Y. Ragon, la Messe et ses Mystères
4. Albert Pite, Moralis and Dogma of Freemasonry , Charleston, 1881, p. 340 et suiv.
puis les Vitraux de la Sainte-Chapelle ; enfin le Portail de Notre- Dame de Paris1.
Enfin le xix* siècle a vu naître plusieurs alchimistes convaincus. Citons d’abord Cyliani, auteur d'Hermès dévoilé (1832), dans lequel il affirme avoir découvert la Pierre Philosophale, et donne en style alchimique le moyen de la fabriquer. Il est curieux de voir ce style symbolique employé même de nos jours.
Après lui, nous devons citer Théodore Tiffereau, ancien préparateur de chimie à l’Ecole de Nantes, auteur d’un mémoire adressé à l’Académie, intitulé : Les métaux ne sont pas des corps simples {1853, in-8°).
Puis vient le moins sérieux de tous, Cambriel, auteur d’un mauvais traité portant le titre de l'Alchimie en 19 leçons 2.
Tels sont les représentants de l’alchimie à notre époque. En existe-t-il d’autres en Occident, existe-t-il des sociétés d’hermétisme? c’est ce que nous ne pouvons pas dire.
Cependant je puis parler d’une aventure entièrement personnelle qui m’est arrivée il y a deux ans à peu près.
Un alchimiste pratiquant .
A cette époque je poursuivais un travail qui n’est pas encore terminé. 11 s’agissait de réduire tous les termes d’alchimie en leur équivalent en chimie contemporaine. La tâche était aisée pour certains d’entre eux ; malaisée pour d’autres. Quand je ne pouvais m’y reconnaître par la seule théorie, j’en appelais à l’expérience. C’est ainsi qu’en sublimant un mélange d’azotate de potasse et de mercure, par le procédé alchimique, je remarquai qu’il se produisait trois sels d’aspect physique différent quoique de composition chimique identique. Ces trois sels étaient nettement indiqués par les alchimistes et pas du tout par les chimistes. C’est même cela qui m’avait poussé à tenter l’expérience.
Tout travail d’occultisme réveille par écho la filière d’idées qui lui correspond exactement dans les trois mondes ; aussi ne fus-je pas étonné quand je reçus inopinément la visite d’un homme d’environ quarante ans, bien mis et qui m’avoua s’occuper de la pierre philosophale depuis dix ans.
1. Yoy. le dessin et l’explication de l’hiéroglyphe alchimique du portail de Notre-Dame dans le Traité élémentaire de Science Occulte de Papus, planche VI.
2. Dernièrement M. Poisson vient de mettre au jour une excellente édition comprenant cinq traités d’alchimie avec plusieurs gravures.
Il prétendait avoir trouvé la direction du feu astral et s’engageait à montrer son action à la personne qui pourrait, non pas lui avancer de l’argent, il n’en voulait pas ; mais lui louer une petite maison pour un an, maison dont la personne resterait propriétaire. Cela lui permettrait de finir son travail à son aise.
Comme « mes appartements » se composent d’une chambre située près du ciel et que je consacre tout ce que je puis gagner à la diffusion de l’occultisme, j’étais dans l’impossibilité d’avancer les 1200 francs nécessaires à la satisfaction du rêve de mon alchimiste. Je le conduisis donc chez divers occultistes riches qui ne voulurent pas risquer la somme. Je l’aurais fait moi-même peutêtre rien que pour voir l’expérience promise, condition sine qua non du versement.
Pour me récompenser de mes efforts, l’alchimiste me fît cadeau d’une bouteille renfermant une substance blanche, d’odeur très pénétrante et douée de curieuses propriétés physiques.
Cette substance est tellement hygrométrique qu’une parcelle mise sur l’eau s’agite aussitôt violemment, rappelant un peu le sodium, mais sans jamais s’enflammer. Je n’ai pas encore eu le temps d’analyser cette matière d’origine organique, je pense.
Depuis mon alchimiste continue ses travaux. Il habite Winterthur dans la Suisse allemande et se nomme H. Etter. C’est un homme très sérieux et fort instruit en hermétisme. Si jamais l’un de mes lecteurs se promène de ce côté, il peut aller voir les expériences de ce « philosophe du feu ».
C’est là le seul alchimiste pratiquant que je connaisse, outre une association située aux environs de Goritz en Autriche.
J’ai fait la découverte vers la même époque d’un cordonnier, concierge dans une impasse de Ménilmontant, qui possédait la Bibliothèque d’alchimie la plus complète que j’aie jamais vue. Pris dégoût pour ces études, mon cordonnier, socialiste de l’école de Foürieret de Tourreil, avait acheté pendant trente ans ces volumes un à un chez les brocanteurs. Il avait, entre autres raretés, des manuscrits hermétiques de grande valeur. Aujourd’hui il a été réduit à vendre presque tous ses trésors. Il avait tout lu et tout annoté et était assez fort en occultisme, pour avoir complètement interloqué le vén.\ le jour de son initiation. Il n’a cependant jamais essayé la pratique de l’alchimie.
Notre monographie ne serait pas complète si nous terminions sans indiquer tout au moins les livres les plus utiles à ceux qui voudraient pousser plus loin ces curieuses études. C’est ce que nous allons tenter de faire.
YIL