‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 20 sur 89 · ACTION DES SUBSTANCES PONDÉRABLES SUR LE SANG · texte numérisé non relu

ACTION DES SUBSTANCES PONDÉRABLES SUR LE SANG

§"674. 1° En ce qui concerne les gaz :

Le sang , mis en contact avec l'air atmosphérique , devient écarlate à sa surface , tandis qu'il conserve une teinte de rouge foncé dans tous les points que l'air n'a pas touchés. Si l'on retourne alors le caillot, lorsqu'il a pris assez de consistance pour que le cruor ne puisse plus y changer de place , les couleurs subissent un changement analogue. Si l'on agite du sang noir avec de l'air, dans un flacon, il devient vermeil.

La couleur rouge prend plus d'éclat encore dans le gaz oxygène , où le sang se coagule avec plus de promptitude , en même temps qu'il s'y partage en un caillot plus ferme et un sérum plus limpide ; mais si l'action du gaz oxygène se prolonge, le sang acquiert une teinte plus foncée, et finit par devenir noirâtre, comme lorsqu'ou le mêle avec des acides.

Dans le gaz acide carbonique , le sang prend une couleur plus sombre , et son rouge tire, alors tantôt sur le bleu , tantôt sur le brun ; il se coagule avec plus de lenteur, et se partage d'une manière moins complète ; le caillot est plus mou , le sérum trouble.

, Le gaz hydrogène fonce également la couleur du sang.

Cet effet est plus sensible encore lorsqu'on opère avec du gaz hydrogène sulfuré.

Le gaz oxidule d'azote fait prendre au sang une teinte purpurine.

J. Davy a nié dernièrement l'action chimique des gaz sur le sang, notamment l'influence de l'air atmosphérique et du gaz oxygène pour aviver sa couleur rouge. Nous ne citons ici cette

(1) Loc. cit., p. 248.

particularité qu'à titre de phénomène littéraire , car nous serons obligés d'y revenir encore lorsque nous étudierons la métamorphose que le sang éprouve dans les poumons.

2° Le sang a une grande affinité pour Y eau; il en absorbe la moitié de son poids, et jusqu'à un poids égal au sien. Ce phénomène s'observe même dans le caillot, qui augmente par là de volume, et dont la proportion au sérum était de 3,26 ! 1 , dans les expériences faites par Hey (1), tandis que , sans addition d'eau , elle n'est que de 2,45 ! 1. On dit qu'une plus grande quantité d'eau dissout le sang liquide , et qu'en particulier vingt parties de ce liquide l'empêchent de se coaguler ; mais une telle assertion paraît ne reposer que sur une pure illusion. En pareil cas , la fibrine se coagule , comme si l'on n'avait point ajouté d'eau; mais, étant comparativement moins abondante ( § 684) , et délayée dans une très-grande quantité de liquide , elle est réduite en molécules d'une ténuité extrême , et devient d'autant moins visible , que le cruor se dissout et ne s'attache point à elle ; cependant elle ne tarde point à devenir sensible à la vue , car elle se précipite au fond de l'eau.

Si l'on verse de l'eau sur le caillot du sang, et qu'on la renouvelle tous les jours , il ne reste plus que fort peu de cette masse au bout d'un mois ; mais le résidu doit être la totalité de la fibrine que contenait le sang , à moins qu'une partie ne soit devenue soluble dans l'eau par décomposition. En effet, le caillot ramolli par l'eau tombe plus promptement en putréfaction, et , après avoir déposé le cruor devenu plus foncé , il se trouve converti en une espèce d'adipocire.

L'eau chaude produit , en vertu de sa chaleur, des caillots dans lesquels de la fibrine se trouve unie à du cruor et à de l'albumine; une ébullition prolongée décompose ces grumeaux , dont elle convertit une partie en osmazome , qui se dissout dans l'eau.

3° Les acides qu'on mêle avec le sang liquide déterminent la coagulation de toutes les parties qui en sont susceptibles , et rendent presque toujours la couleur plus foncée. Ce dernier ell'et est surtout produit par l'acide sulfurique , qui , ainsi que le chlore , colore le sang en noir.

(1) Thaokrah , loc. cit., p. /iO. ,

CIIANGEMENS PPOVOQAÉS DANS IE SANG. 53

L'action exercée sur les principes coagulés du sang (albumine , cruor et fibrine) varie sous plusieurs rapports , et en premier lieu quant au degré.

Dans des acides forts et concentrés , le coagulum se gonfle , se ramollit et devient semblable à une gelée ferme , mais en même temps onctueux ou fragile. Pendant que ce changement a lieu en lui , il se décompose , principalement sous l'influence d'une température élevée , et l'acide s'empare d'une partie delà combinaison nouvelle ainsi produite, qu'on peut en précipiter par l'addition de l'eau , de l'alcool ou d'un alcali , tandis que le reste demeure indissous.

Les acides plus faibles ou étendus exercent une influence telle sur le coagulum du sang , à la température ordinaire , qu'il se resserre sur lui-même et devient insoluble dans l'eau. Si alors on enlève l'excès d'acide par des lavages répétés , ou si l'on n'a employé qu'un acide doué;d'une faible action , on obtient une combinaison dans laquelle l'acide et le coagulum du sang se font équilibre , c'est-à-dire un composé neutre, en quelque sorte salin, et soluble dans l'eau; mais les matériaux immédiats du sang ont perdu leurs propriétés primitives , par exemple , celle de se coaguler par l'action de la chaleur, et ils sont plus ou moins décomposés.

En second lieu , la qualité des acides et leur affinité pour le sang exercent de l'influence.

Les acides qui agissent le plus puissamment sont ceux dont la composition s'éloigne le plus de celle du sang, l'acide sulfurique et l'acide nitrique. Ils abandonnent une partie de leur oxygène au sang, lui enlèvent une portion de son azote, soit pur et à l'état de gaz , soit uni à de l'hydrogène et constituant de l'ammoniaque, soit combiné avec du carbone et de l'hydrogène, et produisant de l'acide hydrocyanique , de sorte que la partie qui ne consiste qu'en oxygène , carbone et hydrogène , reste à l'état de graisse , de charbon , d'acide oxalique , et d'acide acétique ou d'acide malique. L'acide hydrochlorique agit avec moins d'intensité , et ne dégage de l'azote qu'avec le secours de la chaleur ; à la température ordinaire , il donne une dissolution de laquelle l'eau précipite une combinaison neutre de principe constituant du sang avec l'acide.

Mais l'acide acétique met le coagulum du sang immédiatement dans l'état qui lui permet d'être dissous par l'eau chaude. L'acide phosphorique récemment préparé se comporte à la manière des acides sulfurique et nitrique , tandis que l'action de celui que l'on conserve depuis quelque temps se rapproche de celle de l'acide acétique.

L'acide sulfurique précipite les substances liquides sous la forme d'un caillot acide et insoluble ; il fait prendre une couleur foncée aux substances coagulées, les ramollit en une sorte de gelée , en dissout une partie , surtout à l'aide de la chaleur, et produit ainsi une liqueur d'un brun rouge ou noire ; il dégage de l'ammoniaque , de sorte qu'il reste du charbon , avec de la graisse et de l'acide acétique. Mais, à chaud, il dégage en outre des gaz acide carbonique , acide sulfureux , hydrogène sulfuré , et hydrogène carboné , et ne laisse alors pour résidu qu'un peu de charbon.

L'acide nitrique dégage de l'azote ou du gaz nitreux, du gaz acide carbonique et du gaz acide hydrocyanique , et forme de la graisse, avec de l'acide oxalique, ou même de l'acide malique.

L'acide acétique , comme tous les acides végétaux , et l'acide phosphorique conservé depuis long- temps, ne produisent ni coagulation ni précipitation de matériaux existans à l'état liquide dans le sang , et convertissent ceux qui sont coagulés en^une gelée soluble dans l'eau.

4° Le chlore sépare les matériaux organiques et inorganiques du sang ; il précipite l'albumine et le cruor, et laisse la soude , la chaux , la magnésie et le fer dissous, à l'état de combinaison avec de l'acide hydrochlorique.

5° Les alcalis carbonatés agissent peu ; mais les alcalis caustiques donnent au sang une couleur plus foncée, et l'empêchent de se coaguler : ils rendent les matériaux liquides plus liquides encore et plus colorés ; ceux qui sont coagulés deviennent d'un rouge plus foncé , bruns , noirs , mous , renflés, gélatineux : enfin ils produisent une dissolution d'un brun jaunâtre ou rougeâtre , qui se trouble quand l'alcali attire à lui de l'acide, carbonique , et qui précipite par tous les acides, tandis que les précipités produits par les acides sont redissous

par les alcalis. L'ammoniaque exerce aussi une action dissolvanté , et quand un commencement de décomposition a fait précipiter le cruor tenu en dissolution dans l'eau , elle le redissout , et rougit de nouveau la liqueur qui était devenue incolore.

6° Les sels alcalins neutres avivent la couleur rouge du sang, et empêchent plus ou moins ce liquide de se coaguler; ce dernier effet est surtout produit par l'hydrochlorate d'ammoniaque , le sulfate de potasse , le sulfate de magnésie et le tartrate de soude. Ils font prendre aussi une teinte vermeille au caillot.

Les sels terreux éprouvent une décomposition ; leur acide se combine avec la soude du sang , et leur terre se précipite , unie à l'acide phosphorique de ce liquide.

7° La plupart des sels métalliques , notamment ceux de plomb, d'argent et de mercure, précipitent les matériaux du sang encore liquides, comme aussi ceux qui sont dissous dans des acides ou des alcalis; leurs métaux forment avec ces principes des composés insolubles , qui ne craignent point la putréfaction , tandis que leur acide se combine avec la soude du sang.

8° L 'alcool coagule les matériaux liquides du sang , et condense ceux qui sont coagulés. Avec le concours de la chaleur, il en dégage une graisse fétide , qu'il dissout en partie , et que l'eau précipite de la liqueur, ou qui reste après l'évaporation.

Véther agit de la même manière.

9° L'infusion de noix de galle donne une couleur noire au sang et augmente la densité du caillot. Elle précipite les matériaux encore liquides , ou dissous soit dans des acides , soit dans des alcalis , sous la forme d'une substance d'un brun jaunâtre , visqueuse , insoluble dans l'eau et à l'abri de la putréfaction.

10° Le lait, Murùne, la hile, retardent la coagulation. Suivant Home (1), du sang frais s'empare d'une quantité d'urine égale à la sienne, en se coagulant. Le caillot, arrosé trois fois par

(4) Loc. oit., t. V, p. 112-119. ,

jour avec de l'urine fraîche , était totalement dissous au bout de trois semaines ou d'un mois , sans avoir subi de putréfaction. De même, chez les hommes vivans dans la vessie desquels du sang s'est épanché et même coagulé , ce liquide se dissout peu à peu dans l'urine , avec laquelle il sort.

AUTICLE II.

De la constilution du sang.

A. Matériaux organiques.

Page 1