LE MOUVEMENT ACTUEL
Si quelque chose peut nous faire espérer en l’avenir de ces études, c’est le succès croissant du mouvement commencé il y a quelques années à peine.
11 y a sept ans la Science occulte n’était connue qu’à titre de philosophie très originale et par quelques-uns seulement, disciples d’Eliphas Lévi ou de Fabre d’Olivet. La tradition occidentale n’était pas interrompue; mais elle était conservée très secrète. Les écoles spirites et magnétiques continuaient leurs études, mais cantonnées chacune dans leur domaine spécial.
A l’heure actuelle, la Science occulte est prise en sérieuse considération par une pléiade de chercheurs appliquant la méthode analogique aux diverses branches de l’activité intellectuelle. Généralement la naissance d’une école
est caractérisée par l’application de théories plus ou moins révolutionnaires à la littérature, à l’art ou à la science pris séparément. Ce qui constitue le caractère tout particulier de ce mouvement déterminé par la Science occulte, c’est que partout il tend à faire preuve de vitalité.
En littérature c’est Joséphin Péladan initié par le docteur Péladan son frère, et répondant par une série d’écrits magiques, commencée en 1883, aux attaques féroces dont il est l’objet; c’est Léon Hennique appliquant dans Un Caractère J es données du spiritisme et dans sa pièce Amour les enseignements de la Science occulte; c’est Paul Adam rééditant le Sabbat et vivifiant de sa conception la tradition enseignée par Eliphas Levi ; c’est George Montière cachant les plus profondes vérités de la philosophie sous les ironiques plaisanteries du docteur Selectin; c’est Léonce de Larmandie, l'ami et le disciple de Péladan, étudiant l’ésotérisme de la forme en maints volumes.
En poésie c’est Émile Goudeau, c’est Jean Rameau, c’est Albert Jhouney, rendant les profonds enseignements du Zohar en d’admirables vers, c’est Paul Marrot, Robert de la Villeliervé, Ch. Dubourg, et Lucien Mauchel appliquant l’analogie aux développements les plus poétiques.
Émile Michelet fait une étude transcendantale d’esthétique: Y Esotérisme clans l'art (1890).
Les romanciers s’intéressent aussi à ces données nouvelles et nous devons à Jules Lermina, outre deux études
littéraires : A Brûler et T Elixir de vie , le résumé le plus clair qui ait été fait de la Science occulte : La Magie pratique. M. Lermina est un exemple de ce qu’on peut faire quand on veut joindre le travail assidu aux qualités du littérateur. Désirant connaître à fond ces questions, cet auteur n’hésite pas à travailler l’hébreu et le sanscrit en même
temps que les livres les plus ardus des maîtres de l’occultisme. Aussi en est-il aujourd’hui uu des représentants les plus instruits.
Enfin notre liste serait fort longue s’il nous fallait mentionner tous les littérateurs contemporains rattachés à ces idées comme Guy de Maupassant [le Horla ), Anatole France [Thaïs), Gilbert-Augustin Thierry [la Tresse blonde ), 1L de Maricourt [l'Œil du dragon , Batracien mélomane) , ou Iluysmans [Là-bas), etc., etc.
L’esthétique, dans toutes ses branches, compte des représentants parmi les étudiants de la Science occulte. Signalons pour mémoire les travaux d’Augusta Holmes, les morceaux de Ch. de Sivry et de Henri Welch sur la musique et les études de Joséphin Péladan et de son disciple F. Yurgey sur la peinture.
Et qu’on ne vienne pas me dire que les défenseurs de l’imagination s’occupent seuls de ces questions. Le mouvement, avons-nous dit, manifeste les traces de son action dans toutes les branches de l’activité intellectuelle môme les plus rigoureusement techniques. C’est ainsi que Charles Henry, qui a étudié sérieusement Wronski, applique ces données à ses travaux mathématiques ; Gérard Encausse applique la méthode analogique dans son Essai de physiologie synthétique. Albert Faucheux obtient un prix de l’Académie en appliquant cette même méthode à la pédagogie tandis que Horace Lefort revendique, d’après la tradition ésotérique, le retour au génie national dans son Erreur latine.
Partout le mouvement s’accentue ; en philosophie c’est F. Ch. Barlet, le plus savant et le plus modeste de tous les occultistes français, qui montre la profondeur de l’ésotérisme dans son Essai sur V évolution de Vidée; en sociologie c’est Julien Lejay qui met au jour son Essai de sociologie
analogique, œuvre vraiment magistrale ; en orientalisme c’est Augustin Chaboseau qui écrit Y Essai sur la philosophie du bouddhisme , montrant les rapports des deux traditions orientale et occidentale ; en histoire enfin, c’est Jules Doinel, l’archiviste du Loiret, ressuscitant la Gnose, c’est Marcus de Yèze étudiant l’Egyptologie dans ses rapports avec la science ésotérique, c’est Napoléon Ney dévoilant la possession de l’occultisme par les Sociétés secrètes musulmanes , c’est le docteur Delézinier restituant les origines de la chimie par l’étude approfondie de la philosophie hermétique, c’est Albert Poisson expliquant enfin les théories et les symboles des Alchimistes.
Nous n’avons parlé que de ceux qui étudient la Science occulte au point de vue de ses applications ; rendons maintenant justice aux occultistes militants, aux représentants les plus autorisés de la tradition occidentale.
La marquis de Saint-Yves d’Alveydre, disciple de Fabre d’Olivet, ne peut être considéré comme un partisan absolu des idées défendues par l’occultisme. Cet auteur éminent s’occupe principalement de la science ésotérique dans ses rapports avec le gouvernement des peuples.
Eliphas Lévi a trouvé un successeur de la plus haute envergure dans la personne de Stanislas de Guaita. Le style irréprochable et coloré de l’auteur de Au seuil du Mystère et du Serpent de la Genèse , sa science profonde et sa merveilleuse érudition en font le représentant le plus élevé de la Science occulte considérée dans ses développements philosophiques.
Les études de Lavater et de Desbarolles sont renouvelées sous le point de vue synthétique par Gary de Lacroze dans son Traité exotérique de Divination , et G.Vitouxdans son Occultisme scientifique établit au mieux l’état de la question en ces dernières années. Signalons au dernier
moment l'apparition prochaine d’un livre de vulgarisation de la Science occulte par Phjtoff. Nous ne savons ce que vaut le livre'; nous le signalons pour montrer que la vulgarisation, hélas 1 s’est aussi abattue sur cette question.
Enfin si nous mentionnons les noms des savants autorisés qui ont abordé l’étude de l’occultisme pratique : le colonel de Rochas (de l’École polytechnique), M. Lemerle (ancien élève de la même école) et le docteur Gibier, nous aurons montré rapidement l’état actuel de ce mouvement encore très peu connu.
la presse
Quand nous disons « peu connu », nous faisons preuve d’ingratitude envers les membres les plus éminents de la presse qui ont signalé aux lecteurs étonnés les progrès accomplis journellement par ces idées en apparence si curieuses.
C’est ainsi que Maurice Barrés et Emile Gautier dans le Figaro, Aurélien Sclioll dans ses journaux, L. de Meurville et Émile Michelet dans le Gaulois , Harry Àlis dans les Débats , Anatole France dans le Temps et dans la Revue illustrée , Montorgueil dans Paris et dans l'Eclair , Jules Huret dans YEcho de Paris , Des Houx et Le Duc dans le Matin , Paul Ginisty et G. Vitoux dans le XIXe Siècle , Le Parisien dans le Mot d' Ordre, MUo Marie- Anne de Bovet dans la presse étrangère, ont fait qui des chroniques, qui des interviews, qui des articles de fond sur ce mouvement et ses conséquences. Depuis ces dernières années il ne s’est pas passé un mois sans que quelque étude d’un des grands journaux de Paris vînt insister sur l’importance de ces nouvelles idées.