‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 48 sur 89 · VI · texte numérisé non relu

VI

MOUVEMENS DU COEUP.

120 Lapin (!).'; \ Monoculus 1 castor (2).

136 Pigeonâ (3). ;

140 Cochon

d'Inde (4). Poule (5). ... Bremus terrestris (6).

220 Héron (7). ... Monoculus pu-

lex (8).

Ici non plus nous ne remarquons point de gradation correspondante à celle de l'organisation animale eh général ; nous apercevons bien plutôt un concours de circonstances diverses. L'une des plus importantes paraît être la quantité du sang; le cœur bat près de deux fois plus dans le maigre Papillon que dans la Chenille abondamment pourvue de sucs. Los troncs vasculaires de la Sangsue battent sept à huit fois, quelquefois dix à quinze fois par minute, ceux du Verde terre quatorzeà dix-huit fois , et quand on irrite l'animal , vingt-quatre fois. Leâ Mollusques marchent à peu près de pair avec les Aniielides , quant à l'abondance des sucs , et aussi quant au peu de fréquence des battemens du cœur. De même, les Oiseaux étant ceux des animaux chez lesquels la quantité relative du sang est le moins considérable , c'est aussi chez eux que la fréquence du pouls arrive à'son maximum. Dans les Mammifères , le volume du corps paraît être une des circonstances déterminantes ; mais l'activité de la vie animale entre aussi en ligne de compte , car le Singe a le pouls plus fréquent que le Hérisson , malgré sa taille plus grande , parce qu'il a aussi plus de vivacité. Les Ruminans et les Rongeurs sont en antagonisme les uns avec les autres eu égard tant à l'abondance des sucs qu'au plus ou moins de fréquence des battemens du cœur.

(4) D'après les mêmes.

(2) Jurine, Hist. des Monocles, p. 57.

(3) D'après Prévost el Dumas.

(4) D'après les mêmes.

(5) D'après les mêmes.

(6) D'après Meekel.

(7) D'après Prévost et Dumas.

(8) Jurine , loc. cit., p. 103.

2° Le temps que le srtng emploie à faire sa révolution complète dans le corps, ne peut être déterminé que d'une manière approximative , parce que les quantités d'après lesquelles on aurait à le calculer n'ont rien de fixé. Nous considérerons comme termes moyen* les plus sûrs, chez l'homme, un nombre de soixante-quinze battemens du cœur par minute, et un poids de cent soixante livres -, mats, quant à ce qui concerne la proportion entre la quantité de sang qu'une systole chasse du cœur et celle qui existe ddns le corps entier , nous indiquerons les extrêmes, dont la moyenne nous donnera ensuite la proportion la plus probable.

En admettant , comme on peut le faire d'après les remarques de \\ risberg , que la masse totale du sang est de trente livres, et, comme le dit Senac (1) entre autres, qu'une once de ce liquide est lancée chaque fois parle cœur, une circulation comprend quatre cent quatre-vingts pulsatious , et exige six minutes vingt-quatre secondes ; le sang circule donc neuf fois trois huitièmes dans l'espace d'une heure , et eh trente-quatre minutes huit secondes il passe, parle ventricule aortique, une quantité de ce liquide équivalente au poids du corps entier. Si , au contraire , nous admettons le minimum de la masse du sang , fixé par Herbst à dix livres , et lé maximum de l'onde sanguine , qui est de deux onces selon Prochaska , une circulation exige quatre-vingts pulsations, et dure une minute quatre secondes ; elle se répète cinquante-six fois et un quart dans l'espace d'une heure , et en dix-sept minutes quarante secondes elle fait passer dans le ventricule aorlique une quantité de sang égale à celle du corps entier. Ce sont là les extrêmes ; mais, en admettant , comme terme moyen, qu'un homme a vingt livres de sang , et que le cœur en chasse une once et demie à chaque systole , ce liquide fera en deux minutes et cinquante et une secondes une révolution entière , comprenant deux cent quatorze pulsations -, il circulera vingt-une fois dans une heure , et la masse qui traversera le ventricule aortique en vingt-deux minutes cinquante et une secondes égalera le poids du corps. Suivant Haies', le ventricule aortique est

(1) Loc.cit., t. II, p. 44:

292 MODVEMENS DU CŒUR.

traversé par une masse de sang égale, au poids du corps en six à onze minutes dans le Chien , dix-huit à trente-six chez l'homme , vingt dans la Brebis , soixante dans le Cheval , et quatre-vingt-huit dans le Bœuf.

L'incertitude où nous sommes relativement à la quantité du sang dans le corps entier , les différences que la capacité des ventricules présente chez les individus, et l'inconstance de la fréquence du pouls, ont déterminé Hering (1) à rejeter cette estimation comme trop vague. Il a tenté de déterminer d'une manière directe la rapidité de la circulation chez les Chevaux, en injectant du cyanure de fer et de potassium dans la veine jugulaire, et observant combien de temps s'écoulait jusqu'à ce qu'il retrouvât ce sel dans le sang de divers vaisseaux , mais surtout dans celui de la veine jugulaire du côté opposé , c'està-dire jusqu'à ce que le sérum , étalé sur du papier blanc , se colorât en bleu par la dissolution du sulfate de fer, avec addition de quelques gouttes d'acide hydrochiorique. Voici quels ont été les résultats de ses expériences ; le cyanure se montra au bout de dix à vingt-cinq secondes dans l'artère maxillaire, de quinze à vingt dans la massétérine , de vingt à trente dans la métatarsienne , de vingt à vingt-cinq dans la veine jugulaire opposée , de vingt-trois à trente dans la thoracique externe , et de vingt dans la saphène. Mais il me semble qu'on se tromperait beaucoup si l'on voulait tirer de ces expériences la conclusion que la circulation s'opère d'une manière complète en vingt à vingt-cinq secondes chez le Cheval. Tant de rapidité paraît réellement impossible ; car le ventricule aortique de cet animal a tout au plus une capacité de dix onces (ordinairement de six et quelquefois de trois). En supposant qu'à chaque systole il lance dix onces de sang (maximum), et que quarante-quatre pulsations aient lieu par minute , ce qui est déjà une fréquence peu ordinaire, nous aurions onze livres et quatre onces de sang en vingt-cinq secondes ; or il est évident que ce ne peut point être là l'entière masse du sang. Haies, après avoir enlevé vingt-huit livres de sang à un Cheval , en ayant trouvé encore dans les veines, le cœur et l'aorte abdo-

(1) Zcitsclirift fuer Physioloyic , t. I , p, 89-J2G.

minale, admit que la masse totale de ce liquide s'élevait à ime quarantaine de livres , ce qui n'est certainement pas trop pour un animal pesant au-delà de huit cents livres : or si le maximum d'une onde de sang est de dix onces , un intervalle d'une minute et trente-sept secondes est le moindre espace de temps que la masse entière du sang puisse employer pour une révolution complète. L'impossibilité d'admettre le résultat qui découle des expériences de Hering ressort déjà de ce que le cyanure parut dans la veine jugulaire opposée tout aussi rapidement après quarante-quatre pulsations par minute qu'après soixante , et qu'il n'y eut un retard de quelques secondes que dans les cas de trente à quarante-trois baltemens , tandis qu'il aurait dû y avoir une différence considérable , si le phénomène s'était rattaché uniquement à la révolution du sang. On pourrait présumer , d'après ces expériences, que certaines substances hétérogènes, comme le cyanure de potassium, se répandent dans la masse entière du sang avec plus de rapidité que ne marche le courant lui-même, ou qu'elles ne pénètrent pas aussi facilement dans les vaisseaux capillaires de certains organes, restent davantage dans le courant principal , et passent plus vite dans les veines , si la circonstance suivante n'avait pas pu prendre part au résultat.

3° Nous touchons ici un point qui n'a point encore été assez examiné jusqu'à présent, et qui seul prouve le défaut de précision de notre manière d'évaluer la vitesse de la circulation , comme aussi celle de toute autre méthode ; nous voulons dire la longueur inégale des carrières que le sang parcourt. Le courant sanguin est une agrégation d'un grand nombre de petits couraus, qui diffèrent beaucoup les uns des autres, eu égard à leur longueur , par conséquent aussi , sous le rapport du temps qui s'écoule depuis leur sortie du ventricule aortique jusqu'à leur rentrée dans cette cavité. Ainsi le sang qui coule de l'aorte dans les veines coronaires du cœur doit retourner à l'oreillette droite après un petit nombre de pulsations , et plus tôt que celui de tout le reste du corps ; celui qui passe de la première branche de la carotide dans la partie inférieure de la veine jugulaire, en traversant la glande thyroïde, parcourt un chemin bien plus court que celui qui, des

branches terminales de la carotide, va gagner le cerveau et d'autres parties de la tète; celui qui parvient du tronc de l'aorte dans celui de la veine cave, en traversant les reins, revient au cœur avant celui qui parcourt les longues artères méscntériques , puis le système de la veine porte , ou que celui qui est dirigé dans le bassin et les membres inférieurs parles ramifications terminales de l'aorte. D'après cela , parmi les globules du sang qui se rencontrent dans l'oreillette droite, quelques uns pourraient n'avoir mis que cinq ou six secondes pour y venir du ventricule aortique , tandis que d'autres auraient employé un laps de temps plus considérable , peut-être même cinquante fois plus long, pour parcourir le même trajet.

4° La quantité du sang qui arrive aux divers organes varie en raison du nombre et du diamètre de leurs vaisseaux. Les poumons reçoivent autant de sang que le reste du corps, plus même que lui , puisqu'ils lui en soustraient encore un peu par les vaisseaux bronchiques. On a cru trouver là une grande dilliculté , qu'on a cherché à écarter, soit, comme Haies , en admettant que la circulation se fait avec plus de vélocité dans les poumons , soit , comme Bichat , en proposant d'autres conjectures. Mais cette égalité entre les poumons et le reste tout entier du corps est détruite par l'inégalité de la carrière que le sang parcourt et par celle de la masse de liquide qui la remplit. Le courant sanguin passe des veines caves dans l'aorte par une sorte de diverticule latéral que représentent l'artère et les veines pulmonaires. Que ce détour soit grand ou petit , la proportion entre le courant contenu dans les veines caves et celui qui coule dans l'aorte demeure le même : que les poumons renferment dans leurs vaisseaux une demi-livre ou une livre entière de sang , ils peuvent, sans nul changement dans la vélocité de ce liquide, en recevoir deux onces de la veine cave, et en rendre tout autant à l'aorte durant le même laps de temps. Ainsi , d'après le calcul de Haies , le courant du sang pulmonaire ne serait pas cinq fois plus rapide, mais la carrière qu'il parcourt serait cinq fois plus courte que celle du sang dans le reste du corps. Haller a vu le sang ne pas couler plus vile dans les

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poumons que dans d'autres organes (1), et s'élancer de la veine pulmonaire par un jet presque aussi fort que de l'aorte (2). Kerr (•">) allègue, comme objection contre la doctrine de la circulation , que la plus grande partie des poumons peut être détruite par la suppuration sans que les vaisseaux du reste éprouvent aucune dilatation : mais , pourvu qu'il en demeure assez pour pouvoir contenir quatre onces de sang, ils sont aptes encore à maintenir l'uniformité du courant sanguin , puisqu'ils reçoivent deux onces de liquide et en expulsent simultanément autant, quoique, en pareil cas, l'onde du sang puisse aussi ne s'élever qu'à une once , ou même à une demionce, sans que le courant qui a lieu dans le système aortique vienne à être troublé.

5° La rapidité de la marche du sang peut être plus ou moins considérable dans certains organes que dans d'autres ; mais il ne résulte de là aucun dérangement tant que la masse de liquide que l'organe reçoit du courant général est égale à celle qui en sort pour aller regagner ce dernier. Spallanzani (4) a trouvé que la circulation avait la même vélocité dans toutes les parties des Grenouilles , mais que , chez les Salamandres (5) , elle était plus lente dans le mésentère que dans les poumons et la tête, plus lente que partout ailleurs dans les veines hépatique et splénique (6) , et parfois même trois fois plus lente là que dans les veines mésentéi iques. Des. observations analogues ont été faites par Wedemeyer (7). J. Muller (8) a vu la circulation plus lente dans le foie que dans d'autres parties , et dans les veines hépatiques que dans la veine porte.

6° Toutes ces circonstances réunies font qu'on chercherait en vain à trouver une mesure générale de la vélocité du cours du sang. On part d'hypothèses dont la démonstration ne peut

(1) Opéra minora, t. I, p. 191.

(2) Ibid., p. 73,225.

(3) Observations on the harvoian doctrine , p.ï!46.

(4) Expér. sur la circulation , p. 271.

(5) Ibid., p. 269.

(6) Ibid., p. 197.

(7) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1828, p. 349.

(8) Ibid., 1829 , p. 188.

être donnée , ou de quelques faits isolés , qu'on généralise sans être en droit de le faire , et Ton arrive ainsi aux résultats les plus disparates. Keil a calculé que , si , à chaque battement du cœur , il sort du ventricule aortique une once = 1,659 pouce cube de sang , ce qui donnerait , en comptant quatre-vingts pulsations par minute , 132,72 pouces cubes , et si on évalue l'orifice de l'aorte à 0,4187 pouce, le sang parcourt par minute une distance de vingt-six pieds , attendu qu'un cylindre ayant 0,4187 pouce de diamètre et contenant 132,72 pouces de liquide , doit avoir trois cent seize pouces ou vingt-quatre pieds de long. Mais comme la diastole dure le double de la systole , et que cependant elle ne contribue point à la propulsion du sang , le sang pousse ce liquide de soixante-dix-huit pieds par minute , ou de cent cinquante-six , en portant à deux onces la quantité qui sort chaque fois du ventricule aortique (1). Suivant Morgan , le sang parcourt onze pouces par seconde , et quinze d'après Robinson(2). A chaque systole du cœur, il en sort, d'après Sœmmerring (3) , vingt-quatre pouces de sang; suivant Haies, douze pouces ; selon Boissier (4) , trois pouces et trois lignes. Prochaska dit que chacune envoie seize lignes de sang dans les troncs , une ligne dans les branches , et un tiers de ligne dans les vaisseaux capillaires (5). Arnott assure qu'en une seconde il coule huit pouces de ce liquide dans l'aorte , et que cette quantité va toujours en diminuant dans les ramifications , de sorte que les vaisseaux capillaires les plus déliés ne reçoivent souvent pas un pouce de sang par minute (6).

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