‹ Traite methodique et raisonne de la peinture a l'huileChapitre 9 sur 15 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la reprise de l'cbanche, de la tcriuinalsou da travail eomiucncé.

Lorsque vous en arriverez à terminer vos yeux et tout ce qui les entoure, vous n'aurez pas trop de toute votre attention, car c'est surtout dans celte partie de la physionomie q-ue réside la vie, que gît la ressemblance; autour des yeux, tous les tons sont d'une finesse extrême ; cela vient de l'excessive transparence de la peau, qui laisse voir en cet endroit des tons roses, violàtres ou bleuâtres qui ont leur raison d'être dans les dessous, composés de veines, d'artères, etc.

On doit d'abord préparer les chairs qui se voient à travers les poils, et qui, par conséquent, se trouvent plus ou moins dans l'ombre. A cette préparation, il ne faut mettre que très-peu de couleur, afin de pouvoir par-dessus peindre les sourcils, qu'on doit bien étudier, pour les faire dans la forme que donne la nature ou le modèle qui a été peint d'après elle.

Évitez surtout de leur donner de la dureté sur le bord des chairs; tout au contraire, il faut que les poils qui composent les sourcils soient doucement perdus dans une demi-teinte harmonieuse comme il s'en trouve à cette place; surtout gardez-vous de vouloir trop détailler et de faire ces poils, non plus que ceux des cils, un à un, car cela leur donnerait de la sécheresse et de la mesquinerie, deux affreux défauts en peinture.

C'est seulement lorsqu'on peint une lête de vieillard, dont les cheveux ont blanchi, que, dans les sourcils, on doit essayer de rendre quelques poils plus blancs et plus longs, qui viendraient ajouter dans la peinture à la vérité du portrait; pour le rendre convenablement, il faut le faire à main-levée, librement cl légèrement.

Il ne faut pas vous servir de terre de Cassel pour peindre ros sourcils, mais composer au bout du pinceau le ton qui convient et que vous obtiendrez d'un mélange de noir, de jauce et d'ocre rouge; une troisième retouche que vous ferez les rendra plus bruns s'il est nécessaire, en glaçant certaines parties d'un ton brun vigoureux.

Pour les sourcils blonds ou cliâlains, le même ton, où vous ferez dominer plus ou moins le jaune, vous donnera la nuance nécessaire.

Les cils aussi doivent élre accompagnés de tons harmonieux, sous peine de sécheresse et de dureté.

Il ne faut pas négliger de peindre l'épaisseur de la paupière qui se trouve placée sous les cils, et qu'on voit apparaiire surtout vers les coins extérieurs des yeux. Du coté opposé, près du nez, se trouvent les poils lacrymaux qu'il faut éviter de faire d'un ton cru; peignezles d'un ton lilas-rose, légèrement indiqué.

La paupière supérieure est d'un ton violacé rompu; évitez de le trop outrer. Le blanc des yeux, avons-nous dit, ne doit pas ôire fait d'uQ ton cru; il faut tâcher de lui donner un peu de cette humidité brillante qui ajoute tant d-j charme à l'œil dans la nature.

La nature, tel est le maître qui vous donnera les meilleures leçons : pour en arriver à rendre ce qu'elle vous indique, vous ne devez pas mettre un seul ton clair sans le comparer au ton le plus brillant de votre modèle et sans vous demander de combien celui que vous allez placer doit être moins lumineux, et vous devez en faire autant pour vos tons vigoureux; en un mot, regardez et comparez, tout est là.

Ainsi ferez-vous pour vos teintes de carnation, dont les moindres nuances doivent être au degré convenable, si vous ne voulez pas qu'entre elles il y ait discordance et manque d'harmonie.

Les glacis dont vous devez vous servir pour terminer sont composés de couleurs transparentes, c'est-à-dire des terres, des laques et des bleus.

Les glacis d'étoffes légères se détachant sur les fonds doivent Cire faits après que ces derniers sont entièrement terminés; pour ceux-là, on emploie les tons transparents gris et bleus légers. Les lumières s'obtiennent avec du blanc de zinc mélangé d'une pointe d'ocre.

Pour obtenir de la légèreté dans les cheveux, on doit en terminer aussi les contours sur le fond lorsqu'il est achevé.

Lorsque vous en serez aux prunelles, observez de les faire bien rondes, en vous assujettissant néanmoins aux règles de la perspective car leur apparence sera plus ou moins ovale, suivant que votre modèle sera vu plus ou moins de face. Pour éviter que vos prunelles tranchent durement sur le blanc de l'œil, il faut le fondre par une teint© gris bleuâtre qui adoucisse le passage.

A ce que nous avons dit sur les fonds, ajoutons qu'il vous faut éviter de faire enlever une tête sur un fond bleu, le ton du ciel, par sa pureté, devant faire une opposition nuisible à vos chairs, si fraîches qu'elles puissent être. Si cependant vous teniez à ce que votre portrait s'enlevât sur un ciel, composez-le de tons gri.^âlres, nuageux, en n'y laissant percer que quelques petites parties bleues, qu'il faut autant que possible éloigner de la tête, seulement, je dois vous avertir que des ciels ainsi composés offrent une grande difficulté, à savoir: celle d'en harmoniser les différentes parties avec les différentes parties de l'habillement. Généralement, pour un portrait dans lequel vous aurez fait entrer des couleurs vives et brillantes, un fond d'une teinte sourde qui les fait valoir et repose la vue est ce qu'il y a de mieux. Contrairement, une carnation paie, des vêtements noirs et quelques fragments de linge blanc ont besoin de se trouver placés sur un fond riche en couleur qui rende leur aspect monotone.

Lorsque vous recommencerez à repeindse vos chairs, vous opérerez oréciscment comme vous avez fait à l'ébauche, en attaquant de suite la plus lumineuse, mais toujours en vous réservant d'y pouvoir revenir avec des lumières plus vives et plus croustillantes ; mélangez ensuite vos teintes graduées et posez-les en redoublant d'attention pour arriver à la plus grande justesse de ton possible, puisque vous n'aurez plus à y revenir.

Vous vous souvenez qu'il faut d'abord partir du front et peindre en même temps les racines des cheveux, ainsi que tous les objets qui avoisinent les contours des chairs, en sorte que le tout se trouve fondu moelleusement.

Vos masses de lumière une fois assises avec leurs dégradalious, passez aux demi-teintes que déjà, dans l'ébauche, vous avez indiquées par des tons roussàtres, violâtres, bleuâtres, etc., plus ou moins rompus; puis avancez ainsi d'encore en encoro en passant par les demi-teint^^s les plus fortes, pour en arriver aux ombres et aux reflets.

Surtout, poses franchement vos couleurs les unes contru les autres de manière à produire aux regards une espèce de mosaïque. Si, au lieu de cela, vous mélangez vos tons les uns dans les autres en les étendaLt par dessus votre ébauche, il en arriverait beaucoup de con-

fusion, el votre travail, une fois sec, se montrerait à vous tout à fait différent de ce que vous l'auriez vu d'aijord. Ayez soin aussi de ne pas mettre d'épaisseur de couleur, afin d'avoir la facilité de revenir sur les tons dont vous ne seriez pas satisfait.

Peut-être pensez-vous qu'il est assez inutile do revenir deux fois sur une peinture, puisque la seconde manière d'opérer est si fort semblable à la première; mais l'expérience vous répondra pour moi, qu'avant d'en arriver là, vous devrez beaucoup apprendre, beaucoup pratiquer et beaucoup acquérir, les peintres qui peignent au premier coup étant des hommes d'un talent consomme; et puis, disons aussi que les tableaux faits au premier coup sont très-exposés à changer de couleur, surtout dans les lumières, qui ne se trouvent pas assez nourries de couleur tl deviennent qunsi transparentes avec le temps, ce qui dénature tout i'elictde l'enseniblc.

Si !a tête que vous faites ne peut être reprise dans la journée, n'abandonnez pas votre travail au milieu d'une lumière; conduisez votre couleur jusqu'à ce que vous soyez arrivé près d'une ombre ou près d'une demi teinte, et ayez soin de l'amincir, c'est-à-dire de l'étendre comme un frottis à la place où vous l'abandonnerez. Ensuite, pour que la couleur no sèche pas jus(|u'au lendemain, ce qui vous emiièchera.t de lier vos teintes, placez votre peinture dans un endroit frais, à l'abri do la poussière.

On peut encore placer son tableau sur une terrine pleine d'eau, en ayant soin qu'il ne porte sur ses bords que par ses encoignures ce dernier moyen conserve la couleur dans un étal Irès-salisfaisant.

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