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QUELQUES AUTRES DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES DES CHINOIS

Les Chinois ont connu également la cause du flux et du reflux de la mer, longtemps avant la découverte de Kepler ,

qui l’attribue à la force attractive que la lune exerce sur notre globe, et par laquelle elle attire les eaux de la mer. Yu ngan khi, auteur de l’encyclopédie intitulée Thang loi à han, écrivit cet ouvrage sous la dynastie des Thang, et par conséquent au moins avant la fin du ix° siècle. Il y cite un traité nommé We li lun , ou Discours sur la nature des choses, dans lequel il est dit que « la lune, étant le principe le plus pur de l’eau, influe sur les marées, qui sont petites ou grandes, selon la diminution ou la croissance de la lune ».

Yu tao ngan, auteur du xiT siècle, dit dans la préface de son Tableau des marées : « Que la marée s’accroisse ou se retire, les eaux de la mer n'augmentent ni ne diminuent. La cause de ce phénomène est dans la proximité de la lune, car les eaux vont ou viennent selon l’époque de la journée ; la lune tourne à droite, et le ciel a sa rotation vers la gauche; chaque jour il y a une révolution complète, dans laquelle cet astre s’approche des quatre points cardinaux. Ainsi, quand la lune est dans le voisinage des points de la boussole nommés mao (Lest) et yeou (l’ouest), les eaux croissent à l’est ou à l’ouest, et quand elle s’approche des points tsu (le nord) et ou (le sud), la marée reflue tranquillement vers le nord ou le sud. Ces changements et ces accroissements, qui vont et viennent en se succédant sans cesse, dépendent entièrement de la lune et nullement du soleil. » — Le même auteur ajoute : « Quand la lune, en marchant, s’éloigne du soleil, les marées sont hautes; mais vers la fin de la nouvelle lune, elles commencent à diminuer peu à peu, et c’est pour cette raison qu’on ne peut alors connaître leur force (ou mesure). »

Tclieou chouang , qui vivait du temps de l’empereur Kao tsoung, de la dynastie des Soung, composa, dans les

années Khian tao (de 11 65 à 11 73 de J.-C.), le Ling ngan tchi, ou la description de la ville de Ling ngan1 et de son territoire. Il y cite, sur le phénomène des marées, les différentes explications qui ont eu cours en Chine. « On lit, dit-il, dans le Kao li thon king (qui est une description de la Corée) : Le flux et le reflux, qui vont et viennenl à des époques fixes, sont produits par l’attraction que le ciel et la terre exercent mutuellement l’un sur l’autre. C’est de cette manière que les anciens ont toujours expliqué ce phénomène. Selon le Chan hai king (qui est une ancienne cosmographie fabuleuse), il provient du mouvement du poisson thsieou quand il sort et quand il rentre 2. Les livres bouddhiques veulent qu'il soit occasionné par les métamorphoses du dragon divin (le dieu de la mer) ; mais Theou chu moung , dans son traité sur les mers et les pics, dit que le flux et le reflux sont causés par l’influence plus ou moins grande de la lune. »

L’origine de l’imprimerie date, en Chine, des premières années du x° siècle. Cet art fut inventé dans le petit royaume de Chou , situé dans la province de Szutchhouen, lequel subsista depuis 891 jusqu’en 925 de J.-C., époque à laquelle il fut détruit par l’empereur Tchouang tsoung des Thang postérieurs. Les rois de Chou avaient déjà fait imprimer des éditions soigneusement revues des quatre livres de Confucius et quelques autres ouvrages et traités élémentaires destinés à l’instruction de la jeunesse. Sous le règne de l’empereur Ming tsoung des Thang postérieurs, dans la 2e des années Tchhang hing , ou 932 de J.-C., les

1. Ling ngan est la ville actuelle de Hang tcheou fou dans le Tchhe kiang. Elle était à cette époque la résidence des empereurs des Soung méridionaux. C’est le Quinsaï de Marco Polo.

2. Poisson fabuleux qui passe pour avoir plusieurs milliers de li de longueur, et habiter dans une caverne au fond de la mer. Quand il en sort, la marée monte, et quand il y rentre, elle baisse.

ministres Fung tao et Li gu proposèrent à ce prince d’ordonner à l’académie Koue tsu kian de revoir les neuf King' , de les faire graver sur des planches, imprimer et vendre. L’empereur adopta cet avis; mais ce ne fut que sous Tai tsou , de la dynastie des Tcheou postérieurs, dans la 2° des années Kouang chun , ou en 952, que la gravure des planches des neuf Ring fut achevée. On les distribua alors, et ils eurent cours dans tous les cantons de l’empire1 2. Ce n’est donc pas à Fung tao qu'il faut attribuer l’invention de l’imprimerie, quoique les imprimeurs chinois le révèrent comme leur patron.

Au Japon, cet art ne fut introduit que dans la 2" des années Ghen kiu (Yuan kieou), sous le règne du 83° Daïri Tsoutsi mikado-no in, c’est-cà-dire en 1205. Les caractères furent alors faits en cuivre, et on garde encore une quantité considérable de ces types à la cour du Daïri. On se servit aussi du bois de l’arbre Adzousa (en chinois Tsu , Dryaædra cordata), mais, comme il était trop mou, on le remplaça dans la 19° des années Kei tsiô (Kliing tchhang), sous le règne du 108e Daïri Go yô zei in , ou en 1614, par des tablettes de bois de cerisier, sur lesquelles on grave les ouvrages destinés à l’impression. Cette méthode est encore aujourd’hui la seule dont on se serve au Japon. Le papier fut importé de la Corée dans ce pays, l’an 601 de notre ère, par un prêtre bouddhiste nommé Don teô (Than tching), qui présenta du papier et de l’encre au 34° Daïri Soui ko ten o. Auparavant les Japonais se servaient de l’écorce intérieure de l’arbre Finoki (Thuya orientalis),

1. Sous la dénomination des neuf King ou livres classiques, on comprenait à cette époque le Y king, le Chou king, le Chi king, le Li ki, le Yo king, le Tchhun thsieou, le Lun yu, le Hiao king et le Siao hio.

2. Voyez Thoung kian kang mou, édition de 1707, Kiv. lvi, fol. 21 verso. — Encyclopédie japonaise, vol. VII, fol. 31. — Kiun chou pi khan de Yuan liao fan, édition de 1642, roi. I, fol. 46 verso.

sur laquelle ils traçaient les caractères avec une pointe de bois trempée dans du vernis.

L’imprimerie, originaire de la Chine, aurait pu être connue en Europe environ cent cinquante ans avant qu’elle n’y fût découverte, si les Européens avaient pu lire et étudier les historiens persans, car le procédé de l’impression employé par les Chinois se trouve assez clairement exposé dans le Djemaa et-teivarikk , de Râchid-eddin, qui termina cet immense ouvrage historique vers l’an 1310 de J.-C. En rendant compte des matériaux dont il s’est servi pour composer l’histoire des rois du Khataï, il dit : « Tous les livres qu’on y publie (au Khataï) sont très élégamment écrits, car chaque page de ces livres est nettement tracée sur une planche, et y est confrontée avec la plus grande exactitude par des savauts, qui en confirment le contenu par leur propre signature sur le dos de cette planche, qu’on remet alors aux meilleurs sculpteurs avec ordre de la graver. Quand les pages d’un livre sont terminées de cette manière, on ajoute à chaque feuille son numéro. Ces planches sont déposées dans les bibliothèques, et gardées, dans des boîtes cachetées, par des employés très circonspects et fidèles, exactement comme les poinçons de la monnaie. Ces employés y apposent leur cachet. Si quelqu’un désire avoir une copie du livre, il faut qu’il se rende à cet établissement, et paie une certaine somme aux gardiens, qui sortent alors les planches, et en impriment une copie sur du papier, comme s’ils se servaient d’un sceau d’or, et la lui remettent. De cette manière, il est impossible qu’un exemplaire d’un livre contienne plus ou moins que l’autre, etc. »

De tout cet amas de citations sur des objets si divers quelles conclusions devons-nous tirer ?

1° Que les anciens possédaient une science, fait inconnu de nos jours.

2° Que la partie historique de tous nos livres de physique, de chimie , d'histoire naturelle et de médecine est à refaire en rendant à l'antiquité la justice qui lui est due.

Les extraits de Dutens que nous avons accumulés en les groupant le mieux que nous avons pu, suffiront-ils à faire comprendre ces deux conclusions?

L’avenir nous le montrera.

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