‹ Traite methodique et raisonne de la peinture a l'huileChapitre 8 sur 15 · CHAPITRE VIII De la tonchc. — Exercice» particuliers · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII De la tonchc. — Exercice» particuliers

Celui qui veut se perfectionner dans la peinture à l'huile pourra s'exercer utilement sur des carrés de papier à peindre, avant de travailler sur toile ou sur panneau.

La manière dont ou lient la brosse ou lo pinceau, court ou long, dans la main; l'inclinaison qu'on donne à ces instruments; le mouvement plus ou moins rapide qu'on leur imprime, avec plus ou moins de régularité dans un sens ou dans un aulro ; les clTets lisses, grenus, hachés ou pointillés, luisants ou mats; bref, tout ce qui consliluo la contexlure mécanique du travail; le plus ou moins d'épaisseur de la pâle, etc., etc.; les mélanges de couleurs par deux, par trois ; les résultais obtenus par superposition de couleurs transparenies sur des couleurs opaques ; toutes ces choses feront, en un mot, l'objet des

études journalières de l'artiste. Il faut beaucoup pratiquer soi-même, copier fidèlement les bons modèles, voir et observer beaucoup les tableaux anciens et modernes, et s'efforcer d'obtenir par les mêmes moyens les mêmes effets. L'iiabitude, l'observation incessante et ds nombreux essais donneront l'intuition des procédés.

11 est bon d'essayer de trouver plusieurs moyens d'arriver à imiter le même ton.

On doit éviter d'empâter trop lourdement un ciel; il vaut mieux peindre un peu lisses les ciels, ou n'y empâter davantage que les lumières des nuages ; les eaux doivent être peintes lisses et par touches horizontales fondues au blaireau et avec un peu de couleur.

Dans le feuille, on empâte davantage les détails les plus éclairés, qui doivent par leur position avoir plus de relief au sommet des masses toulîues.

Dans la ligures, il faut empâter fortement les lumières et laisser amincir l'épaisseur des demi-teiulcs graduellement jusqu'au contour, qu'on passera légèrement au blaireau dans la teinte du fond.

Le fond sur lequel un objet en relief se détache doit toujours être peint lisse dans un sens uniforme, soit en tamponnant avec la brosse tenue verticale ou presque perpendiculaire à la toile, soit peint par touches parallèles. Le sens du brossage est très-important. On peut s'en convaincre : en peignant plusieurs carrés de la môme couleur, avec du blanc, par exemple, chacun dans un sens parallèle différent, on verra que le blanc de ces divers carrés recevra la lumière d'une façon différente. Les carrés tamponnés, serrés et empâtés régulièrement, paraîtront plus blanc mat^ ceux qui seront striés horizontalement, ceux qui le seront obliquement, ceux qui le seront verticalement, présenteront à l'œil des variations d'aspect qu'il est très-utile d'observer. On s'apercevra que, pour que la couleur prenne bien et couvre suffisamment l'impression, il ne faut pas mettre trop d'huile, et qu'on ne parvient pas toujours à donner au premier coup du corps à son travail; il faut souvent même revenir à deux ou plusieurs reprises quand la première couche est sèche.

Les corps luisants doivent être peints avec plus d'huile dans la pâte que les corps mats, et les lumières vives, les coups de jour y seront placés en épaisseur et vivement touchés, comme on l'observe dans les peintures d'intérieur des Flamands, Il faut pour cela que le dessous soit bien sec,

OpcratloEt à faire avanat de rcpreudre S'ébauche.

Avant de reprend:.; l'ébauche pour terminer le travail, il faut s'aï-

surer qu'elle Côl assez sèche; si elle l'est convenablement, prenez un couteau mince, trancliant, arrondi par le bout, et souvenez-vous que, pour enlever de dessus votre peinture seulement les épnisseurs, la lame du couteau doit cire tenue sur champ, c'est-à-dire très-peu inclinée.

Prenez ensuite votre toile et incliniîz-la au grand jour, de manièro à ce que les rayons viennent frapper les aspérités de couleurs formées sur votre peinture : celte opération est indispensable, car si l'on repeignait par- dessus ces aspérités, la couleur s'y accrocherait inévitablement.

Une seconde opération qui amiu'î les pins benrcux résultats, c'est do laver son ébauche à grande eau, avec une éponge qui, sans frotter la peinture, enlève tous les corps étrangers, comme peluches, poussière, etc., qui pourraient s'y être atiaclKS.

On peut encore placer sa toile sous un robinet, en la tenant inclinée et en prenant garde que le dessous du châssis ne soit mouillé.

Ces choses terminées et la peinture dégagée de l'iau dont elle a été couverte, vous éprouverez une grande facilité à reprendre pardessu.-.

Observez que, pour la sécher, vous ne dev(z pas l'pssnyor avec un linge, mais légèremont avec de l'amadou, et l'exposor ensuite au grand air ou au soleil, ou encore devant un feu clair, mais en la promenant d'un peu loin en biais devant la nair.nie et non pas en la présentant directement vis-à-vis.

Couipositiou de la palette qni tluit servir à reprendre

rébaiiclie.

Pour que vous puissiez juger des proportions à établir entre les différentes couleurs qui composent cette palette, nous allons procéder, comme pour la première, en vous indi(]uaiu la quanlité des parties qu'il faut mettre de celles-ci pour les marier avec celles-là; de crtlo façon, vous verrez de suite ce qu'il faut que chacune de ces couleurs fournisse au mélange auquel elle prend part :

Blanc d'urgent, 12 parties. Ciiiabro, 1 partie.

Blanc de plomb, 1 parti<>3. Laque rose, 3 parties.

Jaune de Naples, parties. Laque foncée, 3 parties.

Ocre jaune clair. 8 parties. Laque briMée, 2 ])arlies.

Ocre de ru, 4 parties. Terre de Sienne bn'iice, 1 partie.

Chrome clair, 1 parties. Outremer, 8 parties.

Clirome foncé, 3 parties. Cobalt, 1 partie.

Ocre rouge clair, 4 parties. Noir bleuâtre, 2 parties.

Ocre rouge brun, 3 parties. Noir d'ivoire, 2 parties.

Chaque partie, l'on s'en souvient, est de la grosseur d'un pois.

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit en plusieurs endroits déjà; nous dirons seulement que le mélange des couleurs devient plus facile chaque jour avec l'habitude de s'en servir; que tout ce que nos yeux peuvent voir de plus éclatant dans la nature et aussi de plus mystérieux ne se compose que de trois couleurs, desquelles toutes les autres dérivent; que ces couleurs sont le rouge, /e bleu, le jaune, auxquelles on doit adjoindre le blanc, dont on se sert pour rendre la lumière ; le noir, qu'on emploie à rendre les ténèbres. Le vert, l'orange, le violet, se composent avec le rouge, le bleu, le jaune, et cela en amenant toutes les dégradations des nuances possibles. Mais comme, grâce à la chimie, on possède de magnifiques tous rouges cramoisi que les vermillons ni les cinabres ne sauraient nous donner, ce ne peut être que le temps et l'expérience qui nous apprennent dans quelles circonstances il vaut mieux se servir de ceux-ci que de ceux-la.

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