La connaissance d’une maladie n’est pas encore coin
INTRODUCTIOÎf.
Plan de ouvrage.
plète après ces ëtudes analytiques sur ses phénomènes et sur les lésions des organes ou des fonctions qu’ils représentent^ il faut y joindre encore l’étude des causes de toute nature qui ont pu concourir à la production de la maladie; il faut surtout apprécier l’action de ces causes ^ l’importance et la nature des effets qui ont pu en résulter. On n’y parvient qu’en recherchant par une très-sévère analyse la nature des causes morbigènes ^ les lésions simples et complexes qu’elles produisent immédiatement ou médiatement dans la texture ou les fonctions des organes, et les rapports qui s’établissent entre ces lésions, cet 9. C’est en dirigeant nos études d’après le plan que nous venons d’esquisser, que nous avons établi l’état delà science des maladies telle que nous la présentons dans cet^ouvrage.
Le caractère principal de notre travail consiste surtout à introduire l’anatomie des parties saines et l’anatomie pathologique dans la pathologie comme la source la plus féconde des progrès de la science.
Nous avons toujours pris pour point de départ les résultats des travaux de nos prédécesseurs; s’il est une science dans laquelle on ne doive négliger aucune des observations de tous ceux qui ont sçu la cultiver avec assez de sçavoir et de sagacité pour bien discerner les faits des illusions, c’est surtout la médecine qui présente tant de lacunes à combler, et dont les plus simples problèmes reposent sur des données si nombreuses et si variables.
La médecine comprend les questions de l’ordre le plus élevé parmi toutes celles que peut embrasser l’intelligence de l’homme. Nous entreprenons d’exposer , suivant un ordre systématique , le tableau de cette science et de discuter ses principes , dans le but philosophique de déterminer leur valeur et leur utilité pour la connaissance et la curation des maladies.
Comme presque tous les écrivains, nous voulons prendre pour but de nos recherches et pour principes de nos doc-
INTRODUCTION
trines les faits et l’observation. Les faits sont stériles par eux-mêmeSj ils ne deviennent des observations que lorsqu’on les soumet à l’analyse et à la discussion les conséquences qu’on en déduit ne peuvent se généraliser sans crainte d’erreur que lorsqu’elles conservent le cachet des observations directes d’où elles dérivent. La vérité d’un principe résulte moins du nombre des faits que de la rigueur du raisonnement et de l’évidence des observations qui servent à l’établir.
Dans une science qui a pour objet des phénomènes de la vie toujours essentiellement complexes et variables , les faits J quelque nombreux qu’ils soient , rassemblés au hasard, comptés et comparés d’après leurs formes extérieures les plus saillantes ne peuvent servir de prémisses à des conséquences solidement établies. Les exceptions nonapparentes ou négligées peuvent être l’expression de la loi la plus générale, qui ne sera saisie que par l’analyse rationnelle portée au-delà des formes extérieures. La méthode statistique, en médecine, a conduit des hommes de
bonne foi à un empirisme stérile ou à un scepticisme exagéré. La philosophie de la science telle que nous la comprenons, procède d’une manière directement contraire. Nous nous attachons à décomposer les faita par l’analyse et a comparer leurs éléments, et nous regardons les conséquences d’un seul fait comme établissant une vérité incontestable quand elles sont conformes aux principes déduits immédiatement d’observations directes ou de rapports constants de cause à efïet, [en anatomie, en physiologie et en pathologie.
10. L’histoire des doctrines médicales, comme celle des doctrines de toutes les sciences physiques et naturelles, montre qu’il n’en est pas une qui n’ait tenu compte d’un certain nombre d’observations immédiatement déduites des faits. Tantôt les résultats de ces observations convertis en lois générales sont devenus les principes cardinaux de la
Philosophie de cet ouvrage.
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doctrine tantôt ces résultats expliqués et commentés d’après des hypothèses spéculatives ont perdu l’autorité qu’ils devaient à leur origine.
L’éclectisme a la prétention d’emprunter à toutes les doctrines les vérités établies par l’observation, et d’en construire la sienne en en élaguant les hypothèses et les idées spéculatives. Mais quelle sera la mesure du vrai? Où trouver la règle à l’aide de laquelle on dégagera les vérités d’observation des opinions spéculatives, les faits constants des doctrines variables? Ce triage suppose une mesure commune à toutes les doctrines, une doctrine première qui rentre nécessairement dans l’opération individuelle et subjective de chaque esprit 5 admettre cette opération de l’esprit c’est sortir de l’éclectisme.
Toutes les tentatives pour construire la science médicale avec l’éclectisme n’ont conduit qu’à rassembler des observations incohérentes qui ne peuvent se coordonner, se systématiser. En médecine comme en philosophie l’éclectisme tue les principes par indifférence et dissout la science par le scepticisme.
La méthode analytique que nous adoptons , n’admet comme évidentes et certaines que les observations qui résultent directement de faits analysés et décomposés dans tous leurs éléments : elle ne reconnaît comme concluantes .que les recherches et les expériences qui ont été instituées de manière à tenir un compte très rigoureux de toutes les conditions, même les plus éventuelles, qui ont pu modifier les résultats. C’est sur le dernier phénomène élémentaire auquel on arrive par l’analyse que nous faisons reposer la connaissance du fait, la source immédiate du principe. Nous admettons en même temps comme preuves et comme devant servir par leur combinaison à établir les principes de la médecine pratique, toutes les observations de toutes les sciences médicales , mais nous avons le soin de déterminer et de préciser la valeur de ces observations que nous regar-