CHAPITRE UNIQUE
Den sueurs de sang ou des Hématidroses.
629. Les sueurs de sang ou les Jiématidroses^VL ont poi»t encore été présentées comme des maladies à part. Cependant le nombre des observations particulières sur ce^ affections déposées dans les archives de la science est riaintenant assez considérable pour qu’on se trouve au^risé à
* Hématidrose , fiœmaiidrosis ^ de al/Aa, sangiiîs, et ioj^ùig, su^or. Ce mot appartient à Ploucquet,
DES HEIMLATIDROSES.
réunir en un corps de doctrine les conséquences qui en résultent.
53 0. Les hématidroses sont des hémorrhagies dans les- ^ néfimtioït des
^ hématidroses.
quelles le sang est exhalé et déposé à la surface de la peau, sur des parties plus ou moins étendues du corps, de la 7 même mauière que le fluide de la transpiration insensible s’y trouve déposé par gouttelettes, lorsque cette transpiration augmentée constitue la sueur.
Les recherches anatomiques de plusieurs sçavants , et surtout celles de Prochaska % vérifiées et étendues par MM. Breschet et Roussel de Vauzème prouvent que la sueur est sécrétée par des cryptes spéciaux inhérents à la peau, à la surface de laquelle elle est déposée par des canaux excréteurs. Beaucoup de considérations, déduites de l’observation clinique et de l’histoire de l’hématidrose elle-même , confirment ce fait en établissant que l’exhalation sudorale augmente , décroît et se modifie isolément sans qu’aucune altération analogue survienne dans les autres parties constituantes de la peau, et notamment dans ses vaisseaux capillaires, que l’on considérait comme les organes exhalants. Dans les hématidroses, le sang, véritablement sécrété et exhalé sur certaines parties du corps au lieu de la sueur, n’est ni infiltré , ni déposé en gouttelettes dans l’épaisseur de la peau, même au plus léger degré. Cette maladie n’est donc qu’une hémorrhagie par les organes sudoripares.
Art. I. Des symptômes des hématidroses*
531. L es hématidroses sont des maladies trop rares pour Observations
9 ri • 'j t r 1 1 cliniques sur des
qu un médecin en ait observe un assez grand nombre pour hématidroses. tracer, d’après sa propre expérience, une description exacte de leurs phénomènes 5 il faut donc recourir aux
' Disqiiisîtîo anatomîco -physîologîca organîsmi corp, humanî^ etc.
Viennæ 1812.
Nouvelles recherches sur la structure (JI0 (u peauq In-8®. Paris • 18S5
DES HÉMORRHAGIES CUTANÉES.
observations déposées dans les archives de la science , en s’attachant seulement à celles qui ont été recueillies avec assez de précision et avec des détails assez circonstanciés pour inspirer de la confiance.
Van-Swiéten a rapporté l’observation suivante ^ trouvée dans les papiers de Boerhaave, et écrite de sa main
« Une fille de dix ans prit avec un avantage assez marqué des pilules mercurielles et de la décoction de bois sudorifiques , parce qu’on la croyait affectée de syphilis. Neuf mois après elle eut une douleur tensive au bras droite lequel se couvrit de pustules , qui furent le siège de douleurs pongitives. Bientôt il en jaillit du sang rutilant, et toutes ces pustules s’évanouirent sans laisser de traces. Un mois après , lorsque cette fille atteignit sa douzième année , les mêmes accidents revinrent et furent bientôt suivis de la première apparition des règles. Le mois suivant, retour des mêmes phénomènes, dans le même ordre. On eut recours aux emménagogues et à la saignée du pied ; les menstrues revinrent régulièrement et ne furent plus précédées de l’hémorrhagie du bras. L’hiver était dur, et chaque fois que cette fille contractait du froid aux doigts de la main droite, le sang s’écoulait abondamment des extrémités de ces parties , sans qu’il s’y manifestât le moindre vestige ni de fissure, ni de pustule. Il suffisait de réchauffer ces parties pour faire cesser cqtte hémorrhagie , qui disparut aux chaleurs du printeinps. Pendant quatre mois ♦ il ne survint rien d’anomal^ les menstrues continuèrent régulièrement, mais ensuite elles se supprimèrent. Alors, cette fille eut tous les jours , ou tous les deux jours , quelquefois tous les huit jours , une hémorrhagie qui survenait goutte à goutte par la peau des doigts de la main droite. 11 était impossible de distinguer , après avoir abstergé le sang , les orifices d’où il provenait. Il arriva ensuite que , lorsque le sang s’était écoulé des doigts, le matin, cette fille était prise
* G< Van*Swieten, Comm, in H* Boerhaavii aph, t, iv, § 1286.
DES HÉMATlJDROSEvS., 2^9
Taprès-midi de vertiges et de rougeur à la face ; la région du larynx se tuméfiait et il suryenait une. suffocation comme hystérique. Bientôt après le sang coula par plusieurs points de la partie antérieure du cou-, et presqff aussitôt les vertiges 5 la rougeur de la face , la tumeur du larynx et le sentiment de suffocation disparurent. Une autre fois l'hypochondre droit se gonfla avec beaucoup de douleur qu’un emplâtré fit cesser. Tous ces accidents diminuèrent après des saignées du pied, et l’administration des emménagogues, des bains, des antihystériques*, mais les règles restèrent supprimées , et bientôt de nouveaux symptômes morbides revinrent. La face rougit subitement, une abondante épistaxis se manifesta *, elle n’était pas terminée que la région du larynx se tuméfia; une sueur de sang survint à la surface antérieure du cou, qui revint à son volume naturel ; mais le mêm^/jour la sueur de sang se montra au bras droit et au mollet de la jambe droite. Le soir, des spasmes envahirent toute la moitié droite du corps *, les facultés intellectuelles ne furent cependant pas altérées. A ces symptômes , qui persistèrent avec intensité jusqu’à dix heures du soir , succéda la paralysie avec laxité du bras droit et contracture de la jambe du même côté. L’œil gauche était frappé d’amaurose ; c’était la seule partie malade du côté gauche. L’épigastre resta tuméfié. Un mois après l’œil gauche se tuméfia subitement , et il s’en écoula des larmes de sang , l’amaurose n’en persista pas moins. La peau du nez fut ensuite le siège d’une sueur de sang à laquelle succéda une épistaxis, qui fit place à des crachats sanglants. Puis du ^ang ruissela en jaillissant des ongles des doigts de la main droite et de la partie interne du bras îdr oit. Une tuméfaction survint en même temps au mollet droit, mais elle disparut sans sueur de sang. Deux jours après la malade eut une frayeur qui fut suivie d’une hémorrhagie peu abondante par l’œil gauche et sur la peau de la main et du bras droit. Les règles reviorent enfin après deux mois
DES HÉMORRHAGIES CUTANÉES.
de suppression; elles furent peu abondantes, etrabdomen, qui était resté tuméfié, se dégonfla. »
Les hémorrhagies multipliées, que cette jeune malade offrit à Tobservation de Boerhaave , étaient sans aucun doute dues à Finfluence de la dysménorrhée. Elles n’en présentèrent pas moins un des exemples les plus remarquables d’hématidrose occupant successivement ou simultanément différentes parties du corps. Cette maladie était partout caractérisée par un certain degré de gonflement, puis par l’éruption de sang à la peau, sur laquelle il coulait goutte à goutte ou s’échappait en jaillissant, sans qu’il y eût aucune apparence de lésion de tissu aux lieux d’où il provenait.
Chez ce sujet l’hématidrose s’est montrée simultanément ou successivement avec d’autres hémorrhagies : l’épistaxis, l’hémorrhagie buccale , le larmoiement de sang et probablement l’hémorrhagie cérébrale qui a produit les accidents de paralysie. Point de motifs ici pour attribuer la sueur de sang à des causes prochaines d’une autre nature que celle des autres hémorrhagies. L’hyperaimie locale annoncée par ses signes ordinaires (1S9), précédait presque toujours chez cette jeune fille la sueur de sang, et c’était le plus souvent cette sueur qui jugeait la congestion sanguine qui la préparait.
Un fait semblable!, à beaucoup d’égards, à celui observé par Boerhaave , mais qui ne pouvait être attribué aux mêmes causes , a été recueilli par le docteur Boivin.
« Une femme de quarante-six ans, très-forte et exempte ^ de maladie, très-bien réglée, reçut à l’âge de vingt-huit ans un coup de pied d’un bœuf sur l’épigastre. Elle tomba sans connaissance et vomit bientôt après une grande quantité de sang. Cette hématémèse se reproduisit par intervalles; quelques moyens que l’on opposât à sa manifestation, elle dura pendant quinze ans, sans que le flux menstruel se dérangeât. Un médecin administra alors des
DES HÉMATIDROSES.
astringents. Les vomissements de sang se supprimèrent en partie: le sang se fit alors jour par Lexhalation cutanée. Tous les jours il survenait une sueur de sang sur quelques parties du corps ; il n’est aucune région des téguments externes qui n’ait été à son tour le siège de cette hémorrhagie: le devant de la poitrine, le dos, les cuisses, les jambes, les pieds, les extrémités des doigts. Les règles n’ont cependant jamais été dérangées.^Si ces hémorrhagies cessaient , cette femme perdait l’appétit , elle devenait oppressée , elle avait des malaises , et elle était obligée de garder le lit. Ces symptômes allaient en augmentant d’intensité pendant quelques jours. Mais bientôt le prurit sur une partie quelconque du corps annonçait qu’elle allait devenir le siège de l’hémorrhagie ^ le sang paraissait, et les accidents cessaient immédiatement. Cette femme avait quarante-six ans quand le docteur Boivin l’a observée^ elle n’était plus réglée depuis deux ans, et cependant la suppression des menstrues n’avait apporté aucun changement à la sueur de sang , qui survenait en même quantité. C’était le cuir chevelu et le dessus du menton , d’un angle de la mâchoire à l’autre , qui fournissaient du sang, lorsque ce médecin écrivait. Deux fois par jour, à des heures indéterminées, cette femme sentait un prurit et de la chaleur; la peau d’où provenait le sang était légèrement gonflée et le sang sortait par les pores ; il coulait à grosses gouttes. En promenant légère^ ment le doigt sur la peau gonflée, qur était douloureuse, on accélérait la sortie du sang. Après l’hémorrhagie on lavait la peau , elle ne différait en rien de celle du reste du corps. Cette femme était alors en bonne santé et n’était pas affaiblie. Le sang avait la couleur vermeille du sang artériel. Cette femme mangeait habituellement peu \ »
Ce fait est un exemple remarquable d’une hémorrhagie par cause externe qui s’est reproduite pendant plusieurs années , et a enfin introduit dans l’économie mie habitude de
* Dictionnaire des sciences médicales i t. iv, p, 188.
282 »ES IIE3IORRHAGIES CUTAIVEES.
perte de sang qui a duré presque toute la vie , et à laquelle se trouvait liée la conservation de la santé du sujet, puisque la suspension de Thémorr h agie était immédiatement suivie d’un état de maladie , qui ne cessait que par le rétablissement de l’exhalation sanguine. Les pertes de sang par la peau ont continué à se reproduire par intervalles plus ou moins éloignés, malgré la persistance et la régularité du flux menstruel , et même après la suppression définitive normale de ce flux , sans exercer sur lui aucune influence. La sueur de sang a paru sur diflerents points de la peau -, elle était précédée et accompagnée d’une hyperaimie locale , caractérisée par la chaleur , la tuméfaction et même la douleur à la pression de la partie du derme sur larquelle le sang suintait. L’extravasation du sang jugeait cette hyperaimie, et il ne restait ensuite aucune trace de maladie.
« Un homme d’état , âgé de quarante-cinq ans , d’une taille ordinaire , ayant les cheveux blonds , le teint coloré, la peau blanche et fine , avait un tempérament sanguin et un caractère impétueux. Il avait eu de grands chagrins, et s’était livré pendant plusieurs années à des travaux de cabinet prolongés. Après des veilles causées par un travail important et dans un moment où il éprouvait des affections de l’ame très pénibles, cet homme s’abandonna sans modération aux plaisirs de l’amour pendant une partie de la nuit. Le lendemain, il avait une grande agitation fébrile •, il sentait de vives douleurs aux cuisses , aux aines, au pubis, et particulièrement à la verge. Toutes ces parties étaient inondées de sang, qui coulait avec abondance des pores du gland. Cette hémorrhagie se reproduisit tous les quinze à vingt jours au plus tard; en deux ou trois jours, elle cédait aux moyens de traitement. Le docteur Fournier, qui a recueilli ce fait, suivit cette maladie pendant environ vingt mois, observant toujours les mèmm accidents-, seulement dans les trois derniers
DES HEMATIDROSES.
mois, la crise était moins longue et la perte de sang moins considérable. La verge fut toujours la partie la plus af-”* fectée; une douleur cuisante accompagnait constamment cette sueur de sang \ »
Un jeune homme de vingt-huit ans, bouvier chez un nourrisseur voisin de lliopital Cochin , d’une constitution assez frêle, né de parents bien portants et vivant dans une sobriété habituelle, ne présentant d’ailleurs aucune trace de maladie, avait fait la «veille un excès de vin , par suite duquel il avait vomi plusieurs fois , et avait passé presque toute la nuit dans l’ivresse. Le matin, sur les sept heures, il s’abandonna à un violent accès de colère. Quel™ ques instants après , il sentit une douleur obtuse avec prurit au côté gauche de la poitrine vers l’aisselle, il j porta la main , et fut étonné de la retirer teinte de sang. Il vint immédiatement à la consultation de l’hôpital. Nous constatâmes alors que du sang s’échappait par gouttelettes de la surface de la peau de l’aisselle gauche et du côté gauche externe du thorax , sur une hauteur et une largeur de cinq pouces environ. La peau, détergée par une lotion, était légèrement gonflée, d’un rose rouge, faiblement douloureuse à la pression -, la chaleur y paraissait plus élevée que sur le reste des téguments. Les gouttelettes de sang se formaient lentement-, elles étaient presque confluentes, et ne tardaient pas à se réunir pour s’écouler sur les parties adjacentes. Cette hémorrhagie dura presque toute la journée, tantôt plus tantôt moins abondante-, mais sans s’interrompre tout-à-fait. La quantité de sang que ce jeune homme perdit ainsi fut évaluée à trois livres. Une saignée du bras ne parut avoir que peu d’influence-, il en fut de même des bains de pieds sinapisés , qui furent renouvelés plusieurs fois. Nous ne trouvâmes, du reste, aucune plénitude du pouls, ni aucun dérangement des fonctions. Nous ne conseillâmes l’application d’aucun topique sur la partie
• Dictionnaire des scîemes médicales^ t, iv, p. 89.
DES HÉMORRHAGIES CUTANÉES.
d’où provenait le sang. Le lendemain , à part un sentiment général de faiblesse et une pâleur générale prononcée , cet homme était rétabli ; la peau qui avait été le siège de Thématidrose ne présentait aucune apparence de maladie. Nous nous sommes assurés qu’il n’a éprouvé aucun retour de cette hémorrhagie , ni aucune autre perte de sang dans les deux années suivantes.
Ce fait diffère des précédents et de presque tous ceux que les auteurs ont recueillis, par cette circonstance que l’hématidrose ne s’est manifestée qu’une seule fois , et n’a été ni l’effet ni le point de départ d’une habitude d’hémorrhagies.
Siège et ëten- 532. Toutes les observations sur des hématidroses qui droser sii^Ves auraient occupé la totalité ou la presque totalité de la surteguments. tégumentaire , à commencer par l’histoire très con-
testable de la maladie du roi de France Charles IX , ne sont ni assez précises ni assez détaillées dans les circonstances qu’elles relatent pour porter la conviction dans l’esprit. Les faits ont prouvé , relativement au siège de cette maladie , qu’il n’est point de partie du corps sur laquelle on ne l’ait observée ^ mais qu’elle n’occupe le plus souvent qu’une surface peu étendue de la peau*, qu’elle se manifeste quelquefois simultanément sur plusieurs parties du corps , et que très souvent elle affecte successivement des lieux difierents dans chacun de ses accès. Dans quelques cas , comme dans l’observation deBoerhaave ci-dessus rapportée , toutes les parties sur lesquelles elle survient sont situées du même côté du corps.
L’hématidrose se déclare le plus souvent sur les parties dont la peau est très-mince et dont la sueur survient très-facilement ; ainsi on l’a souvent observée sur les racines et sur les côtés des ongles, aux aisselles, au cou, aux bords du nez, sur la peau de la surface interne des cuisses ou des bras, etc.