‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 21 sur 58 · TRAITEMENT DES MALADIES VINGT-SIXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES MALADIES VINGT-SIXIÈME OBSERVATION

Un gentleman , qui avait vécu environ vingt ans en Portugal , eut une rétention d’urine à Page de soixante - huit ans : ayant souffert cruellement pendant plusieurs heures , sans rendre une goutte d’eau, on lui introduisit avec difficulté un cathéter; l’urine sortit, et Ion maintint l’instrument dans la vessie pendant plusieurs jours. C’était en j8o5, et depuis ce temps, il eut souvent des envies inaccoutumées de rendre son urine, mais il fut libre pendant deux ans d’accidens graves ; dans cet intervalle, il retourna en Angleterre. Sur la lin de 1808, il se confia à mes soins: il avait les symptômes d’un engorgement de la pros- | tate. Il ne pouvait vider sa vessie qu’à l’aide delà sonde, et si l’on différait le cathétérisme seulement huit heures, il éprouvait de vives douleurs: Je lui appris à se sonder lui-même, 1 et il se retira a la campagne, à quelques milles de Londres. 11 continua l’usage du cathéter à j trois fois par jour , mais sans rien obtenir de 1 la diminution de la quantité d’urine contenue dans la vessie. Le 1 1 mars 1810, il ne put enfoncer le cathéter; l’instrument avait rencontré un obstacle au col de la vessie. Il envoya chercher un chirurgien dans le voi-

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sinage, qui introduisit une sonde d’argent

inaisavec quelque difficulté. Le même jour il se rendit a la ville, et vint me trouver. Le soir de son arrivée il lui était impossible de rendre une seule goutte d’urine, et il souffrait horriblement de la distension de la vessie. Un cathéter de gomme élastique à stylet, pénétra avec lacilité, et il coula une pinte environ d’urine teinte de sang. On cathétérisa régulièrement trois fois par jour ; il ne souffrait que bien légèrement, et en moins de quinze jours après son retour à la ville, il fut en état d’introduire lui-même le cathéter, comme il le faisait auparavant.

A u commencement d’avril , le malade observa que 1 urine sortait teinte d’un sang noirâtre; qu’il éprouvait un grand malaise s’il attendait que quelques onces de liquide s’accumulassent dans la vessie; et qu’alorsil se trouvait dans la nécessité d’employer la sonde quatre ou cinq fois dans les vingt-quatre heures. On lui profit crivit l’usage d’un lavement à l’eau de son, avec six ou huit gouttes de laudanum, deux foisen vingt-quatre heures; il n’en obtint aucun soulagement. Les symptômes déjà mentionnés augmentèrent journellement. S’il se ramassait P us de trois ou quatre onces d’u rine dans la ves- 5lC’ œlle-ci se contractait spasmodiquement

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avec beaucoup de douleur , et sans émission île liquide. L’urine se fonçait davantage, el déposait un sédiment semblable à du coagulum dissous. Le ventre fut tenu libre au moyen des laxatifs; le cathéter fut introduit plus fréquemment, et les lavemens à l’eau de son, avec une proportion augmentée de laudanum , furent continués.

Le io avril, il se trouva si affaibli qu’il se vit dans la nécessité de garder le lit. La vessie entrait dans de plus fréquentes contractions spasmodiques, il s’accumulait dans sa cavité la plus petite quantité d’urine. Elles commençaient deux heures après chaque introduction de la sonde, elles reprenaient à courts intervalles, jusqu’à ce que l’instrument fût introduit de nouveau , et elles s’accompagnaient constamment de douleurs déchirantes. Pour : empêcher leur retour * on essaya de contenir ! la sonde dans la Vessie, mais les souffrances , q-u’elle occasionnait le rendait impossible ; et le malade* dans un paroxysmed’irritalion, l'ota i lui-même une ou deux fois. On fit des fomentalions sur le ventre, on eut recours aux bains chauds; mais ces moyens ne procurèrent qu’un mieux passager. Le 14, tous les symptômes étaient aggravés. Il devint nécessaire d’intro- ! duire la sonde toutes les deuxheurcs. Les con-

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tractions spasmodiques de la vessie commençaient une heure après l’intromission du cathéter, et si celle intromission était retardée plus de deux heures, elles s’accompagnaient des douleurs les plus atroces. Son pouls, qui d’abord n était point altéré, devint fréquent sa langue se chargea. Le i 8 , on lui tira huit onces de sang du bras. Le sang était gluant, et le coagulum était contracté et vésiculeux; le malade n éprouva aucun bien de la sa'frnée. Le 19, il tomba insensiblement dans un état comateux , et il mourut.

Lu examinant 1 état des parties sur le cadavre, on trouva la tunique musculaire de la vessie très-épaisse. La membrane interne était .d’une couleur très-foncée, vu l’injection saniguinedes petits vaisseaux. La prostate avait acquis un grand volume. Le moyen lobe et le lobe latéral gauche étaient tous deux très-en gorgés ■ le premier avait la grosseur d’une noix, et l’autre était encore plus gros ; ils constituaient des tumeurs qui se projetaient dans la cavité de la vessie, derrière l’orifice de l’urètre. Les surfaces de ces lobes engorgés, étaient entièrement d’une couleur brune, et dans un état d’ulcération. Dans la vessie, il y avait un petit calcul , moitié moins gros environ qu’un pois ordinaire.

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