‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 45 sur 89 · PHÉNOMÈNES KELATUS AU TEMPS · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES KELATUS AU TEMPS

§ 714. Le courant varie dans les divers départemens du système sanguin. Il est oscillant depuis les troncs veineux jusque dans les ventricules, intermittent entre ceux-ci et les

(1) Œuvres, p. 131.

(2) Sarlandière, Mémoire sur la circulation du sang , p. 48.

276 MOUVEMENS du COEUK.

troncs artériels , rémittent dans les artères , continu dans les vaisseaux capillaires et les veines. Mais nous devons examiner chacune de ces formes en particulier, et signaler les cas où elles ont lieu aussi dans d'autres circonstances.

I. La continuité du courant, c'est-à-dire la condition dans laquelle il marche sans interruption , et d'une manière uniforme , appartient en propre aux vaisseaux capillaires et aux veines. Elle résulte de ce que les forces qui mettent le sang en mouvement, peuvent agir librement et sans rencontrer aucun obstacle.

II. La rémittence, c'est-à-dire la marche non interrompue, mais sans uniformité , et avec des alternatives d'accélération et de ralentissement , appartient au courant des artères en général. La plus petite blessure faite à ces vaisseaux suffît pour qu'ils donnent du sang, même pendant la diastole du cœur (1), et, lorsqu'ils ont été coupés entravers, le liquide s'en échappe continuellement, avec plus de force et par un jet plus ou moins long, pendant la systole du cœur. Quand les artères sont transparentes , on peut se convaincre , comme l'ont fait voir Haller (2) et Spallanzani (3) , qu'elles ne contiennent et ne charrient pas moins du sang pendant la diastole du cœur que pendant sa systole. La continuité du cours de ce liquide , alors même qu'il n'est point mis en mouvement par le cœur, peut dépendre de deux causes :

1° De ce que les artères , après avoir été dilatées par la systole du cœur, se resserrent pendant sa diastole et poussent ainsi, par leur propre diastole , le sang qu'elles ont reçu de lui; mais, outre qu'il y a des cas où les alternatives d'ampliation et de constriction sont tout-à-fait impossibles , le changement qui résulte deMà est si peu considérable (§710, 2°), qu'il ne saurait prendre une bien grande part à la propulsion du sang (§735, III).

2° Il est doac probable que l'ondée poussée par le cœur imprime une telle impulsion à la colonne du sang, qu'après

(1) Elem. physiolog., t. II, p. 224.

(2) Opéra minora , t. I, p. 488.

(3) Expér. sur la circulation , p. 145.

l'ébranlement recule courant continue encore d'avoir lieu dans

la direction qui lui a été donnée.

III. L'intermittence consiste en ce que le courant du sang marche et s'arrête alternativement.

3° Elle a lieu dans les points où le liquide est mù immédiatement par la force musculaire , et où des valvules s'opposent tant à son flux qu'à son reflux , par conséquent dans le cœur , et surtout dans les ventricules. Il est probable que , comme l'admet OEsterreicher (1), le courant sanguin est intermittent dans une partie de l'aorte , du moins au voisinage du cœur, parce que le liquide poussé dans ce vaisseau , où il se trouve logé à l'étroit, n'y rencontre pas, avant son passage dans les branches , assez d'espace pour pouvoir continuer de couler. Jusqu'à présent cette conjecture n'a d'autre appui que les observations de Spallanzâni sur les Salamandres (2) , dont les artères sont transparentes; ce physicien a vu', pendant la diastole du cœur, le sang s'arrêter dans les^deux premiers tiers de l'aorte , couler plus lentement que pendant la systole dans le dernier tiers, ou la queue , et avoir une marche aussi rapide, dans les petites ramifications," que durant la systole.

4° Quand le cœur agit plus faiblement , sa systole n'aboutit qu'à produire un mouvement momentané du sang et le courant rémittent des branches artérielles (II). Souvent même aussi le courant continu des vaisseaux capillaires devient intermittent. Spallanzâni, en observant ces derniers sur le mésentère des Grenouilles , a vu d'abord un courant continu, puis un courant rémittent , et enfin un courant intermittent (3). Wedemeyer a été témoin du même fait (4). Dœllinger a reconnu , comme l'avait déjà fait Spallanzâni (5) , avant lui , qu'au second ou troisième jour de l'incubation , le sang des embryons de Poulet s'arrête dans les artères pendant la diastole du cœur , et reprend ensuite son cours , mais en marchant

(1) Darstelluny der Lehre vom Kreislaufe , p. 78, 80.

(2) Loc. cit., p. 140, 242.

(3) Loc. cit., p. 291.

{4) Untersuchunyen ueber don Kroislauf ', p. 190. (5) Loc. cit., p. 243.

moins vite que durant la systole (1). (Psterreicher assure (2) qu'il en est de même dans les embryons des Grenouilles et des Poissons. Comme nous ne pouvons attribuer cet effet au développement des artères (1°), il paraît dépendre uniquement de ce que la force du cœur , d'abord faible , acquiert peu à peu plus d'énergie.

S0 De toute plaie faite à une branche ou à un rameau d'artère, le sang s'épanche par un courant, d'abord rémittent, puis plus tard intermittent , et quoique l'affaiblissement de la force du cœur , produit par l'hémorrhagie , puisse concourir à l'intermittence , la principale cause en est cependant qu'ayant diminué de masse, le sang n'arrive plus à la plaie que pendant la systole du cœur.

IV. La fluctuation , qui devient oscillation si le mouvement est plus rapide , a lieu quand le courant du sang marche tantôt dans un sens et tantôt dans un autre.

6° Ce mouvement est normal , comme chez les animaux inférieurs ( § 694 , 5° ) , dans tous les vaisseaux de nouvelle formation qui résultent du travail de la cicatrisation ou despseudomorphoses. Ainsi Blandin a trouvé , dans le bouchon sanguin d'une artère anévrysmatique soumise à la ligature , des vaisseaux qui communiquaient avec les branches artérielles normales , mais qui n'avaient de connexions avec aucune veine , de sorte que le sang qu'ils amenaient dans le caillot était obligé de revenir par la même voie (3). Le courant sanguin offre un autre mode de fluctuation dans les anastomoses ( § 713 , 4° ) , où , en raison des circonstances , il suit tantôt telle direction et tantôt telle autre. Enfin , dans le cœur et à l'extrémité des troncs veineux (§ 708, 1°, 2°), la fluctuation est subordonnée à la progression 9 car il |n'y a que le reste d'une onde lancée qui reflue , pour rentrer dans le cœur au sommet de l'onde suivante.

7° Dans le reste du système sanguin, le courant devient fluctuant, soit lorsque la force propulsive (vis a ter go) s'affaiblit,

(1) Denkschriften der Akademie zu Muennchen , t. VII , p. 214.

(2) Loc. cit., p. 80.

(3) Journal complémentaire , t. XXVIII, p. 7S.

soit quand l'obstacle qu'elle rencontre augmente au point que la résistance et l'impulsion se fassent équilibre ; le sang s'arrête alors, et oscille à droite et à gauche; dans les artères, il marche en avant pendant la systole du cœur , et revient sur lui-même durant la diastole (1) , passe d'un rameau dans une branche, quelquefois aussi de celle-ci dans un autre rameau, puis revient dans la branche et repasse de là dans le premier rameau (2) ; de même , dans les veines , tantôt il se dirige vers le cœur, et tantôt il revient sur ses pas.

8° Cette fluctuation a lieu ordinairement avant la mort , quand le cœur bat faiblement , et elle cesse dès que l'organe reprend un peu plus de vigueur (3) ; mais on la remarque aussi après que le cœur a déjà cessé de battre (4). Quelquefois elle survient après que le courant continua pris un caractère d'abord rémittent , puis intermittent, et pendant quelque temps encore elle continue d'être sous l'influence du cœur ; cari elle correspond à sa systole et à sa diastole (5). C'est aussi dans les capillaires les plus déliés qu'elle se manifeste d'abord , et delà elle se propage peu à peu dans les rameaux et les branches (6). Cependant on ne remarque pas toujours une telle succession ; quelquefois même la circulation cesse tout à coup et sans fluctuation préalable (7). Mais ce ne sont pas seulement les forces immédiatement motrices qu'il faut prendre en [considération dans le mouvement de la colonne sanguine -, on doit avoif égard aussi au point d'appui qu'elle trouve dans la portion qui vient après elle , et dans les parois : ainsi , en cas de blessure d'un vaisseau , cette colonne perd son point d'appui , la vis a tergo permanente qui l'empêchait de rétrograder , et elle reflue vers la plaie ; mais , comme la force motrice propre qui la poussait dans la direction* normale conserve encore ses droits , il s'établit une fluctuation ; par conséquent , en cas

(1) Spallanzani , loc. cit., p. 152.

(2) Haller, Opéra minora, t. I, p. 76.

(3) Haller, Opéra minora , t. I , p. 76.

(4) Wedemeyer, Untersuchunycn ueher den Krcislauf , p. 219.

(5) lbid., p. 190.

(6) Spallanzani , loc. cit., p. 147.

(7) Dœllinger, loc. cit., t. VII, p.,227.

de plaie , le sang coule dans les artères vers le cœur , et dans les veines en sens inverse de son cours ordinaire , jusqu'à ce qu'après quelques oscillations , le courant naturel surmonte le courant rétrograde (1).

9° D'un autre côté , l'accroissement de la résistance peut faire que celle-ci devienne égale aux forces motrices , et que de là résulte une fluctuation. Ce cas a lieu d'abord à la rencontre de deux courans veineux consistant en des séries simples de globules ; car alors l'un des deux courans rétrograde un peu , pour se reporter ensuite en avant (2). On l'observe aussi quand le courant qui vient du cœur arrive à la dilatation anévrysmale d'une artère dans laquelle le sang stagne et forme en partie des caillots (3). 11 se voit également dans les vaisseaux capillaires dont les extrémités sont obstruées par des caillots ; car alors les globules du sang deviennent fluctuans (4). Le même phénomène a lieu toutes les fois qu'un vaisseau vient à être rétréci ou obstrué par compression (5) ou par constriction (6). Enfin le resserrement dune artère coupée en travers peut emprisonner le sang , de manière que , pendant la systole du cœur , il se porte en avant vers la plaie, et que , durant sa diastole , il reflue et s'écarte de la blessure (7).

V. La stagnation du sang dans une partie quelconque du corps ne peut avoir lieu que d'une manière momentanée pendant la vie : car tout porte à croire que , quand le phénomène dure quelque temps, comme , par exemple , dans le priapisme , il s'établit au moins une fluctuation. Mais, aux approches de la mort, on voit, avec le secours' du microscope, les globules du sang couler avec plus de lenteur , s'agglomérer en masses de couleur foncée (8),'et enfin s'arrêter tout-à-fait.

(1) Spallanzani, loc. cit., p. 313.

(3) Haller, Opéra minora, t. I , p. 85 , 198.

(4) Wedenieyer, loc. cit., p. 196.

(5) Meckel , Deutschcs Archiv , t. I , p. 439.

(6) Spallanzani, loc. cit., p. 146.

(7) lbid., p. 365.

(8) CEsteireicher, loc. cit., p. 93.

MOUVEMENS DU COEUR, 2Sl

d0° Lorsqu'il s'en trouve plusieurs séries dans un vaisseau, les plus voisins des parois suspendent leur jnarche avant ceux qui occupent l'axe (1).

11° Reichel (2), Spallanzani (3) et Wedemeyer (4) ont vu la stagnation s'opérer d'abord dans les vaisseaux capillaires , et s'étendre peu à peu des ramifications vers les branches. Au contraire , dans les observations de Dœllinger (5) et de Ilaller (6) , le sang s'arrêtait dans les troncs , tandis qu'il coulait encore dans les ramifications les plus déliées. Haller (7) a vu le courant veineux commencer à s'arrêter, tantôt dans les branches, et tantôt dans les troncs. On ignore encore quelles sont les circonstances desquelles dépend cette différence.

12° Le courant cesse plus tôt dans les artères , d'après les observations de Dœllinger et de Wedemeyer. Haller (8) l'a vu aussi se ralentir d'abord dans les artères , et (9) s'y arrêter , après l'excitation du cœur, avant de cesser dans les veines ; mais , dans d'autres cas , c'étaient les courans veineux qui devenaient immobiles avant ceux des artères (10).

13° Suivant Spallanzani (11), la stagnation commence de meilleure heure à une grande distance du cœur que dans son voisinage , et Wedemeyer a remarqué que le cœur était la partie dans laquelle elle s'opérait en dernier lieu.

(Le mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires est continu chez les animaux adultes , et l'on ne remarque pas d'accélérations saccadées tant que l'animal n'est point affaibli ; mais , s'il devient plus faible , ou si une pression gêne la circulation, on voit le sang marcher par saccades , quoiqu'en

(1) Spallanzani, loc. cit., p. 492.

(2) Dn sanguine ejusque motu expérimenta , p. 24.

(3) Loc. cit., p. 293.

(4) Loc. cit., p. 93 , 213.

(5) Denkschriften der Akademie zu Muennchen , t. VII, p. 227.

(6) Opéra minora, t. I, p. 76.

(7) Ibid., p. 93.

(8) llnd., p. 93.

(9) llnd., p. 77.

(10) Ibid., p. 76, 91, 206.

(H) Loc. cit., p. 298.

même temps d'uue manière continue, dans les vaisseaux capillaii'os et surtout dans les petits courans artériels. Chez les animaux très-affarblis , ou quand la compression est forte , le mouvement n'a lieu que par saccades, et nest plus continu. Enfin on n'aperçoit plus que des oscillations , et les globules du sang, ne progressent plus que peu à peu, attendu qu'après chaque pulsation la résistance de la substance les oblige de rétrograder un peu.

De même que les observateurs cités précédemment, j'ai remarqué , sur des larves de Tritons , dans les branches du système de la veine porte, et dans les vaisseaux capillaires du foie, jusqu'aux veines hépatiques, un mouvement continu, mais en même temps saccadé , tandis que la circulation marchait avec plus de rapidité dans les autres organes ; le pouls n'était point appréciable, malgré la continuité du mouvement. 11 arrive quelquefois aux globules du sang de s'arrêter dans certaines gouttières, et de ne participer au battement du cœur que par des oscillations. Mais , en général , il résulte d'observations multipliées que la direction et La force inégale des courans homogènes , leur prédominance sur d'autres , et l'inégalité dans le concours de deux petits courans pour en former un troisième par leur réunion , dépendent de causes mécaniques , et qu'il suffit de modifier celles-ci , en changeant le moins du monde la situation des parties , pour que tout prenne aussitôt un aspect différent. ) (1)

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