‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 10 sur 58 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la découverte du lobe moy en de la glande

prostate .

Il y a quelques années, je lus devant la Société royale un Mémoire relatif à la découverte d’un lobe moyen dans la glande prostate de l’homme, découverte que j’avais faite tout récemment. Je fais imprimer aujourd’hui, avec la permission du président et du conseil de la Société royale, ce mêmeMémoire sans le moindre changement ; c’est sous de tels auspices que je présente au public les résultats qu’il contient.

Mémoire lu devant la Société royale , le 20 février 1806.

Les découvertes en anatomie humaine ont

toujours été regardées comme devant trouver place dans les Transactions philosophiques : dans l’état actuel d’amélioration de nos connaissances sur cette matière, il est à croire que les additions qu’on y fera , quelque petites qu’elles soient, seront bien accueillies, puisqu’après les longs travaux de tant d’observateurs ingénieux, elles sont encore si peu nombreuses , et même si difficiles à obtenir.

Ce Mémoire a pour objet de faire connaître une portion de glande qui, à cause de l’obscurité de sa situation, avait échappé jusqu’ici à toutes les recherches : et si ce n’était pour les changemens pathologiques qui peuvent y subvenir, pour l’engorgement qui l’atteint quelquefois, et dont l’extension trop considérable cause des rétentions d’urine en obstruant complètement le canal par où elle s’écoule, elle devrait peu fixer l’attention ; mais quand on considère un effet d’une telle importance, la i partie qui en est le siège devient l’objet de l’intérêt le plus sérieux.

D’abord je crois utile de faire mention ici que dans la dernière époque de la vie la glande prostate est susceptible des’engorger : et lorsque cela arrive, il y a fréquemment une saillie en i formedemamelon,quiseporteenhautetforme, en se dirigeant dans l’intérieur delà vessie, • des tumeurs de diverses grosseurs : ces tumeurs,

connue obstacle au passage de l’urine , ont provoqué l’attention de tous les chirurgiens-anatomistes, depuis 3Iorgagjii jusqu’à nos jours. On les a décrites, et les cabinets de pièces d’anatomie-pathologique offrent des échantillons dans tous les degrés de leur engorgement. L’a!tention des chirurgiens s’est naturellement portée sur ce qui mérite le plus d’ètre considéré, les apparences qu’elles présentent, et les symptômes qu’elles produisent : mais ils ont toujours négligé d’étudier les circonstances particulières de l’organisation naturelle de la glande, qui la disposent à engendrer ces tumeurs. Morgagni s’exprime ainsi : Nostra omnia , in quibus carunculœ initium fuit , hanc in medio ipso posteriori intcrni summique glatidulœ cimbitiis excrescentem obtnlisse : casunè hœc cuncta , ausecùs , futurœ ostendent observationes. (i)

D’après ces expressions, il est évident que Morgagni n’avait point l’idée qu’il y eût dans la glande prostate une conformation qui pût rendre raison de celte tumeur, et qu’il croyait qu’elle provenait du corps de la glande.

Hunter , en parlant de l’engorgement de cet

(i) Morgagni, c/e Sed. et eau», morb. lib. 3, Epist. 41, A.iç).

organe, dit : « D’après sa situation , la glande « ne peut se tuméfier que latéralement, s’il y « a lieu à cet accident, car elle s’applique prince cipalement sur les deux côtés du canal , el se « porte à peine sur la partie antérieure , encore « moins sur la postérieure : ainsi le canal se (c trouve pressé simultanément des deux côtés, cc ce qui augmente en même temps son volume « dans la direction du bord antérieur au bord « postérieur , de telle sorte que le conduit uri- « naire, au lieu d’être circulaire , est comprimé, a et ne laisse qu’une rainure étroite. Quelquecc fois, la glande se gonfle plus d’un côté que « de l’autre , et donne lieu à une obliquité.

<c Outre ce gonflement des parties latérales , cc la petite portion qui se trouve à l’extrémité « de l’urètre, se gonfle sur le devant, et fait « saillie, comme pour se porter dans l’intérieur cc de la vessie ; et forme là une valvule à « l’orifice interne de l’urètre; c’est ce que l’on « peut apercevoir, même lorsque l’intumes- « cence n’est pas considérable, en regardant « sur le cadavre cet orifice par la cavité de la « vessie. Quelquefois, elle augmente au point « que la tumeur entre de quelques pouces dans « l’intérieur de cet organe. » (i)

(i) llun ter, Mal. vénér. page 169.

D’après le premier paragraphe, il est clair que Hunter n’avait point connaissance de ce lobe; et dans le second , il est aisé de voir que l’idée qu’il avait de la maladie le conduisait à cette conclusion , que dans son état naturel la glande pou vait se porter en partie dans cette situation, c’est-à-dire dans la vessie; mais ni à cette époque, ni sur la fin de ses jours , il ne poursuivit plus loin celte recherche.

Quoique la plus grande partie de mon temps ait été employée à soigner des personnes atteintes des maladies de la vessieetdel’urètre, etque j’aie eu mainte occasion d’examiner les parties après la mort, mon attention était toujours tellement dirigée sur les modes d’évacuer la vessie ( opération dans quelques cas accompagnée de beaucoup de difficulté), qu’il ne m’était jamais venu dans la pensée , avant le mois de décembre i8o5, de faire des recherches dans l’objet , d’acquérir des données exactes sur l’origine de la maladie dont il s’agit.

A cette époque , en décembre 1 8o5 , mon attention se porta sur ce sujet , à propos des circonstances suivantes. En examinant la glande prostate d’un individu déjà vieux , qui était mort à la suite d’une maladie de celle partie , je trouvai la saillie mamelonnée, très-proéminente ; et une bride presque de la largeur d’un

quart de pouce, s’étendait de la ligne moyenne de la tumeur ail bulbe de Purètré, qui avait disparu peu h peu. La saillie arrondie du vérumontanum n’élait pas visible; elle était détruite, et les restes étaient cachés dans le replis qui constituait la bride , dont l’épaisseur était aussi forte qu’ailleurs. L’espace compris entre la tumeur qui penchait dans la vessie, et le bulbe de l’urètre, était très-étroit, ce qui est ordinairement le contraire chez les vieillards; on aurait cru que cette bride avait tiré le bulbe vers la tumeur, et qu’elle avait raccourci la partie membraneuse du canal.

Comme cet é ta t de choses n’était pas ordinaire, il dut fixer mon attention ; je tâchai de me rappeler si quelques anatomistes ne l’auraient pas noté; et autant que je pus en juger, le cas ne s’était jamais présenté. La bride était évidemment formée par la membrane de la vessie qui adhérait fortement à la partie de la prostate constituant la tumeur, qui conséquemment s’était prêtée à son accroissement progressif, et avait attiré à elle la membrane de l’urètre. C’est ainsi que le replis était devenu large de près d’un quart de pouce , et avait continué sa largeur jusqu’au bulbe, où la tunique de l’urètre étant plus étroitement, fixée aux parties environnantes , n’avait pu céder davantage.

Cette apparence d’une bride se rencontre plus ou moins dans tous les cas ou la saillie mamelonnée se présente, mais dans un degré beaucoup moindre, et ne s’étend pas plus avant que le vérumontanum.

Je voulus savoir comment cette tumeur s’était formée, et pour me satisfaire, je dus examiner la prostate dans son état naturel; il fallait s’assurer s’il n’y avait pas une portion assez détachée pour se mouvoir indépendamment du reste de la glande; c’était le seul moyen de me rendre raison de tout ce qui se rencontrait dans ce cas particulier.

Mes occupations ne me permettant point de faire les dissections nécessaires pour cet objet, M. BrodieÇi ) qui, avecM. IVilson , enseigne l’anatomie dans Windmill-street, et que ses connaissances et son zèle ardent pour l’amélioration de cette science rendaient propre à cette tâche, voulut bien me prêter aide, et se charger de tout le travail.

En procédant à la dissection des parties, on eut l’attention de distendre la vessie avec de l’eau, et l’on mit à découvert le corps de

(1) M. firoclie est l’auteur de l’excellent Traité des maladies des articulations , dont j’ai donné la traduction l’année passée.

TRAITEMENT DES MALADIES la prostate, les vésicules séminales, et les vaisseaux déférens. Cela fait, on disséqua soigneusement les vaisseaux déférens et les vésicules séminales que l’on détacha de la vessie , sans toucher aux autres parties. On renversa le tout sur la surface de la glande. La circonférence des deux portions postérieures de l’organe glanduleux fut disséquée avec soin, et l’espace qui les sépare fut examiné d’une manière toute particulière. En même temps on découvrit un petit corps arrondi, si bien détaché qu’il parut être une glande distincte, et si ressemblant aux glandes de Cowper en grosseurelen forme, lorsqu elles sontpîusfortesque d’ordinaire, qu’on pouvait facilement le prendre pour une glande de cette espèce. Cependant ce corps 11e se détachait pas facilement de la prostate, et l’on n’y distinguait aucun conduit qui se rendit dans la vessie.

On fit le même examen sur cinq sujets différents ; le résultat 11e fut pas exactement le même dans deux d’entre eux : dans l’un on ne trouva point de substance glanduleuse apparente, mais une masse de tissu cellulaire condensé; toutefois en le tailladant , il différait d’avec la graisse environnante. Dans l’autre, le lobe était confondu avec les côtés de la prostate. O11 fait mention de ces faits pour prouver qu’il

DE DA GLANDE PROSTATE. f)

n’esl pas toujours de la même grosseur, ni exactement de la même forme, ce qui arrive éga 1 eme n t d an s 1 es gl a n d es d e Co wper: el 1 es so n t quelquefois grosses et distinctes , d’autres fois on peut à peine les découvrir, et enfin dans d’autres cas, elles sont dans un état intermediaire. Mais je n’ai jamais mieux apprécié la forme de ce lobe que sur un sujet sain âgé de vingt-cinq ans, ainsi qu’on peut le voir dans les détails su i vans. En mettant -de coté les vaisseaux déférons , et les vésicules séminales , on aperçut exactement dans le milieu du sillon, entre les portions latérales de la prostate, un corps rond proéminent , dont la base adhérait aux membranes de la vessie. Il reposait non-seulement entre les vaisseaux déférens et la vessie, mais en quelque sorte entre les portions latérales de la prostate et la vessie, puisqu’elles le recouvraient en partie, el leur adhérence était si intime qu’il fallut employer le scalpel pour les séparer; celle dissection n’eut lieu que dans une certaine étendue; après quoi, la même substance se continuait de l’une à l’autre; cela prouve l’existence d’un lobe de la glande prostate. Ce moyen lobe a une forme ronde, il s’unit par sa base à la glande près de la vessie , mais il est un corps distinct par les deux rainures manifestes sur les laces

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opposées. Si-s conduits passent directement à travers les membranes de la vessie, sur- laquelle

11 repose, et viennent s'ouvrir immédiatement derrière le vérumontanum. Ce lobe donne lieu à la forma lion d’une ouverture circulaire formée dans la prostate, qui laisse passer les canaux déférens.

Ce lobe a été examiné depuis sur un sujet de vingt-qualre ans; en tout il était plus grand et plus distinct.

Avant cette découverte, j’ignorais entièrement qu’il existât une partie distincte de la prostate, située entre les canaux déférens et la vessie; ces conduits étaient regardés comme passant dans la rainure entre les deux portions postérieures, dans un contact intime avec le corps de la glande. Ce que nous venons de dire correspond à la description qu’en ont faite JHinslow et Haller ; mais néanmoins, il est prouvé aujourd’hui que cela est erroné. Il ne m’appartient pas de juger les autres anatomistes; mais nul n’a mentionné ce lobe, et quelle que soit la manière dont ils font passer i les canaux déférens dans la vessie, ils n’ont pas jeté le plus petit jour sur la recherche dont il s’agit ici. Haller dit expressément a que la glande prostate n’a point l’apparence

« lobulaire (i), » el la peine que tous les anatomistes se sont donnée pour améliorer leur art, n’a pas servi à les tirer de l’erreur, qu’elle ne formait qu’un tout.

Ce nouveau fait anatomique nous met à même de comprend re la nature d’une maladie dont il nous était impossible de nous faire une idée juste, lorsque nous en ignorions l’existence. Non -seulement il fait connaître la situation de la tumeur, le défaut apparent de connexion avec lecorps delà glande, et l’étroitesse de la base qui se présente dans quelques cas, mais encore il résout requi m’avait paru de la plus grande difficulté , de pénétrer dans la cavité delà vessie ; difficul lé qui provient de la dureté de la substance des membranes des canaux déférens qui se trouvent en contact immédiat, et aboutissent sur ce lobe, de manière à presser directement dans son premier engorgement sur la membrane interne de la vessie, qui n’oppose que très-peu de résistance.

(0 Glandula , aut certè cellulosum compactujn corpus, quocl prostata clicitur, page 464. Fcibricici obscura est, et neque glandulæ simplicis similis , cujus cctvea esset aliqua , neque composites , necjue enim in lobulos rectè disccdit, pag. /, 65. — Fient. Physiologies cor ports humant. , au tore Albert. Haller, tom. vu.

Depuis la publication de ces résultats dans les Transactions philosophiques, j’ai su qu’il était connu de plusieurs anatomistes que les canaux déférens pénétraient laglande prostate , ainsi qu’il le paraît dans les ouvrages de Portai , de Sabatier et Fife ; mais aucun de ces auteurs n’a donné la description de la portion glandulaire , située entre la position des canaux déférens et les membranes de la vessie- aucun ne peut se dire qu’il ait anticipé sur rien dans les recherches que j’ai faites relativement au moyen lobe , soit quant à sa forme naturelle, soit quant cà la forme régulièrement arrondie qu’il conserve dans les divers degrés de son engorgement.

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