ACTION DU COEUR SUR LES VEIKES
§ 722. La marche du sang dans les veines dépend , d'un côté du choc imprimé pendant la systole du cœur, et d'un autre côté de l'aspiration qui accompagne la diastole de cet organe.
I. Comme le sang afflue continuellement des vaisseaux capillaires , le sang contenu dans les veines doit être poussé vers le cœur par la pression qu'exercent sur lui les nouvelles portions de liquide {vis a tergo). Si l'on objectait que la force du cœur est insuffisante, attendu que le frottement du liquide contre les artères , les sinuosités de ces vaisseaux , et la diminution de la masse du sang par le fait de la nutrition , l'affaiblissent (1) , nous renverrions aux discussions dans lesquelles nous sommes entrés ailleurs (§ 694 , 3°) , et nous répondrions en outre par les faits suivans :
1° Spallanzani (2) a vu que , quand les baltemens du cœur se suspendaient, pour reprendre plus lard, la circulation aussi s'arrêtait, puis recommençait dans les veines , et que la cessation avait lieu plus tôt et la reprise plus tard que dans les artères.
2° Une grosse veine du mésentère , que Haller (3) avait liée sur une Chèvre, cessa sur-le-champ de chasser le sang vers le tronc de la veine porte , parce que ce liquide ne recevait
(1) JMerk , Ueber die thierische Bcioegung , p. 89.
(2) Loc. cit., p. 264.
(3) Opéra viinora, 1. 1, p. 89.
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plus l'impulsion da cœur. Magendie (1) lia l'artère crurale d'un Chien , et y pratiqua une petite ouverture au dessus de la ligature, c'est-à-dire du côté de ses racines ; le sang ne jaillissait qu'autant qu'il coulait dans l'artère crurale , ou que celle-ci, liée elle-même, en contenait encore ; mais il s'arrêtait dès que l'artère était vide, quoique la veine contînt encore du sang dans tout son trajet. Cross a observé le même phénomène (*2).
3° Spallanzani (3) a vu, dans[des Salamandres, des Reinettes et'des têtards de Grenouilles, la marche du sang veineux s'accélérer à chaque systole du cœur et se ralentir à chaque diastole. Cette observation a été faite aussi par Dœllinger (4) sur des embryons de Poissons , où le mouvement saccadé du sang dans la veine cave était toujours isochrone avec le pouls des artères. Wedemeyer a également remarqué (5) , chez des animaux adultes , que certaines petites veines offraient parfois, surtout quand la circulation était faible , une accélération saccadée du mouvement propulsif du sang , correspondante à la systole du cœur. Steinbuch (6) , Beyer (7) , Sundelin (8) et Davis (9) ont rencontré des malades chez lesquels toutes les veines superficielles exécutaient , d'une manière sensible à la vue et au toucher, des battemens isochrones à ceux des artères. Beyer attribuait ces pulsations à ce que , la circulation étant gênée dans l'aorte , le ventricule pulmonaire avait rejeté une partie de son sang dans le système des veines caves. Mais, de toute évidence, l'ébranlement saccadé du sang se propageait des artères aux veines à travers les vaisseaux capillaires ; car on n'a jamais entendu parler d'un reflux qui s'étende jusqu'aux ramifications déliées du système des veines
(1) Journal de physiologie, 1. 1, p. 410.
(2) Medizinisch-chirurtjische Zeitung, 1829 , t. IV, p. 59.
(3) Loc. cit., p. 253.
(4) Denkschriften des Akadcmie zu Muennchen, t. VII , p. 217.
(5) Untersuchuiiycn , p. 216.
(6) Hufeland , Journal der praktischen Hcilkundc , 1815 , cah. III , p. 9.
(7) Ibid., 4824, cah. supplément., p. 44.
(8) Horn , Neues ArcHv , 4822 , t. II , p. 11.
(9) Medinnisch-chirurijischc Zeitung , 1828, t. I, p. 48.
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caves , et les valvules le rendent impossible. Dans le cas rapporté par Steinbuch , les ramifications battaient avec plus de force que les branches , et dans celui dont parle Beyer, la pulsation était si considérable , qu'elle faisait alternativement sortir et rentrer la langue et les yeux. Enfin , lorsque Davis comprimait une artère , ce battement cessait dans la veine correspondante , et dès qu'il appuyait sur une veine, la pulsation disparaissait entre le point comprimé et le cœur. Le phénomène ne tenait point à des anomalies mécaniques , car, à l'ouverture des cadavres, on n'en découvrit aucune , et l'on ne remarqua surtout point de connexion anormale entre les artères et les veines. La pulsation n'était point continue non plus dans le cas cité par Steinbuch ; elle ne dura que trois jours , pendant un état fébrile qui avait pour cause une fièvre intermittente non développée , et elle ne reparut pas dès que celle-ci se fut dessinée franchement , non plus qu'après la guérison. Dans le cas décrit par Beyer, elle dura cinq jours , puis cessa pendant quatre , reprit ensuite , et ne s'arrêta plus jusqu'au cinquième jour, qui fut celui de la mort. Il n'y eut non plus que le malade de Sundelin chez lequel on la vit accompagnée de palpitations du cœur et d'oppression de la respiration ; car, dans les autres cas , les battemens du cœur et la respiration ne s'écartaient point de l'état normal. Il faut donc que la transmission du choc des artères aux veines ait été rendue possible par un changement particulier de l'activité vivante des vaisseaux capillaires , notamment, comme l'admet Steinbuch , par une dilatation extraordinaire de ces vaisseaux ; mais la cause à laquelle tenait ce changement demeure énigmatique. Peut-être y avait-il synchronisme complet de la diastole de l'oreillette droite et de la systole du ventricule gauche , de sorte que l'aspiration (II) et l'impulsion agissaient exactement au même instant sur le sang veineux.
II. Lorsque les oreillettes s'emplissent de nouveau, après s'être vidées , il s'opère en elles un vide , dans lequel le sang que contiennent les veines doit affluer, puisqu'il ne trouve point là de résistance , tandis que , dans les veines , il est soumis à la pression de l'atmosphère. Cette force aspirante du cœur était déjà connue jadis , et elle avait été discutée par
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Wildegans (1). Parmi les modernes, ceux qui l'ont surtout appréciée sont Carson (2) , Scmibaith (3) et Zugenbuhler. Sa possibilité repose sur les dispositions mécaniques suivantes
4° La diastole a lieu avant que le cœur soit distendu par du sang. Même sur le cœur mort , on trouve les cavités vides de sa moitié gauche distendues , tandis que les parois de la moitié droite sont affaissées et rapprochées. Mais, pendant la vie , l'ampliation est beaucoup plus considérable , en raison de la turgescence.
5° On ne peut pomper un liquide à travers des canaux flexibles et faciles à comprimer ; car, dès qu'il s'y forme un vide immédiatement au dessous du piston , la pression de l'atmosphère rapproche tellement leurs parois, que le liquide situé au dessous se trouve emprisonné. C'est pourquoi Arnott (4) et autres ont prétendu 'que le cœur ne peut pas exercer d'action aspirante sur le sang contenu dans les veines. Il est vrai que les branches veineuses ne se 'prêtent point à cette aspiration sur le cadavre ; lorsque, voulant faire de fines injections , je cherchais à attirer le sang des vaisseaux capillaires au moyen d'une seringue agissant par la veine d'un membre , la partie de la veine en contact avec la seringue s'obstruait si bien, au premier coup de piston, qu'il ne pouvait plus sortir aucune goutte de sang. Wedemeyer a éprouvé le même effet sur la veine crurale ; mais lorsqu'il opérait sur la veine cave inférieure et le tronc de la jugulaire, l'expérience réussissait mieux (5). En effet , les troncs veineux sont maintenus béans par leurs connexions avec les parties voisines , ainsi que l'a prouvé entre autres Bérard (6) : ainsi, la veine cave supérieure tient au péricarde, l'inférieure au centre tendineux du diaphragme , la sous-clavière, l'axillaire et l'hy-
(4) ÛEstcneicher, Versuch einer Varstellung der Lehre vom Kreislaufc , p. 453.
(2) An inquirij inte the causes of the motion of the blood , p. 448.
(3) PoggendorfT, Annalcn der Physik , t. LVII , p. 5.
(4) Elcmcnte der Physik , 1. 1 , p. 477.
(5) Meckel, Archiv fucr Anutomio , 4828 , p. 359. (6; Archives générales, t. XXII, p. 470.
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pogastrique aux aponévroses voisines , les sinus cérébraux à la dure-mère , les veines des $s au périoste , les veines hépatiques à la substance du foie. En outre, l'affaissement et l'occlusion des veines sont impossibles tant que le sang forme , dans les troncs, où il n'y a point de valvules, une colonne continue, qui s'avance à l'instant même où un vide va se produire dans le cœur.
6° L'orifice des troncs veineux est dépourvu de valvules qui puissent s'opposer au reflux du sang , et quoiqu'on en trouve chez plusieurs Reptiles, Oiseaux et Mammifères, elles ne sauraient cependant troubler la force aspirante du cœur, puisqu'elles doivent être repoussées dans sa cavité quand il se vide.
Mais arrivons aux preuves immédiates de cette aspiration. Comme nos recherches ne portent que sur la circulation de l'homme et des animaux vertébrés-, nous n'aurons point égard aux observations de Strauss , desquelles il résulte que , dans le Hanneton , et probablement aussi chez plusieurs autres Insectes , le vaisseau dorsal, après avoir poussé du sang en avant par sa contraction , en attire d'autre de la cavité du corps par des ouvertures latérales , disposition qui seule rend la circulation possible chez ces animaux.
7° Reichel (1) a vu, sur des Grenouilles, que quand les battemens du cœur s'étaient arrêtés et qu'on les ranimait en excitant l'animal , les globules du sang marchaient dans les vaisseaux capillaires par suite de l'impulsion que les artères leur communiquaient , mais que , dans les veines, le mouvement recommençait par les troncs , qu'il était déterminé en conséquence par ia.^ force aspirante du cœur , et qu'il ne se manifestait que plus tard dans les branches.
8° L'air pénètre avec une facilité extrême dans le cœur par une ouverture faite à un tronc veineux. Magendie rapporte un cas de lésion de la veine jugulaire , dans Jequel on ha le bout supérieur pour arrêter l hémorrhagie , mais sans toucher à l'inférieur ; après la mort, qui survint subitement, on trouva de l'air dans le cœur.
(1) De sanguine cjusque motu crpcrimenta , p. 40.
Q» Quand on pratique des vivisections , on voit le sang couler avec plus de rapidité dans les troncs veineux, pendant la diastole des oreillettes, et se mouvoir d'une manière plus lente, s'arrêter, ou refluer, pendant leur systole (1). C'est ce queSpallauzani a observé sur des Salamandres (2) : le sang arrivait au cœur par saccades ; pendant la diastole de l'oreillette, il coulait plus rapidement, et la veine cave était resserrée. J. Muller a vu le même phénomène dans la veine cave et les veines hépatiques de larves de Salamandres (3). Dœllinger a également reconnu , sur des embryons de Poulet, que le sang coulait plus vite dans les troncs veineux pendant la diastole des oreillettes , qu'il s'y arrêtait durant la systole de ces dernières, et qu'il ne continuait alors de se porter en avant que dans les racines déliées des veines (4); Baer a constaté aussi (§ 399 , 9° ) l'action aspirante du cœur dans l'embryon du Poulet. Wedemeyer a vu (5) , chez des animaux à sang chaud adultes , les veines caves s'affaisser et se vider plus rapidement pendant la diastole des oreillettes, se tuméfier, au contraire, et devenir gorgées de sang , pendant la systole : aussi attribue -t-il la vacuité des artères dans les cadavres à ce que les oreillettes survivent aux ventricules, de sorte qu'avant la mort le sang reste plus long-temps en mouvement dans les veines que dans les artères.
10° Enfin Coudret a remarqué quelquefois , en saignant des sujets pléthoriques et musculeux , que le sang sortait [de la veine par saccades ayant le même rhythme que le battement du cœur, mais non que le pouls artériel ; ces saccades succédaient au battement des artères, et par conséquent coïncidaient avec la diastole du cœur. Les conditions du phénomène étaient que le cœur battît avec une grande force , que la veine regorgeât de sang, et que la plaie fût petite (6). Ségalas et quelques autres médecins l'ont également observé (7). Cou-
(1) OEsterreicher, Darstellung , p. 137, 155.
(2) Loc. cit., p. 435, 199.
(3) Meckel , Archiv fuer Anatomie , 1829 , p. 186.
(4) Denkschriften , t. VII , p. 217.
(5) UnlersuchuiKjen , p. 48, 307.
(6) Journal complémentaire , t. XXXV, p. 330-340. ~
(7) Ibid., t. XXXVI , p. 71. ,
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drel l'attribue à la systole des artères , ce que nous ne pouvons admettre , d'après ce qu'on sait de la forme que revêt l'action de ces vaisseaux (§ 735).