‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 22 sur 89 · SUBSTANCES ORGANIQUES EXTRAITES DU SANS PAR l'ART · texte numérisé non relu

SUBSTANCES ORGANIQUES EXTRAITES DU SANS PAR l'ART

§ 682. Outre les matériaux immédiats dans lesquels le sang des Mammifères se partage toujours de lui-même , on a encore extrait de ce liquide d'autres sortes de substances animales, dont l'existence réelle et générale dans le sang est plus ou moins problématique. En effet , quelques unes d'entre elles n'ont été trouvées qu'après l'action de puissances chimiques douées d'une grande énergie, de sorte qu'il n'est pointhors de vraisemblance qu'elles tiraient leur origine d'une portion du sang, dont on connaît la grande tendance à se décomposer , et qu en conséquence elles n'étaient que des métamorphoses ou de nouvelles combinaisons d'albumine , de cruor et de fibrine. .Si I on rencontre quelquefois dans le sang des substances qui appartiennent en propre à certains liquides sécrétoires, ce n'est point là une preuve que leur présence y soit normale, puisque le sang vivant lui-même est continuellement en échange de matériaux avec le reste de l'organisation. Il se peut qu'après la suppression d'une sécrétion , une substance

analogue à son produit se développe dans le sang, sans qu'on soit pour cela autorisé à croire qu'elle y préexiste généralement. D'un autre côté et plus fréquemment encore, des produits de sécrétions peuvent arriver dans le sang par voie de résorption , car il n'est pas rare, comme le dit Velpeau (1) entre autres , qu'en cas de suppuration d'une partie quelconque , le sang contienne du pus , qu'on ne peut pas plus considérer comme un de ses matériaux essentiels, que le plomb , le mercure, etc. , qu'on y remarque également après l'application de ces métaux à la surface de la peau ou des membranes muqueuses.

Lesj)rincipes immédiats et les plus essentiels du sang (l'albumine, la fibrine, le cruor) en sont précipités par l'alcool , sous la forme de flocons , après quoi l'on peut extraire du liquide limpide et spiritueux qui surnage des substances organiques particulières et des sels neutres. La méthode la plus simple en pareil cas , est la suivante , qu'indique Lecanu : on évapore la liqueur alcoolique jusqu'à siccilé , et l'on traite le résidu par de l'éther.

I. Une portion de ce résidu se dissout dans l'éther, après l'évaporation duquel on traite le reste par l'alcool à froid.

1° L'alcool en dissout une partie , que l'on extrait ensuite , et qui constitue une matière oléagineuse.

2° La portion non dissoute représente une graisse cristallisable.

II. Le résidu insoluble dans l'éther est traité par l'alcool à froid.

1° Une partie se dissout , et donne par l'évaporation une matière extractive.

2° Ce qui n'a point été dissous par l'alcool à froid est mis en contact avec de l'alcool bouillant. On obtient ainsi :

a. Une dissolution d'hydrochlorates , avoc un peu de matière extractive.

b. Un résidu insoluble , qui , traité par l'eau froide ,

a. se dissout en partie, abandonnant à l'eau une combinaison d'albumine avec de la soude et des sels -,

(i) Archives générale» , t. VII , p. 306.

b. laisse un résidu constitué par un mélange d'albumine et de cruor (1). 9

A l'égard de ces diverses substances :

1° La matière extractive, autrefois appelée sérosité , a été regardée jusqu'ici comme identique avec la substance que Thénard nomme osmazome ( extrait de viande , de Thouvenel; extractif animal, de Marcet). On obtient l'osmazome en faisant agir la chaleur ou l'alcool sur l'un oû l'autre des trois matériaux du sang , comme aussi sur une partie quelconque, solide ou liquide , du corps animal. Quand le sérum ou le cruor est coagulé par la chaleur , l'osmazome reste à l'état liquide , soit autour du caillot, soit dans ses interstices. On peut l'en retirer par l'expression ou par la digestion dans l'eau; après l'évaporation et le refroidissement, elle se présente sous l'aspect d'une gelée. Si l'on fait cuire ensemble de la fibrine et de l'eau , dans une machine de Papin , une partie de la première se convertit en osmazome et se dissout dans le liquide, qui, soumis ensuite à l'évaporation, laisse un résidu blanc , sec et friable ; la fibrine restante a perdu sa solubilité dans l'acide acétique, ce qui annonce qu'elle a subi une décomposition. On obtient également de l'osmazome en faisant digérer de l'albumine sèche ou coagulée , du cruor, ou de la fibrine. Si l'on évapore l'eau ou l'alcool , l'osmazome paraît sous la forme d'une substance extractiforme jaune ou d'un brun rougeâtre. Elle n'est point susceptible de cristalliser; son odeur et sa saveur sont celles du bouillon de viande ; à l'état sec, elle attire l'humidité de l'air ; exposée à la chaleur, elle entre en fusion, se charbonne, en répandant des vapeurs acres de carbonate d'ammoniaque et d'huile empyreumatique, et laisse une cendre qui contient du carbonate de soude. Elle se dissout dans l'eau, tant à chaud qu'à froid, et dans l'alcool. Le tannin la précipite de sa dissolution , sous la forme de flocons, qui, à chaud, ne tiennentpoint les uns aux autres, comme ceux.qui se produisent dans la gélatine. L'acide sulfurique, l'acide hydrochlorique , le nitrate d'argent , celui de mercure et l'acétate de plomb la précipitent également.

(i) Bulletin des se. méd., t. XXVI, p. 138.

Sa consistance gélatineuse et sa propriété de précipiter par le tannin l'avaient fait considérer <|8mme de la gélatine par Hewson, Fourcroy, Vauquelin , Parmentier et Deyeux. Mais sa solubilité dans l'alcool et la nature du précipité quelle donne par le tannin ne permettent point d'admettre ce rapprochement. Bostock l'assimile au mucus, parce que l'acétate de plomb la précipite ; mais cette propriété appartient aussi à l'albumine, et le mucus n'est point précipité par le nitrate de mercure. Brande (1) soutient que la sérosité est de l'albumine, avec un excès de soude , parce qu'une dissolution alcaline d'albumine ne se coagule point complètement par la chaleur, et que le galvanisme , en séparant la soude , empêche totalement la formation de la sérosité ; mais la ressemblance de la sérosité avec l'osmazome s'élève contre cette manière de voir. Suivant Berzelius , c'est un mélange de matière soluble dans l'alcool et l'eau , avec du lactate de soude , du chlorure de potassium et du chlorure de sodium , mélange dans lequel l'acide lactique se fait reconnaître par l'âcreté de sa saveur, par sa propriété de précipiter au moyen du tannin , par sa coloration en brun jaune, et par l'attraction exercée sur l'humidité atmosphérique. Cependant plusieurs chimistes nient l'existence de l'acide lactique, dans lequel ils ne voient que de l'acide acétique, et, en admettant une matière particulière soluble dans l'alcool , Berzelius n'a fait que signaler une lacune de la science. Treviranus (2) soutient que l'osmazome est de l'albumine avec de l'acide lactique , parce que les acides font^passer l'albumine à l'état gélatineux ; mais cette opi- , nion doit être restreinte en ce sens qu'on peut aussi obtenir de l'osmazome avec la fibrine pure et avec le cruor. Il est donc permis de conjecturer que , sous l'influence de la chaleur ou de l'alcool , une partie de la matière animale attire à elle les chlorures et les lactates , à la faveur desquels elle acquiert la propriété de se dissoudre dans l'eau et dans l'alcool. Au reste, Lecanu prétend que la matière extractive du sang diffère de l'osmazome, notamment en ce qu'elle est précipitable parles acides.

(d) Mcckcl, Deutschcs Archiv, t. II, p. 2S4. {%) Biologie, t. IV, p. 552, ,

*><> L'acide lactique s'obtient de la dissolution d'osmazome dont on a précipité la matière animale par le tannin. Il est d'un jaune brun, fait naître une saveur acide dans la bouche, répand à chaud une odeur piquante , ne cristallise pas, s'humecte à l'air, se dissout dans l'eau et l'alcool , ne se volatilise point , et donne des sels particuliers , tant avec les terres et les alcalis , qu'avec les oxides métalliques. On ne le trouve qu'en petite quantité dans le sang ; car, suivant Berzelius, il ne forme, avec la matière animale qui représente l'osmazome par son mélange avec lui , qu'un deux cent cinquantième du sérum. Berzelius admet , il est vrai seulement pour être conséquent avec ses idées sur la nature-excrémentitieile des acides animaux, qu'il ne se forme point dans le sang, mais s'y introduit parla résorption , afin d'être ensuite évacué. Cependant on peut aussi se demander s'il ne se produirait pas dans le sang par l'effet d'une décomposition, comme il prend naissance dans le lait et dans plusieurs substances végétales par celui de la fermentation acide.

3° On ne découvre ordinairement point de graisse libre dans le sang. Deyeux et. Parmentier n'en ont jamais trouvé. De quelque quantité d'eau qu'on étende le sérum et le cruor , ils demeurent toujours clairs, m si l'on prétend qu'un peu de graisse s'imprègne dans le papier à travers lequel on filtre du sang frais (1) , toujours est-il que ce phénomène n'a point lieu dans les cas ordinaires , et que la tache qu'on remarque alors sur le papier n'est pas grasse. On a quelquefois trouvé le sang, ou son sérum, blanchâtre et d'apparence laiteuse. Ce n'est pas toujours de la graisse qui lui. communique alors ces qualités, comme il résulte manifestement des recherches de Hunter ; elles dépendent parfois d'un mélange de chyle , car Prout , entre autres, les a surtout observées dans le sang tiré quelques heures après le repas (2) , ou bien elles sont dues à du lait absorbé , ce dont Anderson a vu un cas chez un homme qui , trois heures après avoir bu beaucoup de lait, fut saigné pour des douleurs qu'il éprouvait à la région épigastriqûe , et

(1) Weber, Anatomie dos Mcnschen, t. I , p. 99.

(2) Meckel,0eu<*c/»e.s Archivé. V, p. 245.

dans le sang duquel l'analyse chimique démontra la présence du lait (1). Mais il y a des cas où l'apparence laiteuse du sang tient réellement à la présence de la graisse. Thackrah (2) s'en est convaincu chez des animaux chargés d'embonpoint , comme aussi chez de jeunes animaux (à la mamelle?) , à la surface du sang desquels se formait quelquefois une pellicule crémeuse. Adams dit avoir trouvé, sur le sang de la veine cave et* des sinus cérébraux d'un homme replet , et mort tout à coup d'empoisonnement , une si grande quantité de graisse qu'on pouvait l'enlever avec une cuiller (3). Hewson n'a rencontré de la graisse dans le sang que chez les personnes qui avaient une mauvaise digestion et qui éprouvaient de fréquens vomissemens (4). Thackrah (5) en a observé chez un épileptique, atteint en outre de pléthore et d'une inflammation du bas-ventre; Stoker (6) chez un diabétique; Marcel (7) , dans la diabète et l'hépatite ; Sewart Traill (8) dans l'inflammation et le delirium treniens ; Christison (9) dans le rhumatisme aigu et l'inflammation. Suivant ce dernier, le sérum avait une pesanteur spécifique moindre que 'de coutume; la graisse s'y élevait de 0,03 à 0,05 ; elle avait une] forte odeur d'huile , conservait l'état solide à vingt-cinq degrés de l'échelle réaumurienne , ne devenait complètement liquide qu'à vingt-huit, et, à trois degrés au dessus de zéro, se séparait en élaïne et en oléine, quand on l'étalait sur du papier gris. Sewart Traill a extrait 0,025 à 0,045 de graisse d'un sérum lactescent , en le faisant évaporer. D'après tous ces faits la graisse n'existe que rarement à l'état de liberté dans le sang , et l'on ne peut douter qu'elle n'y soit parvenue par absorption , chez des sujets dont la plupart étaient frappés de maladie.

(1) Archives générales, t. XXIII, p. 446.

(2) Loc. cit., p. 34.

(3) Bulletin des se. médic., t. XI , p. 248.

(4) Expérimental Inquiries , t. I, p. 441-450.

(5) Loc. cit., p. 420.

(6) Scudamore, Versuch neber das Blut, p. 446.

(7) Hnnefeld , loc. cit., t. II , p. 225.

(8) Archives générales, t. II, p. 294.

(9) Froriep, Notizen, t. XXVII, p. 284.

Home (4) a trouvé de la graisse dans le sang des Raies et des Saumons, et il admettait qu'elle existe également dans celui de l'homme , mais à l'état de combinaison. Cette opinion est assez généralement adoptée , parce qu'en effet on obtient de la graisse lorsqu'on agite du sang avec de l'éther, ou qu'on le fait soit digérer, soit bouillir dans de l'alcool , et qu'après avoir filtré la liqueur, on l'évaporé à siccité , ou on la précipite par l'eau. Mais, quoique Chevreul prétende que ces manipulations ne font rien perdre de leurs qualités primitives aux matériaux immédiats du sang , il ne s'en élève pas moins des doutes contre l'opinion qui suppose l'existence de la graisse toute formée dans le sang. Une substance grasse ou huileuse se produit dans diverses décompositions de matières végétales , comme lorsqu'on traite le gluten par des acides , ou même seulement quand on fait agir des vapeurs aqueuses sur du charbon de bois incandescent. Il s'en forme une aussi pendant la décomposition complète du sang par la putréfaction , de même que par l'action de l'acide sulfurique ou de l'acide nitrique. Pourquoi l'élher et l'alcool ne donneraient-ils pas lieu au même phénomène? L'élher a besoin, pour se charger d'huile, de rester mêlé pendant plusieurs jours avec le sérum, suivant Babington (2) , et l'alcool ne prend de la graisse qu'à la condition du concours de la chaleur. Or un traitement semblable fait obtenir de la graisse non seulement de chacun des trois matériaux immédiats du sang indistinctement , mais encore du cerveau , des nerfs , des muscles , des membranes fibreuses , de l'épiderme , des poils, des ongles et de tous les liquides albumineux , même des substances azotées en général. D'après cela, si cette graisse préexistait, elle ne serait point une substance particulière , mais bien la matière animale générale. De plus, si elle entrait réellement dans le sang, comme principe constituant, sa quantité devrait être jusqu'à un certain point proportionnée à l'état de la nutrition ; mais Denis (3) , qui d'ailleurs voit en elle un véritable élément du sang, n'a jamais remarqué rien de semblable,

(4) Lectures, t. III, p. 27.

(2) Medico-chimnjicul review , t. XXVII, p. 208.

(3) Bftrh. exp6r sur le snnir, p. 296.

malgré le grand nombre de ses recherches , et le sang traité par l'alcool lui a donné, terme moyen, 0,007G de graisse chez les personnes grasses et pléthoriques , tout comme chez les sujets maigres et exsangues. Il fait remarquer (1) que cette graisse exhale encore une odeur d'esprit-de-vin , quoiqu'on ait employé une chaleur forte et soutenue pour en chasser l'alcool, circonstance qui indique une combinaison intime. D'ailleurs , elle diffère d'une manière essentielle , non pas seulement de celle qui existe dans le tissu cellulaire , mais même encore de celle qui, d'après les observations précédentes, se rencontre parfois à l'état de liberté dans le sang; en effet, d'après Chevreul, elle contient de l'azote et du phosphore , ce qui fait qu'en brûlant elle donne de l'ammoniaque et de l'acide phosphorique ; elle cristallise en lames brillantes , elle forme émulsion avec l'eau , et elle n'est point saponifiable par les alcalis , de sorte qu'elle ne peut pas être combinée avec la soude dans le sang. Tout porte donc à penser qu'elle n'est qu'un simple produit de la décomposition. Du reste , indépendamment de la graisse rouge , Denis (2) a encore trouvé des traces d'une autre graisse blanche ; mais Lecanu distingue une matière huileuse, qui se dissout à froid dans l'aloool , et qui laisse à l'incinération un résidu sans acide , outre une graisse solide , qui cristallise en lames blanches , se dissout dans l'alcool bouillant , et donne par la combustion une cendre contenant de l'acide phosphorique.

4° On a admis une série de matières colorantes particulières comme entrant dans la composition du cruor, parce qu'en variant les modes de décomposition , on a obtenu des produits diversement colorés , et ces diverses matières ont reçu des noms spéciaux.

Suivant Yauquelin , on obtient la matière colorante du sang en versant sur le caillot quatre parties d'acide sulfurique , préalablement étendues de huit parties d'eau, chauffant le tout pendant six heures à une température de 56° Réaumur , filtrant la liqueur, et ajoutant de l'ammoniaque ; le précipité

(1) Ibid., p. .85.

(2) Ibid., p. 101, .

qui se produit est purpurin; la dessiccation le rend noir et brillant , et il ne contient pas de fer (1). Mais il est impossible que ce soit là un principe organique ; car nulle substance organique ne pourrait supporter une telle action de la part de l'acide sulfurique et de la chaleur, sans se résoudre en ses élémens, qui donneraient lieu à de nouveaux produits. Du reste, cette matière colorante se distingue suffisamment du cruor par son insolubilité dans l'eau et sa grande solubilité dans les acides et les alcalis , avec lesquels elle donne des liqueurs purpurines.

5° La globidine de Lecanu se prépare eh prenant du sang frais , fouetté et étendu d'eau , y versant du sous-acétate de plomb, pour précipiter l'albumine, filtrant la liqueur, précipitant le plomb par du sulfate de soude , séparant l'acide hydrochlorique par l'alcool et l'amnloniaque , et lavant le résidu avec de l'eau bouillante. Elle est d'un rouge brun , contient du fer, ne se dissout ni dans l'eau ni dans l'alcool , forme avec l'acide hydrochlorique une combinaison soluble dans l'alcool , et donne par les alcalis une dissolution rouge , dans laquelle le chlore , l'acide hydrochlorique, l'acide acétique et l'infusion de noix de galle font naître des précipités (2).

6° Suivant Treviranus , il faut comprendre au nombre des matériaux du sang Y acide hêmatiqtie^ qui s'obtient en faisant rougir du charbon de sang avec de la soude , et traitant ensuite le tout par l'alcool -, la liqueur évaporée donne des cristaux jaunâtres et un liquide rouge-brun, qui tous deux rougissent par l'addition du nitrate de fer. Cependant il est reconnu, surtout par Engelhart (3) , que cet acide est une combinaison d'acide hydrocyanique avec du soufre , ou ce qu'on nomme l'acide hydrosulfocyanique , et qu'il ne doit sa production qu'à la décomposition du sang par la chaleur.

7° Gmelin considère comme le principe colorant du sang la ijliadine, que l'on obtient en faisant bouillir le caillot avec de l'alcool , et liltrant la liqueur, d'où elle se dépose en flocons

(1) Meckel , Deutsches ArcHv /t. III , p. 29S.

(2) Bulletin des se. niédieales , t.' XXII, p. 242,

(3) hoc. cit., p. 28.

gélatiniformes d'un rouge clair. Elle contient beaucoup de fer. Suivant Berzelius , la gliadine est de l'albumine végétale.

8° Uérythrogène est une substance verte , crislallisable , et solubledans l'alcool , que Bizio a trouvée dans un sang dégénéré par la maladie et putride , et qui , d'après lui , produirait la matière colorante rouge du sang en se combinant avec de l'azote (1).

9° Sigwart admet dans le cruor un pigment brun, de saveur particulière , avec un arrière-goût amer, qui se dessèche en une masse résiniforme , s'humecte à l'air, et se dissout complètement dans l'eau. Il en suppose également un jaune dans la sérosité. L'un et l'autre s'obtiennent par la digestion avec l'alcool , et ne sont probablement autre chose que de l'osmazome.

10° La cruorine, que Denis (2) range parmi les principes immédiats du sang , s'obtient en faisant bouillir du cruor ou de l'albumine, mais surtout de la fibrine , dans de l'eau, filtrant la liqueur , l'évaporant jusqu'à siccité , et lavant le résidu avec de l'alcool chaud. C'est une substance incolore, de saveur agr éable , mais cependant un peu styptique , insoluble dans l'alcool , soluble dans l'eau, etprécipitable par le tannin. Comme elle est soluble dans l'eau froide , et que cependant on ne peut l'extraire du sang au moyen de l'eau, ces deux circonstances indiquent bien positivement qu'elle n'existe pas toute formée dans ce liquide.

11° On a encore admis diverses substances indéterminées dans le sang.

Berzelius indique , outre l'osmazome , une matière animale soluble dans l'eau seulement, et non dans l'alcool. Lecanu regarde cette substance comme de l'albumine gélatineuse , c'est-à-dire comme un mélange particulier d'albumine et de soude.

Home (3) admet, dans le sang, un mucus transparent, élastique et soluble dans l'eau , plus une gelée transparente ,

(d) Froriep, Notizen, t. VI, p. 161.

(2) Loc. oft./p. 108.

<3) Loc. cit., t. III , p. 27; t. V, p. 100.

MATÉRIAUX IMMÉDIATS DU SANG. 8l

également soluble dans l'eau, au milieu de laquelle nage, raient les globules formés de fibrine.

Sigwart dit avoir trouvé , après l'extraction des deux matières colorantes indiquées plus haut , que le résidu contenait non seulement une matière soluble dans l'eau et l'alcool , et précipitable par le tannin, mais encore une autre matière animale, qui ne se coagule point par la chaleur, et qui produit seulement , par l'évaporation , des pellicules insolubles dans l'eau et l'alcool.

Il n'est pas douteux qu'en variant le mode d'application de la chaleur, de l'alcool, des alcalis, etc., on ne puisse découvrir d'autres substances encore , qui seraient des variations seulement de celles dont nous venons de parler (l°-8°). La connaissance de ces produits pourra enrichir la chimie animale , pourvu toutefois qu'on s'attache à bien faire connaître la série des transformations dont une même substance est susceptible quand on la soumet à des agens divers , qu'on procède d'une manière comparative , et qu'on embrasse le sujet dans sa totalité , au lieu de ne s'attacher qu'à trouver des substances nouvelles, qu'on isole ensuite les unes des autres , et qu'on présente comme autant de matériaux réels du corps organisé.

12° Tiedemann (1) place la ptyaline parmi les principes immédiats du sang. On en a fait de même à l'égard de l'urée , parce qu'elle a été trouvée dans le sang après l'extirpation des reins. Nul doute que, quand les sécrétions seront dérangées ou la résorption augmentée , ce liquide ne puisse contenir aussi de la matière biliaire , de la spermatine , etc.; mais on n'a point encore présenté d'argument satisfaisant à l'appui d'une opinion rangeant un produit sécrétoire quelconque parmi les principes normaux du sang , et, d'après ce que nous savons de cette humeur, il n'est pas à présumer qu'on arrive jamais à établir sûrement de telles hypothèses.

B. Substances inorganiques qui existent dans le sang.

§ G83. Plusieurs substances inorganiques entrent dans la composition du sang.

n, Traité de physiologie , t. T, p. 337. VI,

1° Veau se place au premier rang. On l'extrait par l'éva poralion à une douce chaleur , et l'on en calcule la quantité d'après la diminution que subit le poids du sang. A la vérité, l'évaluation à laquelle on arrive ainsi n'est point rigoureuse , puisque la vapeur aqueuse entraîne avec elle quelques autres parties du sang (§ 667, 2°) ; mais l'inexactkude qui résulte de là n'est pas assez considérable pour qu'on ne puisse la négliger.

Terme moyen , la proportion de l'eau aux parties solides du sang est d'environ 0,75 10,25. Denis (4) a trouvé pour maximum d'eau 0,86 , et pour minimum 0,70 , de sorte qu'il porte le terme moyen à 0,78. Thackrah l'évalue à 0,75 , Whiting et Lecanu à 0,78 , Bostock à 0,88 , Berzelius à 0,90 ; les anciennes évaluations , qu'on trouve réunies dans Haller (2) , varient de 0,63 à 0,93. D'après les recherches de Berthold , le sang de la Grenouille contient 0,90 d'eau , celui de la Carpe 0,85 , celui de la Chèvre 0,83 , celui du Pigeon et du Mouton 0,82 , celui du Veau et de la Poule 0,80 , celui du Bœuf 0,79 , celui du Chien, du Chat et du Cochon 0,75 , celui de l'homme 0,73 à 0,76.

Le sérum contient à peu près les neuf dixièmes d'eau , de sorte que ce liquide y est , par rapport à l'albumine et aux sels, dans la proportion de 0,9 à 0,1. L'eau du sérum s'élève à 0,678 selon Read Clanny , 0,888 d'après Bostock , 0,875- 0,905 suivant Berzelius , 0,900 d'après Marcet , 0,907 selon Davy. Prévost et Dumas ont examiné le sérum de plusieurs animaux sous ce point de vue , mais sans arriver à aucun résultat spécial ; le sérum du Lièvre était celui qui contenait le moins d'eau (0,890) ; venaient ensuite ceux de l'homme , du Cochon d'Inde et de l'Anguille , puis du Veau , du Cheval, du Canard , de la Tortue , etc., jusqu'au Pigeon, dont le sérum était le plus riche en eau (0,944). Cependant il ressort de là que la proportion de l'eau aux parties solides du sérum est , à très-peu de chose près , la même chez les divers animaux vertébrés.

(d) Loc. cit., p. 265.

(2) Elem. physioloy., t. II, p. 98. •

MATÉRIAUX IMMÉDIATS DU SANfî. 83

On trouve dans le caillot , terme moyen , 0,730 d'eau et 0,270 de parties solides. '

Les matériaux coagulés du sang retiennent de l'eau, le cruor moins que les deux autres (0,54), la fibrine davantage (0,05), et l'albumine plus encore (0,85 à 0,90).

2° Le sang frais et encore chaud, mis sous le récipient de la machine pneumatique , dégage de Y air, répand des vapeurs , et devient écumeux. Il faut que cet air ait été contenu en lui ; car, bien que le sang absorbe l'air atmosphérique avec beaucoup d'avjdité, après sa sortie des vaisseaux, il ne se couvre pas moins d'écume lorsqu'on le porte sous le récipient immédiatement après l'avoir tiré. Il bout aussi à gros bouillons sur le feu. Rosa croit que cet air est mêlé , à l'état de gaz , avec le sang. Suivant Ackermann , il y existerait à celui de demi-gaz. L'une et l'autre hypothèses manquent de preuves. Nous n'avons rien qui nous autorise à concevoir l'air autrement que combiné dans le sang , et par conséquent sous forme liquide. Mais il est très-naturel que des circonstances mécaniques et chimiques le déterminent à s'échapper sous celle de gaz. Presque tous les sangs qu'on examine au microscope contiennent des bulles d'air (§ G65) , dont il se dégage beaucoup pendant la coagulation (§ 669, 1°). La quantité d'air que le sang laisse échapper paraît être très-variable et dépendre en partie de circonstances accidentelles : Haies l'estimait à un trente-troisième du sang (1). Quant à la nature de cet air, Parmentier et Deyeux le regardaient comme de l'air atmosphérique, tout en avouant que leurs nombreuses expériences n'avaient pas toujours donné le même résultat à cet égard. Krimer (2) dit avoir trouvé;, dans quatre expériences 0 .18 à 0,26 d'acide carbonique, 0,17 à 0,52 d'oxygène et 0,56 à 0,62 d'azote. Ackermann (3) le considérait comme de l'oxygène. La plupart des observateurs ont constaté que le sang frais donne de l'acide carbonique sous le récipient de la machine pneumatique. Brande dit en avoir retiré deux pouces

(1) Jlaller, Elcm. physiol., t. II, p. 121.

(2) Versuch eincr Physiologie des Blutes , p. 181 , 184.

(3) De combustionis lentie phtcnomcnis , (juœ vitam orycmicam coitsti~ tuunt , p. 7.

cubes d'une once de sang (1), quantité qui paraît être trop forte. D'après Scudamore (2) , la plus grande proportion est d'un demi-pouce cube pour six onces de sang. Cependant, suivant Read Clanny, elle s'élève à 0,06 du sang à l'état de santé (3). Humphry Davy a obtenu de douze onces de sang 1,8 pouce cube de gaz, consistant en 1,-1 pouce cube d'acide carbonique et 0,7 d'oxygène. Jean Davy nie , au contraire, que du gaz acide carbonique se dégage hors du cas de putréfaction ; car il refuse cet acide au sang frais, prétend qu'il l'absorbe, et assure qu'il ne le laisse point échapper à la température de soixante-quinze degrés (4). Cependant il se dégage du gaz acide carbonique quand on ajoute de l'acide phosphorique étendu ou de l'acide acétique au sang (5).

3° Outre cet acide et l'acide lactique , dont il a été parlé précédemment (§ 682 , 2°) , on trouve encore de l'acide hy— drochlorique et de l'acide phosphorique quand on décompose le sang; celui-ci principalement combiné avec du fer et de la chaux, dans la cendre du cruor et de la fibrine , celui-là surtout, uni à la soude, dans l'extrait alcoolique de l'albumine. Lorsqu'on rencontre de l'acide sulfurique , il paraît n'être qu'un produit de décomposition , et devoir naissance à l'oxygénation du soufre.

4° Le sang contient de la soude pure , de sorte qu'il verdit le sirop de violettes ; l'action sur les couleurs végétales se prononce plus encore dans le sérum. La soude est unie avec l'albumine , et d'une manière si intime . qu'il est difficile de l'en séparer, qu'on n'y parvient que par de fréquens lavages. Lorsque l'albumine coagulée commence à se décomposer peu à peu , la soude s'eflleurit. Du reste, suivant Denis (6) , elle s'élève de 0,001 à 0,002 du sang.

5° Du carbonate de chaux se trouve dans la cendre du sang et de chacun de ses principes immédiats; ou peut l'en ex-

(4) Home, Lectures, t. III, p. 8.

(2) Versucli ueber das Blvt , p. 89.

(3) Archives générales de médecine , t. XVIII, p. 290.

(4) Heusinger, Zeitschrift fuer die onjanische Physik, t. II, p. 394.

(5) Hunefeld, Physioloyischc Cehmie , 1. 1, p. 242,

(6) Loc. cit., p. 274.

traire par les acides , d'où on le précipite par les alcalis. On le découvre aussi , à l'aide des réactifs, dans une dissolution aqueuse de laquelle on a précipité les substances animales par le moyen du chlore gazeux. Suivant Denis, sa quantité égale à peu près celle de la soude.

6° Les sels forment, suivant lui, 0,0086, et selon Stevens, 0,013dusang. Ils se composent de chlorure de sodium ( 0,0042 du sang , d'après Davy) , de chlorure de potassium (0,0036) , et de phosphate calcaire (0,0008), avec des traces de phosphate de magnésie. Selon d'autres, Berzelius surtout , on y trouve aussi du phosphate de soude. Ces sels s'obtiennent tant en lessivant la cendre et faisant cristalliser la liqueur, qu'en ayant recours aux acides convenables , qu'on précipite ensuite par l'ammoniaque.

"7° Parmi les substances combustibles , on distingue le soufre, combiné avec de l'hydrogène , qui annonce sa présence tant par la propriété qu'il a de noircir l'argent exposé aux vapeurs du sérum bouillant , que parce qu'il se dégage du gaz hydrogène sulfuré pendant la putréfaction ou la distillation de l'albumine et du cruor. Le phosphore, combiné avec du gaz hydrogène , se manifeste également pendant la distillation du sang.

8° On reconnaît la présence du fer dans le cruor brûlé : son charbon est attiré par l'aimant, et la cendre donne avec l'acide hydrochlorique une dissolution rouge , de laquelle du fer est précipité par l'ammoniaque , l'hydrosulfate d'ammoniaque , l'hydrocyanate de potasse , et aussi , quand la dissolution a été saturée au moyen de l'ammoniaque , par l'infusion de noix de galle. Le seul cas où l'on ne trouve pas de fer dans la cendre est celui où l'on a ajouté de l'acide hydrochlorique au sang, parce que le chlorure de fer qui se produit alors se volatilise , comme l'a éprouvé Rhades (4) , qui, en distillant avec de l'hydrochlorate d'ammoniaque le résidu de la combustion du caillot, obtint du chlorure de fer et d'ammoniaque. Imhof prétendait aussi avoir attiré du fer avec l'aimant, en faisant agir celui-ci sur le caillot non brûlé, mais desséché

(1) DU*, de fcno mnijuinis humani, p. 14.

et réduit en poudre; mais il est vraisemblable qu'une carbonisation partielle avait eu lieu , car l'expérience générale a enseigné que le sang desséché avec circonspection n'est point affecté par l'aimant (1). Comme on ne peut non plus démontrer la présence du fer dans le cruor liquide à l'aide d'aucun réactif , elle a été totalement révoquée en doute par Wells. Mais Engelhart (2) a découvert que, quand on a fait passer un courant de chlore gazeux à travers une dissolution aqueuse de cruor, de manière à précipiter toute la matière animale , le fer (à l'état de chlorure ) peut être démontré dans la liqueur à l'aide de tous les réactifs , et obtenu en même quantité que de la cendre. Il se précipite également lorsqu'on ajoute de l'acide nitrique à une dissolution de cruor dans de l'hydrocyanale de potasse ou dans de l'hydrosulfate d'ammoniaque (3) , comme aussi , selon Prévost et Dumas, quand on commence par décomposer la matière animale du cruor par l'ébullition avec de l'acide nitrique, et qu'après avoir filtré la liqueur on y ajoute de l'hydrocyanate de potasse ou d'ammoniaque (4).

Quant à ce qui concerne les quantités proportionnelles , Rhades a trouvé dans la cendre du cruor 0,517 de sels solubles dans l'eau et o/i83 de fer ; Berzelius a obtenu de cette même cendre 0,500 d'oxyde de fer et 0,075 de sous-phosphate de fer, en tout, par conséquent, 0,54G d'oxyde de fer, ce qui équivaut à 0,379 de fer métallique. Engelhart a trouvé (5) qu'il y avait 0,05 de fer dans le cruor sec. La quantité du fer, dans le sang entier, est, terme moyen, d'un millième. Rhades l'a trouvée , dans un cas , de 0,0019 , et dans un autre de^0,0023. Les nombreuses recherches que Denis a faites (6) , lui ont procuré un minimum de 0,0003 et un maximum de 0,0020.

(1) Hunefeld, Physioloyischc Chemic , t. I, p. 49.

(2) Loc. cit., p. 50.'

(3) lbid., p. .25.

(4) Loc. cit., t. ÏI , p. 60.

(5) Loc. cit., p. 51.

(6) Loc. cit., p. 272.

Wurzer dit avoir trouvé , dans le charbon du sang humain, outre 0,054 d'oxyde de fer, 0,017 d'oxyde de manganèse (1).

§ 6S4. Denis a donné un aperçu des quantités proportionnelles des principes constituans du sang entier, et , quoique son évaluation ait besoin encore d'être rectifiée sous plus d'un rapport, on peut cependant s'en servir pour le moment. Denis admet (2) quinze matériaux immédiats , dans les proportions suivantes, sur dix mille parties de sang :

En classant ces substances, on obtient les proportions suivantes.

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