu’une terre noire dépouillée de son mercure.
Faites bien attention ici qu’à la suite du gonflement de la matière dans la fermentation qui suit la dissolution, il se forme à la partie supérieure de ,1a matière une espèce de peau sous laquelle se trouvent une infinité de petites bulles qui contiennent l’esprit. C’est alors qu’il faut conduire avec prudence le feu, vu que l’esprit prend une forme huileuse et passe à un certain degré de siccité.
En rendant à la terre peu à peu la quantité d’eau nécessaire à sa dissolution, il faut avoir le soin de ne pas commencer à l’imbiber avant que la terre soit convenablement arrivée à sa siccité.
Aussitôt que la matière est dissoute, elle se gonfle, entre en fermentation et rend un léger bruit, ce qui prouve qu’elle contient en elle un germe vital qui se dégage sous forme de bulles,
Pour bien faire l’opération que je viens de décrire il faut observer le poids, la conduite du feu et la grandeur du vase.
Le poids doit consister dans la quantité d’esprit astral nécessaire à la dissolution de la matière.
La conduite du feu extérieur doit être dirigée de manière à ne pas faire évaporer les bulles qui contiennent l’esprit par une trop grande quantité de feu et à ne point brûler la fleur ou le soufre en continuant le feu extérieur, de manière à pousser trop loin la siccité de la matière après sa fermentation ou sa putréfaction, afin de ne pas voir le rouge avant le noir.
Enfin la grandeur du vase doit être calculée sur la quantité de la matière, de manière que celle-ci ne contienne qne 1 • quart ae sa capacité.
Entendez-moi.
N’oubliez pas aussi que la solution mystérieuse de la matière ou le mariage magique de Vénus avec Mars s’est fait dans le temple dont je vous ai précédemment parlé, par une belle nuit, le ciel calme et sans nuages, et le soleil étant dans le signe des Gémeaux, la lune étant de son premier quartier à son plein, à l’aide de l’aimant qui attire l’esprit astral du ciel, lequel est sept fois rectifié jusqu’à ce qu’il puisse calciner l’or.
Enfin la première opération étant terminée on a l’azote, ouïe mercure blanc, ou le sel ou le feu secret des philosophes. Certains sages la font derechef dissoudre dans la moindre quantité d’esprit astral nécessaire pour en faire une dissolution épaisse. Après l’avoir dissoute, ils l’exposent dans un lieu froid pour obtenir trois couches de sel.
Le premier sel a l’aspect de l’aine, le deuxième d’un nitre à très petites aiguilles, et le troisième est un sel fixe alcalin.
Des philosophes les emploient séparément, d’autres les réunissent ensemble comme l’indique A. de Villeneuve dans son Petit Rosaire fait en 1306 à l’article des « Deux Plombs », et les font dissoudre dans quatre fois leur poids d’esprit astral, afin de faire toutes leurs opérations.
Le premier sel est le véritable mercure des philosophes ; il est la clef qui ouvre tous les métaux, à l’aide duquel on exti’ait leurs teintures; il dissout tout radicalement, il fixe et mûrit pareillement tout en fixant les corps par sa nature froide et figeante. Bref, c’est une essence universelle très active; c’est le vase dans lequel toutes les opérations philosophiques se font. On voit donc que le mercure des sages est un sel qu’ils nomment eau sèche qui ne mouille pas les mains; mais pour s’en servir, il faut le dissoudre dans l’esprit astral, comme nous l’avons déjà dit. On emploie dix parties de mercure contre une d’or.
Le deuxième sel sert à séparer le pur de l’impur et le troisième sel sert à augmenter continuellement notre mercure.
Deuxième opération. — Confection du soufre.
La teinture extraite de l’or vulgaire s’obtient par la préparation de son soufre, qui est le résultat de sa calcination philosophique qui lui fait perdre sa nature métallique et la change en une terre pure; calcination qui ne peut avoir lieu par le feu vulgaire, mais seulement par le feu secret qui existe dans le mercure des sages, vu sa propriété double ; et c’est en vertu de ce feu céleste, secondé par la trituration, qu’il pénètre dans le centre de l’or vulgaire, et que le feu central double de l’or, mercuriel et sulfureux, qui s’y trouve comme mort et emprisonné, se trouve délivré et animé. Le même feu céleste, après avoir extrait la teinture de l’or, la fixe par sa qualité froide et figeante; et elle devient parfaite pouvant se multiplier en qualité ainsi qu’en quatité.
Cette terre une fois arrivée à la fixité affecte une couleur de fleur de pêcher qui donne la teinture ou le feu qui est alors l’or vital et végétatif des sages ; ce qui a lieu par la [régénération de l’or par notre mercure.
Il faut donc commencer à résoudre l’or vulgaire 'en sa matière spermatique par notre eau de mercure ou notre azote.
Pour y parvenir il faut réduire l’or en une chaux ou oxyde d’un rouge brun très pur, [et après l’avoir lavé[à diverses fois avec del’eau de pluie bien distillée à petit feu, on le fera légèrement sécher à une chaleur de soleil: c’est alors qu’on le calcinera avec notre feu secret. C’est à cette occasion que les philosophes disent: les chimistes brûlent avec le feu et nous avec l’eau.
Après avoir imbibé et broyé légèrement l’oxyde d’or bien calciné ayant son humidité et lui avoir fait boire son poids de sel ou de terre sèche qui ne mouille pas les mains, et les avoir bien incorporés ensemble, on les imbibera derechef en augmentant successivement les imbibitions jusqu’à ce que le tout ressemble à une bouillie légèrement épaisse. Alors on mettra dessus une certaine quantité d’eau de mercure proportionnée à la matière, de manière qu’elle surnage cette dernière; on laissera le tout à la douce chaleur du bain-marie des sages pendant cinq jours, au bout desauels on décantera la dissolution dans un vase que l’on bouchera bien, et que l’on mettra dans un lieu humide et froid.
On prendra la matière non dissoute, que l’on fera dessécher à
une chaleur semblable à celle du soleil ; étant suffisamment sèche on recommencera les fréquentesimbibitions et triturations, comme nous l’avons précédemment dit, afin d’obtenir une nouvelle dissolution, que l’on réunira avec la première en réitérant ainsi jusqu’à ce que vous ayez dissoustout ce qui peut être et qn’il ne reste plus que la terre morte de nulle valeur. La dissolution étant terminée et réunie dans le vase en verre bien bouché dont nous avons précédemment parlé, sa couleur est semblable à celle du lapis-lazuli. On placera ce vase dans un lieu le plus froid que faire se pourra pendant dix jours, puis on mettra la matière à fermenter comme nous l’avons dit dans la première opération, et, par le propre feu interne de cette fermentation, il se précipitera une matière noire; on distillera adroitement çt sans feu la matière, en mettant le liquide séparé par la distillation, qui surnageait la terre noire, dans un vase bien bouché et dans un lieu froid.
On prendra la terre noire séparée par distillation de son liquide, on la laissera se dessécher d’elle-rqême, puis on l’imbibera derechef avec le feu extérieur; c’est-à-dire avec le mercure philosophique, vu que l’arbre philosophique demande à être de temps en temps brûlé par le soleil et puis rafraîchi par l’eau.
Il faut donc faire alterner le sec et l’humide, afin de hâter la putréfaction, et lorsqu’on aperçoit la terre qui commence à se dessécher, on suspend les imbibitions, puis on la laisse se dessécher d’elle-même jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à une siccité convenable et l’on réitère ainsi jusqu’à ce que la terre ressemble à une poix noire: alors la putréfaction est parfaite.
Il faut ici se rappeler ce que nous avons dit dans la première opération, afin de ne pas laisser volatiser l’esprit 'ou brûler les fleurs en suspendant à propos le feu extérieur lorsque la putréfaction est totale.
La couleur noire que l’on obtient au bout de quarante ou cinquante jours toutes les fois que Ton a bien administré le feu extérieur, est une preuve que l’or vulgaire a été changé en terre noire, que les philosophes appellent leur fumipr de cheval.
Gomme le fumier de cheval agit par la force de son propre feu, pareillement notre terre noire dessèche en elle-même sa propre humidité onctueuse par son propre double feu et se convertit après avoir bu toute son eau distillée et être devenue grise, en une poudre blanche nommée air par les philosophes, ce qui constitue la coagulation, comme nous l’avons précédemment décrit dans la première opération.
Lorsque la matière est blanche, la coagulation étant terminée,
on la fixe en portant la matière à une plus grande dessiccation à l’aide du feu extérieur, en suivant la môme marche que nous avons suivie dans la coagulation précédente, jusqu’à ce que la couleur blanche soit changée en couleur rouge que les philosophes appellent l’élément du feu.
La matière arrive d’elle-même à un degré de fixité si grand, qu’elle ne craint plus les atteintes du feu extérieur ou ordinaire, qui ne peut plus lui être préjudiciable.
Non seulement il faut fixer la matière comme nous venons de le faire; mais il faut encore la lapidifier, en portant la matière à avoir l’aspect d’une pierre pilée, en se servant du feu ardent, c’est-à-dire du premier feu employé, et suivant les mêmes moyens précédemment décrits, afin de changer la partie impure de la matière en terre fixe, en privant aussi la matière de son humidité saline.
Alors onprocèdeà la séparation du pur, de l'impur delamatière; c’est le dernier degré de la régénération, qui se finit par la solution. Pour y parvenir, après avoir bien broyé la matière et l’avoir placée dans le vase sublimatoire, haut, comme nous l’avons déjà dit, de trois à quatre doigts, en bon verre blanc et d'une épaisseur double de celle ordinaire, on verse dessus de l’eau mercurielle, qui est notre azote, dissous dans la quantité d’esprit astral qui lui est nécessaire et précédemment indiquée, en graduant son feu de manière à l’entretenir à une chaleur tempérée, en lui donnant sur la fin une quantité de ce mercure philosophique comme pour fondre la matière. Par ce moyen on porte toute la partie spirituelle de celte dernière dans l’eau et la partie terreuse va au fond; on décante son extrait, et on le met dans la glace, afin que la quintessence huileuse se rassemble et monte au-dessus de l’eau et y surnage comme une huile, et l’on jette la terre restée au fond comme inutile, car c’est elle qui tenait emprisonnée la vertu médicinale de l’or, ce qui fait qu’elle est de nulle valeur.
Observez bien ici qu’il ne faut pas pousser la lapidification de la matière trop loin afin de ne pas changer l’or calciné en une espèce de cristal. Il faut avec adresse régler le feu extérieur pour qu’il dessèche peu à peu l’humidité saline de l’or calciné, en le changeant en une terre molle qui tombe comme une cendre, par suite de sa lapidification ou plus ample dessiccation.
L’huile obtenue ainsi par la séparation est la teinture, ou le soufre, ou le feu radical de l’or, ou la véritable coloration; elle est aussi le vrai or potable ou la médecine universelle pour tous les maux qui affligent l’humanité. On prend aux deux équinoxes de cette huile la quantité nécessaire pour teindre légèrement une cuil-
lerée à soupe de vin blanc ou de rosée dislillée, vu qu’une grande quantité de cette médecine détruirait l’humide radical de l’homme en le privant de la vie.
Cette huile peut prendre toutes les formes possibles et se former en poudre, en sel, en pierre, en esprit, etc., par sa dessiccation à l’aide de son propre feu secret. Cette huile est aussi le sang du lion rouge: les anciens la représentaient sous l’image d’un dragon ailé qui se repose sur la terre.
Enfin cette huile incommuable est le mercure orifique. Étant faite, on la partage en deubc portions égales ; on en conserve une partie à l’état d’huile dans un petit bocal en verre blanc, bien bouctié à l’émeri, que l’on conserve dans un lieu sec, pour s’en servir à faire les imbibitions dans les règnes de Mars et du Soleil, comme je le dirai à la (in de la troisième opération, et l’on fait dessécher l’autre portion jusqu’à ce qu’elle soit réduite en. poudre, ‘en suivant les mêmes moyens que j’ai indiqués précédemment pour dessécher la ' matière et la congeler; alors on partage cette poudre pareillement en deux portions égales; on en fait dissoudre une partie dans quatre fois son poids de mercure philosophique, pour imbiber l’autre moitié de la poudre réservée.
Troisième opération. — Conjonction du soufre avec le mercure des
philosophes.
C’est ici où les philosophes commencent presque tous leurs opérations, ce qui a induit beaucoup de personnes en erreur.
C’est aussi dans cette opération où l’on réunit le soufre des philosophes avec leur mercure. Presque tous les sages ont nommé fermentation cette dernière opération, vu que c’est dans celle-ci que de nouveau le soufre se dissout, qu’il fermente, se putréfie et ressuscite par sa nouvelle régénération avec une force décuple.
Cette opération diffère des deux précédentes, ce qui fait que les philosophes la composent de sept degrés auxquels ils ont attribué une planète.
Pour faire cette opération, il faut prendre la moitié de la poudre réservée dont je vous ai déjà parlé etl'imbiber peu à peu, vu qu’en l’imbibant en trop grande quantité on résout derechef le soufre en huile, qui se sublime en surnageant l’eau, ce qui empêche la réunion du soufre et du mercure, faute grave qui s’est opposée à la réussite de plusieurs philosophes. Il faut donc imbiber la matière goutte par goutte en l’aspergeant, afin d’opérer la réunion de la
Lune avec le Soleil des Anges en formant ensemble une bouillie épaisse.
Le feu externe, qui sert à faire ces imbibitions, est celui dont nous avons déjà parlé lorsque nous avons fait dissoudre le quart de l’huile orifîque réduite en poudre dans la quantité de mercure philosophique qui lui était nécessaire pour se dissoudre; ce feu extérieur se trouve réglé par la quantité de la matière.
11 faut ici avoir soin d’entretenir la matière dans un état d’onctuosité par les imbibitions réitérées autant de temps qu’il sera nécessaire pour faire gonfler la matière et la faire entrer en fermentation. Sa dissolution est terminée lorsque la matière affecte une couleur bleuâtre ; on appelle cette dissolution rebis ou double mercure et le degré du mercure. Cette dissolution est de suite suivie de la fermentation; alors on cesse les imbibitions et le feu extérieur, en laissant agir tout seul et de lui-même le feu intérieur de la matière, jusqu’à ce que la matière soit tombée au fond du vase, où elle devient noire comme du charbon; c’est alors que commence le premier degré appelé celui de Saturne et que l’on distille sans feu, le liquide surnageant la matière noire, en suivant la marche que nous avons décrite aux deux précédentes opérations.
On laisse sécher la matière noire d'elle-même, et lorsqu’elle est parvenue à un état de siccité convenable, on l’imbibe derechef avec le feu extérieur, en cessant les imbibitions quand on voit la matière commencer à se sécher ; on la laisse acquérir d’elle-même un certain degré de siccité, et l’on continue, en réitérant ainsi jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à sa putréfaction totale: alors on cesse le feu extérieur pour ne pas endommager la matière.
Par suite de l’action du propre feu de la matière, celle-ci de noire devient grise, sans que l’on soit obligé de lui administrer le feu extérieur: on est alors rendu au degré de Jupiter. C’est dans ce degré que l’on voit paraître les couleurs de l’arc-en-ciel, qui se trouvent remplacées par une espèce de peau d’un brun noir qui acquiert de la siccité, se fend et devient grise, entourée à la paroi du vase d’un petit cercle blanc.
La matière étant parvenue à ce point, on pourrait s’en servir comme médecine. Dans ce cas, il faudrait laisser sécher la matière et la faire devenir une poudre blanche, en employant les mêmes procédés déjà décrits pour obtenir cette couleur que l'on fera devenir rouge à l'aide du feu secret.
Cette médecine aurait alors une vertu décuple de la première dont j’ai parlé. Mais désirant s’en servir pour la transmutation des
métaux, après l’avoir bien desséchée, on n’attend pas qu’elle soit devenue blanche ; mais on la rend telle en l’amalgamant à parties égales avec du mercure vulgaire de commerce, purifié avec soin par distillation, bien sublimé et revivifié; il est le lait ou la graisse de la terre.
En effet, lorsque le mercure vulgaire est amalgamé avec la matière, le tout se dissout sous l’aspect d’un liquide blanc comme du lait, qui se trouve fixé par la matière en un sel fixe, par l’action de son propre feu.
Alors on recommence les lavations mercurielles qui la rendent blanche comme cristal, à l’aide de sept lavations différentes, à chacune desquelles on ajoute le mercure revivifié à partie égale comme je l’ai dit ci-dessus, puis par moitié, tiers, quart, cinquième, sixième et septième partie du poids de la matière fixée, afin que le poids de la matière soit toujours plus grand que celui du mercure revivifié employé.
Mais dès la première lavation à partie égale il faut ne pas cesser ni jour ni nuit le feu, c'est-à-dire les imbibitions du liquide distillé qui contient le feu de la matière, afin que celle-ci ne soit pas saisie par le froid et perdue : le composé est le laiton des philosophes , qu’il faut blanchir par de fréquentes imbibitions jusqu’à ce que le mercure amalgamé soit fixé par notre matière, secondé de son propre feu; ce qui termine le degré de Jupiter.
En continuant ainsi, le laiton devient jaunâtre, puis bleuâtre et le blanc le plus beau paraît dessus: alors commence le degré de la Lune. Ce beau blanc a l’aspect du diamant pilé, il est devenu une poudre très fine et très subtile; on a obtenu le blanc fixe; on en met sur une lame de cuivre rougie; si elle fond sans fumer, alors la teinture est suffisamment fixée. Dans le cas contraire, on lui administre le feu, en le continuant jusqu’à ce qu’elle ait atteint son degré de fixité convenable, et l’on s’arrête là, si l’on ne veut faire que la teinture au blanc, dont une partie transmue cent parties de mercure vulgaire en argent meilleur que celui de minière.
Mais désire-t-on faire la teinture rouge, il faut continuer le feu à la matière; sans l’avoir laissé refroidir, si l’on veut qu'elle puisse devenir rouge.
En reprenant l’administration du feu extérieur la matière devient très fine et si subtile qu’il est difficile de se l’imaginer; c’est pourquoi il faut bien diriger son feu afin que la matière ne se volatilise pas par la force du feu qui doit la pénétrer entièrement, mais qu’elle reste au fond du vase, en devenant une poudre verte. C’est alors le degré de Vénus.
En continuant avec sagesse le feu extérieur, la matière devient jaune citron: c’est le degré de Mars. Cette couleur augmente d’intensité et devient couleur cuivre. Rendue à ce point, elle ne peut plus augmenter d’intensité d’elle-même; c’est alors qu’il faut avoir recours au mercure orifique rouge, c’est-à-dire ànotre huile réservée, et imbiber la matière avec cette huile jusqu’à ce qu’elle soit devenue rouge: alors commence le degré du Soleil.
En continuant les imbibitious avec l’huile orifique, la matière devient de plus en plus rouge, puis purpurine et finalement du rouge brun, ce qui forme la salamandre des sages, que le feu ne peut plus attaquer.
Enfin on insère la matière avec la même huile orifique, en l’imbibant goutte par goutte, jusqu’à ce que l’huile du Soleil soit figée dans la matière et que cette dernière, mise sur une lame chaude, fonde sans fumée. Par ce moyen on a obtenu la teinture rouge et l’or fixe et figeant, dont une partie transmue cent parties de mercure en or meilleur que celui de la nature.
Multiplications.
Les deux teintures dont je viens de parler, blanche et rouge, sont susceptibles d’être multipliées en qualité et en quantité, lorsque ces teintures n’ont point été soumises à l’action du feu vulgaire, qui leur fait perdre leur humidité radicale, en les fixant en terre ayant l’aspect d’une pierre. Pour faire la multiplication de ces deux teintures, blanche et rouge, il faut répéter entièrement la troisième opération.
Il faut que les deux poudres blanche et rouge soient dissoutes dans le mercure philosophique, qu’elles passent à la fermentation et à la putréfaction, ainsi qu’à la régénération. Pour y parvenir il faut réitérer les imbibitions peu à peu, conduire le feu et le régler successivement comme nous l’avons précédemment décrit. A cette seconde multiplication une partie fait projection sur mille parties du mercure et les transmue en argent ou en or selon la couleur de la poudre, en métal parfait.
La multiplication en qualité se fait en réitérant la sublimation philosophique qui a lieu en séparant le pur de l’impur à l’aide du mercure philosophique, et l’on répète ponctuellement les manipulations de la troisième opération, après avoir desséché à l’aide du feu de la matière et réduit en poudre toute l’huile blanche si l’on opère au blanc et qu’une partie de l’huile rouge, si l’on opère
au rouge, afin de conserver l’autre partie pour s’en servir au degré de Mars et du Soleil, ainsi que pour insérer, comme je l’ai déjà indiqué, en opérant au rouge.
La multiplication en quantité se fait par l’addition du mercure vulgaire revivifié comme je l’ai précédemment dit. Si l’on désire faire en même temps la multiplication en qualité, il faut commencer, comme règle générale, par sublimer la matière en séparant le pur de l’impur, en desséchant en totalité, si l’on opère au blanc, ou par moitié si l’on opère au rouge, à l’aide du propre feu que l’on réglera de la même manière que je l’ai fait à la troisième opération, afin de les réduire en poudre que l’on divisera chacune en deux parties égales ; on en fera dissoudre une partie dans quatre fois son poids de mercure philosophique, qui servira à imbiber l’autre partie réservée en réitérant absolument la troisième opération.
On peut, si on le désire, réitérer ces manipulations jusqu’àdixfois: la matière acquerra à chaque fois une force décuple et sera si subtile qu’elle traversera le verre à la dernière fois en se volatilisant en totalité. On cesse ordinairement à la neuvième multiplication, où elle devient si volatile qu’à la moindre chaleur elle perce le verre et s’évapore, ce qui fait qu'il est d’usage de s’arrêter à la transmutation d’une partie sur mille ou dix mille au plus afin de ne pas s’exposer à perdre un trésor aussi précieux.
Je ne décrirai point ici des opérations très curieuses que j’ai faites, à mon grand étonnement, dans les règnes végétal et animal, ainsi que le moyen de faire le verre malléable, des perles et des pierres précieuses plus belles que celles de la nature, en suivant le procédé indiqué par Zacharie et se servant du vinaigre et de la matière fixée au blanc et de grains de perles ou de rubis pilés très fin, les moulant puis les fixant par le feu de la matière, ne voulant point être parjure et paraître ici passer les bornes de l’esprit humain.
l’alchimiste
Nous avons beaucoup parlé de la Pierre Philosophale; disons maintenant quelques mots de son heureux possesseur : l’Alchimiste.
Un se figure généralement cet homme vivant dans une recherche
perpétuelle de l’impossible au milieu des fourneaux ardents, dés crocodiles empaillés, des hiboux sinistres et des chats ensorcelés. Il suffît cependant d’ouvrir leurs livres, de voir la façon dont euxmêmes représentent leurs fourneaux et leurs laboratoires pour constater que c’est là une profonde erreur accréditée par les préjugés de la foule.
Le véritable alchimiste est un philosophe assez instruit pour traverser sans s’émouvoir les époques les plus troublées et les plus ^ difficiles1. 11 est le dépositaire sacré de toute cette science merveilleuse enseignée jadis dans les sanctuaires vénérés de l’Inde et de l’Égypte. Il faut qu’il sache assez la voiler pour échapper au regard jaloux du despote clérical qui flaire en lui l’ennemi et qui le surveille étroitement. C’est, quand l'Inquisition persécute impitoyablement toute trace de savoir, que le philosophe hermétique voile davantage ses écrits sous les symboles et les mystérieuses figures, pas assez cependant pour que le chercheur consciencieux ne puisse facilement comprendre. Voilà l’origine des obscurités voulues qu’on rencontre dans les ouvrages des adeptes.
Quel usage font-ils des richesses immenses que peut leur procurer la connaissance du merveilleux secret ?
Une des règles élémentaires de la science dite occulte, enseigne que, pour être maître de quelque chose, il faut savoir la considérer avec la plus grande indifférence.
Celui qui désire la Pierre Philosophale pour les richesses qu’elle procure et pour son bien matériel, a des chances considérables pour ne jamais la posséder.
Aussi la tradition ésotérique nous représente-t-elle l’alchimiste simplement vêtu et toujours en voyage, faisant l’aumône aux mendiants et aux rois et par là se montrant supérieur à ces derniers2.
Si nous en croyons les récits des contemporains, l’alchimiste Nicolas Flamel, possesseur de richesses immenses, les employait uniquement en fondations pieuses ou charitables et mangeait, ainsi que sa femme, des légumes bouillis, dans de la grossière vaisselle de terre.
Nous trouverons ces idées mises en pratique jusqu’en plein xixe siècle où l’alchimiste Cyliani (1832) ayant, raconte-t-il, découvert la pierre philosophale au bout de quarante ans de travaux, vécut en petit rentier bien modeste après avoir eu la tentation