A L'ÉTUDE DE L’OCCULTISME
Les plus grands des hommes de génie qu’ont vus naître les derniers siècles se sont intéressés à ce monde du merveilleux représenté par la Magie. Sans parler des Anciens, tous épris d’amour du mystère, il est facile de vérifier notre assertion dans l'œuvre mystique du Dante, construite d’après les clefs septénaires de la Kabbale ; dans les manuscrits de cet artiste prodigieux, doublé d’un savant éminent, qui fut Léonard de Vinci; dans les œuvres purement magiques de Shakespeare, Macbeth , Hamlet ou la Tempête ; dans les écrits de Goethe avouant qu’il s’est beaucoup occupé d’alchimie, et jusque dans la musique du grand Richard Wagner à qui le monde des enchantements a livré tous ses secrets. Et notre liste serait fort longue si nous voulions citer un à un tous ceux de notre siècle qui furent attirés par cette étude, depuis Balzac jusqu’à Edgar Poe.
Et qu’on ne vienne pas dire que les littérateurs ou
les philosophes seuls ont pris goût à ces rêveries. Newton n’a-t-il pas passé plusieurs années de sa vie à la recherche d’un mystère de la Kabbale chrétienne : le chiffre 666? Képler n’avoue- t-il pas que c’est la méthode analogique qui, par le rapprochement entre les lois musicales et l’astronomie, l’a conduit à son admirable découverte? Enfin Bacon, le défenseur de la méthode expérimentale, ne s’est-il pas occupé d’astrologie ?
Il est vrai qu’on prétend communément que tous les grands hommes perdent la tête sur la fin de leur vie. Pourquoi ? Parce qu’ils s’intéressent à ces études.
Pour nous, qu’un préjugé de plus ou de moins n’effraye guère, cette recherche indique surtout le besoin qu’a l’esprit humain de raisonner la foi et d’appliquer -aux données sentimentales les froides méthodes de la science.
La Science occulte prétend réaliser cet idéal.
Qu’est-ce que la Science occulte ?
Un corps de doctrine enseigné dans les Universités d’Egypte et transmis d'âge en âge, non sans subir de sérieuses mutilations. Ce qui constitue essentiellement la Science occulte, ce sont moins ses enseignements que sa méthode d’investigation.
Il est certes fort intéressant de constater que les anciens avaient une science tout comme nous autres, que cette science était enseignée sous le sceau du secret et après de sérieuses épreuves physiques et morales aux futurs membres des « classes dirigeantes ». Mais ce sont là en somme des recherches dont l’utilité ne semble pas immédiate.
Ce qui nous intéresse surtout au point de vue pratique, c’est cette méthode de \analogie qui, maniée avec prudence, peut nous être de la plus grande utilité.
Nous ne saurions trop insister sur ce point. La Science occulte vient offrir à ses disciples une méthode nouvelle, c’est-à-dire un merveilleux outil de travail.
On comprend de suite que si cet outil est manié par des ouvriers inhabiles, il ne pourra, malgré sa précision, que donner de très faibles résultats. Si, au contraire, celui qui tient en main cet instrument d’investigation sait l’employer avec intelligence, le résultat sera surprenant.
Avons-nous à l’heure actuelle réellement besoin de méthodes nouvelles? n’en possédons-nous pas assez pour nos besoins ?
Non ; et l’on verra de suite pourquoi.
L’amour de l’analyse à l’excès a conduit nos savants dans un domaine où la spécialisation s’impose de très bonne heure.
Les connaissances de détail accumulées à propos de chaque science sont telles qu’il faut se résoudre, ou à ne connaître que des données générales, ou à se spécialiser immédiatement.
Nous ne parlons pas de la nécessité de n’étudier qu’une seule science, les divisions vont bien plus loin et celui qui veut par exemple étudier « la Médecine » est bien obligé, s’il désire se donner tout entier à cet art, de se spécialiser bientôt dans « la Clinique » ou dans «la Physiologie » ou dans « l’Histologie » sans compter les mille spécialités que contient la clinique elle-même, etc., etc.
Le domaine qu’embrasse l’étude de l’Univers, d’après les procédés rigoureux de notre époque, apparaît donc à l’observateur impartial comme une immense cité où s’élèveraient des temples somptueux, image de chacune de nos grandes sciences. Dans ces temples une infinité de petites chapelles sont remplies de fervents qui luttent d’influence ou de mérite pour entrer dans le sanctuaire. Ces chapelles sont l’image de ces mille spécialités pour lesquelles se trouvent toujours des étudiants et des professeurs.
Mais de plan d’ensemble aucun. Les chapelles sont élevées au hasard dans chaque temple, les temples élevés sans aucun ordre dans la cité, si bien que l’étranger ne peut plusse reconnaître dans ce fouillis inextricable.
Pas de système d'ensemble. Pas de synthèse. C’est là ce qui manque vraiment à notre époque.
Est-il impossible de découvrir les jalons intermédiaires qui doivent réunir toutes les branches du savoir humain?
Est-il impossible de trouver en sciences naturelles une classification qui suive à tel point les lois de la nature qu’elle soit applicable aussi bien aux minéraux qu’aux végétaux et aux animaux qui semblent régis tous par la loi d’évolution ?
Les minéraux sont classés d’après leurs propriétés chimiques, les végétaux d’après leurs organes génitaux et les animaux d’après leur charpente. Comment voulezvous vous y reconnaître ?
Oken a donné un système bien curieux à ce propos
rattachant directement les sciences naturelles aux sciences
physiques par une classification basée sur les quatre éléments.
Oui, en plein xixe siècle, sur les quatre éléments ; mais si ces mots choquent trop nos chimistes, je dirai sur quatre laçons dont se comportent les corps simples d’après leur constitution atomique. En effet le cauboxe correspondant à la Terre est tétratomique, l’azote correspondant à l'Eau est triatomique, l’oxygène correspondant à l'Air est diatomique et l’iiydrogène correspondant au Feu est monoatomique1.
Les alchimistes, dont M. Berthelot étudie avec tant de compétence les travaux à l’heure actuelle, faisaient de la chimie vivante et concevaient les corps chimiques un peu comme nous concevons aujourd’hui les êtres organisés ; de là leur idée de la transmutation des métaux qui n’était, après tout, que du transformisme en action.
Un corps chimique était pour eux un être entier constitué comme tous les êtres par des organes et exerçant des fonctions.
Qu’avons-nous fait à l’heure actuelle? Nous avons disséqué ces êtres minéraux, nous avons fouillé la constitution de l'élément Eau , et nous avons mis dans des bocaux séparés les deux organes ou corps simples constituants : l’hydrogène et l’oxygène, et ainsi pour tous les autres.
Nous avons constitué, sous le nom de chimie, une anatomie du règne minéral; quand nous en serons à la physiologie nous reconnaîtrons que les alchimistes étaient encore nos maîtres.
Cette alliance des sciences physiques et des sciences naturelles, nous la trouverons, si nous voulons bien la
1. Cette correspondance étant basée sur les propriétés physiques des éléments ne répond pas en tous points aux rapports établis par l’ésotérisme.
chercher, dans les livres de ces vieux fous qui s’occupaient de Magie.
Toujours la Magie.
On avouera que j’y liens ; mais j’aurais peine à faire autrement si je ne veux pas sortir de mon sujet.
LA SCIENCE OCCULTE
On désigne par ce nom de Magie les pratiques en apparence surnaturelles exercées par les thaumaturges, initiés des temples de l’Inde ou de l’Egypte. La science enseignée dans ces temples était cachée aux profanes, de là son nom de Science occulte.
La Science occulte, avons-nous dit, peut être conçue comme un corps de doctrine enseigné dans les Universités de l’Égypte et transmis d'âge en âge, non sans subir de sérieuses mutilations.
Cette définition soulève de suite de très nombreuses objections.
Nos études classiques nous ont habitués à considérer les hommes éminents de l’antiquité comme de doux rêveurs, faisant beaucoup de philosophie et adorant aveuglément une foule de dieux aussi divers que les étoiles du ciel.
Aussi cette idée d’un corps de doctrine à tournure scientifique, d’une organisation hiérarchique de l’enseignement dans le monde païen, d’une transmission de cet enseignement à travers les âges, etc., bouleverse-t-elle nos conceptions à un tel point que, malgré tout, nous ne voulons y prêter aucune attention.
Voilà pourquoi nous avons consacré la plus grande partie de notre travail à accumuler en divers chapitres tout ce que nous avons pu trouver de positif à ce sujet.
Les prolégomènes (chapitres 1 et 2) sont consacrés à l’étude de ce corps de doctrine à tournure synthétique, basé sur le raisonnement par analogie.
Cette science existe, mais elle est du tout au tout différente de la nôtre par ses résultats. Ce serait folie que de rechercher dans l’ antiquité l’existence des appareils perfectionnés que nous possédons aujourd’hui ; aussi M. Franck a-t-il cent fois raison de s’élever, dans la lettre qu’il nous fait l’honneur de nous adresser, contre cette tendance à considérer la Science occulte comme l’origine et le point fatal d’arrivée de toutes nos connaissances. Mais en revanche, l’application de la méthode analogique à nos découvertes actuelles pourra produire des résultats fort curieux et surtout fort inattendus.
Si l’on n’accorde aux anciens que le mérite d’avoir connu les principes généraux de nos sciences, ce serait faire une injustice que de ne pas insister sur l’admirable façon dont était pratiquée l’unité de l’enseignement dans ce monde dit païen.
On sait bien que chaque peuple et même chaque cité avait ses dieux et ses prêtres, on sait encore que ces prêtres étaient des savants, ingénieurs, astronomes, ou médecins; maison ignore trop que ces savants étaient tous rattachés à un même centre et se reconnaissaient tous grâce à une langue sacrée connue dans tous les temples alors existants.
Chacun de ces temples représente une faculté régionale, une école préparatoire de philosophie, de droit, d’art ou de médecine. Mais toutes ces écoles sont reliées à une université qui seule confère les hauts grades, c’est-à-dire donne les connaissances nécessaires pour la direction des peuples ou des forces subtiles de la nature. Quelle preuve pouvons-nous donner de cette assèrtion ?
Ouvrez le premier livre d’histoire venu, le plus élémentaire des dictionnaires biographiques et cherchez où Lycurgue est allé apprendre l’art de gouverner les hommes : en Égypte ; où Pythagore est allé acquérir sa science prodigieuse ; en Égypte ; où Platon a connules fondements de son admirable philosophie : en Égypte. Voilà la réponse à notre question de tout à l’heure.
Et s’il s’élève quelque doute au sujet de l’existence d’une langue sacrée commune à tous les prêtres de tous les pays, les affirmations unanimes de trente-deux auteurs anciens collationnés par de Brière (voy. p. 388) viendront prévenir victorieusement toute objection possible.
Moïse est aussi un initié des temples d’Égypte et cette langue sacrée que nous pouvons croire perdue, nous la retrouverons, encore intacte après de longs siècles, dans le livre pour la conservation duquel Moïse sélecta un peuple indomptable et farouche.
La Kabbale nous enseigne les principes de l’enseignement occulte des sanctuaires de l’antiquité ; la Gnose renouvelle cet enseignement, et les efforts de toutes les sociétés hermétiques : Alchimistes , Templiers , Rose-Croix ou Francs-Maçons ne tendent que vers un seul but : la reconstitution de cette unité d’enfeeignement, de cette fraternité des intelligences, figurées sous le symbole de l’édification d’un temple universel.