VI. l
du tissu cellulaire circonvoisin. Les réseaux capillaires des interstices des muscles communiquent avec ceux de toutes les parties entourantes; ceux du périoste avec ceux de l'os, et ceux-ci avec ceux de la moelle. De cette manière , les vaisseaux capillaires du corps entier forment un réseau non interrompu, qui reçoit du sang d'innombrables artères, et une artère peut d'autant plus facilement en suppléer une autre , non pas qu'elle est plus voisine du tronc oblitéré , mais que ses vaisseaux capillaires sont plus rapprochés de ceux de l'organe intéressé. ;Ces communications font que , sans formation de nouveaux vaisseaux , une partie à laquelle le sang ne peut plus arriver par la voie ordinaire, en reçoit cependant la quantité nécessaire , parce que les anastomoses et les vaisseaux capillaires se dilatent , et que tpeu à peu des courans plus forts, mais en moins grand nombre, s'établissent à la place de ceux en quantité considérable qui existaient auparavant , et acquièrent dés parois plus épaisses. Deux préparations que m'a montrées Schrœdervander Kolck, prouvent que les mêmes phénomènes ont lieu aussi après l'oblitération des veines ) (1).
Weber (2) fait remarquer que les plus nombreuses et les plus grosses anastomoses se rencontrent au cerveau et à la moelle épinière , c'est-à-dire aux organes qui ont le plus besoin d'un afflux continuel de sang ( § 746 , 5° ) ; aussi a-t-on beau multiplier les ligatures, il est impossible, chez un Mammifère vivant, d'empêcher le liquide d'arriver à un segment quelconque de la molle épinière. Après les organes centraux du système nerveux marchent, sous ce rapport, l'estomac et les intestins, de manière que le sang peut toujours se concentrer dans la partie 'précisément où la digestion est en plein exercice. Enfin , au troisième rang, se trouvent le creux des mains et la plante des pieds.
C'est aussi la connexion des vaisseaux capillaires les uns avec les autres qui fait que, sur les cadavres , le sang, obéissant aux lois de la pesanteur , s'amasse dans les parties les
(1) Addition de J. Muller.
(2) Anatomio des Éabnstfhôn, t. TTT, p. 57,
plus déclives , et y produit des sugillations livides tandis que les points qui étaient rouges ou enflammés pendant la vie , pâlissent.
5° L'étendue du courant sanguin ne varie pas moins que sa direction ; tantôt il se restreint à une partie peu étendue , comme en cas d'inflammation , tantôt il est général , comme pendant la chaleur de la fièvre , tantôt enfin plus ou moins resserré , comme dans le froid fébrile. Quand la circulation n'a qu'une étendue peu considérable , elle est entretenue par les anastomoses , et une faible activité vitale suffit pour l'opérer dans':sa courte carrière ; Legallois entretint la circulation , à l'aide d'une respiration artificielle , dans la poitrine d'un Lapin auquel il avait enlevé la tête et l'abdomen, à l'exception de l'estomac (1). Lorsque l'étendue de la circulation vient à diminuer d'un côté , chez un sujet dont la vitalité n'est point affaiblie, et uniquement par l'effet de circonstances locales , le courant devient plus fort dans une autre direction ; c'est ainsi qu'après l'amputation d'un membre, chez\in homme qui jouit d'ailleurs d'une bonne santé, et à qui l'opération a fait perdre peu de sang , on voit survenir des symptômes de plénitude {pïethora ad spatium) ; de même aussi la Ugature d'une artère volumineuse , surtout dans le cas d'anévrysme , occasione d'abord de la céphalalgie , accompagnée d'autres signes de congestion vers la tête (2) , ou même de la chaleur et de la fièvre , avec pouls plein , dur et fréquent , battemens irréguliers du cœur , et gêne de la respiration. L'exaltation de la vitalité qu'on observe après l'invasion de la gangrène , semble également tenir à ce que le sang,' ne pénétrant plus dans la partie qui est frappée de mort, se porte en plus grande quantité aux autres organes.