‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 39 sur 58 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Du traitement de V engorgement du lobe

moyen.

Dans le premier volume, je n’ai pas absolument défendu l’usage des bains de siège d’eau salée , quoique j’ai dit qu’on ne devait les employer que dans le commencement de la maladie. Je suis maintenant persuadé qu’il ne faut jamais y avoir recours ; cette pratique convient aussi peu à cette maladie, que l’application d’eau chaude sur la tête, pour dissiper les symptômes d’une apoplexie qui serait le résultat de la rupture d’un vaisseau rouge du cerveau. S’il est quelques applications que l’on puisse faire sur les parties, elles doivent agir en produisant du froid ; mais elles ne contiendront jamais du vinaigre, ou tout autre acide, car j’ai fait voir, dans mon travail sur les rétrécissemens du canal de l’urètre, que la vapeur du vinaigre, en passant delà bouche à l’estomac , est capable de porter son action immédiatement sur le col de la vessie.

Je ne sache pas que les remèdes internes aient quelques avantages , quoique depuis que

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j ai publié le* premier volume, j’aie apporté le j)l ils grand soin a en observer les effets. On aura J’ai tenlion de tenir le ventre lib> e , et l’on verra que, dans quelques eas , c’est assez difficile. Toutefois je persévère à regarder l’infusion et la teinture de séné mêlées ensemble avec le lai t re soluble , leurs proportions étun l variées selon lest il constances, comme la meilleure préparation pour remplirce but. Ce remède, tout en convenant à l’estomac, semble augmenter le mouvement péristaltique des intestins, au point de les évacuer complètement ; si la première dose manque son effet , je la répète jusqu’à ce qu’elle le produise, au lieu de recourir à tout autre médicament interne. Le calomel, qui maintenant est tant en vogue dans la pratique, n’est pas, je crois, approprié à la maladie dont il s’agit; il a une vertu trop violente, et occasionne des efforts qui , tontes les fois qu’ils sont produits , aggravent tous les symptômes de la maladie, en agissant sur le col de la vessie.

Lorsque la constipation est restreinte aux gros intestins, par suite de la pression de la prostate sur le rectum, on y remédie plus convenablement avec un lavement , qu'avec un remède pris par la bouche (deux gros d’aloesen poudre, dissout dans une pinte de

lait, constituent un lavement très -approprié au cas dont il s’agit ) ; et l’on verra des cas où les matières stercorales sont devenues aussi dures que des noisettes , et se sont lait un passage dans la vessie, en l’ulcérant. Je suis porté à croire que la maladie dont je traite est entièrement locale, produite par une violence locale, entretenue par des circonstances locales, cl dont tous les symptômes s’aggravent par une succession de causes irritantes , dépendantes des mouvemens naturels des organes auxquels la prostate est liée; et je suis fàclié de dire que trop souvent les symptômes de celte maladie, non seulement augmentent, mais sont malheureusement produits par l’inexpérience de ceux qui ne savent pas manier les instrumens employés à la guérison.

Tout ce que je viens d’exposer est le résultatdela pratique , etest confirmé par six années de plus d’expérience; ainsi, je dois donc recommander de tenir la vessie vide, autant que possible; d’avoir recours aux mains les plus habiles pour le cathétérisme; de n’employer les sondes métalliques que dans les cas de nécessité, que lorsque le malade ne pourra être soulagé par des moyens plus doux. Car on sait bien que l’usage de ces instrumens peut ulcérer, et déchirer la surface du moyen lobe,

y excilei une inflammation qui peut s’étendre a toule Ja membrane interne de la vessie, et amener inévitablement ;ia mort du malade, qu’on aurait éloignée par d’autres moyens. Je ne veux point déprécier la pratique d’employer, dans les premiers degrés de la maladie, les cathéters métalliques, car on doit reconnaître qu’ils sont plus faciles à manier, et plus avantageux pour le praticien , en ce qu’il est plus sûr de les introduire, que s’ils étaient mous et flexibles. Par un tel procédé, le chirurgien aura 1 air depréférersa commodité, au risque d’aggraver les souffrances du malade, et de liater la maladie. J’ai vu une fois et j ai du croire que 1 ulcération, remplaçant l’engorgement des lobes latéraux et de l’extrémité du moyen lobe, était la conséquence naturelle de la marche de la maladie parvenue inévitablement à son maximum d’intensité; mais depuis que j’ai été témoin plusieurs fois qu’un engorgement du moyen lobe, moins considérable qu’il ne l’est dans la majorité des cas, et sans qu’il y eût des raisons d’augmentation , pouvait être mal traité, au point de produire 1 ulcération, j’ai dû naturellement conclure que si le chirurgien n’eût pas exercé de violence , et n eut pas provoqué la suppression d’urine, par la seule introduction du ca-

théier qui fut laissé dans la vessie, le degré de Ituméfaction produit par la suppression , aurait disparu, et le malade aurait élé rendu à la •:santé. Lorsque je vois de pareils choses, je •:suis pleinement convaincu que la plus légère ;abrasion de la membrane qui tapisse le moyen ilobe , est capable de produire l’irritation la ■plus violente, et que le passage de l’urine, sur la partie déchirée , joint à l’action contractile spasmodique du sphincter de la vessie, augmente et aggrave cette irritation , empêche !la cicatrisation de la surface excoriée , et forme imie maladie, en elle-même capable de rendre la vie misérable, quand bien même la suppression d’urine et ses causes n’existeraient plus , etque l’usageducalhélérismedeviendrait absolument inutile. Puis-je, d’après cela, trop fortement insister pour faire préférer les moyens les plus doux, non-seulement dans le commencement , mais dans tous les différens ■degrés du traitement de cette maladie, puisqu’il est à craindre que la maladresse ou l’inexpérience soient plus dangereuses que la ma- Oadie elle-même ?

Après avoir fait connaître tout le mal et tout Ile bien que peut faire l’usage du cathéter dans cette maladie, et plus spécialement fie la ré-

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pétition de son emploi, je poursuis l’histoire du traitement. J ai déjà établi que du sang pris vers la région lombaire, ou au bras, a dans quelques eas enlevé la maladie ; lorsqu’on devra employer la saignée , elle précédera toujours tout autre moyen de traitement. Le second moyen à employer, ce sera d’agir énergiquement sur les intestins. Si , malgré ces procédés , le malade ne peut uriner, ou qu’il soit obligé, indépendamment de quelques onces d’urine qui s’échappent , de faire de violens efforts toutes les heures, ces symptômes doivent sans contredit être arrêtés, car leur persévérance constitue unemaladie, puisque, s’ils sont combattus efficacement, un mieux-être les remplace. line sonde de gomme élastique, telle que celle que j’ai décrite , sera introduite dans fa vessie; et celle-ci une fois vidée, l’instrument sera maintenu par le procédé détaillé dans le chapitre précédent ; à des intervalles réguliers on fera couler l’urine, non seulement jusqu’à ce que les symptômes aient disparu, mais jusqu’à ce que la vessie puisse garder le liquide aussi long-temps que de coutume, et que ce liquide ail l’apparence de l’urine naturelle. Les moyens dont on se sert pour prévenir et calmer la douleur , sont, la poudre

de Dover en différentes quantités, selon l’urgence des symptômes, et les lavemens opiacés. Aussitôt (|ue les parties sont rétablies , on doit retirer le cathéter; H dans ce cas, il n’y a pas lieu de croire à la nécessité d’en faire une nouvelle introduction. Si l’instrument entre facilement la première fois, il est inutile de le laisser dans la vessie , afin de ne pas alarmer le malade par une mesure indiscrète.

11 est à peine nécessaire d’ajouter quelque c hose de plus à ce qui a été dit dans le pre-| mier volume , et aux détails pratiques qui se trou ven I dans J’his torique des observai ions suivanles. Je ferai encore une remarque, qui probablement n’est qu’une répétition , mais du moins elle n’a pas été faite de la même manière; elle est relative au traitement. Je remarquerai donc que toutes les fois que, dans la durée de celte maladie, les symptômes ont présenté dans ces cas tous les caractères de la fièvre typhoïde, ils ne doivent pas être considérés comme appartenant à la nouvelle maladie, mais comme dépendans de l’affection de la vessie, on à l’abcès produit dans la substance de la prostate, ou dans le voisinage, et doivent être traités comme tels, en faisant tout ce qu’il faut pour soulager ces parties; on évacuera la matière purulente dès le moment qu’elle sera

formée, puisque la moindre quantité, retenue dans celte situation, produit, mêlée avec l’urine , et deven ue extrêmement âcre , des symptômes d une nature qui en peu de temps sont mortels.

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