‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 40 sur 89 · MARCHE DU SANG · texte numérisé non relu

MARCHE DU SANG

plus mince. Le tissu est plus ferme et plus consistant que dans les muscles soumis à l'empire de la volonté , et ne contient point de tissu cellulaire. La face interne est rendue inégale , chez l'homme et plusieurs Mammifères , par des faisceaux musculaires qui se détachent des autres , et font des saillies entre lesquelles on remarque des vides, disposition qui rend possible une contraction plus énergique.

4° La substance musculaire du cœur a des vaisseaux plus volumineux et reçoit par conséquent plus de sang que les muscles de même volume qui obéissent à la volonté. Ses artères sont , chez les animaux à sang chaud , les premières branches de l'aorte , ce qui ne tient pas uniquement au voisinage , mais paraît dépendre aussi de ce que le sang a des qualités artérielles plus prononcées là qu'ailleurs; car, chez les Poissons , les artères cardiaques ne naissent point de l'artère branchiale qui sort du cœur , mais du commencement de l'aorte produite par le confluent des veines branchiales.

5° Les nerfs du cœur sont plus minces et plus mous que ceux des muscles soumis à la volonté. Ils partent du grand sympathique et du nerf de la dixième paire cérébrale; c'est le premier surtout qui les fournit chez l'homme , et le second chez les animaux.

6° Le cœur utriculiforme est attaché à la paroi du corps par des muscles et des ligamens. Le cœur vésiculiforme des animaux vertébrés et des Mollusques est entouré d'une membrane séreuse ; le péricarde , qui le fixe aux parties voisines, l'isole, empêche qu'il ne soit comprimé dans les diverses attitudes du corps , et entretient sa mobilité par l'humidité et la lubrification de ses surfaces correspondantes. Chez les Mammifères et les Oiseaux , la moitié interne du péricarde , celle qui adhère au cœur, se refléchit sur elle-même, à la jonction de cet organe avec les troncs vasculaires , et constitue ainsi la moitié extérieure ou pariétale , celle qui est libre. Chez plusieurs Poissons et Reptiles, on trouve encore des connexions filiformes entre les deux moitiés , principalement à la pointe du cœur. Le péricarde favorise les mouvemens du cœur; si on l'ouvre sur un animal vivant, les battemens cardiaques deviennent plus violens , mais ils ne tardent

point à s'affaiblir, et ils cessent plus tôt que dans le cas de simple ouverture de la poitrine (1). Ce phénomène s'observe même chez les Poissons (2) , de sorte qu'il ne tient point uniquement à l'influence de l'atmosphère et à sa température.

a. Mouvemens du cœur en général.

§ 706. La vie du cœur se manifeste par le mouvement, à l'aide duquel cet organe communique l'impulsion au sang. I. Chez l'homme vivant ,

1° On sent ce mouvement à l'endroit où répond la pointe du cœur , c'est-à-dire entre les cartilages de la cinquième et de la sixième côte du côté gauche. Le doigt, placé sur ce point , reçoit , à des intervalles réguliers , et qui correspondent au pouls des artères , une secousse qu'on ne peut attribuer qu'au choc du cœur , et qu'on nomme battement (ptdsus , ictus).

2° Si l'on applique son oreille sur cette région de la poitrine , soit à nu , soit mieux encore après l'avoir couverte d'une feuille de papier , on sent également une secousse ou un ébranlement , produit par le choc du cœur. Laennec (3) fait remarquer que ce choc est en raison directe de l'épaisseur de la substance musculaire du cœur, et que, quand il est fort, on sent le cœur ne toucher d'abord qu'un point, puis choquer toute la surface indiquée plus haut, et ensuite se retirer tout à coup. En même temps on entend un bruit un peu sourd , immédiatement suivi d'un autre analogue , mais plus éclatant et plus court; puis vient une pause, après laquelle le phénomène se reproduit. Le stéthoscope est utile pour ces sortes d'observations. Laennec (4) , qui a le premier appelé l'attention sur cet objet , compare le second bruit au claquement de la soupape d'un soufflet , ou au bruit qu'un chien fait en lapant. Ce mouvement, appréciable à l'oreille, provient incontestablement du courant du sang , car :

(1) Senac , Traité de la structure du cœur, t. II, p. 150.

(2) Meckel , Deutsches Archiv , t. II, p. 110.

(3) Traité de l'auscultation médiate., I. III, p. 14, 18.

MOUVEMENS DU COEUR. û35

a. Il ressemble au clapotement d'un liquide.

b. Sa duplicité annonce qu'il se fait un écoulement dans deux espaces diflerens , tandis que le mouvement du cœur se décèle par un simple choc contre la paroi du thorax.

c Il est d'autant plus fort et plus étendu , que la substance du cœur est plus mince , tandis que le choc sensible au toucher est d'autant plus faible que le cœur a moins d'épaisseur.

d. On remarque aussi qu'il dépasse le point indiqué , et se propage au-delà vers la droite , ou à la partie inférieure du sternum , c'est-à-dire dans l'endroit où la moitié droite du cœur est située , et où le battement du cœur ne se fait point sentir.

Quelquefois on n'entend qu'un seul bruit. Il n'est pas fort rare que celui-ci devienne assez fort, pendant l'excitation due aux passions , pour que l'on puisse l'entendre sur soimême ; il y a même des individus chez lesquels lés autres peuvent le discerner dans l'état ordinaire. Littre (1), par exemple, parle d'un homme chez lequel on l'entendait quelquefois de dix pas (*).

H. Dans les vivisections, le mouvement du cœur" devient visible ; on voit qu'il consiste en expansion , pendant laquelle le sang pénètre dans l'organe , et en contraction , durant laquelle ce liquide est expulsé.

3° La contraction, ou systole, s'opère avec la"rapidité de l'éclair. Le cœur se resserre sur lui-même ; il devient plus ferme et plus dur; il se raccourcit, c'est-à-dire que sa base et son sommet se rapprochent , en même temps que le sommet se recourbe un peu. En ouvrant l'organe, on Voit les parois latérales se rapprocher de la cloison, et celle-ci se raccourcir. Comme la systole a lieu d'une manière très-rapide, et qu'elle vide le cœur, il était assez facile de se laisser aller à l'illusion , et de croire que l'organe s'allonge , hypothèse dont Haller (2) a donné la réfutation. Lorsque l'activité vitale baisse ,

(4) Hist. de l'Acad. des sciences, 1724, p. 25.

O Consultez, sur les bruits du cœur, Bouillaud , Traité clinique des maladies du cœur, Paris , 1835 , t. I , p. 103. (2) Elem. plujriolotj., 1. 1, p. 390.

236 MOUVEMENS DU COEUH.

le mouvement devient plus lent, de manière qu'on a la facilité de l'observer ; on voit alors que les fibres se raccourcissent , et que, de courbes qu'elles étaient, elles prennent une direction plus droite : il se produit sur quelques points des rides, qui se propagent par ondulations, jusqu'à ce que la portion entière du cœur se soit contractée. D'après Senac (1) , les mouvemens vont de la base au sommet , puis du sommet à la base ; suivant Treviranus (2) , ils commencent aux deux extrémités , et se rencontrent dans le milieu. En général , l'harmonie des diverses parties du cœur cesse quelque temps avant la mort de l'organe , ces parties agissent indépendamment les unes des autres, et sans rhytbme régulier, les mouvemens s'arrêtent sur un point, et se manifestent sur un autre, deviennent plus faibles, disparaissent, et se reproduisent tout à coup au bout de quelques inslans, jusqu'à ce qu'enfin ils soient totalement éteints.

Dans les cœurs utriculiformes, le mouvement normal a un caractère ondulatoire , et procède d'arrière en avant.

4° Pendant l'extension, ou la diastole, le cœur devient plus mou , plus large et plus long; son sommet et sa base s'écartent l'un de l'autre , les parois latérales s'éloignent de la cloison , et les cavités s'agrandissent dans tous les sens. Haller a fait voir (3) qu'on s'était trompé en admettant des fibres musculaires spéciales pour opérer la diastole : l'ampliation en tous sens d'une cavité ne peut point être effectuée par des fibres musculaires contenues dans ses parois, et, sur quelques fibres du cœur qu'on fasse agir une cause irritante , jamais on ne voit survenir par là de diastole. Celle-ci est un état de repos , eu égard à la systole ; aussi constitue-t-elle le dernier acte de la vie, de sorte qu'après la mort le cœur contient presque toujours du sang, et que l'état dans lequel on le trouve alors , ressemble davantage à la diastole qu'à la systole. Mais, dans la diastole, le cœur est plus dilaté qu'après la mort. Cet effet pourrait tenir à l'afflux du sang ; cependant

(1) Loc. cit., t. II, p. 142.

(2) Biologie, t. IV, p. 253.

(3) Loc. cit., t. I, p. 387.

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la diastole a lieu avant que le sang arrive, et ce liquide ne l'ait que la compléter, en déployant, par exemple, les inégalités du bord dentelé des oreillettes; elle a lieu, d'ailleurs, alors même qu'il n'arrive point de sang. On ne saurait non plus l'attribuer à l'élasticité des fibres musculaires , car elle est assez puissante pour que, comme l'avait déjà remarqué Pechlin , le cœur fasse violemment effort contre la main qui le comprime , et soulève des poids considérables ; ainsi , par exemple, (Esterreicher (1) a vu le cœur d'un jeune Chien, qui pesait à peine une demi-livre , enlever de terre un poids de six livres et demie. A la vérité, comme ce mouvement eut lieu d'une manière subite , (Esterreicher croit qu'il dépendait de la systole. Vaust dit aussi avoir observé que le cœur fait effort pour écarter la main qui le serre , au même moment que celui où il serre le doigt plongé dans son intérieur , et conclut de là que cet effort de dedans en dehors se rattache à l'augmentation de l'épaisseur pendant la systole , explication adoptée également par Weber. Cependant il est trèsdifficile de bien distinguer les deux momens l'un de l'autre ; j'ai toujours vu que la systole est instantanée , et que la diastole y succède avec la rapidité de l'éclair, que par conséquent ces deux phénomènes s'établissent avec une égale promptitude , et ne diffèrent l'un de l'autre que par leur durée , la systole ne s'opérant qu'après que la diastole a duré un instant. Or, comme les fibres du cœur forment des arcs dont la concavité est tournée vers les cavités de l'organe , ou en dedans , et que , quand elles se raccourcissent et se tendent , les arcs doivent devenir moins bombés , la convexité tournée vers la surface externe ne peut point être plus saillante , et en effet , lorsque le cœur se trouve à découvert , on acquiert aisément la conviction qu'il devient plus étroit pendant la systole. Ainsi donc , si nous persistons à considérer la diastole comme une extension active, et si en même temps nous sommes obligés de reléguer parmi les assertions non prouvées l'existence de l'atmosphère élastique du sang, ou du pneuma, à l'aide de laquelle on avait tenté de l'expliquer, il ne nous reste d'autre

(1) Loc, cit., p. 31.

^38 MODVEMENS DU CŒUR,

ressource que de voir, dans l'allongement des fibres musculaires qui alterne avec leur raccourcissement, un passage a l'état de repos , mais aussi un phénomène d'activité vitale.

b. Hhythme des niouvemens du cœurà

§ 707. Le mouvement du cœur a un rhythme qui dépend de la manière dont l'organe est divisé.

I. En cllét , le cœur est partout composé de parties placées les unes à côté des autres , et qui se meuvent aussi les unes après les autres. Dans son état le inoins parlait, quand il affecte la forme utriculaire , il résulte la plupart du temps d'un nombre plus ou moins considérable de segmens homogènes. Mais quand il revêt la forme vésiculaire, qui est plus parfaite, il ne présente que deux parties , hétérogènes à la vérité , dont l'une est veineuse , c'est-à-dire fait corps avec les veines, et reçoit d'elles le sang, tandis quefaulre est artérielle, c'est-à-dire donne naissance aux artères , et chasse le sang dans leur intérieur.

1° V oreillette ( atrium , sinus , auricida ) , qui occupe la base du cœur, et qu'on peut regarder comme une dilatation des troncs veineux, forme un espace dans lequel le sang s'accumule , afin de pouvoir être chassé avec plus de force dans le ventricule. Après que l'oreillette s'est dilatée, elle se remplit du sang qu'y amènent les veines ; son appendice s'emplit le dernier. Puis la totalité du sac se contracte , de la base au sommet, c'est-à-dire dans la direction du ventricule. Le reflux du sang ainsi comprimé est prévenu , chez plusieurs Reptiles , par des valvules situées à l'origine de chaque veine : dans les Oiseaux et les Mammifères , il n'y a point de valvules aux veines pulmonaires, et l'on n'en trouve qu'aux veines cardiaques , et en partie aussi aux veines caves. Dans l'homme , les veines cardiaques seules sont ainsi garanties, et comme la valvule d'Eustache qui couvre la veine cave inférieure , jointe au poids de la colonne du sang contenu dans la veine cave supérieure , ne s'oppose au reflux que d'une manière incomplète, il n'y a que l'alllux du sang contenu dans le système veineux qui empêche efficacement ce liquide de ressortir du cœur, pour rentrer dans les veines.

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*2° Le ventricule (ventriculus), que l'épaisseur de ses parois et la force de sa substance musculeuse rendent la partie principale du cœur, est maintenu ouvert, à son entrée (ostiimt cenosum), par un anneau tendineux; on ne trouve là que des fibres longitudinales de l'oreillette qui , en se contractant, ne closent point cet orifice , et , loin de là même , contribuent en quelque sorte à l'ouvrir. De cet anneau pendent des replis de la membrane vasculaire commune , constituant des valvules , dont le feuillet interne est la continuation directe de la membrane de l'oreillette, aux fibres loqgitudi nales de laquelle il donne attache , tandis que le feuillet externe se continue avec la membrane du ventricule, aux muscles longitudinaux internes (colonnes charnues) duquel il fournit insertion, au moyen de leurs tendons. Le sang pénètre , comme un coin , entre les valvules du cœur, et, en remplissant le ventricule , il les refoule contre les parois de celte cavité , notamment sur le point occupé par son issue (ostium arteriosum) , de sorte que celle-ci se trouve bouchée, et que, pendant sa diastole , le ventricule , ne pouvant laisser échapper le sang, est obligé de s'en remplir complètement. Cette occlusion n'est complète que dans le ventricule aortique ; si elle est imparfaite dans le ventricule pulmonaire , nous en trouvons la cause mécanique , d'abord dans l'ampleur plus considérable de ce ventricule, dont l'issue est beaucoup plus éloignée de l'entrée , ainsi que de la pointe du cœur, de sorte que le sang ne parvient point aussi vite à la sortie , ensuite dans cette circonstance que , les poumons étant situés tout auprès du cœur , ils n'ont pas besoin d'une onde aussi forte , de manière que le ventricule peut sans inconvénient laisser échapper un peu de sang pendant sa diastole.

En se contractant, le ventricule chasse le sang vers la base, puisque la pointe du cœur se rapproche de cette dernière ; le liquide se trouve donc poussé vers les deux embouchures , c'est-à-dire vers l'oreillette et vers l'artère. Quant à ce qui concerne l'entrée , elle est close par les valvules , de sorte que la systole du ventricule ne peut faire refluer le sang dans l'oreillette. Le liquide se bouche lui-même cette voie , puisqu'en marchant de la pointe à la base du cœur , il s'accumule

entre les parois ventriculaires et les valvules , fait effort sur la lace extérieure de celles-ci , les tend comme des voiles , les refoule en dedans , et les oblige à clore l'ouverture. Mais je crois qu'il y a en outre une activité vitale qui contribue à cette occlusion, point de doctrine que j'ai examiné amplement ailleurs (1). En effet, si les valvules du cœur se comportaient d'une manière purement passive', comme l'admet (Esterreicher(2) , entre autres, et qu'elles ne fussent consolidées par des libres tendineuses , dans quelques points de leur bord libre , qu'afin d'empêcher le sang de les chasser dans l'oreillette , les colonnes charnues que ces tendons terminent seraient absolument inutiles. Mais ce sont des muscles longitudinaux particuliers, qui se dégagent des parois du cœur, s'implantent à l'extrémité pointue du ventricule , s'y réunissent en un cercle très-serré , et dont l'autre bout se termine par des filamens tendineux, dirigés eux-mêmes, en divergeant, vers l'anneau tendineux de l'entrée, allant gagner le feuillet externe des valvules , et s'y épanouissant en façon de palmettes. Il n'est pas douteux que ces muscles se contractent pendant la systole ; mais alors ils doivent , en vertu de leur situation, tirer les valvules de haut en bas et de dehors en dedans , les rapprocher de l'axe, les écarter des parois; et cet effet doit d'autant plus avoir lieu, que les colonnes charnues sont unies par des faisceaux musculaires transverses qui , en se raccourcissant , les ramènent davantage encore dans l'axe du ventricule. Or les valvules ayant pris ainsi la forme d'un entonnoir, il reste entre les filets tendineux des vides au moyen desquels le sang arrive à la face externe des replis valvulaires, de sorte que , par la pression qu'il exerce alors de dehors en dedans , il complète l'occlusion que l'activité musculaire vivante avait commencée. A la vérité, on peut objecter contre celte théorie, que Haller (3) a trouvé les filamens tendineux relâchés pendant la systole du ventricule ; mais , toutes les fois qu'on ouvre le cœur , son action est plus ou moins trou-

(d) Berichte von der anatomischen Anstalt , t. III , p. 19-45.^

(3) Opéra minora, t. I, p. 224.

blée , et l'observation rapportée par Haller présente trop de difficultés , prête même trop à l'illusion , pour que nous puissions l'accueillir en toute confiance , d'autant plus qu'elle est isolée. Chez les Oiseaux , la valvule entière du cœur droit consiste en un fort muscle , de sorte que le reflux du sang contenu dans le ventricule pulmonaire se trouve empêché de la manière la plus complète , et que ce liquide peut être lancé dans l'artère pulmonaire avec une grande vigueur , rendue nécessaire par la structure des poumons , qui semble exiger que des dispositions spéciales aident à la circulation dans ces organes. Chez les Poissons , la valvule du cœur a en partie la forme d'une poche , et sa conformation ressemble à celle des. valvules artérielles; mais, toutes les fois qu'elle pend dans le ventricule , elle est pourvue de muscles : cette règle ne souffre pas d'exceptions.

3° Dans les cœurs utriculaires , le mouvement se propage d'une manière ondulatoire. Dans les cœurs vésiculaires , considérés en général , il suit la série des parties hétérogènes , de sorte que , pendant qu'une d'elles se vide par systole , la suivante s'emplit par diastole. Cependant cette alternation n'est point observée à la rigueur. Les veines alternent avec les oreillettes ;'elles se contractent et se vident, quand cellesci se dilatent ; cependant les fibres des veines caves sont unies d'une manière si intime avec celles de l'oreillette , qu'on peut concevoir la simultanéité d'action des deux parties (1) , quoiqu'elle ne soit pas démontrée par l'expérience. Tout changement du ventricule succède à un changement semblable de l'oreillette , mais de telle manière que l'état de diastole est celui dans lequel les deux parties persévèrent le plus longtemps. En effet , chez les Mammifères et les Oiseaux , l'oreillette a moins de capacité que le ventricule ; la différence n'est point aussi considérable , à la vérité , que semblerait l'annoncer le volume , d'après lequel elle serait de 1 * 2 , parce que l'oreillette a des parois plus minces , et par conséquent une cavité plus spacieuse eu égard à son volume ; cependant elle est portée assez loin encore pour que le ventricule ne

<i) Autenrieth, Handbuch dor empirischen Physiologie , t. I, p. 497.

vi. i6

puisse point être rempli entièrement par la systole de l'oreillette , surtout si cette dernière laisse refluer un peu de sang dans les veines caves. Nous pouvons donc admettre les temps suivans :

a. L'oreillette entre en diastole , et commence à recevoir le sang des veines , tandis que le ventricule est eu systole et se vide.

h. Ensuite le ventricule entre en diastole, et commence a s'emplir du sang de l'oreillette, qui est également en diastole. '

c Enfin l'oreillette entre en systole, ce'qui fait queleven tricule arrive au point culminant de sa diastole.

Mais , à ce troisième temps, succède immédiatement le premier, et les deux temps s'écoulent avec tant de rapidité que, pris ensemble, ils ontune durée infiniment plus courte que celle du second. Ainsi la systole du ventricule succède si promptement à celle de l'oreillette que, la plupart du temps, on ne peut point les distinguer Tune de l'autre , et qu'elles ne semblent .faire qu'un , après quoi a lieu une pause pendant laquelle les deux portions du cœur sont en diastole. En conséquence, la systole de l'oreillette est en quelque sorte X échappement du battement proprement dit du cœur, ou de la systole du ventricule, et elle paraît n'avoir d'autre but que de produire un choc du sang qui détermine le ventricule déjà presque rempli à se contracter. Ces deux temps de la systole ne peuvent être sensiblement distingués l'un de l'autre que quand la circulation est fort lente , comme peu avant la mort , ou pendant le sommeil d'hiver , circonstance dans laquelle ils ont été observés par Wedemeyer (4 ) entre autres. La durée de la systole entière ( du premier et du troisième temps ) est à celle de la diastole ( du second temps ) à peu près dans la proportion de a : 3.

4° La combinaison qui vient d'être décrite est normale. Celle qu'on rencontre le plus fréquemment après elle, dans les vivisections , consiste en ce que l'oreillette se contracte deux ou même cinq à dix fois , de sorte que le cœur s'essaie en

(1) Meckel, Archiv fucr Anatomie , 1828, p. 344,

MOU VE MENS DU COEUR. 2l\5

quelque sorte plusieurs fois avant d'en venir à une systole complète. Ce phénomène a lieu surtout aux approches de la mort , quand l'irritabilité du ventricule est très-émoussée , ou l'onde de sang et la contraction de l'oreillette trop faibles. Il avait déjà été observé par Walther(l), Haller (2), et autres. U t demeyer l'a vu aussi quelquefois chez un Hérisson plongé dans le sommeil d'hiver.

5° Il y a encore une autre combinaison , dans laquelle les contractions de l'oreillette et du ventricule alternent d'une manière uniforme, ou se succèdent après des pauses égales. Ge tic-tac qui , d'après (Esterreicher (3) , serait ordinaire chez les Poissons , les Grenouilles et les embryons des Oiseaux , est extrêmement rare chez les animaux à sang chaud. Il dépend de ce que l'oreillette a plus d'indépendance et surpasse le ventricule en volume ; car on retrouve cette proportion chez les animaux à sang froid et dans les embryons des animaux à sang chaud ( § 441 , 6° ).

6° Nichols regardait le battement simultané de l'oreillette et du ventricule comme normal ; mais c'était une erreur, tenant à la rapidité des deux battemens. (Esterreicher dit cependant avoir observé quelquefois ce phénomène chez des animaux à sang chaud.

( Sous le rapport du rhylhme des battemens du cœur, mes observations ne sont pas parfaitement d'accord avec celles d'(Esterreicher. Chez les animaux à sang chaud, la contraction des oreillettes semble être , en quelque sorte , l'échappement de celle des ventricules ; or, en y regardant de près , je trouve la même chose aussi chez les Grenouilles. Le temps qui s'écoule depuis la contraction du ventricule jusqu'à celle de l'oreillette, est plus long dans ces animaux, et double de celui qui se trouve compris entre la contraction de l'oreillette et celle du ventricule ; c'est pendant sa durée qu'a lieu la contraction du bulbe de l'aorte, qui par conséquent n'est isochrone ni avec celle de l'oreillette ni avec celle du ventri-

(4) Expérimenta in vivis animalibus revisa, p. 13.

(2) Opéra minora , 1. 1 , p. 66 , 452.

(3) Loc. cit., p. 25.

cule. La contraclion du bulbe de l'aorte extirpé s'aperçoit encore très- distinctement à la loupe, tandis que le reste du système aorlique n'en montre aucune trace. ) (1)

II. Pendant toute la vie , chez les animaux à sang froid , notamment les Poissons et les Batraciens , et durant les premières périodes seulement de la vie embryonnaire , chez ceux à sang chaud, le cœur est une série simple de parties , qui , dans ces derniers , se résout , par les progrès du développement, en deux oreillettes et deux ventricules (§441, 4°, 5°). Les parties homonymes agissent simultanément , attendu que la cloison et même une portion de la couche musculaire extérieure leur appartiennent en commun. Nichols était tombé clans l'erreur en disant que les moitiés droite et gauche du cœur se meuvent alternativement. Mais la moitié gauche est plus puissante que l'autre , et détermine les mouvemens de la droite. Comme le ventricule, qui chasse le sang dans le corps , l'emporte sur l'oreillette , qui reçoit ce liquide , et constitue la partie la plus essentielle du cœur, de même aussi le principal rôle appartient au ventricule gauche , parce qu'il envoie du sang à tous les organes sans exception. Ce ventricule envahit une plus grande partie de la cloison , et quand on coupe le cœur en travers , il représente une cavité parfaitement ronde, à laquelle le ventricule droit s'applique en forme de cavité modelée sur lui et semi-lunaire. Il a une paroi latérale plus épaisse, car son épaisseur esta celle du ventricule droit, comme 1 '. 1,30 chez l'enfant, et comme 1 " 2,5 chez l'homme (*). Après avoir été incisé, il reste béant, tandis que celui du côté droit s'affaisse sur luimême. Il se raccourcit plus énergiquement, ou chasse le sang avec plus de force de la pointe vers les deux ouvertures , tandis que le droit se contracte davantage dans le seus de sa largeur. Mais l'oreillette gauche est aussi plus forte que la droite , et ., d'après Haller (2) , ses fibres se contractent beau- Ci) Addition de J. Muller.

(*) Bouillaud (Traité des malad. du cœur, 1. 1 , p. 55) dit qu'en général l'épaisseur des parois du ventricule droit est à celle des parois du ventricule gauche dans la proportion de 2 j 5 ou même de 1 3.

(2) Opéra minora , t. I , p. 225.

MOUVEMENS DU COEUR, 2/|.5 coup plus rapidement , lorsque l'activité vitale vient à baisser. *

7° Nous avons vu ( § 509 , 2° ) que la moitié droite du cœur, qui était la plus étroite chez l'embryon , commence à s'agrandir après la première respiration , et que peu àpeu(§ 560, 4°) elle devient plus spacieuse que la gauche , de sorte qu'elle contient aussi davantage de sang. Celte inégalité avait été reconnue par Winslow , Senac, Haller , Sœmmerring, Meckel, Legallois , etc. , et démontrée par des mesures prises à l'aide de liquides. D'autres l'avaient révoquée en doute , disant que les mesures sont incertaines, en ce que la paroi plus mince de la moitié droite cède plus que celle de la gauche à la distension produite par les liquides. Legallois (4) tenta d'écarter ces objections , en pétrissant la moitié gauche avec du mercure , avant de la mesurer, jusqu'à ce qu'elle fût complètement molle : les mesures prises ensuite lui apprirent que , dans les Chats , les Chiens , les Cochons d'Inde et les Lapins , la capacité du cœur gauche est à celle du cœur droit depuis 1 '. 1,10 jusqu'à 1 >1,20 , mais parfois aussi de 1 '. 2 ; sur vingt-trois cas , il n'y eut qu'une seule exception. Il me paraît hors de doute aussi , d'après le résultat des injections, que le ventricule pulmonaire est ordinairement plus spacieux que l'aortique (*). Comme ce dernier reçoit le sang de l'autre par la voie détournée des poumons , et que cependant il ne lui arrive point autant de sang que le droit en avait contenu , on se demande ce qu'est devenu cet excès de sang. Il n'y a que trois cas possibles : ou le sang s'est perdu dans les poumons, ou il est resté dans le cœur droit , ou il a reflué de ce cœur ; une quantité correspondante de sang ne peut point être consommée dans les poumons , car la somme des gaz expirés ne dépasse au moins pas celle de l'air inspiré , et l'exhalation aqueuse ne s'élève au plus qu'à un dixième de grain pendant un battement du cœur, tandis que le ventricule aortique contient près

(1) Œuvres , 1. 1 , p. 330.

(*) D'après les recherches de Bouillaud (Traité clinique des maladies du cœur, 1. 1 , p. 56 ) , la moyenne de la capacité du ventricule droit l'emporte sur celle du ventricule gauche ; mais la différence est assez faible;

de cent grains de sang de moins que le pulmonaire; or, une telle quantité de sang ne [pourrait pas disparaître d'une autre manière dans les poumons. Les deux autres cas possibles doiventêtre examinés sous un point.de vue plus général.

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