Luys
Pour bien montrer la vitalité du mouvement, nous allons énumérer les forces en présence en cette année 1890, pour la France seulement.
1° Individualités et écoles
Stanislas de Guaita est le représentant de l’école hermétiste et le successeur direct d’Elipbas Levi. Albert Jhouney, l'abbé Roca, René Caillié , George Montière se rattachent de près ou de loin à ce même courant/
Joséphin Péladan a pris dans la littérature une place importante unguibus et rostro ; catholique ultramontain, il défend la Magie, la plus transcendantale dans ses œuvres, au risque d’aveugler le cléricalisme par excès de lumière.
Le marquis de Saint-Yves d' Alvey dre réalise la Synarchie dans le plan social éloigné de toute lutte active et travaillant en dehors de tous les partis. Il se rattache par ses œuvres au courant synthétique, illustré par Bailly, Dutens, Court de Gébelin et Fabre d’Olivet. F -Ch. Rarlet représente de nos jours ce courant.
La duchesse de P omar et la comtesse d' Adhémar représentent la Théosophie bouddhiste, mais la première s’est rattachée au christianisme dont elle étudie l’ésotérisme.
Le courant Templier est représenté par un ardent défenseur de la Gnose, Jules Stany Doinel.
Enfin, le courant scientifique, dérivé du Martinisme et de l’Hermétisme par Wronski et Louis Lucas, compte parmi ses principaux représentants P apus, Julien Lejay, et des littérateurs occultistes comme Jules Lermina, des orienta-
listes sérieux et non membres de la Société théosophique comme Augustin Chaboseau.
Tels sont les représentants de l’antique Science occulte dans toutes ses branches. — Voyons rapidement ceux des courants nouveaux.
Le Magnétisme n’a guère fait de progrès sérieux depuis du Potet.
A peine peut-on citer la découverte de la polarité humaine faite presque en même temps par M. Durville et le docteur Chazarain , et les travaux du colonel de Rochas , qui du reste représente plus spécialement le courant des savants indépendants s’occupant de toutes ces questions l.
Le Congrès Magnétique international de 1889 a montré les partisans du Magnétisme animal et de ses effets curatifs réunis en assises plénières. — L'abbé de Meissas,le colonel de Rochas , le comte de Constantin, le docteur Chazarain, Rouxel, représentent le côté théorique; Donato, Moutin , Durville, Reybaud, Auffinger, représentent le côté expérimental.
L’Hypnotisme continue, au contraire, ses découvertes.
Le docteur Luy s tient aujourd’hui la tête par l’application du transfert des maladies au traitement d’individus jusqu'ici incurables. Là où le magnétisme est obligé d’agir pendant deux heures consécutives par les passes, là où les médicaments échouent piteusement, le transfert, qui demande trois minutes à peine, arrive à des résultats stupéfiants. L’avenir est dans cette école.
L 'Ecole de la Salpêtrière et Y École de Nancy poursuivent
1. M. de Rochas vient de démontrer, en publiant les œuvres de Reichenbach, que ce savant avait découvert et expérimenté les lois de la polarité dès 1853. Batbitt l’avait donné vers 1884 d’après Reiebenbacb aussi.
quelques travaux analytiques, mais sans résultats thérapeutiques sérieux.
Enfin, notre énumération serait incomplète si nous ne citions pas le zouave Jacob , qui opère des cures incontestables par l’exercice de la théurgie. — Il nomme ainsi un mélange de magnétisme et de spiritisme.
Le Spiritisme piétine surplace depuis quarante ans. — Aucune découverte sérieuse n’a été faite par les successeurs d’Allan Kardec au point de vue expérimental. — Les seuls travaux poursuivis ont rapport à l’application aux théories spirites des découvertes faites dans d’autres domaines par les savants, surtout en Hypnotisme et en Physiologie psychologique. '
M. Leymarie dirige la librairie et la Revue spirites ; Gabriel Delanne travaille à l’application de nos sciences aux théories du Spiritisme; c’est un des rares écrivains scientifiques rattachés à ce mouvement. Camille Chaigneau,Léon Denis, Marius Georges , i)ime Lucie Grange défendent ces doctrines à des points de vue divers.
Si le Spiritisme lui-même n’a guère progressé depuis Allan Kardec, il n’en est pas de même du courant des recherches scientifiques auquel il a donné naissance.
Le chimiste anglais Crookes a ouvert la voie par une série magnifique d’expériences ; le docteur Gibier a poursuivi ces travaux en France, et maintenant c’est le colonel A. de Rochas qui reprend ces études au point de vue strictement scientifique. — Tous ces auteurs travaillent sans aucune idée préconçue, et aucun d’eux n’a formulé encore de conclusion détaillée.
Telle est en résumé la marche actuelle du mouvement considéré par écoles et par personnalités. — Mais le caractère spécial de notre époque c’est le groupement réalisé entre tous ces éléments qui, séparés, n’au-
raient pas plus abouti à un résultat que le mouvement de 1853.
2° Groupements.
Chacune dos écoles comprend un ou plusieurs groupes possédant généralement chacun son organe spécial.
A Paris, le Spiritisme a trois revues principales :
La Revue spirite avec M. Leymarie ;
Le Spiritisme de Gabriel Delanne ;
La Lumière de Mmo Lucie Grange.
Le Magnétisme, de son côté, publie :
Le Journal du Magnétisme de ]\L Durville ;
La Chaîne magnétique de M. Auflinger.
L’Hypnotisme compte :
La Revue d' H y pnolo g ie du Dr Luys.
La Revue d’ Hypnotisme de M. Bérillon.
Les divers courants de la Science occulte sont représentés :
Le courant socialiste chrétien kabbalistique par l’Étoile (René Caillié — Jhouney — abbé Roca).
Le courant théosophique chrétien ésotérique par l’Aurore (abbé Kalixt Mélinge — duchessesle Pomar).
Feu le courant indien néo-bouddhiste par le Lotus bleu , petite publication sans rédacteurs sérieux et vivotant de traductions faites Dieu sait comme.
Tous ces courants étaient destinés à se nuire mutuellement, comme en 1853, si un groupement général n’était essayé. — C’est à ce but que nous avons consacré tous nos efforts.
En 1888, nous fondâmes l’Initiation , revue synthétique qui comprenait des représentants de toutes les écoles. — 11 suffît de parcourir la liste suivante des rédacteurs pour y
reconnaître les noms des principaux chefs de chaque courant. — La fondation de la partie initiatique , dans la revue, empêchait de tomber dans les erreurs de l’éclectisme, le seul danger possible.