EFFETS DES 5I0UYEMENS DU COEUR
a. Effets sur le sang.
§ 708. En effet , la question se présente ici de savoir jusqu'à quel point la systole du cœur agit sur le sang.
I. Nous avons d'abord à rechercher si cette systole chasse tout le sang , ou s'il en reste une certaine quantité, soit parce que le ventricule ne se contracterait point avec assez de force, soit parce que les enfoncemens qui existent entre les faisceaux musculaires de la surface interne retiendraient un peu de liquide. Ces enfoncemens diminuent de capacité ou même s'effacent dans une systole vigoureuse , de sorte qu'ils ne retiennent point de sang nécessairement et dans toutes les circonstances. Mais tout dépend ici du plus ou moins d'énergie de la force musculaire. Or, comme celle-ci n'est hÇmême ni » chez tous les individus, ni dans tous les temps, on ne peut rien établir de général à cet égard. Sœmmerring (1) fait remarquer que , chez les hommes en santé qui périssent de mort subite , on trouve le cœur entièrement vide , tandis que , dans les cadavres des individus débiles, hydropiques, etc., il est flasque et rempli de sang. Fontana prétend que le cœur des animaux à sang chaud ne se vide pas d'une manière complète, parce que quand, après avoir lié les veines pulmonaires et fait la section de l'aorte , il irritait le ventricule gauche , afin de le déterminer à exécuter des contractions répétées , un peu de sang restait à sa pointe. Mais les phénomènes ainsi observés dans des circonstances contraires à l'ordre naturel des choses ne doivent être appliqués qu'avec réserve à l'état de santé. Suivant Blumenbach (2), le cœur des Reptiles se vide complètement et jusqu'aux dernières gouttes ; mais Spallanzani (3) assure qu'il reste un peu de sang dans celui
(1) Gefœssîehre , p. 55.
(2) Kleine Schriften , p. 76.
(3) Expér. sur la circulation , p. 136.
MOUVEMËNS DU COEUR. 2^
des Salamandres , et que l'évacuation complète n'a lieu que chez certains individus(l). D'après tous ces faits, l'évacuation complète du ventricule gauche paraît être un phénomène trèsvariable et nullement essentiel. Quant au ventricule droit, sa force musculaire moindre et les enfoncemens plus nombreux de sa surface interne semblent le prédisposer d'une manière spéciale à ne point se vider entièrement , et l'on trouve presque toujours du sang dans son intérieur; cependant cette dernière particularité peut tenir à ce que , la plupart du temps , la circulation s'arrête d'abord dans les artères pulmonaires , tandis que l'oreillette droite continue encore de recevoir du sang ; il est possible aussi que la réticulation plus prononcée de la face interne du ventricule droit ait pour but de mêler le sang (§ 746). D'ailleurs, comme on trouve quelquefois ce ventricule entièrement vide , son évacuation incomplète ne peut être employée d'une manière certaine pour expliquer le phénomène dont il a été parlé plus haut ( § 707 , 7°).
II. Si nous jugeons d'après des phénomènes analogues dé la périodicité (§ 593), on peut très-bien admettre un reflux partiel du sang.
1° Le mécanisme des oreillettes rend ce reflux tellement possible, qu'on est fondé à le considérer comme presque inévitable. En effet , les orifices des veines caves et des veines pulmonaires ne sont point clos par des valvules , surtout chez l'homme (§ 707, 1°). La contraction de l'oreillette doit bien chasser la plus grande partie du sang dans le ventricule encore dilaté et non entièrement plein ; mais la dernière ondée de ce liquide , celle qui se rapproche le plus du tronc veineux , ne pouvant pas suivre le courant pendant la systole , dont la rapidité égale celle de l'éclair, elle doit refluer dans la veine , où elle ne rencontre d'autre résistance que celle dù courant veineux. Le reflux doit pouvoir s'opérer d'autant plus facilement que cette résistance est plus faible , et celle , au contraire, que rencontre l'écoulement par les artères, plus5 considérable. Ici nous voyons bien clairement la différence qui existe entre le cœur droit et le coeur gauche ; le premier
(1) Jbii., p. 239.
■2^8 MOUVEMENS DU COEL'Ii.
conduit le sang d'un irès-vasie espace (le système des veines caves) dans un autre resserré ( l'artère pulmonaire) , où les vaisseaux capillaires ne lardent pas à lui opposer une grande résistance , tandis cpie le liquide refluant trouve aisément place dans les veines caves ; le cœur gauche , au contraire , fait passer le sang de l'espace étroit des veines pulmonaires dans l'ample domaine du système aortique , dont les larges troncs et ramifications peuvent le recevoir avant qu'il rencontre la résistance des capillaires. Il faut encore ajouter une particularité de la structure du cœur; lorsque l'oreillette gauche est fortement remplie , par exemple dans l'expiration , sa paroi se presse contre l'oreillette droite , à la face interne de laquelle elle produit, entre l'orifice du ventricule pulmonaire et celui de la veine cave supérieure , une saillie (tuberculum de Lower, insula de Cotugno) qui gêne le passage de la partie supérieure de l'oreillette dans l'embouchure du ventricule , et favorise le reflux du sang dans la veine cave supérieure.
Si donc nous concluons , de la disposition mécanique des parties , que l'oreillette droite surtout rejette une partie de son sang dans les troncs veineux , cette conclusion paraît être justifiée par la remarque que l'oreillette gauche, dans laquelle le même phénomène ne peut point avoir lieu aussi facilement , est un peu plus spacieuse. Mais elle l'est également par l'observation directe . On voit, comme le dit entre autres Spallanzani (1), une partie du sang refluer dans les veines caves. La portion qui rétrograde ainsi est peu considérable , à la vérité , dans l'état de santé ; mais quand la résistance augmente du côté artériel , le sang reflue en telle quantité et avec tant de violence , que les troncs et même en partie les branches des veines caves éprouvent une pulsation correspondante à la systole de l'oreillette. Ce pouls veineux passif (2) , qui peut dépendre , par exemple , d'une hypertrophie du ventricule droit compliquée de rétrécissement (*), s'étend jusqu'à la
(1) Loc. cit., p. 199.
(2) Laennec , De l'auscultation médiate, t. III, p. 184, 185.
(*) Consultez , sur les baltemens du cœur dans l'état anormal , Bouillaud , Traité clinique des raalad. du cœur, t. I, p. 139.
veine jugulaire interne, vers la région inférieure du cou, et jusqu'au commencement des veines sous-clavières, comme on le voit fréquemment chez l'homme ; il s'étend aussi au tronc de la veine cave inférieure et à quelques unes de ses branches , comme on peut parfois s'en convaincre sur l'homme par le toucher, et sur les animaux pendant les vivisections. Dans ce dernier cas , un reflux qui s'étend jusqu'aux plus prochaines valvules s'aperçoit fréquemment avant la mort et quand les contractions du cœur s'exécutent d'une manière irrégulière , et il est souvent porté au point que l'oreillette chasse à plusieurs reprises le sang dans les veines caves, avant de le faire passer dans le ventricule (§ 707, 4°).
2° Au commencement de la systole des ventricules , il y a encore, en dedans du cercle des valvules cardiaques, du sang que le mouvement dirigé de la pointe vers la base doit rejeter dans l'oreillette , mais qui peut aussi parvenir jusque dans les veines. Or le pouls passif de la veine jugulaire est infiniment plus fréquent dans le cas d'obstacle à ce que le ventricule droit se vide , que dans celui d'obstacle à l'évacuation de l'oreillette droite ; il suffit même d'un effort violent ou d'une suspension de la respiration qui trouble la circulation dans les poumons , pour déterminer la veine jugulaire à battre (1). Ce qui contribue encore à rendre le reflux plus possible dans le ventricule droit , c'est que , suivant la remarque de Legallois (2) , l'entrée de ce ventricule est plus grande que celle du ventricule aortique , et moins exacte- : ment close par la valvule. Il est donc vraisemblable que ce reflux a lieu aussi dans l'état normal, quoiqu'à un degré iplus faible , et que c'est lui qui compense la différence de caipacité entre le ventricule droit et le ventricule gauche.
3° Le sang qui coule des ventricules dans les artères fait i effort comme un coin pour passer entre les valvules artérielles, i et les repousse dans les artères , contre les parois desquelles iil les applique. Comme ces valvules ont leur bord libre garni d'une bandelette cartilagineuse , elles reviennent sur elles-
(1) Haller, Opéra minora, 1. 1, p 223.
(2) Œuvres , t. I , p. 336.
MOUVEMETîS DU COKUR.
mêmes, on vertu de leur élasticité , dès que la pression du sang qui sort du cœur vient à cesser : si donc le sang contenu dans l'artère reflue vers le cœur, il trouve l'orifice bouché, et contribue même à le clore mieux encore , parce qu'il s'engage dans les valvules et les tend davantage. Ainsi , dans l'état normal , il n'y a point possibilité que le sang reflue des artères dans les ventricules ; les valvules établissent une limite infranchissable entre le cœur et ces vaisseaux. , tandis que- le sang forme un courant continu depuis les veines jusqu'aux ventricules. A la vérité , Fontana prétend que la distension des valvules artérielles est l'effet seulement du sang qui reflue, et qu'en s'étalant ces replis refoulent une certaine quantité de liquide vers le cœur, parce qu'ils coupent en deux la colonne engagée dans l'orifice ; mais si les ventricules se sont complètement vidés par leur systole , le sang a été incontestablement chassé au-delà des valvules artérielles , et celles-ci se ferment d'elles-mêmes ; car on les trouve closes après la mort quand le cœur est vide en totalité , et elles le sont aussi lorsqu'on a injecté les artères par les ventricules (1).
III. La quantité de sang qui sort du cœur à chaque systole ne peut être appréciée par l'observation directe que dans les vivisections , hors desquelles il n'y a d'autre moyen d'en juger que d'après la capacité des ventricules. Mais comme celle capacité n'est point parfaitement la même chez tous les individus, comme l'énergie de la systole et le degré auquel le cœur se vide varient beaucoup , comme aussi la quantité de sang qui reflue dans l'oreillette et les veines est plus ou moins considérable en raison du plus ou moins de liberté de la circulation , on ne peut arriver qu'à une évaluation approximative. Suivant Haies , le cœur du Cheval chasse six onces de sang dans l'aorte. Chez l'homme, le ventricule aortique reçoit, terme moyen , au-delà d'une once et demie de sang , et comme il reflue moins , on peut admettre qu'il lance une once et demie do ce liquide dans l'aorte. La capacité du ventricule droit dépasse deux onces, et s'il en reflue plus d'une demi-once de sang dans l'oreillette , le ventricule envoie une once et
(d) Buvdach, Berichto von der anatomischen Anstalt , t. III, p. 2C.
MOUVEMENS DU COEUR. a5l
demie de liquide dans l'artère pulmonaire , de Sorte qu'il y a égalité sous ce rapport entre les deux moitiés du cœur.
b. Effets des mouvenens du cœur sur ses parois.
| § 709. Il nous reste encore à expliquer deux phénomènes , dont il est aussi facile de constater l'existence par l'observation que difficile d'apprécier les rapports de causalité ; ce sont le choc du cœur contre les parois de la poitrine (§ 706, 1°) et le double bruit qu'on entend pendant les mouvemens de cet organe (§ 706 ,2°).
I. Jusqu'à nos jours, le choc du cœur contre la poitrine a été attribué à la systole des ventricules , et diversement expliqué (l°-4°).
1° L'hypothèse la plus simple consistait à admettre que les ventricules s'allongent pour venir heurter la paroi thoracique, qui en est distante d'un pouce environ. Mais il est prouvé ( § 706 , 3° ) que les ventricules se raccourcissent , que par conséquent ils s'éloignent de la paroi thoracique.
2° Senac (1) , ïïunter et autres pensaient qu'en venant à se remplir soudainement , la crosse de l'aorte tend à se redresser en vertu de la résistance qu'éprouve le sang , et que , comme elle ne peut point se porter en arrière, élle se dirige en avant et y pousse le cœur. Mais d'abord , et cette remarque a déjà été faite par Carson (2) , il est inexact de dire qu'un tube courbe et flexible se redresse quand on injecte un liquide dans son intérieur. En second lieu , il est prouvé (§ 710, 1°) que , pendant la systole du cœur, l'aorte ne se trouve pas poussée vers cet organe , mais qu'elle s'en écarte, et qu'elle se porte en avant dans le sens du courant. Enfin , l'aorte de beaucoup d'animaux n'a point de crosse , et cependant on sent très-distinctement les batlemens du cœur chez eux.
3° Haller (3) , qui avait vu la pointe du cœur s'infléchir un peu pendant le raccourcissement de l'organe dans la clia-
(1) hoc. cit., t. Il, p. 49.
(2) An inquiry into the causes of tho motion of {ho blood , p. 1SG.
(3) Opéra minora, t. I, p. 56.
stole , admettait (1) qu'elle vient frapper les côtes en se rapprochant de la base et se recourbant , opinion qu'adoptèrent la plupart des physiologistes , entre autres Sœmmerring (2) et Treviranus (3). Mais je n'ai jamais vu cette inflexion de la pointe du cœur portée assez loin pour qu'on puisse lui attribuer un tel effet. Du reste, l'hypothèse de Haller supposerait, entre la situation du cœur et les côtes, un rapport qui n'existe pas , car la rencontre de ces dernières par la pointe recourbée de l'organe serait absolument impossible chez la plupart des Mammifères , qui ont le cœur perpendiculaire , la base tournée vers la colonne vertébrale et la pointe vers le sternum.
4° Senac. (4) et Garson (5) ont admis enfin que la pointe du cœur se reporte bien en arrière et s'écarte ainsi de la paroi thoracique pendant la systole des ventricules , mais qu'en se remplissant les oreillettes , notamment la gauche , qui touche à la colonne vertébrale , la ramènent en avant et la poussent vers les côtes. Mais la réplélion des oreillettes n'est pas tellement subite qu'il dût s'ensuivre que le cœur battît contre la poitrine , et ce battement cesse tout à coup , le cœur se retire manifestement en arrière, pendant que la réplétion qu'on prétend être ainsi la cause de sa projection , non seulement persiste , mais même augmente encore. Cependant cette^hypothèse , en elle-même insoutenable , conduit à une opinion que nous suggère d'ailleurs déjà l'insuffisance de toutes celles dans lesquelles on attribue le battement du cœur à la systole des ventricules.
5° Cette autre opinion a été émise naguère par Corrigan et Stockes , qui pensent que , pendant la systole des oreillettes , les ventricules , gorgés de sang et portés au plus haut degré de la diastole, s'allongent , se portent en avant et viennent heurter les côtes , dont ils s'éloignent par leur systole subite. Voulant observer immédiatement le choc du cœur contre les parois de la poitrine , j'ai pratiqué plusieurs vivisections , no-
(1) Ibid., p. 226.
(2) Gefœsslehre , p. 56.
(3) Biologie , t. IV, p. 253.
(4) Loc.cit., t. II, p. 50.
(5) Loc. cit., p. 487.
MOUVEMENS DU COEUll. â53
tamment sur des Lapins et des Chevaux ; mais les mouvemens désordonnés qui ont lieu dans ces sortes d'expériences, et qui l'ont si rapidement place au repos de la mort qu'ils exigent la plus grande précipitation de la part de l'observateur , ne m'ont point permis d'atteindre complètement au but, et la respiration artificielle entretenue chez les Lapins après la cessation de la vie, déterminait des battemens du cœur trop faibles pour que l'organe pût atteindre jusqu'à la paroi thoracique. Cependant je me suis convaincu que la pointe se porte réellement en avant pendant la systole des oreillettes, et qu'elle se retire en arrière pendant celle des ventricules. Stokes a remarqué aussi , chez des Lapins , en posant le doigt sur la pointe du cœur , qu'elle se portait en arrière à chaque systole des ventricules et en avant à chacune de leurs diastoles ; chez une Chèvre , ce mouvement avait deux à trois lignes d'étendue (û).
Un autre motif d'admettre cette opinion tient à ce que le battement des artères ne s'effectue pas au même moment que celui du cœur, mais un instant après. Il n'est point très-facile d'arriver à la certitude sous ce^rapport; car, d'un côté, la systole du ventricule suit de si près celle de l'oreillette, qu'on ne peut pas toujours la distinguer, même sur le cœur mis à découvert (§707, 3°), comme aussi la rétraction du cœur s'opère si promptement , après le choc contre la poitrine , que le mouvement entier semble n'être qu'une simple convulsion ; d'un autre côté, il faut un certain effort pour bien observer deux objets à la fois avec un même sens , puisque ordinairement l'attention se fixe de préférence sur l'un d'eux. On peut faire des observations sur soi-même , en posant la main droite sur la région du cœur , et la gauche sur la carotide ou sur l'artère radiale de la main droite , et ce mode a de l'avantage , en ce qu'il permet de choisir un moment où les battemens du cœur sont moins fréquens , et d'observer long-temps avec tout le calme nécessaire. L'expérience paraît être plus facile encore sur des Chevaux , parce que les battemens du cœur sont moins fréquens chez les animaux; on les observe
(4) Froriep , Notizen, t. XXIX , p. 450.
en appliquant la main sur la région cardiaque , tandis qu'un autre examine une artère , par exemple la maxillaire , et indique avec précision chaque pulsation par un son ou par un mouvement visible. J'ai mis ces deux méthodes en pratique ; de même qu'à Corrigan et Stockes , elles m'ont l'ait reconnaître quelquefois, mais pas toujours , la succession des deux baltcmens. Ce qu'il y a d'important , c'est que celle-ci avait déjà été constatée par des observateurs dont l'impartialité n'était obscurcie par aucune vue théorique , notamment par Sœmmerring (1) , qui dit que l'intervalle est de deux tierces , et par Steinbuch (2). Magendie (3) , qui avait fait la même remarque, attribuait la pulsation plus tardive des artères à ce que l'impulsion du cœur exige un certain laps de temps pour se propager ; mais l'intervalle devrait alors n'être sensible que dans les artères les plus éloignées du cœur , et non dans celles qui s'en rapprochent (§701, 2°). Au reste, Pigeaux a remarqué que le pouls des artères en général alterne avec le choc du cœur contre les parois de la poitrine (4).
Enfin Stockes (5) a reconnu que la pulsation de la veine jugulaire, qui provient de la systole de l'oreillette droite (§ 70S, 1°), est parfaitement isochrone avec le battement du cœur.
Nous devons donc admettre comme prouvé que le battement du cœur dépend de la diastole des ventricules, de même que le pouls tient à celle des artères.
IL Des opinions diverses ont été émises à l'égard du bruit que l'on discerne en appliquant l'oreille sur la région du cœur. Laennec(ô) attribuait à la systole des ventricules le bruit sourd, qui est plus fort et plus prolongé , et à celle des oreillettes , le bruit clair , qui est plus faible et de plus courte durée. Turner est d'accord avec lui quant au premier , niais croit que la systole des oreillettes ne s'entend point du tout, ou du moins
(1) Gefœsslehre , p. 100.
(2) Hufeland , Journal der praktischen Heilhunde , t. XLI , p. 50.
(3) Journal de physiologie , t. I , p. 104.
(4) Archives générales , t. XXII , p. 423.
(5) Loc. cit., p. 152.
(6) Traité de l'auscultation médiate, t. III, p.. 29.
qu'elle se fait entendre simultanément avec celle des ventricules, et que le second bruit provient ou de l'affaissement du péricarde soulevé , ou peut-être aussi de la diastole (1). Williams regarde le premier bruit comme l'effet de la systole simultanée des ventricules et des oreillettes , et fait dépendre le second des valvules (2). Despine (3) attribue le premier à la systole des. ventricules, et le second à leur diastole. Enfin, selon Corrigan, le premier se rattache à la systole des oreillettes," et l'autre à celle des ventricules (4). Celte opinion , partagée aussi par Stockes et Pigeaux (5), est la seule fondée; mais elle n'a point été présentée d'une manière parfaitement claire, ce que nous allons essayer de faire.
6° Comme le bruit, en question suit parfaitement le type de l'activité musculaire du cœur, il doit dépendre de celle-ci, mais non d'une manière immédiate, c'est-à-dire qu'il ne peut point tenir à ce que la paroi frappe contre le sang pendant la systole , car la systole n'a lieu , dans chaque partie , que quand elle est entièrement pleine de sang, c'est-à-dire quand il ne reste plus de vide , qui seul rendait possible la production d'un son. Le bruit ne peut se rattacher à la systole qu'autant que celle-ci pousse le sang dans un autre espace; en partie vide , c'est-à-dire contenant de l'air, où il frotte contre les parois. Si cette explication se présente déjà d'elle-même à notre esprit, comme réelle expression des choses, elle trouve aussi sa confirmation dans l'expérience ; car , lorsque de l'air, injecté par une veine, s'amasse dans le cœur, le bruit acquiert une intensité extraordinaire et devient susceptible d'être entendu parles assistans. Nysten (6)le comparait, en pareil cas, à celui qui se produit lorsqu'on bat du blanc d'œuf avec de l'eau ; il a reconnu l'isochronisme de ce bruit avec le battement du cœur, et constaté qu'il disparaissait au bout d'une minute , lorsque l'air avait été absorbé par le sang. Toutes les
• (1) Medicinisch-chirurgische Zeitung , 1829, 1. 1, p. 360.
(2) Archives générales, t. XXVI, p. 427.
(3) Jbid., 1836, 1. 1, p. 58.
(4) Medico-chiruryicul review, t. XXV, p. 131.
(5) Bulletin des se. medic., t. XXV, p. 272.
(6) Kecherch.es de physiologie, p. 16,
fois que Rosa et Scarpu, après avoir fait écouler le sang contenu dans le système vasculaire, chez des animaux, ranimaient les contractions du cœur par une infusion de sang étranger, ils entendaient aussi un fort gargouillement, sans avoir besoin d'appliquer l'oreille à la poitrine (1) , ce qui ne pouvait tenir qu'à ce que l'hémorrhagie avait fait accumuler dans le cœur une grande quantité d'air, avec lequel le sang infusé venait à se rencontrer.
Mais le sang causeaussi du bruit dans les vaisseaux lorsqu'il s'y trouve une certaine quantité d'air. Ainsi Hertwich entendait une espèce de sifflement quand de l'air pénétrait dans une veine ouverte (2). Dans un casd'anévrysme variqueux au bras, où l'onpouvaiûusément, à l'aide de la compression, vider de sang tantôt l'artère et tantôt la veine , Schotlin discernait, chaque fois que le sang reprenait son cours, un bruit qui, assure-t-il , était plus bas , plus sourd et plus fort dans les artères, plus aigu et plus clair dans les veines (3). Kennedy a démontré naguère/par des observations multipliées,°que le bruit qu'on entend dans l'abdomen d'une femme enceinte, qui s'accorde avec les battemens de son cœur, et qui diffère du bruit produit parle cœur de l'embryon (§ 491,3°), a réellement son siège dans le placenta, ainsi que l'avait déjà dit Kergaradec; or , comme il ne se fait entendre dans aucun autre vaisseau , et qu'on ne l'a observé que pendant la grossesse , à l'endroit où s'applique le placenta fœtal , on pourrait fort bien présumer d'après cela que cet organe respiratoire de l'embryon admet dans sa substance de l'air qui se serait développé dans les vaisseaux de la matrice et du placenta utérin ( § 476, 12° ).
7° Si le bruit qui a lieu dans le cœur dépend de l'écoulement du sang dans un espace contenant de l'air , il doit avoir son siège dans les ventricules et dans les origines des troncs artériels, car ces parties du système vasculaire sont les seules qui soient alternativement vides et pleines, c'est-à-dire pleines d'air et de sang ( § 715, I ). En conséquence, nous devons
(1) Scheel, Die Transfusion des Blutes , t. II, p. 136 , 145.
(2) Dieft'enbach, Die Transfusion des Blutes, p. 41.
(3) Jsis , 1823 , p. 526.
MOUVEMENS DU COEUR. 2 $j
admettre que le premier bruit est occasioné , simultanément avec la systole des oreillettes , par l'écoulement du sang dans les ventricules, [attendu que ,1e liquide trouve dans ces cavités de l'air, qu'il chasse, avant l'occlusion des orifice auriculo-venlriculaires par les valvules triglochine et tricuspide , dans le commencement des troncs artériels , vidé lui-même par l'effet de la progression du liquide ; et que le second bruit provient du sang lancé par la systole des ventricules dans les artères , et qui, rencontrant de l'air dans celles-ci, le fait refluer vers les ventricules , dont la diastole recommence aussitôt. Cette théorie est confirmée par les faits suivans ( 8°, 9°, 10° ).
8° Le rhythme de ces bruits correspond parfaitement à celui de la systole des parties non homonymes du cœur (§ 707, 3°). Au premier, qui coïncide avec l'échappement des oreillettes, succède le second , qui marche parallèlement au battement des ventricules, puis vient une pause. L'explication de Laennec a donc contre elle les faits les mieux constatés ; et c'est pour cela que Turner et Williams admettent qu'on entend la systole des oreillettes en même temps que celle des ventricules."
9° Le premier bruit s'entend au moment même où l'oreille reçoit une secousse causée par le choc du cœur contre les côtes, et comme ce choc ne provient que de la systole des oreillettes ( 5° ) , il faut bien que le premier bruit soit également déterminé par elle.
10° Quand j'appliquais mon oreille sur la poitrine d'un Cheval, tandis qu'un autre observait le pouls de la carotide au dessus du sternum ou celui de l'artère maxillaire à la face interne de la ganacbe , et me le faisait connaître par un son net , je trouvais que le second bruit était isochrone avec le pouls artériel, ou plutôt, comme le fait remarquer Corrigan , qu'il avait lieu immédiatement après lui. Si ce dernier cas était la règle , l'air refoulé des troncs artériels dans les ventricules vidés serait la cause du second bruit par sa rencontre avec le sang affluent des oreillettes. Stockes a remarqué , sur des Lapins auxquels il avait ouvert une moitié de la • cavité pectorale , que la systole des oreillettes coïncidait avec Ile premier bruit, et celle des ventricules avec le second, vi. 1 7
A. Vaisseaux.
§ 710. Conformément aux. contractions du cœur , le sang coule d'une manière saccadée dans les artères , et comme les vaisseaux en général ne font qu'un avec lui pendant la vie, il résulte de là que les artères sont également mises en mouvement par saccades.
Le battement des artères porte le nom de pouls.
I. On sent le pouls en appliquant le doigt sur une partie du corps où une artère d'un certain volume soit comprise entre la peau et quelque organe résistant, un os par exemple. Ainsi on sent battre l'artère radiale à l'endroit où le radius est voisin de l'articulation du poignet, la cubitale au coude, la carotide au cou, la temporale à la tempe, la maxillaire externe au bord inférieur de la mâchoire, lapoplitée dans le creux du jarret , la tibiale antérieure entre le gros et le petit orteil , etc. Pour lâter le pouls, il faut appuyer le doigt sur l'une de ces parties; aussi Arlhaud croyait-il que le pouls dépend de l'effort du sang contre l'obstacle causé par la pression du doigt ; mais je vois bien manifestement battre mon artère radiale, et je n'en sens pas le battement lorsque je pose doucement le doigt dessus. Parry avait déjà observé que, même sur les artères mises à nu , un attouchement léger ne procure pas la sensation du pouls , quoique Jœger (1) prétende le contraire. Dans les fortes émotions , les congestions et les inflammations , on est quelquefois informé par le sentiment intérieur du battement de ses propres artères.
II. Le pouls se voit parfois à l'extérieur sur certains points, à l'artère radiale par exemple, même dans un état parfait de santé et de calme, ou aux carotides, dans les fièvres et les congestions vers la tête. Mais il ne paraît alors que comme un tressaillement rhythmique , attendu qu'il ne fait que percer à travers la peau , .et qu'on n'en apprécie point le véritable caractère. Lorsqu'au contraire une artère se trouve à nu dans une étendue considérable , on remarque les phénomènes suivans :
(1) Tractatus de arteriamm pulsu, p, 4G.
MOUVEUENS DU COEUR. 2§Q
1° Le point clu vaisseau sur lequel on fixe son attention , s'éloigne du cœur, pendant la systole de cet organe, c'està dire se trouve poussé en avant , tandis que , dans la diastole , il s'en rapproche , ou revient en arrière. Ce mouvement avait environ une ligne d'étendue sur la carotide d'un cheval, observée par Parry (1) , et trois lignes dans une autre expérience de Bell (2). Il ne peut pas dépendre immédiatement du mouvement du cœur, puisque celui-ci revient sur lui-même pendant la systole , et se distend pendant la diastole ; il consiste manifestement dans l'allongement des artères , durant le premier de ces deux temps, et dans leur raccourcissement durant le second. Lorsqu'une artère est tellement fixée en deux points que ces derniers ne peuvent point se déplacer, la portion comprise entre eux n'a la faculté de s'allonger que latéralement , ou par des inflexions , et elle quitte alors sa position , ce qui contribue surtout à rendre le pouls susceptible de frapper la vue. Ainsi une artère droite devient sinueuse , et une autre naturellement flexueuse , s'infléchit encore davantage. Weitbrecht et Lamure ont les premiers constaté ces flexions ; mais on a été trop loin en les peignant d'une manière générale comme un déplacement des artères , puisque l'extension , dans le sens longitudinal , y contribue aussi , même pour la part la plus essentielle ; on s'est écarté aussi de la vérité en attribuant à elles seules le phénomène tout entier du pouls.
2° Jadis on considérait le pouls comme résultant d'une dilatation de l'artère , suivie de la contraction de ce même vaisseau. A l'exemple de Weitbrecht et de Lamure , Haller (3) , Dœllinger (4) , Parry (5) , Rudolphi (6) et Jœger (7) ont ob-
(1) Experimentaluntersuchunyen ueler die Naturursachen des arteriœsen Puises 111.
(2) An essay on the forces bij which circulate the llood , p. 30.
(3) Opéra minora , 1. 1, p. 88.
(4) Meckel, Beutsch.es Archiv , t. II, p. 356. — Denkschriften der Akademie su Muennchen , t. VII, p. 220.
(5) Loc. cit., p. 91.
(6) Grundriss der Physioloyie , t. U , p. 295»
(7) Loc. cit., p. 46.
jecté contre cette théorie que le diamètre transversal de l'artère n'éprouve aucun changement tandis qu'elle bat. La vérité se trouve entre les deux extrêmes ; le diamètre transversal du vaisseau change , mais trop peu pour qu'on puisse faire dépendre les phénomènes du pouls de cette cause seule. Spallanzani (1) , ayant entouré l'aorte d'une Salamandre d'un anneau , afin d'en mieux apprécier le diamètre , reconnut que , pendant la systole du cœur , ce diamètre augmentait d'un tiers au voisinage de cet organe , et seulement d'un vingtième dans le reste de son trajet. Il constata aussi la même dilatation sur l'artère pulmonaire (2) , et sur les grosses branches de l'aorte (3), par exemple , l'artère mésentérique supérieure (4) , mais non sur les petites ramifications (5) ; cependant il admettait que , toutes les fois qu'une artère se déplace , elle se dilate et se contracte alternativement (6). Magendie (7) confirma ce résultat, en établissant (8) que la dilatation et la constriction se voient principalement à l'aorte, qu'elles sont également manifestes à la carotide , chez les gros animaux, par exemple, mais qu'on n'en aperçoit aucune trace dans les petites branches. Hastings, ayant placé une ligature autour de l'aorte d'un Chat , a vu , dans vingt cas , un vide s'établir entre elle et l'artère pendant la diastole du cœur ; mais quelquefois aussi ce phénomène n'eut point lieu (9). Poiseuille a reconnu le même changement en entourant la carotide d'un cheval d'un tube métallique dont il collait exactement les bords, jusqu'à un point où un tube de verre rempli d'eau et perpendiculaire avait été introduit entre eux : à chaque pulsation, l'eau montait dans le tube de verre, refoulée par l'artère, dont le calibre augmentait d'environ un onzième,
(1) Expér. sur la circulation , p, 146.
(2) lbid., p. 389.
(3) lbid., p. 263.
(4) lbid., p. 159.
(5) lbid., p. 383.
(6) lbid., p. 395.
(7) Précis élémentaire, t. II, p. 314.
(8) Journal de physiologie , 1. 1 , p. 413.
(9) Meckel , Deutsches Avchiv , t. VI , p. 224.
et après la pulsation, elle baissait, d'autant (1). (Esterreicher (2) , Segalas (3) , Wedemeyer (4) , et autres , ont également acquis la même conviction. Suivant Wedemeyer (5) , ta dilatation de l'artère brachiale s'élevait à environ un cinquième de ligne. Schultz dit avoir remarqué, dans l'embryon de Poulet, que la plus forte ampliation a lieu aux troncs, et l'allongement le plus considérable aux branches les plus déliées (C). Les observateurs qui ont soutenu que le diamètre transversal ne subissait aucun changement , avaient des ramifications sous les yeux , ou ne prenaient pas leurs mesures exactement.
3° Les deux mouvemens ( 1° et 2° ) sont purement mécaniques, et tiennent à ce que , pendant la systole du cœur, les artères reçoivent plus de sang qu'elles n'en peuvent contenir, de sorte qu'elles cèdent en vertu de leur extensibilité , tandis que, pendant la diastole du cœur, l'élasticité dont elles jouissent les fait revenir à leur diamètre normal. Il n'est pas possible qu'au moment où le cœur se vide dans leur intérieur , elles fassent passer dans les veines une quantité de sang égale à celle qu'elles ont reçue ( § 731, 4° ). Ce liquide doit , d'après les lois de l'hydrostatique , faire également effort contre elles dans toutes les directions, et tendre, par conséquent , à les dilater en tous sens. Or la couche médiane se compose de fibres élastiques , annulaires et un peu obliques ; on peut la comparer à un tube produit par un fil de fer roulé en spirale. De là résulte que l'artère est bien extensible en largeur , mais qu'elle cède plus facilement et davantage en longueur , et que par conséquent le sang doit agrandir un peu son diamètre transversal , mais surtout accroître son diamètre longitudinal. Les injections sur les cadavres , quand elles sont poussées 'autant que possible , produisent les mêmes effets; les artères s'allongent, se courbent davan-
(1) Journal de Magendie , t. IX, p. 48.
(2) Versuch eincr Darstellung der Lahrc von Kreislaufe , p. 48.
(3) Journal complémentaire , t. XXXVI , p- 73.
(4) Untersuchungcn ucher den Krcislauf, p. 55.
(6) Meckel, Archiv fuer Analoviie , 1826, p. 598.
lage et se dilatent un peu. Pendant la vie , ce phénomène est assujetti à beaucoup de variations; la capacité de l'artère s'accroît d'autant plus que le cœur bat avec plus de force , que l'ondée de sang est plus copieuse et animée d'une plus grande vitesse , que le passage du liquide dans les veines présente plus de difficultés , enfin, que l'extensibilité et l'élasticité de l'artère sont plus considérables.
III. Il est donc concevable aussi que des circonstances se rencontrent où l'artère n'éprouve ni allongement ni ampliation par le fait de la systole du cœur, et l'expérience a prouvé qu'en pareil cas néanmoins , non seulement le sang sort du vaisseau ouvert par un jet saceadé , mais encore le pouls se fait sentir au doigt qu'on appose dessus. Il est arrivé quelquefois à Parry de ne remarquer aucun déplacement , aucune ampliation, même avec le secours de la loupe, sur la carotide des Moutons , l'aorte des Lapins ou les branches aortiques du Cheval , quoique le pouls se fît sentir distinctement ; et rien n'est plus facile que de se convaincre soi-même , sur presque toutes les artères, de l'exactitude de ses observations. Ce qu'il y a d'essentiel dans le pouls consiste donc , comme l'ont fait voir Dœllinger (1) , Merk (2) et Jseger (3) , en un ébranlement de la colonne sanguine , qui se propage à la paroi tendue de l'artère , et s'étend même , d'après la remarque de Parry (4) , à une portion d'artère comprise entre deux ligatures et vide de sang ; on ne sent bien cet ébranlement qu'autant qu'on appuie le doigt avec force , parce que la tension qui résulte de là permet alors qu'il se transmette jusqu'à lui.
IV. A chaque poussée du cœur, la vitesse du courant augmente dans les artères , de sorte que le jet qui s'échappe d'une plaie décrit une plus grande arcade durant la systole de l'organe central , et coule avec plus de calme pendant la diastole. Ce phénomène tient au choc , qui doit se manifester sur tous les points ; car la colonne entière du sang , chassée par lui avec plus de vitesse , se ralentit dès qu'il est passé , mais sans néan-
(1) Meckel , Deutsches Archiv , t. II , p. 346.
(2) Inauguralabhandlung ueber die thierischo Bewegung , p. 102.
(3) Tractatus de arteriarum pulsu , p, 46.
(4) Loc. cit., p. 18.
moins cesser de marcher en avant , de sorte qu'il ne se produit pas de vide. Du reste , la propagation du choc dans le sang est toujours infiniment plus rapide que le cours de ce liquide luimême.
§ 711. 1° Ordinairement on trouve que toutes les artères battent ensemble. Haller (1) etSpallanzani (2) ont établi celte simultanéité en règle générale , d'après leurs expériences. Kerr (3) en a conclu que le pouls ne peut pas provenir d'un liquide marchant par un courant continu , ni , par conséquent, être dû au sang chassé du cœur. Mais tout ce qu'il. suit de là, c'est que le pouls ne se rattache pas à la progression du sang, et qu'il est l'effet de la propagation du choc à la masse entière de ce liquide qui remplit le système artériel sous la forme d'une colonne non interrompue. Or l'ébranlement communiqué à un liquide se transmet avec une vélocité diverse suivant la nature des parois. La propagation est instantanée lorsqu'un canal rigide est rempli d'un liquide qui ne puisse pas s'échapper latéralement: ainsi, quelque long que soit un tube métallique , il en sort de l'eau à l'instant même où une pression agit sur l'autre extrémité de la colonne du liquide. Mais si ce dernier se trouve dans une gouttière , c'est-à-dire sur une surface non entourée d'une paroi solide, comme il exerce constamment une pression uniforme de tous les côtés, tout choc qu'il reçoit le pousse vers le côté libre , c'est-à-dire vers la partie supérieure , et le force de s'élever ; puis, quand sa pesanteur le fait retomber, il choque les points voisins de sa masse , de manière que ceux-ci s'élèvent à leur tour au dessus du niveau , et ainsi de suite ; en un mot l'ébranlement se propage peu à peu et par ondulations. Mais un canal à parois extensibles et contractiles tient le milieu entre un conduit rigide et une gouttière ; si la colonne de liquide qu'il renferme reçoit une impulsion à l'une de ses extrémités, les points les plus voisins de la paroi se distendent en tous sens , c'est-à-dire que le canal se dilate , et quand le point ainsi di-
(1) Opéra minora, 1. 1, p. 485.
(2) Expér. sur la circulât., p. 24G.
(3) Observations on thc harveian doctrine, p. 60 , 144.
264 MOUVEMENS DU CCEDÏÏ.
laté vient à se contracter, celui qui suit éprouve une dilatation analogue , et ainsi de suite jusqu'à ce que l'ébranlement ait atteint l'extrémité opposée de la colonne. Or l'artère est précisément un canal extensible et élastique; donc le choc que le cœur imprime à la colonne de sang qu'elle renferme , doit se propager de la même manière et en des temps appréciables. Aussi plusieurs observateurs ont-ils reconnu qu'il y a réellement une différence de temps entre les pulsations des diverses artères. Weitbrecht a constaté que son artère radiale battait après la carotide. Wedemeyer dit qu'on sent le pouls un instant plus tard aux membres qu'au voisinage du cœur. Arnott s'est convaincu qu'il y a succession des batlemens à la lèvre , au poignet et au coude -pied (1). D'après les observations de Weber (2), l'artère'axillaire bat en même temps que' la maxillaire externe , mais un sixième ou un septième de seconde plus tôt que la métatarsienne , et celle-ci un peu après la radiale, qui n'est guère plus rapprochée qu'elle du cœur. Stockes a remarqué qu'il y avait synchronisme parfait du pouls dans les parties placées à égale distance du cœur , par exemple dans l'artère radiale ,"au poignet , et la crurale , à la partie supérieure de la cuisse ; mais quelle pouls battait plus tard dans les parties éloignées du cœur que dans celles qui en sont voisines, plus tard, par exemple, à l'artère tibiale qu'à laradiale(3). La même observation a été faite aussi par Despine (4). Koch a vu, dans la membrane interdigitale de jeunes Grenouilles, le mouvement saccadé du sang avoir lieu quelque temps après la contraction du cœur (5).
Mais la différence ne peut être qu'extrêmement légère , attendu que la dilatation de l'artère se réduit presque à rien , et que son élongation est beaucoup plus sensible. En effet, on ne saurait l'observer sur une artère mise à nu, et Arnott luimême dit(C) que la dilatation produite dans le vaisseau par le
(1) Elemente der Physik , t. I, p. 494.
(2) Adnotationes anatomicœ , p. 2.
(3) Froriep , Notisen , t. XXIX , p. 451.
(4) Archives générales, t. XXVI, p. 427.
(5) Meckel, Ârchiv fuer Anatomie , 1827, p. 442.
(6) Loc. cit., p. 488.
MOUVEMENS DU COEUR. û65
sang qui nfllue du cœur se propage presque avec la rapidité d'une secousse électrique. Comme il n'est pas très-facile de reconnaître de très-petits intervalles de temps par le sens du toucher, on court grand risque de commettre ici des erreurs. J'ai comparé , sur des Chevaux , la pulsation de la carotide , immédiatement au dessus de la cage thoracique, avec celle de l'artère caudale -, j'explorais l'une des artères, tandis qu'un aide m'indiquait à haute voix les battemens de l'autre ; mais je n'ai pu apercevoir aucun intervalle. Cependant les Chevaux conviennent parfaitement pour ces sortes d'expériences, à cause du volume de leur corps et du peu de fréquence de leurs pulsations. La différence devient incontestablement plus facile à apprécier lorsque d'un côté la paroi de l'artère est plus extensible , et de l'autre le vaisseau ne regorge pas déjà de sang, ou quand la systole du cœur a moins-de force; Ainsi c'est seulement sur des animaux fort affaiblis qu'il a été possible à Haller (1) de se convaincre que les arlères'éloignées du cœur battent plus tard que lui ; et si , comme le fait remarquer Senac (2) , le mouvement du pied d'un homme qui croise ses cuisses l'une sur l'autre s'opère après le pouls radial ou cervical , il est probable que l'augmentation de la résistance entre pour quelque chose dans ce ralentissement.
2° La pulsation diminue en raison directe du diamètre des artères (3). Le sang ne s'élance plus par saccades des artérioles , mais sort par un filet uniforme, ou coule en nappe (4). Haller a trouvé que celles des branches de l'artère mésentérique d'une Chèvre dont le diamètre était inférieur à un sixième de ligne , ne battaient plus. Cependant il n'y a point de limites précises à établir ici ; car l'étendue des pulsations varie en raison des circonstances. Dœllinger a vu, dans l'embryon de Poulet , le choc du cœur s'étendre à toutes les branches artérielles (5).
3° Les ramifications des artères ont , prises ensemble, plus
(1) Elcm. physiolog., t. II, p. 241.
(2) Spallanzani , loc. cit., p. 459.
(3) Magendie, Précis de physiologie , t. II, p. 252.
(4) Haller, Opéra minora , 1. 1 , p. 185.
(5) Denkschriftcn dor Akudemic zu Muennchcn, t. VII , p. 215,
de diamètre transversal ou de capacité que les troncs. Or, en passant de ceux-ci dans celles-là, le sang doit perdre d'autant plus de sa vélocité que l'espace au milieu duquel il se répand est plus considérable. Ce ralentissement nécessaire du courant sanguin est reconnu d'une manière générale. Il a été observé immédiatement par Spallanzani (1), sur des Salamandres, par Forchhammer (2) et par d'autres. En examinant les capillaires artériels au microscope, on voit le sang s'y mouvoir sans secousses, par un courant uniforme, mais avec une apparence de vélocité excessive qui tient à l'effet du grossissement , et il est difficile de saisir quel rapport peut exister entre sa rapidité dans ces petits vaisseaux et celle qui l'anime dans les troncs. Haller (3) , en répétant ces observations , a trouvé que le ralentissement dans les ramifications n'est point aussi considérable qu'on a coutume de le croire, et il lui est quelquefois arrivé (4) de voir dans les capillaires des courans tout aussi rapides que dans les troncs. Suivant Spallanzani (5), le sang coule avec plus de lenteur pendant la systole du cœur , et plus de vitesse durant sa diastole , dans les artères de capacité moyenne que dans les troncs, mais sa vélocité est la même dans les ramuscules les plus déliés que dans les branches médiocres , et elle ne diminue que quand la faiblesse s'empare de l'animal. Enfin Dœllinger (6) prétend que le sang coule, dans toutes les branches qui admettent plus d'une ou deux séries de globules, avec tout autant de rapidité que dans les troncs.