‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 38 sur 58 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la forme de la sonde de gomme élastique , et du moyen de la maintenir dans la vessie.

Avant de faire de nouvelles observations sur le traitement de la maladie du moyen lobe de la prostate , pour compléter celles qui sont contenues dans le premier volume , je dois faire connaître les améliorations qu’on a fait éprouver à la sonde; et comme la méthode de s’en servir, que j’ai adoptée dernièrement, dépend plus de la forme de l’instrument qu’on ne le croit ordinairement, il est de la plus grande importance que le cathéter soit construit de telle sorte à donner tous les avantages qu’un tel instrument peut présenter.

J’ai fait connaître dans le premier volume tous les défauts des cathéters fabriqués soit en France , soit en Angleterre. Ces défauts sont d’autant plus grands que l’instrument est dans des dimensions plus petites; mais lorsqu’il est gros, ce qui doit toujours être si on l’emploie dans cette maladie, il est beaucoup plus désavantageux, en ce qu’on ne peut s’en servir sans slylet (voyez la première Partie).

2^4 traitement des maladies ïl y a maintenant vingt ans que je m’applique a perfection ner cet inst rumen t ; mais j’ai îenconlré tant de difficultés, que j’ai été plus d’unefois sur le point de n’y plus songer. Si le tissu sur lequel on applique le vernis était formé sur un stylet courbe, il conserverait toujours cette forme, mais malheureusement il embrasse si étroitement le stylet, qu’on ne peut plus l’ôler ; si le tissu est travaillé lâchement, il ne sera pas uni ; et l’on m’a dit que les trous de la sonde ne seront pas bien faits, si elle n’est primitivement droite. Telles étaient ces difficultés; mais comme il était de la plus grande importance que l’instrumentfût courbe, je pensais qu’on pourrait au moins les aplanir un peu ; effectivement, j’ai fini par trouver un ouvrier persévérant et ingénieux tout à la fois, c’est M. Wiesse (il demeure dans le Strand, in tlie Strand , n° 53, à Londres), qui, après un travail de cinq à six ans, est parvenu à faire des cathéters de gomme élastique, courbes dans leur formation primitive, et capables conséquemment de retenir cette forme : ils ont tous les avantages d’une surface polie, par la manière dont ils sont unis et vernissés , et l’on peut leur donner la grosseur qu’on désire. Dans les premiers essais qu’il ht de ceux qui avaient une certaine gros-

seur, les paroisse trouvèrent si faibles, qu’elles 11e purent résister au spasme de l’urètre , qui survient quelquefois. Il arrivait souvent que, lorsque la sonde était détenue dans la vessie, les parois se rapprochaient, et le tube restait fermé jusqu’à ce que le spasme vînt à cesser; et puis, cette partie de l’instrument se trouvait tellement altérée, qu’il devenait nécessaire de l’ôter ; lorsqu’on l’avait extrait, en le voyant on aurait dit qu’il avait été brisé par quelque mouvement brusque du malade; mais si l’on fendait longitudinalement le tube, le passage , dans cette partie, était presque oblitéré, ponr avoii été etreint par une legere violence à laquelle les parois n’avaient pu résister. Maintenant il leur donne une force proportionnelle à leur grosseur; si j’ai cru nécessaire d’expliquer la raison de la force qu’on lui donnait , cest pour que les chirurgiens et les malades qui ne connaîtraient pas les circonstances que je viens d’exposer, ne le jugeassent pas inutile. Lorsque la courbure du cathéter n’est pas primitive, quoiqu’il ait été tenu très- longtemps dans un état d’inflexion, il reprend insensiblement , lorsqu’il est maintenu dans la vessie, sa forme droite, par l’humidité dont il s imprègne, et lorsqu’il est revenu à cette forme , sa pointe n’est plus soutenue élevée

dans la cavité de la vessie, mais elle est constamment pressée contre les parois postérieures et poussée hors de l’urètre; d’où il suit que l’irritation excitée sur la tunique musculaire de l’organe, est souvent la cause du spasme qui la rejette avec violence. Ceci explique ce qui arrive lorsque le malade, après avoir rendu ses urines, pousse l’instrument qu’il trouve plus en dehors qu’il ne doit être, et le remet en place ; il entend un bruit qui d’abord lui fait craindre d’avoir rencontré une substance solide, d’avoir rencontré une pierre, tandis que ce n’est qu’une action spasmodique de la vessie sur l’instrument.

Lorsqu’il faut que la sonde soit maintenue dans la vessie, il importe qu’elle soit dérangée aussi peu que possible, puisque toutes les fois qu’elle sera poussée en avant ou en arrière, elle frottera sur une partie proéminente, tuméfiée et enflammée, et s’opposera ainsi à la dissipation des symptômes. J’ai connu un malade qui souffrait cruellement de celte espèce de friction, sans qu’il sut ce qui en était cause; mais les douleurs qu’elle occasionnait cessèrent aussitôt qu’il eut connu ce à quoi elles tenaient.

On a eu recours à divers appareils pour maintenir le cathéter dans la vessie, aussi fixe que possible : il est inutile de parler de

ceux qui ne remplissent qu’imparfaitement l’objet; mais j’insisterai sur celui qui m’a le mieux réussi. C’est un collier élastique qui embrasse la verge; il doit avoir un pouce et demi environ de hauteur; il sera doublé de velours. et placéde telle manière que le duvet de ce velours soit dirigé vers le gland , afin que le collier ne puisse pas glisser. Ce collier, an lieu d’être attaché comme celui d’un écureuil , ou de tout autre petit animal , est ajusté, ses deux extrémités placées l’une sur l’autre, à la grosseur précise du pénis, et est fixé exactement dans celte position, par un bouton reçu dans de petits trous faits sur une courroie de peau. Sur chaque côté de ce collier, il y a un anneau ; et justement au-dessous de l’orifice de la soude, il y a un petit cercle d’argent, fixé à cetto sonde, d’où partent en sens contraire deux bras d’un demi-ppuce de long; à leur extrémité , il y a un anneau horizontalement placé, semblable en grandeur à ceux du collier. Avec cet appareil, et pour maintenir le cathéter dans la vessie, sans craindre qu’il change de position , soit qu’il s’enfonce davantage dans sa cavité, soit au contrai requ’il en sorte, il est nécessaire d’avoir deux petits rubans de peau qu’on aura soin dépasser dans les trous du cercle du cathéter , et dans ceux du collier; et de les

attacher ainsi les uns aux autres , au degré nécessaire de tension.

Ainsi disposés, la verge et la sonde font partie en quelque sorte du même instrument. Dans l’érection, la sonde suit la verge; lorsqu’elle cesse, l’instrument est ramené dans sa première position; mais un grand avantage, c’est la compression dans une certaine partie du pénis , qui s’oppose à la variation de ses dimensions, et à 1 incommodité qui suit ordinairement l’état d’érection.

Outre les avantages précités des sondes de gomme élastique de M. Wiesse , je puis assurer maintenant que je les ai maintenues' quinze jours dans la vessie, et que lorsque je les en ai ôtées, l’urine ou le mucus de l’urètre ne les avaient altérées que bien légèremeut. La couleur avait un peu changé, mais le poli de la sonde était le même, et la courbure n’avait que bien peu varié, si elle l’avait fait. On ne trouve jamais cela dans les autres cathéters fabriqués en France ou en Angleterre : ceux-ci, en très-peu de temps, deviennent impropres à un second usage.

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