‹ Traite methodique du dessin de l'aquarelle et du lavisChapitre 3 sur 31 · ORIGINE ET AVANTAGES DE CES PROCÉDÉS · texte numérisé non relu

ORIGINE ET AVANTAGES DE CES PROCÉDÉS

Dans les anciens manuscrits, on enjolivait le texte d'illustrations et de sujets, exécutés sur vélin ou peau de veau mort-né; c'est dans ces ouvrages que l'on vit les premières miniatures ; on prétend même que le mot miniature vient de minium, nom de la couleur rouge dont on embellissait quelques lettres ornées qui rehaussaient les titres des chapitres.

L'aquarelle, dans son début, n'était qu'un lavis aux teintes légèrement étendues; sans force, sans chaleur, semblable, en sa façon, aux plans d'architecture et aux cartes géographiques, et d'une valeur artistique tout à fait négative; tandis que maintenant elle est devenue la rivale de la peinture à l'huile, qu'elle égale parfois en vigueur et qu'elle surpasse souvent en finesse. Les ciels vaporeux, les eaux transparentes, les profils énergiques d'une végétation puissante, se détachant sur des horizons lointains, elle rend tout avec un égal bonheur.

C'est, du reste, un genre de peinture qui convient mieux que tout autre aux amateurs, en raison du peu d'attirail qu'il comporte.

S'agit-il, en effet, d'aller s'établir momentanément à la campagne; veut-on prendre un point de vue, travailler en plein air ; est-il

question de s'installer dans un salon pour y prendre séance et faire un portrait demandé; un portefeuille à gousset, de médiocre dimension, contient le stirator, le papier, la palette et encore la boîte à couleurs.

Si l'on doit travailler dans l'intérieur de la maison, deux verres viennent compléter les objets nécessaires; si c'est dehors, il suffit d'emporter une petite bouteille pleine d'eau, avec un double godet en fer-blanc.

Pour une femme surtout, Taquarelle a des avantages réels en dehors de ses résultats : là, point d'odeur d'huile rance, point d'essence de térébenthine portant à la tête, point de risque de se tacher, qui impose la nécessité de bouts de manches et d'un tablier deux choses assez maussade dès qu'on travaille hors de l'atelier, et fort peu gracieuses à produire aux regards.

Nous ne devons pas dissimuler néanmoins que ce genre de peinture comporte de grandes difficultés : contrairement à l'huile, où les lumières s'empâtent avec du blanc et peuvent se rattraper après coup, les lumières de l'aquarelle doivent être réservées, en sorte qu'il est nécessaire de veiller sans cesse sur son ébauche pour ménager les effets que des teintes trop lourdes pourraient détruire. On obtient des lumières assez vives avec le grattoir.

Quant aux parties vigoureuses de l'aquarelle, on ne saurait les obtenir que par des teintes superposées et composées de manière que, dans l'ombre la plus obscure, il existe une espèce de transparence qui la fasse harmoniser avec les parties chaudes et colorées des teintes et des lumières.

• L'aquarelle n'est donc pas un genre dans lequel on puisse exceller sans de longues et sérieuses études; et comment en serait-il autrement, puisqu'on peut y produire au jour, comme sur la toile le talent du compositeur, du dessinateur et du coloriste, en y ajoutant la qualité d'une volonté persistante, indispensable pour arriver à un résultat aussi complet, avec des ressources beaucoup moindres que celles qui existent dans les autres genres?

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