CHAPITRE VL
Thérapeutique générale des hémorrhagies.
Art, Des indications curatives et des méthodes générales de traitenaent , des hémorraghies.
Origine desin- i5o. Lus indicaüons curatives des hémorrhagies ne se
dications curati- t/t. , i n
ves des hémor- deduiseut pas toujours seulement de la maladie en elle- ****^8^<^®- même et de ses éléments constitutifs; elles se déduisent aussi des causes qui la produisent , lorsque ces causes sont de nature à persister avec leur effet. Les causes pathologiques sont parmi ces derniers celles qui doivent le plus occuper le médecin ; elles impriment à Fhémorrhagie le caractère de ma^die symptomatique , et elles indiquent de n’en tenir compte que comme d’un accident secondaire. Aussi le premier soin du praticien qui observe une hémorrhagie est-il toujours de rechercher s’il n’existe chez son malade ni obstacle morbide à la circulation , ni maladie du cœur ou des vaisseaux qui explique une rupture vasculaire , ni état cachectique qui modifie la quantité du sang ou la contractilité et la texture ^des vaisseaux et des tissus, etc. Les symptômes directs de ces diverses conditions morbides , l’absence de phénomènes d’hyperaimie générale ou locale , ou de symptômes de fluxion hémorrhagique , sont les signes sur lesquels s’établit cette distinction. Le traitement approprié à ces causes est celui de la maladie qu’elles constituent.
i5i. Les indications curatives des hémorrhagies idiopathiques se tirent de l’importance relative des éléments constitutifs de ces maladies et de celle des organes dans lesquels elles ont leur siège. C’est de cette double source qu’on déduit la solution de la question suivante , la première qui se présente à l’esprit du médecin : faut-il aban-
DES HÉMORRHAGIES. 85
donner l’hémorrhagie à la nature ou lui op^poser des moyens de traitement?
i52. L’état morbide consiste principalement en l’hyperaimie et la pléthore sanguine. L’extravasation sanguine est souvent le moyen de guérison et d’épuisement de ces conditions pathologiques ; elle est sans inconvénient toutes les fois qu’elle reste dans des limites appropriées à l’intensité de ces états morbides , et qu’elle a pour siège un organe que sa présence ne peut compromettre. Une méthode de traitement expectant, dans laquelle on abandonne à' la nature la guérison de la maladie par le moyen de la perte de sang elle-même , est , dansées cas , la seule rationnelle. Ce n’est pas cependant qu’il faille ne prescrire au malade aucun traitement ; mais il faut se borner à l’emploi des moyens tempérants et calmants, dont toute l’action consiste à éloigner toute cause excitante de la maladie , plutôt qu’à agir directement sur elle. Ainsi , l’on administre des boissons émollientes , on maintient le malade dans un très-grand repos , en le soustrayant à toutes les impressions excitantes , on met au repos autant que possible tous les grands organes de la digestion , de la circulation, de l’innervation.
i55. Cette méthode de traitement expectant est la seule qui soit rationnelle dans les hémorrhagies qui surviennent par des voies externes/, chez les jeunes sujets sanguins et d’une bonne constitution , pourvu qu’elles ne deviennent pas excessives et qu’elles semblent salutaires , en modérant la pléthore, si ordinaire chez ces sujets (146). Ce traitement est aussi le seul qu’il faille opposer aux hémorrhagies qui surviennent pendant la maladie d’un organe quelconque , lorsqu’on peut espérer qu’elles seront suivies d’une amélioration. Les auteurs ont rapporté beaucoup d’exemples d’accidents très-graves survenus après la suppression d’héjmorrhagies qui pouvaient être considérées comme critiques, soit de la pléthore sanguine, soit d’une
Méthode de Irailement ex.pcctanle.
Des cas oii la méthode expectante cornient.
Des cas traitement pectant ne vient pas.
86 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
hyperaimie, soit de tout autre état morbide; ils ont aussi rapporté des faits dans lesquels des hyperaimies graves et des hémorrhagies sont survenues sur des organes profonds par la seule déviation du molimen hémorrhagique ^ après la suppression 5 imprudemment provoquée, de pertes de sang externes (ii3, ii4)*
Il n’est pas douteux qu’on n’ait considéré bien des fois comme des effets de la suppression intempestive d’hémorrhagies des lésions qui n’en étaient pas le résultat, qui même étaient plutôt elles-mêmes la cause de la disparition de l’hémorrhagie; il n’en esf pas moins vrai qu’il y a beaucoup de faits dans lesquels les fâcheux résultats de la suppression intempestive d’une hémorrhagie ont été incontestables.'On ne saurait donc se décider avec trop de circonspection à diriger contre des hémorrhagies des moyens actifs, propres à les supprimer, avant d’avoir attendu ou déterminé la cessation de la pléthore sanguine et de l’hyperaimie locale.
3ùie 154. La méthode de traitement expectant ne convient
GX—
con- plus dès que la maladie affecte ou menace un organe important, dont l’état d’hyperaimie troublerait les fonctions, ou sur lequel les produits de l’hémorrhagie pourraient produire de graves accidents. Il faut aussi s’opposer, par des moyens actifs, à l’hémorrhagie, quand le malade ne peut être soumis à des pertes de sang qu’il réparerait difficilement, à cause de son âge ou de son état de santé antérieur (147)? enfin, la méthode de traitement expectante ne convient pas dans les hémorrhagies mêmes qui ont leur siège sur un organe dont la lésion consécutive n’est point à craindre, lorsque ces hémorrhagies deviennent dangereuses par leur abondance , ou par leur retour trop fréquent. Dans tous ces cas , la méthode de traitement expectante, eût-elle été adoptée , doit être abandonnée pour un traitement actif dès que son inutilité ou même son danger deviennent ainsi évidents. A
DES HÉMORRHAGIES.
Les limites que nous fixons pour la convenance du traitement simplement expectant dans les hémorrhagies sont beaucoup plus étroites que celles adoptées par Stahl. Si Feffusion sanguine est très-souvent le moyen dont se sert la nature , pour épuiser les hyperaimies et la pléthore ou tout autre état morbide ^ il ne faut cependant pas compter, comme le faisait Stahl , que la santé sera rétablie ou entretenue par l’évacuation sanguine spontanée comme par une sorte de fonction conservatrice. On laisse ainsi se continuer des hyperaimies que l’effusion sanguine entretient, loin de les faire cesser, ou dont elle rend le retour plus facile (1 1 15). On laisse épuiser les malades par des pertes
de sang considérables , lorsqu’on serait facilement parvenu à terminer la maladie sans faire éprouver à l’économie d’aussi grandes pertes. '
i55/ L’appréciation rationnelle de toutes les circonstances qui déterminent l’emploi de moyens de traitement actifs contre les hémorrhagies doit se faire eu égard à l’importance des lésions élémentaires constitutives de ces maladies. L’appréciation et le choix des moyens de traite- • ment les plus directement applicables à ces maladies se trouvent dans ce que l’observation nous a appris sur l’influence réciproque des hémorrhagies qui surviennent simultanément ou successivement ( i32 ); car les hémorrhagies et les congestions sanguines déterminées par l’art sont les premiers entre les moyens curatifs de ces maladies.
Art. II. Des moyens thérapeutiques qui s’appliquent à l’état
pléthorique,
i56. L’indication immédiate fournie par l’état plétho- Dos moyens de rique est d’opérer des déplétions sanguines propres à diminuer la quantité de sang contenue dans les vaisseaux, pietho^
à rendre le sang moins stimulant , en atténuant la quantité de fibrine et de matière colorante qu’il contient -, tels sont
THÉBAPEUTIQUE GÉNÉRALE
Des limites «lanslesqiielles il faut pratiquer les émissions sanguines.
Moyens de traitement de la pléthore autres que les saignées.
les effets qu’on attend des saignées dans les cas de pléthore sanguine.
167. Les déplétions sanguines doivent être portées assez loin pour diminuer notablement la force du pouls , en affaiblissant Faction du cœur. Ce résultat s’obtient plus facilement et plus vite par les émissions phlébotomiques que par les déplétions sanguines opérées des vaisseaux capillaires par les sangsues et par les scarifications. Il n’est guère indiqué de s’en tenir aux émissions sanguines locales, dans ces cas , que pour remplacer des pertes de sang habituelles, et pour favoriser des congestions sanguines locales dont la suppression peut avoir été la cause plus ou moins immé^ diate de la pléthore.
r58. Les déplétions sanguines ne satisfont pas à toutes les indications curatives de la pléthore ^ il est évident que le développement de cet état morbide est nécessairement lié aux fonctions digestives , puisque c’est par elles que le sang reçoit les matériaux alibiles qui le renouvellent et l’entretiennent dans ses conditions de quantité et de qualité. Les moyens de traitement qui rendent les fonctions digestives moins actives ne sont donc pas moins indiqués, dans ces cas , que les émissions sanguines. Il est d’ailleurs certain que l’accomplissement de la di gestion , lorsqu’il se fait avec une certaine activité , par suite de la quantité ou de la qualité des aliments, réagit sur l’appareil circulatoire dont les fonctions deviennent alors plus actives et plus rapides. Cette action stimulante ne fait que rendre plus /marqués les symptômes de la pléthore et favoriser l’établissement des lésions locales congestives, hémorrhagiques ou autres, qu’on doit toujours, dans ces cas, considérer comme imminentes.
Le repos, l’absence de commotions morales, la sous- ^ traction de toutes les influences extérieures qui peuvent hyperstimuler les organes et les appareils généraux circu-
DES HEMORRHAGIES. 89
latoires ou nerveux, ne sont pas moins indiqués contre la pléthore que les autres moyens de traitement.
169. La pléthore sanguine tend rapidement à se reproduire lorsqu’elle a cessé; les mêmes moyens de traitement lui sont toujours applicables ; il est nécessaire d’en continuer l’usa ge^pendant un certain temps , et d’y avoir encore recours lorsque la pléthore se manifeste de nouveau. Les émissions sanguines , lorsqu’on y a recours plusieurs fois, établissent une habitude de pertes de sang qui finit par être elle-même une véritable prédispoMtion à la pléthore (ii3). Cette circonstance, tout en indiquant de revenir aux pertes de sang , comme moyen prophylactique ou curatif de la pléthore, indique de mettre une certaine réserve dans l’emploi de ces moyens, et â’en diminuer progressivement la quantité en éloignant aussi les intervalles qui les séparent , afin de 4ie pas habituer l’économie à ces moyens et afin de rompre cette habitude , si déjà elle existe.
160. La pléthore sanguine peut être combattue et surtout prévenue par des^mojrens de traitement qui, tout en n’agissant pas d’une manière aussi directe, sont cependant trèsefficaces. Nous avons vu la pléthore sanguine , et, par suite , les hyperaimies et les hémorrhagies qui se lient à sa présence , déterminées parda suppression d’un flux habituel du- ; rant depuis un temps plus ou moins long (96). Ces flux qui enlèvent à l’organisme une certaine quantité de matériaux I qui proviennent nécessairement du sang peuvent être pro- I voqués par l’art comme moyen de traitement de la plé- I thore. Ainsi, une diaphorèse abondante , une diurèse , une I diarrhée, peuvent être produites utilement dans cette intention.
Ces moyens ont l’inconvénient d’exiger l’emploi de médicaments toujours plus ou moins stimulants , dont l’action immédiate peut aggraver la maladie que leur efîet est des-^
go THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
tiné à combattre. Les flux qu’on détermine ne s’établissent que par une stimulation sécrétoire, toujours accompagnée d’un certain degré de congestion sur les organes qui en sont le siège. Cette circonstance peut avoir pour résultat de déterminer sur ces organes un état de congestion , d’hémorrhagie ou même de phlegmasie, affections toujours imminentes, quand il existe un état pléthorique prononcé. Il faut tenir grand compte de ces dangers dans l’usage de ces moyens de traitement : il est souvent nuisible d’y avoir recours, quand la pléthore est intense •, mais ils conviennent quand on l’a diminuée par des émissions sanguines , ou lorsqu’elle est faible , ou enfin si elle est imminente à certaines époques, comme tendant à se reproduire par habitude. •
Les médecins du dernier siècle prescrivaient, et même aujourd’hui beaucoup de médecins anglais administrent les purgatifs dans les vues que l’on vient de développer comme moyen antiphlogistique. On a aussi assigné les mêmes effets aux diaphorétiques puissants. Nous croyons qu’il faut se montrer très-réservé sur ces moyens, à cause des inconvénients que nous venons de signaler*, nous préférons recourir, d’après les mêmes vues, aux diurétiques actifs qui nous ont toujours paru plus utiles, sans avoir les mêmes dangers. C’est pour atteindre ce but qff’il nous arrive souvent de conseiller l’usage de la digitale à la dose d’un à trois grains par jour en substance 5 doses auxquelles elle est diurétique à un haut degré , et peut être administrée pendant un temps très-long, sans que les reins cessent de ressentir son influence , et sans qu’il en résulte d’inconvénient. Le nitrate de potasse aune action diurétique plus prompte, mais peut-être moins soutenue, il faut en administrer au moins trois à quatre gros , et même plus, par jour. Il n’a à cette dose d’autre inconvénient que sa saveur désagréable *, mais il détermine promptement un flux d’urine très-copieux , suivi d’ordinaire assez prompte-
BBS HÉMORRHAGIES. 9^
ment d’une diminution du nombre et de la force des battements artériels. La diurèse, continuée par les moyens de Fart, pendant un temps très-considérable, déprime les forces et amène une grande émaciation. Il est donc toujours prudent de modérer avec soin 1 usage de ce moyen de traitement.
161. Dès qu’on reconnaît, chez un malade aftecté d’hémorrhagie , les signes de pléthore sanguine même légère , et qu’on juge ne pas devoir s’en tenir à une méthode expectante , le traitement que nous venons d’indiquer est le premier auquel il faille avoir recours ; il est si important de ne pas le négliger, qu’il est rationnel d’y avoir recours même dans des cas où les symptômes de la pléthore ne seraient pas très- tranchés. Il ne faut cesser d’insister sur ce mode de traitement non seulement qu’après la cessation de l’état pléthorique , mais même que lorsque l’action des organes circulatoires a été affaiblie au-dessous de 1 état normal.
Art. III. Des moyens thérapeutiques qui s’appliquent aux congestions sanguines locales.
162. Lorsque l’hyperaimie a son siège dans une partie Des moyens de
^ ^ 1 > ti aiîement inuî-
externe , il semble indiqué d operer directement une ae- és contre les
^ ^ hvpera’mies»
plétion sanguine sur cette partie pour epuiser la trop grande quantité de sang qui engorge ses vaisseaux. Mais , indépendamment de la pléthore generale qui peut existei , et sous l’influence de laquelle se trouve nécessairement la congestion locale qu’elle reproduira a mesure que 1 on ^ tendra à l’épuiser par l’émission sanguine, le médecin doit considérer que l’organe qui est le siège de l’hyperah mie l’est devenu par une cause à l’influence de laquelle il a été nécessairement soumis *, cette cause déterminante peut avoir cessé d’agir ou persister encore. Il ne faut pas aussi que la déplétion sanguine locale , soit par le vide quelle opère dans les vaisseaux de l’organe, soit par reffet
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topique irritant des moyens par lesquels elle s’obtient , devienne elle-même la cause de la persistance de la congestion sanguine. Ces diverses circonstances sont communes à toutes les congestions , qu’elles aient leur siège dans des parties extérieures ou dans des organes profonds y mais dans ces derniers il y a une difficulté de plus dans le traitement, puisqu’on ne peut agir immédiatement sur l’organe.
Pour tirer de ces diverses circonstances les indications curatives rationnelles , il faut se rappeler les résultats de l’observation sur les causes de la maladie et sur les différentes conditions dans lesquelles elle se produit : il faut avoir aussi bien présentes les remarques que nous avons faites sur les dérivations, les révulsions et les déviations hémorrhagiques (1^2 à 137)*, c’est ainsi que l’on déduit le choix des méthodes de traitement de l’analyse des circonstances de ces maladies. Les règles générales de traitement fixées d’après ces vues sont les suivantes.
i63. Il faut s’occuper activement d’abord de combattre et^ d’annuler l’état pléthorique, s’il existe (i56). L’état pléthorique une fois détruit, il arrive souvent que la congestion sanguine locale cesse , soit rapidement, soit peu à peu, sans qu’il soit utile de recourir à aucun moyen de traitement spécial -, il faut donc se tenir en expectation pendant quelque temps, pour laisser s’opérer, si elle doit arriver, cette résolution spontanée de l’hyperaimie. Ce n’est que si cette dernière est considérable, et que si elle occupe des organes où sa présence est immédiatement dangereuse , qu’il est raisonnable de se hâter d’agir directement, pour la faire cesser.
Choix du lieu Lorsqu’il n’existe plus de symptômes de pléthore
où il faut saigner . . . • . «i . • t r t i
dans les conges- sanguine , et que 1 nyperaimie persiste , il est indique de la profomic^ '"'“^'‘combattre immédiatement. Faut-il le faire par une déplétion sanguine aussi directe que possible des vaisseaux de l’organe , ou vaut-il mieux opérerîune révulsion ou une dé-
DES HÉMORRHAGIES.
rivation, pour ramener la circulation dans cet organe à son état normal? Si l’hyperaimie persiste depuis un temps déjà assez considérable ^ sans tendre a augmenter ^ il n^y a au~ cun inconvénient à opérer aussi immédiatement que possible l’évacuation des vaisseaux où siège la congestion. Il suffit de ne pas joindre aux moyens de déplétion locale qui sont ordinairement la succion du sang par les sangsues des moyens qui augmentent ou reproduisent la congestion. Ainsi, l’application des ventouses aurait ce résultat fâcheux quipourraitannuler toutl’avantage delà déplétion sanguine immédiate (87 ). Cette considération doit aussi déterminer à rendre la saignée locale assez considérable. Cette déplétion ne peut se faire , en effet , que par des solutions de
continuité, ordinairement jointes à une succion, pour extraire le sang; l’irritation qui résulte des solutions de continuité, l’aspiration parle vide qui résulte de la succion des sangsues ou de l’effet des ventouses , suffisent pour entretenir et même augmenter l’hyperaimie , si une déplétion assez abondante de sang n’annulle pas ces effets contraires à ceux qu’on veut obtenir. Les praticiens savent faire ces différences, quand ils favorisent l’hyperaimie et l’hémorrhagie menstruelle , par l’application réitérée d’un petit nombre de sangsues à la vulve , et quand ils combattent une congestion utérine, en opérant au même lieu une déplétion sanguine considérable par un grand nombre de sangsues.
1 65. Lorsque l’hyperaimie semble être encore dans sa d„ période d’accroissement, ou lorsqu’elle tend à se reproduire , après avoir diminué jusqu’à un certain point, souvent même par l’action immédiate d’une déplétion spontanée ou déterminée par l’art, il vaut mieux la combattre , en appelant la congestion sur une autre région de l’appareil vasculaire , ou en pratiquant une déplétion sanguine sur une partie assez éloignée pour que la fluxion que cette déplétion produit ne s’étende point à l’organe malade , et
sion.
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
meme pour qu’elle ait pour effet de diminuer la congestion dont il est le siége(i54). Ainsi, si une congestion hémorrhagique considérable s’est formée sur l’utérus , il vaut mieux pratiquer une saignée du bras, ou une saignée locale vers les hypochondres, que de s’exposer à augmenter la maladie par une déplétion sanguine faite à l’hypogastre ou à la vulve. Quand l’hyperaimie a été le résutat ellemême d’une déviation hémorrhagique, ou du déplacement de toute autre fluxion locale existant auparavant sur d’autres organes , il peut être utile de frapper directement sur ces organes pour y rappeler la maladie*, il faut toujours le faire, si cette maladie a par elle-même moins d’inconvénient que l’hyperaimie consécutive qui s’est produite après elle. C’est ainsi qu’on détermine vers l’extrémité du rectum une.fluxion ou une congestion hémorrhagique par des sangsues appliquées en petite quantité et à plusieurs fois , pour faire cesser une congestion pulmonaire qui a succédé à la disparition des hémorrhoïdes. '
166. Si l’on a à traiter une hyperaimie considérable qui augmente d’instant en instant , et qui semble se continuer sous l’influence d’une direction fluxionnaire puissante dont un organe important se trouve le siège , il faut avoir rapidement recours à des moyens qui modifient avec activité \dt circulation , en enrayant la fluxion morbide ou en la détruisant par une puissante révulsion. La saignée déplétive est ordinairement le premier moyen ainsi indiqué, n’existât-il pas de pléthore sanguine à combattre. Ce moyen diminue rapidement la quantité de sang qui se trouve dans les vaisseaux *, il affaiblit ainsi très-promptement la circulation générale par l’intermédiaire de laquelle se forme toujours nécessairement la congestion sanguine. Indépendamment de cette action, il n’est pas douteux que la déplétion immédiate d’une partie de l’appareil vasculaire par la saignée n’ait pour résultat d’y opérer le déversement d’une portion du sang qui remplit le reste de cet appareil.
DES HÉMORRHAGIES. g5
Il y a ainsi , par rapport aux vaisseaux qui sont le siège de là congestion , une véritable déplétion médiate par révulsion ou pari dérivation.
167. Les médecins ont recours très-fréquemment , dans la thérapeutique , à la rubéfaction d’une étendue plus ou moins considérable de la peau, au moyen des topiques irritants et de la chaleur. Les cataplasmes sinapisés , TimnlUsion dans l’eau chaude pure, ou rendue irritante par l’addition de la farine de moutarde, de l’acide muriatique ou d’autres substances âcres, l’application des ventouses sèches, sont les moyens par lesquels on opère cette médication.
Les effets immédiats de ces moyens topiques consistent à faire affluer et à maintenir pendant un temps plus ou moins long dans les vaisseaux d’une partie une assez grande quantité de sang artériel pour engorger ces vaisseaux^ c’est une hyperaimie locale produite par l’art et qui se fait au détriment de l’hyperaimie qu’on veut combattre. Il y a, dans ce cas, dérivation ou révulsion déplétive par rapport à celle-ci ; car on appelle et l’on maintient dans une région de l’appareil circulatoire une plus grande quantité de sang qu’il n’en pénètre naturellement , et d’un autre côté l’on détermine sur cette partie , par l’irritation produite à dessein , une fluxion très-vive qui peut atténuer et même suspendre celle qui s’opérait sur l’organe malade.
168. Les hyperaimies produites par l’art sont toujours utiles dans le traitement des congestions sanguines ; elles doivent etre pratiquées assez loin de l’organe affecté pour qu’on ne puisse pas craindre qu’elles contribuent à appeler sur lui l’irritation qu’elles produisent : il faut les faire persister ou au moins les reproduire fréquemment, pendant un temps assez long, pour qu’on puisse considérer comme annulée la disposition morbide qui a fait naître immédiatement 1 hyperaimie , et pour que toute trace de cette dernière ait cessé.
Effets thérapeutiques des topi([ues rubéfiants.
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
Obstacles à la circulation employés comme moyens thérapeutiques.
1 6g . Les modifications de la circulation ont une influence si grande dans la production ou la cessation des congestions sanguines que Ton enraye quelquefois immédiatement la production d’une hyperaimie par un obstacle mécanique, dont l’effet est de diminuer la quantité de sang dans les parties de l’appareil vasculaire qui est le siège delà congestion; tel est le résultat des ligatures des membres et des sions artérielles, desquelles on a retiré de bons e le traitement des hyperaimies très-récentes considérables , lesquelles s’entretiennent souvent et même croissent, malgré l’hémorrhagie coïncidente, dont elles sont la cause première*
170. Les ligatures sur les membres gênent immédiatement la progression du sang veineux des extrémités vers le cœur ; on ne les applique pas de manière à gêner la circulation artérielle, au moins à un notable degré. Le sang est retenu ainsi dans les capillaires et dans les veines des membres qui se gorgent ; il en résulte une diminution considérable de fluides dans le reste de l’appareil circulatoire , et ainsi un affaiblissement de la circulation qui amène assez rapidement la syncope. Ce moyen opère la déplétion indirecte des vaisseaux de la partie malade ; il augmente nécessairement l’action des veines de cette partie et rend ainsi plus actif le retour du sang de l’organe où siège la congestion vers le cœur. Du reste, ce moyen de traitement des congestions sanguines et des hémorrhagies est un des moyens de l’art depuis long-temps connu L
171. La compression des artères qui se rendent à l’organe affecté a directement le même effet que la ligature des membres a indirectement par rapport à cet organe; elle diminue la congestion qui y a son siège , en suspendant l’arrivée du sang. Ce moyen de traitement a été préconisé dans les congestions très-rapides, liées à des hémorrhagies
compresïets dÉns
* Slevogt, DisserU exhîbens ligaturam artuum utile atque tutum hœmor-^ rhagiarum esse remedium, Jen, 1697.
DES HEMORRHAGIES.
considérables. Ses bons effets font regretter qu’il soit très-^ souvent difficile de le mettre en pratique. " (
172. Les congestions sanguines concourent comme éléments à constituer d’autres maladies que les hémorrhagies ^ elles accompagnent toujours jusqu’à un certain degré les diacrises et les phlegmasies. Cette circonstance qui est bien importante à considérer dans le traitement de ces dernières maladies , sert aussi à motiver leur production par l’art comme traitement des hyperaimies simples. C’est surtout lorsque celles-ci tendent à se prolonger d’une manière chronique 5 ou qu’elles se reproduisent fréquemment , qu’on a recours à ces moyens de traitement. Un érytème de la peau J produit par un épispastique , détermine une congestion sanguine fixe considérable si cet érytème occupe une surface étendue; c’est une congestion dérivative ou révulsive par rapport à l’hyperaimie qu’il s’agit de guérir. Un purgatif, en déterminant un flux sur la muqueuse intestinale , produit une hyperaimie, comme dans toutes les hypersécrétions. Cette hyperaimie ne peut sans doute être continuée comme un érytème de la peau ; mais elle peut au moins être renouvelée assez fréquemment. C’est encore une hyperaimie dérivative ou révulsive par rapport à la congestion primitive. Elle est peu intense ; mais elle exerce une grande influence sur l’organisme par sa grande étendue.
Art. IV. Des moyens thérapeutiques qui s’appliquent à l’hémorrhagie
proprement dite.
173. Si toutes les considérations que nous avons présentées ont été bien comprises, on doit maintenant être convaincu qu’avant de s’occuper de l’hémorrhagie proprement dite, il faut toujours combattre et faire cesser la pléthore générale , si elle existe , et la congestion sanguine ou l’hyperaimie locale qui est l’élément constitutif principal de toutes les hémorrhagies. Lorsque ces éléments mor-
Congestions sanguines considérées comme moyens thérapeutiques.
Nécessité de s’occuper d’abord de la pléthore ou de l’hyperaimie.
THÉRAPEtJTIQUï' GÉNÉRALE
Moyens s’appliquent rectement à fravasation guine.
bides ont cessé , Thémorrhagie ne persiste presque jamais. Le traitement curatif efficace des hémorrhagies, c’est le traitement des congestions sanguines qui vient d’être ex» posé. On a cependant adopté des moyens thérapeutiques qui s’appliquent directement à l’extravasation sanguine ; ces moyens sont considérés comme ayant pour effet de res» serrer ou d’obstruer les ouvertures hémorrhagiques, ou de diminuer directement l’activité de la circulation dans l’organe malade. ^
qui 174* Les moyens qui sont considérés comme propres à ’ex- resserrer et obstruer les ouvertures hémorrhagiques , sont d’abord les moyens mécaniques qui s’appliquent plus ou moins directement sur les parties qui sont le siège de la maladie , pour obstruer les orifices par lesquels le sang s’extravase. L’efficacité de ces moyens est subordonnée à l’exactitude avec laquelle ils peuvent agir mécaniquement, suivant la disposition anatomique des parties •, leur appli» cation rentre dans le domaine de la thérapeutique chirur'» gicale.
Ces moyens sont toujours dangereux quand la congestion sanguine est considérable; la compression mécanique qu’ils opèrent tous médiatemeiit ou immédiatement, loin de faire cesser cet état de cause interne , concourt à l’augmenter par l’irritation qu’elle produit. Il arrive ainsi qu’on change une congestion sanguine peu intense, et qui aurait cessé facilement et spontanément par l’hémorrhagie, en une congestion intense étendue, qui se convertit souvent ensuite en une congestion inflammatoire grave, laquelle s’étend même par contiguïté aux organes voisins. C’est ainsi que nous avons vu, chez une jeune fille, une méningite aiguë mortelle succéder à la suppression, par le tamponnement , d’une hémorrhagie nasale considérable qui eût du être combattue par des moyens dirigés d’abord contre l’hyperaimie encéphalique , dont l’extravasation sarnmine était l’effet et la crise. On trouve dans les annales
ij
DES HÉMORRHAGIES.
de la science l’histoire d’une femme hystérique sujette à d^s épistaxis très-considérables. La suppression de ces pertes de sang fut suivie d’une attaque d’apoplexie mortelle. L’ouverture du cadavre montra qu’il s’était formé une extravasation d’une once et demie de sang grumeleux dans la substance de l’hémisphère cérébral droit L’extravasation sanguine n’avait fait que changer de siège , parce que la congestion sanguine vers la tête et le molimen hémorrhagique qui l’entretenait J n’avaient pas été d’abord combattus.
175. Lorsqu’on peut faire arriver sur la surface qui est le siège de l’hémorrhagie des topiques astringents , l’action chimique de ces moyens peut , par le resserrement qu’elle occasionne ^ produire l’occlusion des orifices par lesquels le sang s’extravase. Cette action chimique se fait à la fois sur les tissus et probablement sur le sang qui s’écoule^ la coagulation de ce liquide au point où il s’extravase contribue sans doute à arrêter l’écoulement du sang. Cette médication a tous les inconvénients de l’emploi des moyens mécaniques qui ne remédient qu’à la sortie du sang , sans modifier les autres éléments de la maladie auxquels la perte de sang est liée. Plus les topiques astringents sont toniques et stimulants , plus ils peuvent augmenter les congestions hémorrhagiques.
176. L’application immédiate des astringents sur l’organe Moyens md’où provient l’hémorrhagie ne pouvant pas touiours se contre les hé~
U X i morrnagies.
faire , l’on a administré ces remèdes à l’intérieur leur effet a alors été attribué soit aune association sympathique que l’on a supposée entre le tube digestif et les organes qui sont le siège de la maladie ^ soit à une modification que ces moyens produiraient dans le sang , et par suite de laquelle la plasticité de ce fluide , devenue plus grande ^ rendrait plus difficile son extravasation. Ce sont là de pures hypothèses,
* Latour, Hist, philo» et méd» des causes des hémorrhagies , Obs, 408.
Ex actis LondinensibuSf
Prudence des médecins dans l’emploi des astringents.
Application du froid ; sou utilité et ses dangers contre les liémorrhagies.
100 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
inutiles d’ailleurs ; car il n’est rien moins que prouvé que les médicaments astringents portés dans les organes digestifs aient quelque efficacité pour guérir les hémorrhagies. Il n’est pas douteux^ au contraire^ que ces médicaments , presque tous plus ou moins toniques ou stimulants ^ sont très-propres à augmenter la pléthore et la congestion hémorrhagique 5 et ainsi à augmenter la maladie ou à faire prendre à la simple hyperaimie hémorrhagique le caractère beaucoup plus grave de la congestion inflammatoire,
177. Les médecins prudents n’ont jamais recours aux astringents topiques dans les hémorrhagies , que lorsque la congestion sanguine hémorrhagique a cessé et qu’elle n’a laissé aucune trace de pléthore , et encore n’y ont-ils recours qu’avec une très-grande circonspection. Les hémorrhagies que les auteurs ont appelées passives ^ mais qui ne sont en réalité que des hémorrhagies symptomatiques d’autres maladies dans lesquelles les toniques ^ soit comme topiques , soit comme moyens généraux , peuvent convenir 5 sont quelquefois utilement combattues par les astringents.
178. L’action topique du froid sur les parties qui sont le siège d’une hémorrhagie a immédiatement pour effet de diminuer l’activité de la circulation dans les vaisseaux de cette partie ^ de la faire ainsi pâlir ^ de diminuer son volume et d’amener une rétraction des tissus qui se rapproche de celle que produisent les topiques astringents. L’on peut ainsi faire cesser ou au moins diminuer la perte de sang ; le froid n’a pas les inconvénients des astringents en ce qu’il ne détermine pas l’irritation topique qui peut convertir en phlegmasie l’hyperaimie locale ^ cependant il peut produire , quand il est appliqué prématurément et avant que la fluxion sanguine et la congestion aient été combattues, la déviation de la maladie sur un autre organe. Aussi ne faut-il jamais y avoir recours qu’après ces précautions.
L’application topique de la glace a l’inconvénient, lors-
DES HEMORRHAGIES.
lOl
que Ton en cesse promptement l’usage , de provoquer, pa<r la réaction qui succède à son effet immédiat , une plus vive hyperaimie et un état presque inflammatoire qui ne fait que rendre la maladie beaucoup plus grave : nous n’avons pas besoin de dire que l’action des topiques réfrigérants est proportionnée au de gré. d’abaissement de leur température.
179. La propriété qu’on a reconnue à la soustraction du calorique opérée sur une assez grande surface du corps , de diminuer rapidement , dans tout le corps , l’activité de la circulation , a été mise à profit pour arrêter les liémorrîia-gies. Il n’est pas nécessaire d’agir immédiatement sur la partie malade ; la portion de l’appareil circulatoire qui y est comprise participe à la sédation dont se trouve frappé , par l’application du froid, tout le système vasculaire. Ce moyen de traitement est très-puissant ; mais il n’est applicable qu’à des sujets encore jeunes, etquipeuvent supporter sans danger la grande dépression qui résulte de ce moyen dans les fonctions organiques. Il faut prolonger cette médication jusqu’à la terminaison delà perte de sang, et assez pour que la réaction ne produise pas, par l’incitation générale par laquelle elle se caractérise , un effet opposé à celui que l’on veut obtenir. Les moyens de traitement dirigés contre la pléthore et l’hyperaimie locale doivent mettre en mesure contre ce danger : mais cette réaction est tellement importante , et l’effet de l’action du froid , toujours inégalement distribué dans l’organisme, est si puissant, qu’il faut rejeter absolument ce moyen toutes les fois qu’on peut craindre que quelque organe se trouve prédisposé à une congestion hémorrhagique ou inflammatoire ; et toutes les fois qu’il existe chez le malade , soit comme disposition physiologique , soit accidentellement , une sécrétion anomale importante dont la suppression subite puisse avoir des inconvénients. L’application du froid faite de manière à obtenir ainsi un effet général puissant se pratique soit en faisant passer sur une
102 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
grande partie du corps de l’eau froide , comme dans les affusions J soit en faisant une immersion d’une grande partie ou même de la totalité du corps dans l’eau froide ^ soit par l’application d’eau glacée sur une assez grande surface. Il suffit d’une réfrigération vive pendant quelques minutes sur une partie du corps pour obtenir un effet général.
180. L’application du froid dans les hémorrhagies est mise en pratique dans le plus grand nombre de cas comme un simple moyen adjuvant *5 elle consiste seulement dans l’administration des aliments , des boissons , des lavements froids y quelquefois à la température de la glace. Cette pratique ne suffirait pas ^ au moins le plus souvent , pour arrêter l’hémorrhagie mais elle a toujours pour effet de la modérer et d’en favoriser la disparition. Nous y avons souvent recours dans" les hémorrhagies qui ont quelque gravité, quel que soit leur siège.
utilité contre igi . L’utilité incontestablc des sédatifs de la circulation,
les hémorrhagies
de certains me- ffaiis le traitement des hémorrhagies , a conduit à conseil-
dicamenls consi- '
dérés comme sé- 1er contrc ces maladies des médicaments auxquels on at-
datifs. ^ ^ ^ .
tribiie une action de cette nature 3 tels sont le nitrate de potasse , l’acide borique , etc. L’efficacité de l’effet immédiat qu’on attribue à ces moyens thérapeutiques ne serait pas douteuse ; mais il est permis de révoquer en doute cet effet immédiat dont la démonstration n’a point encore été donnée d’une manière incontestable. Ces moyens ne nous semblent pas plus efficaces que le régime délayant antiphlogistique auquel on les associe. Ce régime, dontjl’effét est de liiettre tous les organes dans la plus grande inaction ^ possible , est impérieusement indiqué contre toutes les hémorrhagies.
La digitale pourprée, qui agit à la fois comme diurétique et comme sédatif des organes de la circulation, modère évidemment les hémorrhagies par sa double action J immédiate.
DES HÉMORRHAGIES,
Art# V# Des moyens thérapeutiques qui s’appliquent aux effets immédiats de l’hémorrhagie dans les organes et les tissus.
182. Les effets immédiats des hémorrhagies sont les désor- la nécessité
, . ^ ^ des phlegmasies
dres que la presence du sang occasionne dans les parties ou réparatrices a-
^ . . f , Pî'ès les hémor-
elle s opéré , soit en s extravasant dans les cavités , soit en se rhagies ® infii-
' trécs,
creusant une loge ou en s’infiltrant dans l’épaisseur des tissus (5i). Les effets de ces désordres et les accidents qui leur succèdent varient suivant leur siège *5 leur réparation se fait par l’intermédiaire d’une phlegmasie plus ou moins intense, qui s’allume^ progressivement. Cette phlegmasie a toujours une certaine durées c’est par elle que s’accomplit la résorption du sang extravasé et la cicatrisation de la portion du tissu lacérée par le sang : elle est le moyen de réparation que la nature met en œuvre. Le traitement, dans ces circonstances, ne peut être dirigé pour prévenir ces nouvelles conditions morbides inévitables et en même temps nécessaires ; il faut les favoriser , les modérer , les maintenir dans certaines limites , d’après les règles qui seront tracées dans ce que nous dirons des phlegmasies des divers organes.
Art. VI. Des moyens de traitement qui s’appliquent aux troubles fonctionnels qui résultent immédiatement des hémorrhagies.
183. La syncope, ou les accidents spasmodiques, sont les effets immédiats fréquents des hémorrhagies (41 5 4^?
45), auxquels le médecin est souvent appelé à remédier.
184. La syncope est souvent le moyen dont se sert la De la syncope
hémorrhagirjue.
nature pour suspendre définitivement une hémorrhagie et faire cesser l’hyperaimie locale à laquelle elle se lie (47)X’est ainsi que Cullen rapporte qu’une syncope qui dura douze heures fit cesser, chez une jeune fille, une grave hémorrhagie qui avait jusque là résisté aux moyens de l’art. On peut conclure de là qu’il n’y aurait d’autre indication à remplir , quand cet accident se manifeste , que de le laisser
104 THÉR.VPEUT1QUE GÉISÉRALE
' d’accomplir , en le considérant même comme un événement
heureux; mais cet effet de la perte de sang peut devenir mortel ^ si l’on ne modère pas son intensité, et si l’on ne met pas un terme à sa durée. On ne peut rigoureusement apprécier le dangerqu’il entraîne par la quantité de sang que le malade a perdue , puisque la quantité de ce fluide qui peut être extraite sans compromettre la vie est très-différente suivant les individus , et varie d’ailleurs suivant la rapidité avec laquelle elle s’écoule (45).
Moyens de la i85. Tous les praticieus ont reconnu qu’un des moyens
favoriser ; son j. •/
traitement. de favoiuser la syncope était la position verticale du tronc du malade ; il faut donc faire cesser immédiatement cette position , dès que la syncope est survenue dans les hémorrhagies modérées : il ne faut jamais attendre cet accident pour tenir le malade couché , dans les hémorrhagies considérables. Il faut même alors que le coucher soit complètement horizontal si la syncope n’est pas très-complète , de manière à suspendre tout-à-fait les battements du cœur ; et si le malade reste dans cet état de lypothymie intermédiaire à la syncope et à la simple défaillance , il faut le laisser , dans cet état, dans un calme complet : on le peut sans danger. On verra le plus souvent la congestion hémorrhagique et l’hémorrhagie cesser ainsi spontanément.
Lorsque la syncope est profonde et menace de se prolonger , il faut faire coucher le malade de manière à ce que la tête soit dans une position plus déclive que le reste du corps. Cette position suffit souvent pour faire reparaître les battements du cœur et rendre à la respiration de la largeur et de la fréquence. Si l’on n’obtient pas promptement cette diminution de la syncope , il ne faut pas différer à recourir à des excitants propres à rétablir la circulation et la respiration qui ne peuvent rester long-temps suspendues sans que la vie ne cesse. Ainsi l’on met en usage les frictions sèches et stimulantes sur le tronc , sur les extrémités, avec des flanelles chaudes , avec des teintures spiritueuses aro-
DES HÉMORRHAGIES.
rnatiques , telles que le baume de Fioraventi , l’eau de Cologne , la teinture de mélisse ^ etc. ; l’excitation de la pituitaire par la vapeur d’ammoniaque liquide , par l’éther en vapeur 5 etc. ^ l’application des cataplasmes sinapisés aux mains et aux pieds ^ etc.
Dès que ^ par ces moyens ^ la syncope a diminué et que les battements du cœur encore faibles et la respiration encore rare se montrent , il faut laisser le malade dans cet état lypothymique. En continuant à le stimuler, en voulant même le ramener immédiatement à l’état où il était avant l’hémorrhagie, on déterminerait le retour de cette affection, et l’on compromettrait ainsi d’autant plus sûrement l’existence du malade qu’il ne peut plus , sans un grand danger, perdre la moindre quantité de sang. Laissez donc le malade dans l’état de lypothymie , dans le plus grand repos , loin de toute cause stimulante qui puisse agir sur lui. Il y peut rester pendant un temps bien long •, il en sortira souvent guéri de tous les accidents immédiats de l’hémorrhagie.
186. Les accidents spasmodiques qui surviennent dans les hémorrhagies sont très-souvent immédiatement déterminés par la frayeur que conçoivent les malades en voyant couler leur sang : cependant on ne peut aussi se refuser à les rattacher à la perte de sang, quand on voit les mouvements spasmodiques des membres , l’irritabilité excessive des organes des sen^ mis en jeu sous l’influence de la plus faible excitation , comme 'une odeur pénétrante , une lumière vive , des sons aigus , etc. Les accidents spasmodiques se calment ordinairement avec promptitude, en éloignant le malade de l’action de toute cause stimulante , en lui administrant quelque teinture antispasmodique et sédative , comme la teinture de thériaque , la teinture de castoréuni à petites doses, la teinture d’opium, la teinture éthérée de digitale, etc.
Tiaitement des accidents spasmodiques produits par les hémorrhagies.
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
Akt. vil Des moyens de traitement qui s’appliquent aux effets des hémorrhagies sur l’appareil circulatoire ou à l’oligaimie,
187. Tant que la congestion hémorrhagique et les hémorrhagies persistent , il ne faut pas s’occuper de l’effet de la perte de sang sur le système circulatoire les moyens de traitement qui peuvent modifier l’état d’oligaimie qui persiste après les pertes de sang, étant nécessairement toniques et stimulants ^ favoriseraient leur retour. Dès que la congestion sanguine est déjà en grande partie disparue j dès que l’extravasation sanguine est supprimée ou. ne se renouvelle plus que par intervalles et en très-petite quantité ^ on peut commencer à recourir aux moyens qui sont propres à remédier à l’appauvrissement du sang causé par la déperdition qui est survenue^ et à l’atonie produite dans tous les solides par l’insuffisance des éléments stimulants qu’ils doivent recevoir par les vaisseaux. Cette médication est même indiquée pour remédier à l’état de stase du sang dans les vaisseaux de la partie où la congestion hémorrhagique et l’hémorrhagie se sont formées , stase d’où résulte quelquefois la persistance de l’extravasation sanguine devenue ainsi passive.
188. Les moyens de traitement convenables dans ces circonstances consistent surtout dans l’administration des préparafions de fer et des toniques amers ^ secondée par un régime analeptique 5 dont on favorise les bons effets par l’habitation dans un air vif et sec par un exercice modéré , et par des frictions sèches et stimulantes sur tout le corps.
189. La susceptibilité extrême de l’estomac et des intestins dans cet état de maladie rend souvent très-difficile l’administration des médicaments : aussi est-on obligé de les donner avec beaucoup de précaution ^ d’abord à petite dose et en faisant choix des préparations qui sont les mieux supportées \ le sous-carbonate de fer , le sulfate de fer , Fœtlnops martial , sont les préparations les plus
DES HEMORRHAGIES. 107
usitées. Il faut souvent les unir à des eaux alcalines , à des poudres ou à des teintures aromatiques, pour les faire supporter. Les eaux minérales ferrugineuses alcalines fournissent des moyens thérapeutiques d’une grande efficacité et d’une facile administration dans ces maladies.
190. Lorsque l’oligaimie n’est pas portéee à un haut degré , ce traitement n’est pas nécessaire pendant un temps prolongé ; mais dans les cas graves il faut insister sur son administration pendant des mois et quelquefois des années. Il n’est pas besoin de dire que , dans ces cas , il faut avoir ^soin de surveiller l’état des organes digestifs ; l’usage prolongé de médicaments, toujours stimulants à un assez haut degré , les fatigue et oblige de suspendre de temps en temps le traitement , pour le reprendre ensuite. Souvent on est aussi forcé pour ménager la susceptibilité des organes , de substituer une préparation aune autre qui est mieux supportée , par cela même qu’elle est encore nouvelle pour les organes.
191. L’oligaimie présente souvent des accidents qui exigent spécialement un traitement : tels sont les palpitations de cœur, la dyspepsie, l’œdème des extrémités. Il faut concilier le traitement de ces accidents avec celui de l’oligaimie , bien qu’il ne soit pas douteux qu’ils cesseront dès que l’état morbide général dont ils sont les effets sera terminé ; il n’en faut pas moins diriger spécialement contre eux des moyens de traitement , parce qu’ils sont très-pénibles pour le malade , et qu’ils empêchent d’ailleurs le rétablissement par les souffrances quils occasionnent, et quils gênent l’usage des moyens indispensables pour y conduire. Les moyens les mieux appropriés à ces accidents sont , pour les palpitations , l’administration de la digitale -, pour la dyspepsie , : l’administration des eaux alcalines gazeuses , celle de la thériaque à faible dose, avant les repas; quelquefois l’ingestion exclusive des aliments à la glace , etc. L’administration des bains sulfureux et alcalins, les fric-
Ciiration des épiphénomènes de l’oligaiinie.
to8
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
lions aromatiques ou légèrement rubéfiantes sur la poitrine^ Fépigastre^ les membres, etc.
L’œdème des extrémités est rarementporté au point d’exiger qu’on s’en occupe spécialement : quoi qu’il en soit, on le combat utilement par les diurétiques, tels que la di gitale, les extraits et les décoctions de griffes et de tiges d’asperges, etc.
192. A mesure que l’oligaimie diminue, il est bien important de se tenir sur ses gardes -, car la reproduction de la maladie qui a jeté le malade dans cet état, est toujours imminente pendant un certain temps, dès que l’énergie de la circulation est rétablie. On devrait avoir , à bien plus forte raison, la même crainte , si l’on continuait , après le rétablissement , l’usage des moyens de traitement qui sont reconnus propres à favoriser les réparations des pertes de sang *, il vaut mieux , dans ce cas , s’arrêter trop tôt que de prolonger trop long-temps un traitement qui peut deve- ' nir si dangereux par les congestions sanguines et les hémorrhagies dont il favorise la reproduction , et qui souvent éclatent dans des organes plus importants à la vie que ceux qui ont été primitivement affectés.
Trancfiision ig5. 11 iious rcstc à parler d’un moyen de traitement
spécialement appliquable à l’oligaimie , la transfusion du sang. Cette opération qui consiste à réparer l’insuffisance de la quantité de sang restée dans les vaisseaux par l’injection dans les veines de sang pris à des hommes sains, a été, dans le dix-septième siècle , l’objet de vives controverses. Les essais qui furent alors tentés par Dénis et Emmerets en France, et en Italie par Riva et Manfredi, furent funestes pour les malades. Les expériences prouvèrent que le sang introduit dans les vaisseaux en était expulsé comme un liquide étranger. Sauvages rapporte que de cinquante animaux qu’on soumit à la transfusion, vingt eurent une hémorrhagie urinaire , et qu’un maniaque sur lequel on fit cette opération eut également une hématurie ïîoire qui le guérit. On ne pensait plus à ces essais, lors-
DES HÉMORRHAGIES.
qu’en 1824 MM. Prévost et Dumas démontrèrent , par des expériences directes % qu’on pouvait rappeler rapidement à la vie des animaux sur le point de mourir d’hémorrhagie, par la transfusion du sang extrait à des animaux de même espèce. Ces expériences ont porté MM. Blundell'^, Waller et Douhleday^ à tenter de nouveau la transfusion sur l’homme. Ces deux derniers médecins ont été assez heureux pour obtenir ainsi le rétablissement de trois femmes épuisées par des hémorrhagies utérines. Le docteur Brow^n a obtenu le même résultat à Edimbourg, en 1828 , aussi chez une femme qui allait expirer par suite d’une hémorrhagie utérine^ . Le procédé de ces médecins a consisté à injecter au moyen d’une seringue, dans une des veines du bras de la malade , le sang pris au moment même où il coulait de la veine d’une personne saine. Ils ont eu soin de faire l’injection progressivement par deux onces à la fois. Nous ne saurions recommander trop de circonspection à ceux qui voudraient renouveler ces essais ;
I nous concevons des cas d’hémorrhagies graves qui peuvent des justifier.
I Art. VIII. Du traitement prophylactique des hémorrhagies.
I 194. Dès qu’il se manifeste quelque prodrome de plé- I thore ou d’hyperaimie locale , il faut s’empresser de re- I courir aux moyens de traitement propres à ces états mor- I bides , en ayant soin de proportionner l’activité de ces moyens à l’intensité et à la nature des prodromes. Cependant , quand l’imminence de la maladie se montre vers un organe où elle ne peut entraîner par elle-même d’accidents, il n’est pas nécessaire de donner au traitement prophy-
’ Bibl, univers, i t. 17.
® Researches physîologîcal and pathological, by J, Blundell, London,
^ London, Med, and sarg, joarn, , ocU 1825 andjuny 4826.
Edimb. Med, and $iirg,journ,, april 4828.
iTraiîemenî
prophylacti([ue.
lio THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE DES HÉMORRHAGIES.
lactique une activité assez grande pour la prévenir -, il vaut mieux la laisser, sans crainte ,^s’efïéc tuer facilement. Cest ainsi qu’on laisse se développer des épistaxis', des hémorrhoïdes , dont on peut avoir prévu la manifestation , parce que l’on sçait que non seulement ces hémorrhagies sont sans danger , mais encore qu’elles mettent le malade à l’abri d’accidents plus graves , dont il trouverait la prédisposition dans la pléthore et les hyperaimies dont les hémorrhagies sont une crise plus assurée que les émissions sanguines que l’on pourrait pratiquer à dessein. Si l’hémorrhagie menaçait de s’effectuer dans la tête , dans [les poumons , sur la muqueuse de l’estomac , etc. , où la congestion sanguine et l’hémorrhagie elle-même ont tant de danger, il faut avoir recours , pour la prévenir , dès que l’imminence des accidents peut être reconnue , à tous les moyens qui^ s’appliquent au traitement de la pléthore et de l’hyperaimie locale ( i56 à i63).
igS. La facilité des récidives des hémorrhagies, l’état comme pléthorique habituel de ceux qui en ont éprouvé plusieurs , exigent un traitement préservatif qui se concilie avec l’accomplissement des principaux actes de la vie sociale , à laquelle on ne peut vraiment pas obliger ces sujets de renoncer absolument. Ce traitement consiste' dans un régime doux, et dans l’observation bien entendue des règles de l’hygiène. Il est important que ceux qui sont dans cet état s’abstiennent de toute habitude qui peut les surexciter, et se tiennent en garde contre les commotions morales , les excès de tous les genres qui peuvent les irriter. Ce traitement peut se résumer ainsi : aliments très-légers , usage de végétaux et de viandes des jeunes animaux prises en petite quantité, abstinence complète de vin, de liqueurs^, de boissons stimulantes , exercice modéré, habitation dans des lieux sains , bien aérés , éviter avec soin les appartements petits, très-chauffes, les salles de spectacles, les grandes réunions , etc.