‹ Traité philosophique de médecine pratiqueChapitre 28 sur 61 · La considération de la cause des hémoptysies est · texte numérisé non relu

La considération de la cause des hémoptysies est

hémoptysies d’a- PTaud Doids Dour le Dromostic : les hémoptysies svir-

pres leur cause. o jl j. i. o 1 ^

venues par iin^ cause accidentelle , comme une violence physique exercée sur les parois du thorax, l’exercice immodéré de la voix, les fatigues de l’équitation, etc., sont en général les moins graves; celles qui, reconnaissant aussi pour cause les déviations hémorrhagiques, et surtout les déviations des menstrues ou des hémorrhoïdes , si elles ne sont pas devenues habituelles depuis un certain temps, guérissent en général avec assez de facilité, surtout quand on peut rétablir l’hémorrhagie primitive; elles n’entraînent

Prognostic des

BES HÉMOPTYSIES

que bien rarement le malade dans un ëtat‘ dangereux^ il en est de même des hémoptysies qui se montrent quel- ;

quefois pendant la grossesse, et qui cessent de se reproduire ordinairement après l’accouchement. i

Il est cependant d’observation que tous ceux qui ont

éprouvé des hémoptysies par suite de déviation d’hémorrhagies , restent exposés à contracter ces maladies pour les ;

moindres causes. Pourtant ces hémoptysies sont toujours ,

moins graves que celles qui surviennent primitivement.

C’est de ces hémoptysies par déviation hémorrhagique, et de celles qui succèdent à des coups donnés sur le thorax, que Schroeder a dit qu’elles n’ont pas plus de gravité que les épistaxis , pourvu qu’elles ne laissent ni toux, ni dyspnée, ni douleur thoracique

Le retour des hémorrhagies primitives pendant les hémoptysies par déviation est toujours favorable, mais il ne fait pas, dans tous les cas, cesser immédiatement l’hémorrhagie bronclîicjue.

La manifestation de l’épistaxis est presque toujours un symptôme avantageux aux hémoptysiqiies , surtout quand cette hémorrhaf^ie était habituelle chez eux avant la mani-

vJ* I

festation de l’émoptysie.

2q5. L’hémoptysie est d’autant moins dangereuse , toutes ^ ^ danger des

^ ^ ^ iK'vnoptysies va-

choses égales d ailleurs , qu elle a son siège moins profon- rie suivant leur dement dans les voies aeriennes *, ainsi celle qui occupe la trachée-artère , si elle a réellement été observée, est beaucoup moins grave que celle qui a son siège dans les grosses bronches , et cette dernière a toujours beaucoup moins de danger que celle qui se montre dans les petits vaisseaux aérifères. On conçoit, en effet, que l’asphyxie parla présence du sang dans les voles de la respiration est beaucoup plus facile dans cette dernière; il n’est pas douteux aussi que la congestion sanguine inhérente à l’hémorrhagie soit d’autant plus grave , qu’elle compromet plus immédiatement le parenchyme pulmonaire.

' riiïL Gi’org-, Scbroedc-u Op. tned,^ t. n, p, ‘lOO. Gœtîiîiç., 1766.

l6o HÉMORRHAGIES DES MEMBRANES MUQUEUSES.

Différence 294. Il faut toujours considérer les hémoptysies idio-

quant au danger , . __ , ,

des hémoptysies patniques , quelle que soit leur cause ^ comme des maladies

idiopathiques et ^ .1

symptomatiques giaves, dout les rccidives sont toujours a craindre : on peut cependant affirmer que par un traitement bien conçu on guérit le plus grand nombre de ces maladies et l’on prévient leur récidive ; mais il s’en faut de beaucoup qu’il en soit de même des hémoptysies symptomatiques. Ces dernières hémoptysies sont toutes d’un très-fâcheux augure , en ce que leur présence seule est souvent le principal symptôme d’une maladie déjà très-avancée des organes de la respiration ou de la circulation. Il faut cependant modifier souvent ce prognostic fâcheux pour les hémoptysies symptomatiques de la pneumonie. Ces hémorrhagies , en diminuant directement la congestion sanguine inflammatoire ^ peuvent améliorer ainsi directement l’état morbide des poumons , pourvu qu’elles ne soient pas excessives.

296, Toutes les hémoptysies, dans lesquelles le sang est rejeté en quantité modérée et même très-petite, si elles se renouvellent fréquemment ou si elles continuent longtemps ^ , et si le fluide rejeté est mélangé à des crachats visqueux, blancs, ou même adhérents au vase, sont d’un mauvais augure^ surtout si elles ont été précédées et si elles sont encore accompagnées de toux fréquente ; elles sont encore plus fâcheuses si elles se montrent avec un mouvement fébrile revenant vers le soir avec des frissons , ou produisant des sueurs visqueuses, et si elles sont jointes, quoique peu abondantes, à une grande oppression ou à un enrouement opiniâtre*, car elles sont le plus souvent la suite de la présence des tubercules dans les poumons. C’était de ces hémoptysies qu’Hippocrate parlait, quand il motivait un fâcheux prognostic sur la succession des crachats purulents aux crachats sanguinolents^.

^ Sangids per vices in pectus confertim flueîis minus pericalosus ^ quant qui sensim et j agiter emanaverit, (Chris. Benedictus, in thœtr, tabid. ^

^ Â sangvdnis sputo paris sputum^ malam, ( Aph, xv, sect. vu. )

DES HÉMOPTYSIES

296. Les hémoptj^sies dans lesquelles une très-grande quantité de sang est subitement expectorée ^ sans que l’exploration du thorax montre dans les voies aériennes la présence d’un liquide étranger occupant une grande étendue des ramifications bronchiques ^ doit toujours inspirer de la crainte pour un résultat rapidement funeste. On a toujours à redouter que le sang , qui s’épanche si rapidement dans les voies aériennes, ne sorte d’un vaisseau anévrysmatique rompu dans les bronches ou dans la trachéeartère. La faiblesse croissante du pouls, le refroidissement des extrémités , la pâleur delà face , les lypothymies qui se succèdent d’instant en instant, le sang qiii sort à flots par régurgitation par la bouche et par le nez, indiquent que la mort ne va pas tarder à terminer la maladie.

Art. VI. Thérapeutique des hémoptysies.

297. L’hémorrhagie bronchique étant toujours une ma- Nécessité de ladie grave par elle-même, comme hémorrhagie et à cause piysies.^*

de l’importance de l’organe qu’elle compromet, il n’y a jamais pour cette maladie, comme pour les épistaxis, lieu d’examiner s’il convient de la guérir. Il faut tenter de le faire dans tous les cas , sauf à prendre", si la maladie est chronique, des moyens pour prévenir les mauvais effets du changement que peut apporter dans l’organisme la guérison d’une hémorrhagie ancienne, ou l’interruption d’une habitude de pertes de sang par les voies aériennes.

298. Dèsqu’onreconnaîtlesprodromes d’une hémoptysie. Traitement des

I • r» J* 1 prodromes de

les voies aeriennes sont le siege dune congestion plus ou rhémcptysie. moins prononcée, qu’il faut directement combattre. Si cette congestion est liée à un état pléthorique général, il est indiqué d’avoir immédiatement recours aux émissions sanguines qu’il faut pratiquer avec hardiesse et porter assez loin pour ramener l’activité augmentée de l’appareil vasculaire sanguin à son état normal. Si la cessation de la pléthore n’entraîne pas celle de la congestion qui s’est établie sur les 1. a

i62 hémorrhagies des membranes muqueuses.

organes de la respiration, aux émissions sanguines générales on fait utilement succéder l’évacuation directe du sang contenu dans la partie de l’appareil vasculaire qui a les rapports les plus immédiats avec les vaisseaux bronchiques. C’est ainsi que l’on obtient fréquemment un effet avantageux des émissions sanguines pratiquées avec les sangsues ou par le moyen des scarifications entreles épaules, sous les aisselles , sous les clavicules. On seconde efficacement l’effet de ces émissions sanguines par l’application des ventouses souvent répétées.

Quand la congestion broncho-pulmonaire a duré assez long-temps, ou s’est établie avec une assez grande intensité pour entretenir comme phénomène consécutif une irritation sub inflammatoire des bronches, ou au moins pour se montrer réfractaire aux seules émissions sanguines dérivatives et révulsives, il est indiqué de lui opposer une congestion inflammatoire intense et étendue, qui diminue la congestion profonde en la faisant converger sur la partie extérieure où elle s’établit. C’est dans ce but qu’on a recours aux épispastiques appliqués sur les parois du thorax; on peut le faire utilement dès le début de la maladie , non seulement dans ces cas, mais encore dans toutes les phlegmasies des organes de la poitrine.

Traitement de ^99. Lorsque l’hémorrhagie bronchique est déclarée, traitement doit être d’autant plus actif, que l’hémorrhagie est plus considérable et qu’il est plus urgent d’arrêter la perte du sang. Le moyen le plus direct pour y parvenir, est de pratiquer des émissions sanguines avec hardiesse. Si les symptômes de pléthore existent, il faut y avoir recours sans hésiter, et extraire immédiatement , par une large ouverture, une quantité assez considérable de sang des veines avec la plus grande vitesse possible. Le même moyen est encore indiqué, lorsque la face est décolorée, le pouls petit , les extrémités froides et l’anxiété du malade considérable , pourvu que l’on ait à traiter un sujet dans la

DES HÉMOPTYSIES

force de Tâge, et que la quantité de sang déjà rejetée ne soit pas telle, qu’elle ait dû nécessairement entraîner une véritable oligaimie immédiatement dangereuse; car alors les symptômes graves ne sont que l’effet de la terreur que l’expuition sanguine inspire au malade, ou que le résultat de la gêne qu’apporte à l’accomplissement de l’hématose la présence du sang dans les bronches. Il importe de seconder l’effet immédiat de l’émission sanguine par les moyens adjuvants suivants, qui ont une grande part dans les bons effets du traitement : Il faut débarrasser le malade de tous les vêtements qui peuvent gêner la circulation; le tenir couché sur un plan incliné, la tête et la poitrine élevées ; le couvrir très-modérément ; établir dans la chambre un courant d’air frais; insister pour que le malade garde un silence absolu.

5oo. Pendant qu’on pratique les émissions sanguines générales indiquées , ou bien immédiatement, et sans recourir à ces émissions dans les cas où le malade est trop épuisé pour les supporter, l’on irrite fortement les extrémités abdominales et thoraciques par des frictions stimulantes , des épisp astiques sinapisés, dans l’interition d’appeler dans le sys-, tème vasculaire de ces parties une fluxion et une congestion sanguines qui tendent à aflaiblir la fluxion et la congestion sanguines qui s’efîéctuent sur les organes thoraciques. On a recours , dans le même but , aux applications de ventouses sèches nombreuses , successivement faites sur les membres , sur les côtés de l’abdomen et sur les côtés du thorax. Enfin, dans le but d’enrayer par un obstacle à la circulation la continuation et le renouvellement de la congestion sanguine sur les poumons, on appliquera successivement sur les membres des ligatures circulaires suffisamment serrées pour gêner la circulation dans les veines , et non assez serrées pour mettre obstacle au libre passage du sang dans les grosses artères (169)-

5oi . Lorsque tous ces moyens ne diminuent pas rapide-

l64 néMORRHAGIES DES MEMBRANES MUQUEUSES.

ment la perte de sanjj de manière à annuler ou au moins à affaiblir le danger qu’elle peut faire courir immédiatement au malade, on a quelquefois réussi à assurer leur efficacité par l’application de la glace sur la poitrine. Ce topique ne doit être employé qu’avec réserve*, il détermine une anxiété et une douleur constrictive du thorax des plus pénibles 5 il fait pâlir les vaisseaux des parois thoraciques , et il réagit sur la circulation profonde , en quelque sorte par l’extension de proche en proche de l’action sédative qu’il exerce d’abord extérieurement. On court le risque avec ce topique de refouler ainsi le sang dans les vaisseaux profonds, et d’ajouter encore à la congestion sanguine. Nous n’avons jamais vu recourir à ce moyen, sans que l’hémorrhagie bronchique n’ait été suivie d’une véritable bronchite et même d’une pneumonie aiguë , ou au moins d’un état de congestion subinflammatoire sur les organes thoraciques.

5o2. Dans les hémoptysies moins graves, le traitement ne doit pas être dirigé avec la même activité; on a le temps de bien apprécier l’importance relative de tous les éléments de la maladie, et de diriger les moyens curatifs d’après cette appréciation. Ces moyens sont appropriés à la pléthore sanguine , ou à la congestion pulmonaire , et modifiés suivant les causes qui peuvent avoir concouru au* développement de la maladie. Les règles que nous avons données pour prévenir la maladie dès que les prodromes se montrent, et pour combattre les congestions sanguines formées sur les voies aérifères , sont ici entièrement applicables. C’est d’après elles que l’on a recours à la saignée générale, aux émissions sanguines locales, et aux irritants appliqués jusqu’à rubéfaction ou jusqu’à phlogose sur les extrémités d’abord, et ensuite sur les parois thoraciques. Mertens a démontré, par des observations, l’efficacité de l’application de larges vésicatoires entre les épaules dans des hémoptysies abondantes traitées sans ré-

DES HÉxMO^TYSIES.

sultat par les émissions sanguines, par l’administration de Feau froide et même par les topiques froids sur la poitrine ^ . Nous avons bien des fois obtenu les mêmes avantages de l’emploi hardi de ces moyens dans de semblables cas. Nous avons l’habitude de les seconder dans l’hémoptysie par l’administration des boissons froides dont nous abaissons même souvent la température jusqu’au degré de congélation. Nous avons souvent obtenu de bons effets de ces boissons froides, mais nous n’y avons jamais recours qu’après des émissions sanguines assez abondantes. F. Hofïmann les a recommandées d’après les bons effets qu’il en avait obtenus 5 mais il insiste sur la nécessité d’en faire précéder l’administration par les émissions sanguines^. Nous résumons avec Van-S wieten, en ces termes, les règles de prudence sur l’emploi de l’eau froide dans cette maladie : « Nul médecin » prudent me conseillera l’usage de l’eau froide dans une » hémoptysie légère qui est aisément guérie. Ce remède » peu sûr convient surtout dans les cas d’extrême gra- » vité^. »

3o3. Dans une hémoptysie grave, et même dans une hémoptysie d’une intensité modérée mais rebelle, on pourrait avoir recours avec avantage à l’inspiration de l’air refroidi , suivant le procédé du docteur C. Drakes de New- York. On placerait le malade dans un lit très chaud, on stimulerait la peau des membres, du corps et des parois de la poitrine avec des épispastiques, ou en y promenant des ventouses , et pendant ce temps-là on ferait respirer, par un tube, de l’air que l’on extrairait de l’extérieur dans la saison froide, ou que l’on ferait traverser un réservoir rempli de glace. Il résulterait des essais de ce médecin

Car. De Mertens; obs, medîc,, 1. 1, p. Ht, caput ii.

F, Hoffmanni, De sang idnis flux ii ex pulmonibiisin Med, ratio, syst., t. IV, p. 11, chap. II.

^ Comment,, 1 12000, t. iv, p. 40.

l66 HÉMORRHAGIES DES MEMBRANES MUQUEUSES

^ qu’en appliquant ce traitement dans la bronchite il serait parvenu, en faisant inspirer pendant une heure de l’air refroidi à 4 à 5® C, , à abaisser le pouls de lo à 20 pulsations par minute, et à calmer notablement la toux*. Autant nous aurions de répugnance à avoir recours à ce procédé thérapeutique dans la bronchite , autant il nous semblerait rationnel dans le cas qui nous] occupe. Au surplus , nous ne l’avons pas soumis à l’épreuve de l’expérience clinique.

tion^du^tr^te- 5o4* La cousidératiou des causes qui ont agi pour proptyfie^^ moins pour favoriser l’hémoptysie, doit influer

ses causes. sur le choix des moyens de traitement. Si, par exemple,

^ c’est à la déviation d’une hémorrhagie qu’il faut l’attribuer, le lieu par où elle s’accomplissait est un lieu delection important pour opérer les émissions sanguines révulsives et dérivatives. C’est aussi d’après cette considération qu’il faut se déterminer pour choisir les parties sur lesquelles les épispastiques doivent être appliqués. La congestion sanguine inflammatoire, déterminée pour diminuer celle qui s’est fixée vers les organes de la respiration , aura toujours plus d’efficacité lorsqu’elle sera suscitée dans une direction qui était celle suivant laquelle se faisait la fluxion morbide ancienne , à la déviation de laquelle a succédé la maladie bronchique.

après^que^^hé- 5o5. Tant quc l’hémorrhagie bronchique continue , et

lorsqu’elle est suspendue,v aussi long-temps que les voies aériennes restent le siège d’une congestion sanguine ou d’une irritation résultant elle-même de la présence plus ou moins prolongée de cette congestion, il faut insister sur les moyens de traitement indiqués pour les accidents précurseurs de l’hémoptysie ( 298 ).

ints^ dans la 5o6. Le traitement de l’hémoptysie, à quelque période qu’elle soit arrivée, n’est efficace que lorsqu’il est secondé par

vants curation des hémoptysies.

* The American j O iwnal of tfie medical sciences , n® III, mai 1828, p. 229.

DES HÉMOPTYSIES

les moyens généraux antiphlogistiques , adjuvants néces^, saires de toute médication antihémorrhagique. A ces moyens il convient d’en ajouter quelques-uns qui appartiennent spécialement à la thérapeutique de l’hémoptysie; c’est de recommander au malade le silence absolu, le soin d’éviter de s’exposer à respirer un air sec et excitant, ou froid, ou trop chaud, ou chargé de molécules irritantes, soit pulvérulentes, comme de la poussière, de la poudre de plâtre, de la poudre de chaux , de tan, etc. ; soit gazeuses, comme le chlore, l’acide hydrosulfureux ou nitreux, la fumée âcre, etc.

La nécessité de mettre les poumons dans le plus grand repos possible prescrit de conseiller au malade, et comme moyen curatif et comme moyen prophylactique , de s’abstenir de mouvements brusques et violents , de porter des fardeaux, d’aller à cheval autrement qu’au pas, et de renoncer au jeu des instruments à vent ou à corde qui exigent des mouvements des bras, ou qui prennent leur point d’appui sur les parois du thorax.

307. Le traitement rationnel des hémoptysies chroniques hlmopt^si^^ consiste dans l’emploi dirigé avec une sage lenteur , et ciiromques. continué pendant un temps suffisant, des moyens que nous avons conseillés contre les prodromes de la maladie ( 298 ) , et que nous venons d’indiquer comme convenables , lorsqu’elle se prolonge. Le soin principal du médecin dans la curation de l’hémoptysie chronique consiste à prévenir les recrudescences de la maladie, et le développement toujours imminent de la phlegmasie des organes de la respiration par la persistance d’un état de congestion qui continue et qui se renouvelle très-fréquemment en eux. Il ne faut pas perdre aussi de vue que la perte de sang par la surface des voies aériennes est devenue une sorte d’excrétion supplémentaire qui s’est accommodée à l’équilibre de toutes les fonctions. On ne peut changer cet état qu’avec lenteur et progressivement, ou

l68 HÉMORRHAGIES DES MEMBRANES MUQUEUSES,

qu’en produisant d’autres excrétions qui suppléent à celle qu’il importe de faire cesser j parce que sa continuité expose les poumons à devenir par la moindre cause le siège de graves accidents.

Dans les hémoptysies chroniques ^ on se trouve souvent très-bien d’établir et d’entretenir pendant quelque temps des exutoires du tissu cellulaire sur les parois du thorax , aux bras ou aux extrémités inférieures.

De quelques 5q8. Ou R conseülé comme moyens de traitement des

îfuedicaments

onseiiiés con- hémoptysies quelques médicaments que l’on considère

tre les hemo- i. x. x x

ptysies. commc plus particulièrement appropriés à la curation de cette maladie *5 tels sont le sulfate acide d’alumine et de potasse, la gomme kino, le sulfate de fer, etc. Ces médicaments sont tous toniques et stimulants •, il n’y faut recourir qu’après que l’on a afïaibli, autant que possible, par des émissions sanguines, l’action exagérée des organes de la circulation.

L’on a préconisé avec beaucoup de confiance contre l’hémoptysie le nitrate de potasse administré à dose élevée. Ce médicament a d’abord été conseillé par Thomas Dickson ^ , qui l’administrait à petites doses trèsfréquemment répétées et jointes à la conserve de roses rouges. Il a été ensuite recommandé par Bury ^ , qui le regardait comme un sédatif rafraîchissant qui tempérait l’hémorrhagie , en modérant l’énergie de l’appareil circulatoire. M. Devilliers a aussi préconisé de nos jours ce moyen dans les mêmes circonstances et d’après les mêmes opi-

nions sur ses effets immédiats. Ce médecin cite, à l’appui de ce conseil, l’heureux résultat qu’il a obtenu de ce médicament, uni à la vérité à la conserve de roses, pour terminer une hémoptysie grave dont il était lui-même affecté Nous faisons un grand usage en médecine du ni-

* Ludwig, Comment. y t. x\iii,\p. 3 et 399.

Dissert, de nitri effect, in corpus humanum. Giessæ, 1780,

^ Dict, des Sciences médicales ^ ârt, Nitre, t. xxxvî, p. ISS.

DES HÉMOPTYSIES

trate de potasse administré habituellement à doses élevées 5 nous n’en avons jamais retiré contre l’hémoptysie proprement dite aucun effet plus utile que celui qu’on obtient de^ tous les autres diurétiques actifs dans quelques cas d’hémorrhagies chroniques , par l’influence qu’exerce évidemment sur les congestions sanguines l’excès d’action imprimé aux reins. Nous avons été plus heureux contre la pneumo-hémorrhagie ; en sorte que nous pensons que ce sont réellement des hémorrhagies de cette espèce que ces auteurs ont traitées utilement par le nitrate de potasse.

On a considéré le nitre comme agissant par une action sédative qu’on lui attribue sur la circulation. Cette même vue a guidé dans l’administration de la digitale , dont l’effet sédatif sur le cœur et les igros vaisseaux est bien connu. Schmidtmann dit avoir obtenu dans ces cas de bons résultats de ce médicament, qui a l’avantage de pouvoir être donné sans inconvénient dans presque toutes les périodes de la maladie

Les acides minéraux ont aussi été conseillés contre les hémoptysies, surtout lorsque ces maladies tendent à se prolonger. Le plus grand nombre des médecins n’osent cependant y avoir recours à cause de la propriété ^qu’ils croient leur reconnaître de provoquer la toux. Cette opinion nous semble sans fondement. Nous n’avons jamais vu la toux provoquée ou aggravée par l’administration de ces remèdes. Dans presque toutes les hémoptysies, même dans celles qui sont évidemment symptomatiques de tubercules pulmonaires, nous administrons le plus souvent l’acide nitrique étendu. Nous avons souvent eu à nous applaudir de l’emploi de ce moyen, par la rapidité avec laquelle nous l’avons vu faire cesser des hémorrhagies peu considérables, mais qui se prolongeaient, malgré les moyens de traitement auxquels on avait eu recours.

ik

‘ Schmidtmann, Sam, obs, med,^ t. ii, p. 300,

Traitement de la toux dans l’hémoptysie.

Traitement de l’hémoptysie avec oligaimie.

Nous n’avons jamais eu recours contre l’hëmoptysie à l’administration du sel de cuisine. Ce médicament a été préconisé par Michaëlis à la dose d’un demi-gros à un gros toutes les deux heures^. Schmidtmann rapporte qu’il a quelquefois arrêté d’une manière en quelque sorte merveilleuse 5 au moyen de ce remède ^ des hémorrhagies bronchiques désespérées

309. La toux, quoiqu’elle ne soit qu’un symptôme, exige par elle-même une médication directe. Si elle ne cède pas aux moyens immédiatement dirigés contre la maladie , il n’est pas rare de la voir persister après que tous les autres accidents ont disparu , et sa seule présence suffit pour favoriser le retour de l’hémorrhagie , ou même pour en prolonger les derniers effets. Des médicaments sédatifs et narcotiques , tels que l’opium, l’extrait de jusquiame ou de belladone , ou mieux encore le cyanure de potassium , sont appropriés à cette indication, qu’il ne faut jamais négliger.

3 10. Quand l’hémoptysie a entraîné après elle l’oligaimie , il semble que cet état contribue à augmenter encore l’hémoptysie, ou au moins à la prolonger, à en juger par la facilité avec laquelle elle se reproduit tant que l’appareil circulatoire n’est pas revenu à ses, conditions normales. On a utilement recours dans ces cas aux médicaments toniques astringents , comme les extraits et les décoctions de quinquina, de ratanhia, de cachou, etc. ^ les conserves de roses, de coing, de cynorrhodon *, les oxides et les sels de fer sont aussi fort utiles. On retire de grands et immédiats avantages de ces médicaments dans les cas où l’atonie est très-prononcée* et l’oligaimie excessive; mais il faut les administrer avec une extrême prudence , et sçavoir s’arrêter avant que l’atonie produite par la perte de sang ait fait place à un état de surexcitation et de pléthore vas-

* Richter’s chirarg» bibiiotheky vol, vu, p, 581. Gœttingen, 1784. Sum* obs, medty t. ii, p. 302.

DES HÉMOPTYSIES

culaires qui reproduirait rapidement la maladie. A ces moyens thérapeutiques, on joint un régime analeptique et adoucissant, secondé par quelques infusions légèrement amères , ou par de petites doses de conserves astringentes nitrées ou acidulées , coname la conserve de roses ou de cynorrhodon avec le nitrate de potasse ou avecl’acide sulfurique 5 ces moyens, avecfusage des eaux minérales légèrement alcalines ou ferrugineuses, comme les eaux de Spa, de Bussang coupées avec le lait, suffisent pour acheverMe faire disparaître Thémoptysie et consolider la convalescence.

311. Les hémoptysies symptomatiques exigent, en gé- Traitement

ri X -X X -r X 1 1 T • «x» des hémoptysies

neral , un traitement approprie a la maladie primitive , symptomatiques dont elles ne sont que les symptômes. Il importe seulement de se bien pénétrer dans ce traitement de tous les dangers qui peuvent résulter de la congestion sanguine et de la perte de sang, dont les poumons sont devenus secondairement le siège. Cette circonstance exige que Ton dirige le traitement indiqué par la nature de la maladie primitive, de manière non seulement à ne pas aggraver cette congestion sanguine, mais même de manière à la faire cesser. On en trouve les moyens en appliquant à la thérapeutique de la maladie primitive les règles de traitement qui viennent d’être exposées pour la curation des hémoptysies idiopathiques. C’est surtout dans le traitement des hémoptysies symptomatiques de tubercules pulmonaires,. celles de toutes qui sont incontestablement les plus communes , que ces règles doivent être le plus rigoureusement observées.

3 12. Le traitement préservatif de l’hémoptysie est d’au- Traitement pré-

•*- i. «/ servatif de The-

tant plus important, qu’il faut toujours redouter le retour moptysie. de cette maladie , au moins pendant un certain nombre d’années, chez ceux qui en ont déjà été atteints. Il faut aussi prévoir son invasion chez tous ceux qui ont été affectés de congestions pulmonaires, ou qui sont sujets à des hémorrhagies dont les déviations sont faciles; enfin, il

faut aussi se tenir en garde contre la manifestation de cette maladie chez tous les individus qui appartiennent à des familles dont elle a atteint des membres (271).

3i3. Le traitement préservatif de cette maladie consiste dans le régime approprié à la prophylactique de la pléthore sanguine (194) ? Fusage des moyens de Fhygiène les

mieux entendus pour soustraire les organes pulmonaires à toutes les causes excitantes qui peuvent appeler sur eux des fluxions sanguines. C’est ainsi qu’il faut conseiller d’abord aux malades de se soustraire à toutes les influences qui ont pu favoriser ou déterminer en eux la production de la maladie (267 et sq^. Il faut aussi leur prescrire l’habitation dans un climat qui ne soit pas trop sec , et qui ne soit pas trop agité par les vents 5 dans des lieux sains , mais peu élevés, dans des maisons chaudes, non humides en hiver, et maintenues fraîches en été. On doit leur conseiller de parler le moins possible (3o6) , et de ne point parler ni lire longr temps à haute voix*, de ne jamais chanter ni faire usage des instruments de musique à vent et des instruments à cordes qui exigent une action soutenue et prolongée des bras, ou dont les vibrations sonores répondent aux parties contenues dans le thorax; d’éviter d’aller à cheval contre le vent, et avec trop de rapidité ; d’éviter l’usage des voitures mal suspendues, etc.

L’usage habituel d’aliments de digestion très facile , pris en quantité modérée, est un des premiers moyens de traitement prophylactique de l’hémoptysie. Il faut interdire absolument à ceux qui sont menacés de cette maladie l’usage des liqueurs fermentées, prises même en petite quantité: il faut aussi qu’ils renoncent absolument aux plaisirs de l’amour (273).

Ces moyens préservatifs, joints^ à l’habitude d’une vie tout-à-fait exempte de vives émotions , et , selon l’opportunité, à l’emploi de quelques émissions sanguines , motivées par l’imminence de la pléthore ou des congestions pulmo-

DES GASTRO-HÉlïïORRHAGIES.

naires, suffisent ordinairement pour prévenir les retours de Vh émop tysie . Il ne faut les abandonner que lorsque aucun symptôme 5 qui puisse se rapporter aune imminence d’hémoptysie, n’est survenu depuis long-temps , et encore fautil y revenir pendant plusieurs années aux changements de saisons, ou dans certaines conditions, comme celle de l’âge critique, de la grossesse, de l’accouchement, etc.

3i4« Le traitement prophylactique des hémoptysies exige, pour être couronné de succès, d’être suivi avec la plus grande sagacité et la plus grande attention de la part du médecin, et avec une docilité infatigable de la part des malades. Malheureusement ceux qui vivent de leur travail ne peuvent presque jamais suivre ce traitement d’une manière assez complète et assez prolongée, et ceux qui possèdent des moyens de fortune qui leur permettent de se soumettre à toutes les précautions désirables ne trouvent souvent en eux ni le courage ni la conviction suffisantes pour se conformer aux sages conseils des médecins. Telles sont les causes principales du petit nombre d’heureux résultats obtenus par l’art.

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