III. Reptiles écailleux
Dans tous les Reptiles nus , le cœur n'est qu'un ventricule muni d'une oreillette. Chez tous ceux qui ont le corps couvert d'écaillés, le ventricule est simple ; mais il a deux oreillettes, l'une à droite, pour recevoir le sang des veines du corps, l'autre à gauche , pour le sang des veines pulmonaires; le ventricule présente lui-même dans son intérieur des divisions incomplètes , savoir, chez les Chéloniens et les Crocodiles trois, et chez les Ophidiens deux cavités communiquant ensemble , d'où les artères pulmonaires et les artères du corps tirent leur origine.
6° Chez les Saurions proprement dits, les artères du corps
(-1) Annales du Muséum , t. XIV.
et les artères pulmonaires sont encore unies par un tronc artérieux. Ces animaux, que je sépare des Crocodiles, se rapprochent donc des Reptiles nus à l'égard de leur système vasculaire. Chez eux , le tronc artérieux donne de chaque côté deux arcs aortiques et une artère pulmonaire. Les deux internes des quatre arcs aorliques fournissent les carotides. Les deux arcs de chaque côté forment en arrière un tronc descendant, qui, avec celui du côlé opposé, produit l'aorte abdominale. Les deux troncs radicaux postérieurs de celte dernière donnent les vaisseaux des extrémités antérieures. Le commencement des deux artères pulmonaires paraît êlre simple dans une étendue très-peu considérable. Cette description a été tracée d'après une injection faite sur le Lacerta ocellata. Les Iguanes , au contraire , semblent se rapprocher des Crocodiles par la distribution de leurs vaisseaux. Dans les Orvets , qui , d'après mes recherches anatom-iques , appartiennent, avec les Pseudopes , les Bipèdes, les Ophisaures et les Acontias, à l'ordre des Sauriens et non à celui des Ophidiens , et constituent une famille que je désigne sous le nom de Lacertœ anguinœ , le tronc artérieux se partage en artères pulmonaires et en quatre arcs aortiques , absolument comme chez les Sauriens , à l'exception toutefois que les vaisseaux des extrémités manquent, puisqu'il n'y a point de membres. L'hyoïde des Sauriens ùussi présente encore plusieurs cornes arquées, qui rappellent les arcs branchiaux ; mais ces arcs sont déjà fort éloignés des arcs de l'aorte.
7° Dans les Crocodiles , il n'y a , suivant Cuvier, que deux arcs aortiques , et un tronc de l'artère pulmonaire , qui sont unis en une seule masse clans une étendue peu considérable. L'arc aorlique droit donne les deux artères innommées ; le gauche se distribue presque en entier dans les viscères abdominaux , mais s'anastomose par une branche avec l'aorte droite : celle-ci se continue comme tronc principal (*).
8° Dans les Chéloniens , il sort du ventricule le tronc des artères pulmonaires et celui des artères du corps , qui se
(*) Consultez un mémoire de Bischoff, sur le cœur du Crocodile, daus Muller, Archiv fucr Anatomie, 1836, p. 1, pl. I, fig. 1-4.
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divise sur-le-champ en deux arcs aortiques et en deux artères innominées; l'arc gauche donne les artères viscérales, et se réunit avec celui du côté droit pour produire l'aorte abdominale. Les artères pulmonaires et les arcs aortiques communiquent ensemble par d'étroits conduits artériels.
9° Dans les Ophidiens , enfin , il y a , d'après les recherches de Cuvier et de Schlemm , ainsi que d'après les miennes , outre le tronc des artères pulmonaires , un arc aortique droit et un autre gauche , dont le premier fournit les artères des parties antérieures du corps.
IV. Chez les Oiseaux , il y a , pendant la vie embryonnaire , d'abord trois arcs aortiques au moins de chaque côté , dont les supérieurs fournissent de chaque côté l'artère innominée , tandis que les inférieurs donnent l'artère pulmonaire. Durant la plus grande partie de la vie fœtale persistent et les arcs qui fournissent les artères pulmonaires, et ce qui doit être plus tard l'arc aortique; par conséquent à droite deux arcs aortiques, et à gauche un seul , jusqu'à ce qu'après l'éclosion les conduits artériels s'établissent , et il reste l'arc aortique simple , avec les artères innominées , devenues indépendantes , qui sortent d'un tronc commun.
V. Chez les Mammifères , il existe aussi , pendant les premiers temps de la vie fœtale , plusieurs arcs aortiques de chaque côté , qui se réunissent pour produire l'aorte descendante. Deux seulement de ces arcs persistent pendant la plus grande partie de la vie embryonnaire ; l'un qui vient du ventricule droit et donne l'artère pulmonaire , l'autre qui émane du ventricule gauche et fournit les vaisseaux des parties supérieures du corps. De ces deux arcs , qui se réunissent en aorie descendante , il ne reste plus après la naissance que la crosse de l'aorte ou l'arc aortique du ventricule gauche, attendu que le canal artériel, qui fait communiquer ensemble l'artère pulmonaire et l'aorte , devient ligamenteux , et que l'artère pulmonaire s'élève à l'indépendance. L'homme ressemble en cela aux Mammifères.
De cet exposé , il résulte indubitablement que la métamorphose du syslème vasculaire repose, chez tous les animaux vertébrés , sur un type primordial très-simple et partout le même;
il y a , chez ces animaux, soit pendant toute leur vie, soit d'abord pendant la vie embryonnaire, un troncartérieux, qui mène à l'aorte abdominale par des arcs aorliques ; l'état du système vasculaire chez les individus adultes des vertébrés supérieurs, tient à une réduction plus ou moins grande de ces arcs , qui , au contraire , chez les vertébrés respirant par des branchies , se développent, soit en entier, comme chez les Poissons, soit seulement en partie, comme chez les Reptiles, en artères et en veines branchiales , avec le système capillaire des branchies. ;
Chez l'homme , les Mammifères et les Oiseaux , les deux cœurs sont tout-à-fait indépendans après la naissance. L'oreillette droite reçoit le sang des veines du corps , et le fait passer au ventricule droit ou pulmonaire , qui le chasse dans le système capillaire des poumons , d'où il revient dans l'oreillette gauche. Le ventricule gauche le reçoit de cette oreillette, et le pousse dans le système capillaire du corps, d'où il revient , par les veines du corps , dans le cœur droit. Le système capillaire des poumons ou de la petite circulation est indépendant de celui du corps ou de la grande circulation; tout le sang devient vermeil dans le premier, et noir dans le second. Nulle goutte de ce liquide n'arrive dans la grande circulation avant d'avoir passé par la petite , ce qui explique surtout l'excitation fébrile qu'on observe dans toutes les maladies où les vaisseaux capillaires des poumons sont détruits ou bouchés , de sorte que la carrière du sang se trouve raccourcie. Comme les vaisseaux capillaires du corps forment un réseau continu, qui reçoit du sang d'une innombrable quantité d'artères , tous les organes auxquels ce liquide arrive de la grande circulation sont en conflit les uns avec les autres par les réseaux capillaires, et une artère peut fréquemment en suppléer une autre. Le système capillaire de la petite circulation se trouve seul exclus de là; cependant il n'y a point isolation complète entre lui et celui de la grande circulation ; car la grande circulation entre dans la petite par le moyen des artères bronchiques , qui s'anastomosent avec des branches des artères pulmonaires , circonstance qui doit surtout contribuer à ce que la circulation puisse se maintenir long-temps
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eacore", alors même que les poumons ont subi une grande perte de substance et que l'artère pulmonaire s'est fortement rélrécie.
§ 697. De môme que la petite circulation des Reptiles pourvus de branchies débute par n'êire qu'un simple appen- dice des artères, et retourne aux artères, de même aussi la circulation de la veine porte n'est qu'un appendice des veines, un détour qu'une partie du sang veineux fait avant de se réunir au reste de ce dernier. Cette circulation de la veine porte ressemble encore davantage à la circulation branchiale des Moules, parmi les Mollusques acéphales, animaux chez lesquels une partie du sang des veines du corps revient immédiatement au cœur, tandis qu'une autre fait un détour pour traverser le système capillaire des branchies.
Il y a, chez les animaux vertébrés, deux systèmes de veines portes, celui du foie et celui des reins. L'homme, les Mammifères et les Oiseaux n'ont que le premier.