‹ Traité ou observations pratiques et pathologiques sur le traitement des maladies de la glande prostateChapitre 42 sur 58 · QUATORZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME OBSERVATION

Da/is un cas dont les détails me furent envoyés , on n’appliqua pas assez tôt le traitement convenable. — Il y a environ deux ans, un gentleman sentit graduellement des envies plus fréquentes d’uriner en petite quantité, surtout le matin, soit qu’il futau lit ou levé, ou qu’il se promenât avant déjeuner : il n’éprouvait point dedouleur, mais seulement urgence de satisfaite ce désir. S’il s’asseyait dans sa chaise après déjeuner, il ne souffrait pas beaucoup. il prenait alors Je nitre en petite quan-

tité, et l’huile de genièvre, sansqu’il en résultât aucun avantage; il faisait peu d’attention à son mal, parce qu’il n’en souffrait point; car s’il venait à s’éveiller pendant la nuit, il se rendormait facilement, et même en voyageant en voiture, il ne fut obligé de s’arrêter qu’une seule fois à un relais.

L’automne dernier, il remarqua, vers la région pubienne, comme une dureté ou un gonflement qu’il attribuait à la flatulence (car il y était sujet ), ou peut-être à des symptômes de gravelle ; et cependant il ne jugea pas à propos de consulter qui que ce fût.

Mais dans l’h iver, étant beaucoup occupé dans les a fl aires publiques, il s’aperçut que ses digestions étaient mauvaises , et qu’elles s’accompagnaient de soif et d’une sensation qu’il n’avait jamaiséprou vée; quelquefois, lematin, il s’apercevait que pendant son sommeil il lui était échappé quelque peu d’urine. A cette époque, il rendait communément trente ou quarante onces d’urine dans la nuit et la matinée; dernièrement, pendant le temps rigoureux de janvier, il se trouvait indisposé tous les soirs, ce qui le dérangeait beaucoup.

11 attribuait ses infirmités, ou plutôt le progrès qu elles faisaient , a la diminution d’exercice en plein air , empêché par le temps et par

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d’autres circonstances ; mais ayant consulté un homme de l’art, il trouva le gonflement de la région vésicale si considérable, qu’il résolut d’éprouver les effets de la sonde. Le 3o janvier, ayant dans la nuit et la matinée rendu naturellement trois livres d’urine environ , et n’en pouvant plus évacuer , ne sentant ni l’envie, ni le besoin de le faire, le cathéter fut introduit; il fit sortir cinquante-quatre onces, et rendit le ventre en apparence à son état naturel. L’instrument fut réintroduit le soir et le lendemain malin , l’urine coula dans la quantité de trente-trois onces, le surplus ayant été rendu naturellement. Depuis ce temps, Je cathéter a été employé régulièrement matin et soir, mais le pouvoir expulsif de l’urine n’a nullement augmenté, et l’on sait qu’il n’a lieu ordinairement que sur une quantité de trentecinq à trente-sept, ou même de quarante onces, contenues dans la vessie. Et comme il dort assez profondément, cette facultéexpulsivesetrouve avec sa plus grande énergie le matin.

La sonde entrait sans difficulté. L’urètre la sentait davantage en différens endroits que dans d’autres. Un jour, en la retirant, elle fut rougie par une goutte de sang; mais à cela près , elle pénétrait facilement et sans douleur ; le malade reprit un peu d’exercice, il se pro-

menait tanlôt à cheval , tantôt à pied , et quelquefois en voiture ; ce régime améliora sa santé ; son état de malaise et la soif disparurent entièrement.

Aujourd’hui, dans quelques points de son étendue l’urètre semble être devenu le siège d’un état de constriction ; une seule fois on l’a à peine distingué ; cet état paraît se lier en quelque sorte à la flatulence de l’estomac et des intestins qui, pendant toute la vie de l’individu , lui a occasionné des sympathies pénibles; si cet état augmentait jusqu’à un certain point, et que ces sympathies se portassent sur la partie débilitée par la maladie, par la fatigue, ou par une cause externe, le malade ressentait ces effets à l’urètre, qui était encore intacte de cathétérisme. La sonde sort maintenant sans douleur; mais en général, elle occasionne momentanément une petite douleur aiguë, à l’instant qu’elle entre dans la vessie, ou dès quelle s’en approche.

Au surplus, le chirurgien pense que, nonobstant la facilité d’introduction , la maladie tient à de petiLs engorgemens partiels de la prostate; car en passant le doigt dans le rectum , il sent quelque chose d’épais sur le côté droit.

Avant l’usage du cathéter, quelques étincelles électriques ont été, sans succès appa-

rent, dirigées à deux fois vers la région du pubis.

Le malade a soixanle-six ans; il est d’une constitution grêle; il est modéré dans le boire et le manger; son corps et son esprit ne sont jamais en repos. Il a un peu maigri dans sa dernière maladie, mais il ne sent pas faiblir ses forces, s’il ne se promène que modérément.

Il n’éprouve pas de sensation inusitée vers la glande prostate, soit qu’il monte à cheval , soit qu’il aille à pied , ni rien qui indique là un étatde maladie, relatifà cequ’il a souffert dernièrement. Le pouvoir expulsif de l’urine est encore beaucoup diminué. Les étincelles électriquesont été suspendues , parce qu’elles pouvaient stimuler ou irriter la prostate; et la promenade au trot du cheval est , par la même raison, condamnée par les médecins.

Le 17 de ce mois, un cathéter de Caoutchouc fut introduit et maintenu dans la vessie pendant deux heures , mais comme il produisait une sensation désagréable, il fut retiré. On voulait savoir si , en vidant fréquemment la vessie, on dissiperait l’obstruction.

Le malade mourut quelque temps après la réception de ces détails.

DE IiA GLANDE PROSTATE.

QUINZIÈME OBSERVATION

Le fait suivant montre que, dans un âge avancé, la dépression de la substance mamelonnée des reins par l’urine, pendant un temps assez court, arrête dans quelques constitutions la sécrétion de ce fluide , et que la mort en est le résultat presque immédiat.

Un gentleman, de l’âge de quatre-vingts ans, éprouvant , à celui de soixante-dix-sept, des envies fréquentes d’uriner, vint me consulter, dans la supposition que c’était un rétrécissement du canal de l’urètre. C’était un homme très -gras, étant dans l’habitude de monter souvent h cheval, et jouissant d’une table succulente. Je lui dis qu’il avait dépassé l’âge des rétrécisseinens du canal de l’urètre , et que sa maladie devait consister dans un gonflement du col delà vessie. Je lui conseillai de vivre moins substantiellement, de se faire appliquer les ventouses sur la région lombaire, et je me réservai de venir le voir encore. Peu de jours après, il me dit qu’il se trouvait très-bien; l’année suivante, au même mois, il fut affecté de la même maladie, et guérit de même. A l’âge dequatre-vingts ans, étant, à lacampagne, il eut la même affection); il fut traité par les remèdes internes, et ne fut point saigné. Au

TRAITEMENT DES MALADIES commencement de celte rechute, ses urines 11e coulèrent qu’en très-petite quantité; et au bout dequinze jours en viron , il alla de mal en pu e ; je fus consulte par une lettre. Je recommandai qu on introduisit une sonde de gomme élastique, et qu’on la maintînt dans la vessie. Le chirurgien m’écrivit ce qui suit : « Aussitôt après la réception de votre lettre, j’introduisis, avec assez de facilité, une sonde d’une grande dimension, et l’urine coula (la quantité 11 est pas mentionnée) ; l’instrument fut maintenu , et l’on vidait la vessie lorsque le malade le desirait. Il souffrit un peu plus le soir, et il passa la nuit lolérablement : le lendemain la douleur augmenta graduellement ; l’évacuation de la vessie 11e le soulageait plus autant. La nuit suivante , ayant été envoyé chercher, je trouvai le malade dans des souffrances atroces ; il resta six heures sans rendre de 1 eau , mais il en filtra involontairement quelque peu sur les côtés de l’instrument; le col de la vessie se trouva le siège d’une violente pulsation , et tout le bas-ventre était extrêmement tendu. On retira la sonde; les trous s’étaient obstrués par du mucus. La suppression de l’instrument dissipa tous les symptômes d’irritation, et ayant pris une potion opiacée, le malade dormit cinq ou six heures;

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on replaça ensuite le cathéter, et il coula huit onces d’urine mêlée à du mucus épaissi et à des filamens de lymphe coagulable. La vessie fut évacuée deux fois par jour; il prit vingt-cinq gouttes de laudanum , et passa quatre nuits très- supportables; mais la sécrétion de l’urine diminuait beaucoup, puisqu’il ne sortait qu’une pinte et un quart dans vingt-quatre heures. Il tomba dans une grande émaciation; sa mémoire s’affaiblit, et son air changea entièrement. Dans cet état, il devint graduellement plus faible, et les symptômes augmentant toujours , il succomba en peu de jours. »

La cause immédiate de la mort fut, dans ce cas, le défaut de sécrétion de l’urine; si j’eusse été consulté à temps dans le commencement de la maladie, j’eusse fait introduire la sonde; la vessie n’eût pu se distendre, puisque la dépression de la substance mamelonnée des reins par l’urine n’eût point eu lieu.

SEIZIÈME OBSERVATION

Cas d’ ulcération du moyen lobe , qu’on aurait prévenu, si, dès le commencement , on l’eût traité convenablement. — Il est conçu en forme de lettre. — Je donne actuellement des soins à un gentleman qui désire vivement avoir votre avis, dans l’espoir qu’il vous sera possi-

264 TRAITEMENT DES MALADIES ble de lui recommander quelque chose qui diminuera les symptômes cruels qui le tourmen.-tent, et dépendant d’une maladie de la glande prostate.

Il est âgé d’environ soixante -cinq ans; il a eu deux atteintes violentes d’inflammation de la glande prostate, accompagnées de suppression d’urine. La première eut lieu il y a sept ans, et la seconde, il y a trois ans. On en dissipa les symptômes par l’usage du cathétérisme tant que dura la rétention ; par la saignée, le bain chand , les fomentations à la région hypogastrique et au périné; par l’opium pris par la bouche et en lavemens , par la ciguë, l’uvaursi, etc. Depuis la dernière rechute, il a conservé de la difficulté a expulser l’urine; il ne la rend jamais qu’en petite quantité, èl jamais plus de deux ou trois onces, excepté la nuit; s’il lui arrive de dormir long-temps, l’urine s accumule , et il ne peut s’en débarrasser qu avec le cathéter. Depuis le commencement de celte année, s’il se promène en voilure ou à pied , plus qu’à l’ordinaire, son urine est souvent teinte légèrement de sang. Depuis peu , ces symptômes se sont beaucoup aggravés.

Le i8 août dernier, je fus appelé pour le voir; il avait eu trois accès de fièvre depuis le J 6, et, à celte époque, il tomba clans un étal fé-

brile très-violent ; sa lace s’enflamma , sa langue devint blanche cl sèche, son pouls était vite et très-dur , le col de la vessie était très- irrité, et susceptible d’une grande douleur. Je combattis ces phénomènes inflammatoires par les moyens appropriés; outre les saignées générales et locales, et les boissons mucilagineuses , je prescrivis cinq grains de poudre de Dover, chaque quatre heures, qu’on dut augmenter graduellement jusqu’il sept, et quarante gouttes teinture d’opium , avec quinze de vin d’antimoine, au moment de se mettre au lit. Peu de jours après, la fièvre diminua, et le pouls tomba à soixante-quinze pulsations; mais l’irritation du col de la vessie persista. Je crus à propos de passer une sonde, mais l’irritation devint si grande, que je fus obligé delà retirer presque aussitôt. On continua la poudre de Dover; on appliqua un suppositoire fait avec cinq grains d’extrait de ciguë et deux d’opium, chaque quatre ou cinq heures ; l’opium fut également administré à la dose de quarante gouttes, par la bouche, et à la dose de cinquante, en lavent en s. En vingt-quatre heures, il en prit deux cent vingt gouttes. Il fut pris aussi, selon l’avis de deux médecins, sous la forme solide, deux grains chaque dix heures, en continuant le suppositoire et le lavement;

^66 TRAITEMENT DES MALADIES mais 1 irritation devint si forte qu’elle empêcha entièrement le sommeil. Le ténesme survint; le col de la vessie semblait être entraîné avec les urines; le gland devint le siège d’une douleur aiguë, et quelquefois le périné était très - douloureux , soit qu’il se mît sur son séant, soit qu’il se retournât un peu promptement dans le lit. Bientôt après le malade succomba.

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