‹ Traite methodique du dessin de l'aquarelle et du lavisChapitre 2 sur 31 · DES PROPORTIONS · texte numérisé non relu

DES PROPORTIONS

L'étude de la nature et l'étude de l'antique conduiront toujours l'artiste ou l'amateur à la connaissance du vrai et du beau.

On juge tout par la méthode des comparaisons» C'est en envisageant les parties d'un tout par rapport â l'ensemble que l'on en

conçoit ce que l'on appelle les proportions. Pour qu'un tout soit parfaitement agréable, il faut qu'il soit parfait dans ses proportions, c'est-à-dire que sa structure soit conforme à certaines règles observées dans la nature, et établies par l'observation. Pour bien proportionner la figure, dit M. de Clarac, dans le minutieux et remarquable travail qu'il offre aux artistes, on doit prendre pour la hauteur de la tête sans cheveux, deux fois la distance audessous du menton, au-dessus du milieu de la paupière supérieure à l'endroit où elle se joint au bord de l'os susorbitaire ou arcade sourcilière.

On remarque encore dans les plus belles statues antiques, dont la pose est droite, trois grandes proportions qui sont presque touj ours égales entre elles ; ce sont : la distance de la fossette des clavicules au bas du ventre, celle du nombril au-dessus de la rotule et celle de ce point à la plante du pied intérieurement, la jambe étant perpendiculaire. Ces trois mesures, qui embrassent dans leur longueur toute la figure, sont fort importantes.

De la crête des os des îles (ou des hanches, partie avoisinée par le bassin), au milieu de la rotule, il y a aussi, en général, la même distance que de ce dernier point au bas de la partie antérieure du talon.

Si nous feuilletons un volume de planches de l'histoire naturelle des oiseaux, nous sommes étonnés, tout d'abord, de l'infinie variété de la création, tant sous le rapport des formes que des couleurs; on est surtout frappé du bec démesuré et des jambes extraordinairement longues qu'on remarque à quelques-uns ; mais il ne faut point nous y tromper, il n'en est pas de la différence que nous trouvons entre le bec d'un oiseau et celui d'un autre, entre les pattes d'un oiseau et celles d'un autre, comme de celle que nous voyons entre le nez d'un homme et celui d'un autre homme. Ici un pouce de plus ou moins fait toute la différence du plus long nez au plus court; du reste, c'est la même structure et le même usage ; au lieu que dans les diverses espèces d'animaux, le bec, les ongles, la longueur des ailes, et généralement toutes les parties de leur corps ont été réglées sur leurs besoins. Ce sont des

outils proportionnés à la nature de leur travail et à leur manière de vivre. Considérons, par exemple, le bec du moineau : il est petit, le cou et les ongles sont assez courts, ces conditions de structure suffisent; il vit de menus grains, et n'a pas d'efforts à faire pour atteindre sa nourriture. Il n'en est pas de même pour la bécasse, le courlis et une foule d'autres qui ont à chercher leur nourriture bien avant dans la terre et dans le limon pour y puiser les coquillages et les vers dont ils vivent; la nature les a pourvus d'un cou et d'un bec fort longs. On ne peut donc pas les trouver disproportionnés. Le fait de la disproportion apparente est souvent le résultat de notre irréflexion ; la nature est parfaite et tout y est en proportion, nous pouvons seulement trouver que certaines formes nous plaisent plus que d'autres, étant l'écho ou le souvenir de formes dont ailleurs ont été revêtus des objets à notre goût.

L'étude des proportions n'est que celle des lois de structure des créations naturelles en rapport avec leur but, leur destination ou leurs usages. Les idées d'ordre, de régularité, de symétrie, de pondération ou d'équilibre y ont toutes leur origine; il y a proportion dans les lignes, dans les surfaces, dans leurs combinaisons, comme il y a proportion ou harmonie dans les couleurs ou dans les parties d'un tout de création divine, relativement à son ensemble. C'est à imiter ces règles ou lois tirées de l'observation, en les appliquant à ses propres œuvres, que l'homme devient créateur dans l'art et parvient au beau, appelé improprement IDÉAL.

Mais la beauté des formes, l'élégance des poses sont dues souvent, dans les arts du dessin, à ce qu'on appelle la disposition du centre de gravité qui règle la possibilité de station en équilibre.

Quelle sensation désagréable, d'inquiétude, pourrait-on dire, nous cause l'aspect d'un mur ou d'un pilier qui manque d'aplomb, d'une colonne dont la base est trop petite, d'une haute maison très étroite ou d'une cheminée démesurément élevée! D'autre part, plus on examine attentivement ces édifices majestueux dont les parties vont s'élargissant du sommet à la base depuis l'ordre corinthien léger jusqu'au dorique massif, plus on a déplaisir et

d'admiration, si la symétrie parfaite des formes, lem's qualités d^élégance, de majesté ou de grâce y sont en même temps ajoutées^ Il faut donc nécessairement, pour être dans le yrai, qui est la source primitive de toute beauté, que l'artiste étudie, particulièrement pour le dessin de la figure, ce que c'est que l'équilibre des corps. Quand un homme se tient sur une seule jambe, la ligne de direction de son poids doit tomber dans l'espace recouvert par la plante du pied qui le soutient. La petitesse de cet espace explique pourquoi il est difficile de garder l'équilibre dans une telle position sans faire de mouvement ; les deux bras, qui sont deux contrepoids mis en mouvement, feront l'équilibre de chaque côté du corps et de son centre de gravité. On remarque toujours que dans la créature animée, homme ou bête qui accidentellement vient à perdre un de ses membres, la partie opposée à la partie absente prend, au bout d'un certain temps, des formes qui tendent à rétablir d'une façon particulière l'équilibre rompu par la mutilation .

On voit, en effet, une personne de haute stature privée d'un bras par une amputation quelconque, se voûter bientôt, le haut de son corps s'incline du côté opposé au bras restant pour remplacer, par cette situation, le poids du bras manquant.

Observations. — Le port d'un homme chargé Sur la tête doit par conséquent être représenté par une pose droite verticale ; Tinclinaison du corps sera, au contraire, portée en avant, s'il porte un fardeau sur ses épaules; d'avant en arrière s'il porte le fardeau entre ses bras. L'inclinaison aura lieu à gauche pour celui dont la main droite porte un seau d'eau.

La maigreur ou l'obésité influent sur l'attitude individuelle.

Les personnes puissantes jettent la tête et les épaules en arrière, le ventre prédomine, ce qui leur donne toujours un air d'importance.

Un piéton semble se pencher en avant quand il monte une côte, en arrière quand il la descend; mais, par le fait, il cherche toujours à conserver la position verticale ou à se tenir droit, par rapport à un plan de niveau.

Une personne assise sur un tabouret ne peut se lever qu'en penchant son corps en avant, pour amener le centre de gravité audessus des pieds, ou en ramenant les pieds en arrière pour les placer sur le centre de gravité. Dans la course, le centre de gravité se trouve placé en avant de la base de la sustentation ; il faut donc ramener d'autant plus rapidement les pieds au-dessous de ce point qu'on est plus incliné et qu'on court plus vite.

L'homme tirant un fardeau horizontalement ne fait que disposer son centre de gravité en avant de la base ; la force avec laquelle il tend à tomber représente celle avec laquelle il tire.

En jetant les yeux sur les végétaux, nous retrouvons encore les preuves de la nécessité où tous les corps se trouvent de maintenir leur centre de gravité au-dessus de leur base. Dans les blés et dans les herbes nous trouvons la disposition à la verticalité, et lorsqu'un arbre ou arbuste, soit accidentellement, soit par nature, dévie de cette loi, il lui est accordé une force additionnelle.

Les altitudes du daiiseur ou de la danseuse, sur nos théâtres, semblent faites pour montrer la variété infinie que peut prendre le corps humain en conservant toujours le centre de gravité au-dessus de la base étroite du pied.

Les conditions de la grâce dans la démarche se composent des apparences de la stabilité, de la fermeté jointe à une aisance parfaite remarquée surtout chez les individus qui vivent à la campagne ou se livrent à une gymnastique habituelle ou fréquente.

Une chambre sans meuble paraît beaucoup plus vaste que quand elle est garnie.

Un tout divisé en un grand nombre de parties parait beaucoup pins petit que le même tout dénué de divisions. Une colonne dont le fût est tout uni, parait plus haute que celle dont la hauteur est divisée par un certain nombre de filets ou d'anneaux.

Dans le costume, certains accoutrements trompent sur les véritables proportions des personnes. Les modes du premier empire, qui plaçaient la taille des femmes sous les bras, faisaient, par l'accompagnement des jupes en fourreau, paraître les petites femmes beaucoup plus longues et plus grandes par conséquent. Les tailles

longues, en d'autres temps, faisaient paraître les jambes plus courtes ; les manches à gigot faisaient paraître les personnes élancées moins maigres en élargissant leurs épaules.

L'art consiste donc à employer judicieusement les proportions, qui ne sont autres que les effets observés en considérant les rapports du volume d'ensemble des objets avec toutes leurs parties considérées en hauteur, en largeur et en épaisseur.

Dans la nature, tout est proportion et contraste, tant solis le rapport des formes que sous celui de la couleur.

Il nous faut comparer pour trouver les qualités de ce que nous considérons. Les qualités éminentes qui nous frappent dans les belles créations sont inhérentes tantôt aux formes, tantôt aux couleurs dont elles sont revêtues. Le cerf et le lévrier, taillés tous deux pour la course rapide, sont physiquement distingués par des formes minces et allongées aux extrémités, dont les courbes rappellent certains oiseaux élancés et construits pourfendre les airs avec facilité. On a qualifié ces formes par le mot élégance, qu'on applique tout aussi bien aux objets de fantaisie tels qu'un vase ou une coupe, où les formes du cerf, de la gazelle ou du lévrier pourront se retrouver, bien qu'appliquées à un objet qui n'est fait ni pour courir ni pour voler. La lourdeur des formes serait caractérisée par l'éléphant.

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