‹ Traité philosophique de médecine pratiqueChapitre 29 sur 61 · Nous préférons la dénomination de Définition du · texte numérisé non relu

Nous préférons la dénomination de Définition du

rJiagie à celles données jusqu’à présent aux maladies qui l^orrhagle! nous occupent. Les noms donnés par les anciens de mor-

hus niger^ melœna , n’indiquaient que la couleur la plus ordinaire des matières rejetées par le vomissement dans ces maladies. Le mot hématémesey qui est encore le plus généralement adopté aujourd’hui, exprime que le symptôme dominant de cette maladie est le vomissement de sang 3 mais ce symptôme manque quelquefois, et est d’ailleurs commun à des maladies différentes.

3 16. La gastro-hémorrhagie est une hémorrhagie qui a

son siège dans Testomac, et qui s’accomplit à la surface interne de cet organe.

Art. I. Des symptômes des gastro-hémorrhagies.

Prodromes des 5i7. Il cst très Tare que l’invasion de la maladie se fasse rhfgies. d’uïie manière inopinée ^ le plus souvent les malades éprouvent comme prodromes depuis un certain nombre de jours un sentiment général de malaise , caractérisé par de la céphalalgie, de la pesanteur de tête, de l’engourdissement I dans les membres , de la pesanteur et de la douleur grava-

tive vers les hypochondres et entre les épaules. La muqueuse buccale est souvent très injectée, ainsi que celle du pharynx, où les malades sentent une ardeur vive; les gencives sont souvent gonflées et saignantes. Les malades éprouvent aussi un sentiment de douleur et d’oppression à l’épigastre , de la cardialgie après les repas , de la soif, un sentiment de tension vers les hypochondres, des nausées, des régurgitations de salive et de mucus visqueux, des borborygmes, etc.

Des symptômes 5 18. Ordinairement , après une certaine durée de ces ac-

de la gastro-he- 7 jr

morrhagie con- cidcnts , le vomisscment de sang se déclare subitement ; le malade rejette une assez grande quantité de sang noirâtre, cailleboté, mélangé de mucosités ou de restes d’aliments ingérés depuis un certain temps dans l’estomac. Ce vomissement est immédiatement précédé, dans le plus grand nombre des cas , de douleurs gravatives profondes à l’épigastre f, et dans les lombes , s’étendant dans le dos. Ces douleurs

s’accompagnent d’anorexie, de soif et d’un sentiment de défaillance excessif. C’est même le plus souvent après une défaillance plas ou moins complète, jointe à un frisson général, que le vomissement de sang survient. Il fournit ordinairement du sang en quantité assez considérable , et se joint à une sensation d’ardeur et de constriction épigastriques des plus pénibles.

Dès que le malade a rejeté une certaine quantité de sang

DES GASTRO-HÉMORRHAGIES. 176

d’un rouge brun ou même tout-à-fait noirâtre, il se trouve beaucoup soulagé; il ne sent plus les douleurs gravatives qui le fatiguaient à l’épigastre. Cependant cette région reste douloureuse au toucher; le malade conserve des éructations fréquentes ; il a une soif vive, et le plus souvent une notable fréquence du pouls; il reste dans un état de défaillance, de froid, qui se prolonge d’autant plus que la quantité de sang vomie a été plus considérable et qu’il est lui-même plus débile.

3 1 9 . Il est rare qu’il ne survienne qu’un seul vomissement de sang. Dans le plus grand nombre des cas, quelques heures sont à peine écoulées que le malade ressent de nouveau la douleur épigastrique gravative s’étendant au dos et aux lombes; il éprouve en même temps des nausées, un sentiment de douleur déchirante à l’estomac; la bouche devient sèche ; un état général de défaillance , marqué par un certain degré de refroidissement et de frisson, se reproduit, et est immédiatement suivi d’un nouveau vomissement de sang. Les malades prévoient souvent le vomissement de sang par la sensation qu’ils perçoivent d’un liquide brûlant qui s’épanche dans l’estomac.

320. De semblables accidents se renouvellent souvent quatre ou cinq fois en deux ou trois jours. Pendant ce temps-là , le malade ne cesse d’avoir de la soif, presque toujours il éprouve un léger mouvement de fièvre, il a de l’agitation, de l’insomnie. Cependant l’intensité des symptômes décroît, le malade a encore de la douleur gravative à l’épigastre, qui reste douloureux à la pression ; il a de la soif, il éprouve quelquefois encore des nausées , qui font refluer comme par régurgitation dans la bouche un liquide muqueux , souvent acide ; mais dès ce moment les vomissements de sang ne se montrent plus. Si rien ne contrarie la marche favorable de la maladie, elle continue à être décroissante, et le rétablissement du malade ne tarde pas à se confirmer.

Symptômes des gastro - hémorrhagies qui surviennent sans vomissements.

Des gastrohémorrhagies rpronaptemeiit mortelles.

176 HÉMORÉHAGIEâ DES MEMBRANES MUQUEUSES.

521. Le ventre 5 resserré ordinairement depuis quelques jours au début de la maladie ^ s’ouvre spontanément , chez le plus grand nombre des malades^ le lendemain ou le surlendemain de l’invasion de la gastro-hémorrhagie. Les premières selles sont précédées de météorisme de l’abdomen , de borborygmes et de quelques coliques ^ elles donnent issue à des matières fécales qui n’ont rien de particulier , mais qui sont bientôt suivies de selles noires , demi-liquides , très fétides ^ comme puïtacées ^ évidemment formées de sang mêlé à de la bile et aux fèces. Il arrive souvent que des selles de cette nature se montrent encore deux ou trois jours après la suspension de tout symptôme morbide du côté de l’estomac. Cependant elles se suspendent le plus ordinairement avant que les accidents épigastriques aient tout-à-fait cessé. Dans cette dernière période de la maladie , la constipation s’est ordinairement établie, pour continuer encore pendant plusieurs jours après que tous les autres accidents ont définitivement cessé.

*522. Les gastro-hémorrhagies peuvent survenir sans vomissement; dans ce cas elles s’annoncent toujours par la douleur épigastrique, le sentiment de pesanteur et d’ardeur à l’estomac, souvent avec une douleur gravative vers le cardia, telle que les malades désirent le vomissement, qu’ils croient propre à débarrasser leur estomac. Souvent ils n’ont pas même de nausées; mais ils tombent dans l’état de frisson avec défaillance et décoloration extérieure qui se rattache à l’extravasation du sang qui s’accomplit dans l’estomac. Aucune hémorrhagie n’est plus constamment suivie de lipothymie que celle qui nous occupe.

* Quelques heures après ces accidents , quelquefois seulement le lendemain, de légères coliques se manifestent et sont suivies de selles noires qui prouvent que le sang versé dans l’estomac a suivi le trajet du tube intestinal.

525. La gastro-hémorrhagie survient dans quelques cas brusquement, d’une manière inopinée, et avec une

DES GASTRO-HÉMORRHAGIES.

telle intensité qu^elle peut déterminer instantanément la mort, qu’il y ait eu ou non vomissement de sang. P. Frank rapporte l’histoire d’un homme de soixante ans qui fut ainsi frappé de mort subite sans cause manifeste*, l’estomac fut trouvé rempli d’un énorme caillot de sang K

024. La gastro-hémorrhagie s’observe avec une marche ch?oniqL^'^*des chronique ; c’est principalement sous cette forme qu’elle a " ^émor-

A 7 IT 1 J- rhagies.

été décrite par les anciens sous le nom de morbus nigeVy de melœna,

325. Les sujets afïectés de gastro -hémorrhagies chroniques sont pris, par intervalles irréguliers de plus en plus rapprochés, d’une douleur gravative quelquefois brûlante à l’épigastre, qui se reproduit principalement après les repas. Cette douleur est souvent suivie d’une légère envie de vomir, qui amène facilement le vomissement , comme par régurgitation, d’une certaine quantité de liquide visqueux filant. Ces accidents se montrent et se renouvellent souvent seuls pendant un temps assez long*, ils sont ainsi les prodromes de la gastro-hémorrhagie. Cette maladie se manifeste enfin par le vomissement de sang noirâtre , cailleboté, ordinairement mêlé à des matières alimentaires pultacées, de la nature de celles qui ont été ingérées la veille ou le jour même dans l’estomac. Presque toujours, quelque faible que soit la quantité de sang ainsi rejetée, les malades éprouvent , chaque fois que les vomissements se renouvellent, un frisson et des défaillances qui vont jusqu’à la lipothymie.

326. La gastro-hémorrhagie chronique montre aussi ses produits par des selles noirâtres qui surviennent comme dans l’état aigu après la manifestation de vomissements noirs. Il n’est même pas rare de voir aussi cette maladie sans vomissement de sang (322), et l’on rencontre des cas dans lesquels les malades ont par intervalles indifté-

‘ Epit, de curand, hom, morbis^ lib. v, part, ii, § 611.

remment tantôt des vomissements de sang, tantôt des selles de sang.

^^7’ L’exploration de la région épigastrique dans les piorationdei’ab- jj^i^^atémèses nc fait, dans le plus grand nombre des cas,

domen. ^ . .

reconnaître aucune lésion physique des viscères. Quelquefois Ton constate avant l’invasion du vomissement sanguin une tuméfaction évidente du foie et de la rate, qui disparaît avec le vomissement. Comme nous avons reconnu cette tuméfaction accompagnée de tension manifeste des hypochondres, devenus douloureux à la pression , dans cinq des six cas où nous avons pu explorer l’abdomen dès l’invasion de la gastro-hémorrhagie, nous croyons que cette circonstance s’observe souvent, et qu’il importe de la considérer comme un prodrôme fréquent de l’hémorrhagie de l’estomac.

328. Pendant que l’hémorrhagie s’accomplit dans l’estomac, lorsque le vomissement n’a pas expulsé ‘ses produits , l’estomac se distend par le sang accumulé, et forme à l’épigastre une tumeur transversale , peu rénitente, qui va d’un hypochondre à l’autre, et qu’il est assez facile de circonscrire.

329. La gastro-hémorrhagie étant souvent symptomatique d’une maladie chronique de l’estomac, ou des organes des hypochondres, ou des grosses artères, il arrive souvent que l’on reconnaît à l’exploration les signes de ces maladies chroniques, qu’il ne faut pas confondre avec ceux que nous venons d’indiquer comme appartenant à l’hémorrhagie elle-même.

Du sang rejeté 33o. Le sang rejeté par le vomissement dans la gastroment. hemoiThagie se présente sous divers aspects , suivant la

quantité qui en a été versée dans l’estomac , et selon le temps pendant lequel il y a séjourné. Si le sang est versé très-abondamment et avec rapidité dans l’estomac, et immédiatement rejeté, il est encore rouge vermeil-, mais s’il s’y est accumulé lentement, il est brun noirâtre, caille-

DES GASTRO-HÉMORRMAGIES.

bote; il arrive même, lorsque ce fluide a séjourne pendant plus long-temps dans le ventricule, qu’il s’est coagulé et que les malades rejettent des caillots stratifiés d’un brun grisâtre, qui ont pu être pris, dans l’enfance de l’anatomie pathologique, pour le résultat do l’exfoliation de la tunique interne de l’estomac. Telle était l’origine de deux tumeurs polypeuses qui semblaient formées d’un caillot enveloppé d’une couche comme pseudo-membraneuse, qui furent vomis avec une grande quantité de sang par une malade de Ludwig

33 1. La quantité de sang versé dans l’estomac et rejeté, aia^fd^iagrstîo dans les maladies qui nous occupent, est toujours assez considérable ; elle s’élève souvent à plusieurs livres en quatre à cinq vomissements survenant dans deux ou trois jours aussi l’oligaimie est-elle toujours très-prononcée après ces hémorrhagies. Elle survient moins vite quand la maladie est chronique, si ses accès ne sont pas très-rapprochés, et si la perte de sang à chaque accès est peu considérable. Cependant il n’est guère d’hémorrhagie qui produise plus rapidement l’oligaimie, et à un plus haut degré. Il faut sans doute l’attribuer à ce que les fonctions digestives, si nécessaires à la réparation des grandes pertes de sang , sont toujours plus ou moins lésées dans cette maladie, même quand elle est idiopathique. Les douleurs de l’estomac étant augmentées et même réveillées par l’ingestion des aliments, les malades y répugnent. Il arrive même souvent que la plus grande partie de ces aliments se trouve rejetée dans le vomissement.

Les symptômes de l’oligaimie après la gastro-hémorrhagie ne diffèrent pas de ceux que cet état morbide offre dans toutes les autres circonstances (53).

On a quelquefois l’occasion d’observer des jeunes femmes chez lesquelles la gastro-hémorrhagie chronique existe

ï Advers, med. pract., vol. ii, part. 1, § vi, p, 173.

® Haller^ Elrm, physîo, , t, ii, sect, i, § 4.

l8o HÉMORRHAGIES DES

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