Lenoir, la Franc-Maçonnerie, p
La quatrième partie du secret se rapporte au mythe solaire dont nous avons déjà parlé.
Enfin la cinquième partie retrace la lutte des instincts et de la volonté :
« La victoire des erreurs et des passions sur la vérité ou la vertu, et celle de la vérité ou de la vertu sur les erreurs et les passions figurées également par la mort et la résurrection d’Hiram (qui est vérité ou la vertu), lequel Hiram est frappé par trois compagnons scélérats (qui sont l’ ambition, le mensonge et Yignorance), tiré de la tombe et vengé par les neuf maîtres vertueux (qui sont lest’eWws et les devoirs maçonniques). »
3° Sens psychique. — Le plus important des sens qu’on peut attribuer à la légende d'Hiram est sans contredit celui qui a trait aux épreuves mystérieuses pratiquées dans tous les sanctuaires en vue du développement de l’ame du récipiendaire.
Le but tout entier de la légende se trouve renfermé dans cette mort du juste tué en secret et dans son éclatante résurrection.
Le principe de l’Univers qui préside à la destruction et au changement des formes, ce principe connu dans toutes les théogonies et désigné sous les noms de Siva, d’Ahriman, de Typhon, de Nabash,’ de Satan, a été merveilleusement défini par Fabre d’Olivet : le Destin.
L’arme la plus terrible que le Destin puisse opposer à la Volonté Humaine divinement toute-puissante, c’est la Mort. L’initiation à toutes les époques n’a voulu atteindre qu’un but : instruire l’homme et par là rendre le Destin impuissant dans ses attaques.
A chaque pas, le récipiendaire des mystères d’Eleusis était, menacé de la Mort et ce n’est qu’en montrant qu’il était toujours prêt à la subir qu’il atteignait aux dernières révélations. Une des épreuves les plus terribles qu’il eût à supporter était la suivante:
Deux verres étaient placés devant lui. Le grand prêtre lui disait:
« Fils de la Terre, un de ces deux verres contient un poison terrible. Si vraiment tu crois à l’au-delà, si tu n’as pas peur de mourir, choisis un de ces verres et bois. Puissent les Dieux te protéger ! »
En cas de refus, le récipiendaire était emprisonné jusqu’à sa mort.
Platon devint célèbre parmi les initiés pour le courage qu’il déploya dans cette épreuve.
La légende d’Hiram nous montre le développement de ce mys-1 tère dans ce sage qui meurt plutôt que de livrer son secret, et qui ressuscite immortel. A propos de l’histoire du grain de blé, nobs
avons assez insisté sur ce fait que la mort précède toujours la vie suivante, pour qu’on puisse ne voir dans la même loi appliquée à l’évolution de l’âme qu’une répétition analogique du même fait.
« En langage symbolique, on dit communément que la Mort est la Porte de la Vie : vérité peu connue de ceux qui possèdent le grade de Maître , quoique les emblèmes mis sous leurs yeux eussent dû les en instruire. On entend, par cette figure, que la fermentation, que la putréfaction précèdent la naissance et la donnent ; que, sans la première condition, la seconde ne peut avoir lieu ; qu’en un mot, pour que la génération s’accomplisse, il faut que les principes générateurs meurent, pour ainsi dire, qu’ils se dissolvent, se désunissent par la putréfaction. En effet, sans un mouvement interne et fermentatif, sans l’écartement, sans la désagrégation des parties environnantes, comment le germe pourrait-il se faire jour à travers les enveloppes qui le tiennent captif1 ? »
« Dans tous les mystères anciens, comme dans l’initiation maçonnique, le cérémonial de la réception figurait les révolutions des corps célestes et leur action fécondante sur la terre. Ce cérémonial faisait également allusion aux diverses purifications de l’âme pendant son passage à travers les planètes, où elle revêtait des corps plus purs à mesure qu’elle se rapprochait de sa source, la Lumière incréée. Les prêtres, qui présidaient à l’initiation, lui attribuaient la vertu de dispenser l’âme de l’initié de diverses migrations planétaires ; cette âme, à la mort de l'adepte, passait directement dans le séjour de l’éternelle béatitude 2. »
Tout ceci paraîtrait fabuleux à plus d’un franc-maçon si je n’avais pris soin de citer l’opinion d’un de leurs livres les plus sérieux : le Thuileur général.
Entrons cependant dans quelques détails au sujet de cette expo- ( sition de l’immortalité dans la légende d’Hiram.
Quand l’architecte du Temple est tué, les meurtriers l’enfouissent en terre et. marquent la place de son tombeau par une branche d’ Acacia. C’est elle qui guidera bientôt les maîtres dans leurs recherches. Que représente donc ce symbole ?
L’Acacia est l’analogue de l’Aubépine, de la Croix égyptienne et chrétienne et de la lettre hébraïque Vau qui veut dire Lien.
C’est le symbole du Lien qui unit le Visible à l’invisible, notre vie à la suivante ; en un mot, c’est le gage de l’immortalité.
1. Thuileur des trente-trois degrés de l’Ecossisme du rite ancien, dit accepté, p. 244.
2. Clavel, Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie, p. 54.
Le corps d’Hiram est en putréfaction ; mais sur lui s’élève la branche verte, couleur de l’Espérance, qui indique que tout n’est pas fini.
Admirons maintenant le génie des auteurs de la légende, qui mettent ce symbole parlant dans la bouche de tous les maîtres. Le franc-maçon a beau être athée, ne plus croire dans les transformations spirituelles de son être, il avoue lui-même, quoique à son insu, son ignorance et prouve qu’il ne comprend rien aux symboles . quand il dit :
L’acacia m’est connu 1 !
Vous connaissez l’immortalité, dites-vous ; alors pourquoi professer le matérialisme ?
Francs-Maçons qui vous moquez de la Science occulte, Francs- Maçons qui vous moquez des théories spiritualistes, revenez à la Légende du Grand Architecte du Temple mystique ; comprenez vos symboles et vous verrez combien paraissent ridicules vos formules positivistes proférées devant Y Étoile flamboyante l
Yous devez être les ennemis de tous les sectarismes ; craignez de devenir vous-mêmes sectaires.
Nous venons de passer en revue quelques-uns des sens que peut nous révéler l’étude de cette admirable légende d’Hiram.
Asmhole a changé en une branche d’Acacia l’antique palme dont Homère et Virgile ont doté les hommes deux fois nés : corporellement par la naissance terrestre, spirituellement par l’initiation psychique. Mais que ce soit une branche d’Acacia, d’Olivier, de Myrte ou une Croix qui se dresse devant l’investigateur, il doit voir partout le même symbole de la renaissance psychique et dire avec Asmhole et les Rose-Croix :
L’immortalité m’est connue !
i. Formule de reconnaissance du grade de maître.