‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 55 sur 89 · BÉSISTANCES · texte numérisé non relu

BÉSISTANCES

Il y a donc des particularités qui font que la force du cœur rencontre de la résistance , et c'est vainement qu'on prétendrait les nier en alléguant que le sang forme un courant continu, car un fleuve , qui ne représente pas un courant moins continu , coule tantôt plus rapidement et tantôt avec plus de lenteur, suivant la disposition de son lit. Mais il y a ici une telle harmonie entre la force et les obstacles, que le sang parcourt aisément sa carrière. Si cette vue ne suffisait pas, si l'on voulait , pour être exact , évaluer les mouvemens et les forces en secondes , lignes et grains , on se lancerait dans une entreprise impraticable et inutile ; impraticable , parce qu'on ne saurait faire entrer en ligne de compte toutes les circonstances dont le concours influe sur la vie; inutile , parce que les variations continuelles de la vie ne permettent pas de donner à de tels calculs un caractère de vérité générale.

Les circonstances mécaniques que nous avons à considérer ici sont, d'un côté, la force motrice du cœur (§ 730), d'un autre côté , les forces qui lui résistent, savoir, le sang, ou la masse à mettre en mouvement (§ 729), et les vaisseaux, ou les espaces dans lesquels le liquide se meut. ,

3l8 CAUSES DU MOUVEMENT DU SANG.

a. Résistance des vaisseaux.

Les résistances qui se rapportent aux vaisseaux naissent ou des rapports entre les parois et le sang , adhésion ( § 725 ) et compression ( § 726 ) , ou de particularités uniquement relatives à l'espace , le volume (§ 727) et la direction (§ 728) de ces conduits.

§ 725. Les vaisseaux sont les parois du courant sanguin, formées par ce courant lui-même, de sorte qu'elles lui correspondent parfaitement , et qu'elles réunissent les conditions nécessaires à son écoulement , c'est-à-dire qu'elles sont lisses et glissantes. Mais comme, partout, ce qui vit s'impose à soimême des limites .par ses productions , de même aussi le vaisseau devient une limite avec laquelle le sang entre en conflit. Entre l'un et l'autre règne une affinité adhésive; la force du cœur doit vaincre celte adhésion , et plus la surface des vaisseaux est étendue , comparativement à la masse du sang , plus aussi il doit se perdre de la force du cœur, pour vaincre cette résistance , et plus la vitesse de la marche du sang doit être diminuée.

1° Aussi le courant est-il plus rapide dans l'axe d'un vaisseau que le long de ses parois. On peut, selon Haller (1), Spallanzani (2), Sœmmerring (3) et Wedemeyer (4), s'en convaincre d'après le mouvement des globules. De là vient qu'il arrive quelquefois, quand le sang marche avec lenteur , qu'un caillot se dépose sur les parois , et que lui-même ne conserve plusqu'une étroite gouttière correspondante à l'axe. Ainsi, quoique , comme le ditProchaska(5), le sang marche parallèlement aux parois , de même que la mollette sur la pierre à broyer, ce n'est point là un argument qui renverse la théorie dont nous venons de parler.

2° C'est la masse du sang qui prédomine dans les troncs , et la surface du vaisseau dans les ramifications. La proportion

(1) Opéra minora, 1. 1 , p. 193.

(2) Loc. cit., p. 192, 27.

(3) Gefœsslehre . p. 128.

(4) Loc. cit., p. 196.

(5) Opéra minora , 1. 1 , p. 46.

GAD3ES DU MOUVEMENT DU SANG. 3fQ

des globules situés à la superficie de la colonne sanguine et en contact avec la paroi vasculaire , et ceux qui occupent le milieu du courant , est d'autant plus forte , à l'avantage des premiers, que le vaisseau est plus étroit, ou la colonne de sang plus grêle ; par conséquent , l'adhésion doit être plus faible et le courant plus fort dans les troncs que dans les branches. L'observation immédiate constate le fait (§ 711, 3°; 712, 2°). Aussi les anévrysmes sont-ils plus communs dans les troncs que dans les branches ; aussi le sang coule-t-il avec plus de lenteur des artères d'un petit calibre, etc.

3° Ce qiù est vrai du diamètre transversal des vaisseaux, l'est également de leur diamètre longitudinal. Plus le courant sanguin est long , plus il s'éloigne du cœur, et plus aussi il doit perdre de sa force motrice , plus par conséquent il doit devenir lent. Les artères coronaires du cœur sont celles dans lesquelles le sang parcourt la carrière la plus courte ; viennent ensuite les poumons. La carrière la plus longue que fournisse le sang, est celle des membres, surtout inférieurs. Aussi , quand la force des battemens du cœur diminue , est-ce d'abord dans les membres pelviens que la circulation s'affaiblit , et l'on ne sent déjà plus le pouls radial , chez un moribond , que les artères battent encore au tronc , à l'aine et au cou. La circulation est incomparablement plus lente dans la veine porte que dans les vaisseaux pulmonaires ( § 716 , 5° ) , parce que la première se trouve entre les longues artères mésentériques et les veines hépatiques, par conséquent à une plus grande distance du cœur. La lenteur doit croître surtout quand le vaisseau est en même temps long et fort étroit , particularité qu'on observe dans les artères spermatiques , qui , sous ce point de vue , forment un contraste des plus tranchés avec les artères rénales.

4° Dans les vaisseaux capillaires , ceux surtout qui ne charrient qu'une seule série de globules , l'adhésion , qui prend ici le nom de force capillaire, et la résistance au choc du cœur, doivent être plus fortes que partout ailleurs. La capacité plus considérable du système capillaire envisagé dans son ensemble, mais principalement l'adhésion plus grande des colonnes de sang , qui sont elles-mêmes plus grêles , rendent le courant

plus lent dans ce système , et font que la systole du cœur ne l'accélère point (§ 714, I). Keil a vu six parties de sang s'écouler de la veine crurale coupée en travers, et l'artère, coupée transversalement aussi , en donner quinze parties, d'où il tira la conclusion que , pendant son passage à travers les vaisseaux capillaires , le liquide avait perdu les neuf quinzièmes de sa vélocité par le fait de l'adhésion. Or, c'est cette résistance des vaisseaux capillaires qui devient, à proprement parler, la source du pouls artériel. L'artère ne peut-être mise en mouvement que quand le sang trouve un obstacle dont la présence ne permet pas qu'au même moment où une quantité quelconque de liquide sort du cœur , il en passe une égale dans les vaisseaux capillaires. Nous trouvons déjà la confirmation de ce théorème dans l'accroissement d'intensité qu'éprouve le pouls lorsque les artères viennent à être comprimées, comme par exemple quand les membres sont fortement fléchis ou des organes creux contractés sur eux-mêmes ; l'allongement des artères pendant le battement du cœur se voit surtout après qu'elles ont été liées (1). Mais le pouls devient aussi plus fort et plus prononcé toutes les fois que le sang traverse avec peine les vaisseaux capillaires ; on trouve ces derniers imperméables, par exemple, dans les inflammations. Spallanzani(2) n'a pu voir un mouvement saccadé du sang, dans l'artère pulmonaire de la Salamandre, qu'une heure après l'ouverture de la poitrine ; cet effet pouvait tenir, ou à ce que la pression de l'air atmosphérique avait accru l'obstacle dans les vaisseaux capillaires des poumons , ou à ce que le cœur avait perdu de sa force. Cette dernière circonstance est effectivement susceptible d'amener le même résultat , car les observations de Spallanzani (3) et de Wedemeyer ont constaté que la manifestation de la faiblesse influe sur la circulation jusqu'alors continue des vaisseaux capillaires, qu'elle la rend d'abord rémittente , c'est-à-dire semblable à celle des branches artérielles, ou, ce qui revient au même, plus lente

(1) Treviranus, Biologie, t. IV, p. 256.

(2) Loc. cit., p. 442.

pendant la diastole du cœur, et que, quand la débilité fait des progrès , cette même circulation devient intermittente , comme dans les troncs artériels , c'est-à-dire qu'elle s'arrête pendant la diastole.

§ 726. Le sang et son vaisseau sont, l'un par rapporta l'autre , dans un état de tension , qui n'existe plus à la mort , car, pendant la vie, l'expansion du sang (§ 693) et la turgescence du vaisseau (§ 762) sont plus considérables. Aussi, par exemple , une artère vivante produit-elle la sensation d'un cordon rénitent, tendu, ferme, et qui ne cède qu'aune assez forte pression, surtout quand elle est libre de tous les côtés , un seul excepté, comme à la face interne de la ganache du Cheval. Le sang fait effort pour distendre les vaisseaux ; lorsqu'un obstacle 'quelconque rend son écoulement difficile ou impossible , et l'oblige par conséquent de s'accumuler , le vaisseau devient le siège d'un gonflement visible et perma nent; c'est ce qui arrive, par exemple, à la suited'une liga i ture (1) , ou quand le sang stagne dans les branches (2) , ou lorsqu'il éprouve de la peine à pénétrer dans les vaisseaux capillaires , tels que ceux de l'artère pulmonaire sur un pou • mon qui est demeuré quelque temps exposé à l'air et qui ensuite admet moins de sang dans son intérieur (3). Mais les vaisseaux ont de l'élasticité, en vertu de laquelle ils exercent une pression sur le sang , de manière qu'après avoir été distendus , ils reviennent sur eux-mêmes , et restituent ainsi à la force impulsive que le sang a reçue du cœur , ce que la distension des parois lui avait fait perdre.

1° Quand un vaisseau est blessé, la* pression n'a plus lieu dans l'endroit endommagé , et celle qui continue d'agir dans le reste du système vasculaire , doit chasser le sang avec violence vers la plaie , de sorte que le mouvement du liquide s'accélère dans les vaisseaux qui normalement l'amènent à l'endroit malade, et devient rétrograde dans ceux qui l'en éloignent. Le sang afflue de Jous les côtés vers la plaie;

(4) Spallanzani , loc. cit., p. 346.

(2) lbid., p. 350.

(3) lbid., p. 362.

quand une artère ou une veine a été coupée en travers , il coule des deux bouts, et reflue du bout supérieur de la veine, d'aussi loin que le permettent les valvules (1); si l'on excise le cœur , la circulation s'accélère dans les veines et devient rétrograde dans les artères (2) ; après l'ouverture d'une veine mésentérique , le sang coule aussi bien de l'intestin que du foie (3); lorsque l'aorte se trouve ouverte, il reflue même des vaisseaux capillaires (4). Ce n'est que peu à peu qu'on voit s'affaiblir ce mouvement rétrograde. Le sang coule plus rapidement dans les vaisseaux qui l'amènent à la plaie , de sorte que, même quand il était auparavant à l'état de stagnation, ou déjà épaissi , il rentre de nouveau en mouvement (5) ; la circulation s'anime aussi dans les vaisseaux voisins (6) ; après l'ouverture d'une veine, elle devient plus vive jusque dans l'artère correspondante (7). Une hémorrhagie suffit même pour activer la circulation devenue languissante , et pour la faire entrer en jeu si elle s'était arrêtée ; car , par exemple , les vieux Chevaux qui viennent de recevoir le coup de la mort aux vaisseaux du cou , reprennent de la vivacité , renaissent en'quelque- sorte à une nouvelle vie , et exécutent des mouvemens aussi remarquables par leur vitesse que par leur énergie. Une hémorrhagie provoquée peut donc servir à titre de dérivatif, comme la saignée du bras dans l'hémoptysie, ou les sangsues dans les inflammations des organes internes; elle peut être utile aussi pour amener le sang vers une partie , et rétablir une hémorrhagie salutaire qui s'était supprimée , ou pour ranimer la vie générale , comme dans le cas d'asphyxie.

2° Lorsque l'élasticité diminue , le sang afflue en plus grande quantité , distend le vaisseau , coule plus lentement , ou s'arrête. L'artère mésentérique dont Haller (8) avait enlevé

(1) Ibid., p. 312.

(2) Ibid., p. 337.

(3) Haller, Opéra minora , t. I , p. 99.

(4) Medicinisch-chiruryischc Zeituny , 1828, t. IV, p. 171.

(5) Haller, loc. cit., t. I, p. 99 , 213.

(6) Spallanzani, loc. cit., p. 373 , 376.

(7) Haller, loc. cit., t. I, p. 114 , 217.

(8) Ibid., t.I, p. 85.,

la gaîne celluleuse, se {gonflait en un sac anévrismatique , dans lequel le sâtog ne faisait plus que fluctuer , sans pouvoir s'en écouler. Ces dilatations et ces stases ont lieu dans diverses formes de l'atonie', dans le scorbut, dans les inflammations chroniques et les ulcères fongueux , dans les poumons à la suite de maladies qui ont forcé de garder le lit pendant longtemps , après les inflammations , après la section des nerfs de la paire vague , etc.

3° Les veines ont des parois plus faibles , plus susceptibles de céder , et moins faciles à déchirer ; aussi les trouve-t'-on quelquefois , dans les varices , trois à cinq fois plus volumineuses que dans l'état normal; aussi le sang y coule-t-il plus lentement que dans les artères , et comme celles-ci lui font éprouver une plus forte pression , cette circonstance contribue à favoriser son passage dans les veines.

40 A mesure que les troncs se ramifient, la paroi s'amincit, la pression diminue par conséquent , et la circulation devient plus lente. L'épaisseur relative de la paroi, ou la proportion entre elle et la lumière du vaisseau, peut être plus forte dans les branches que dans les troncs , sans apporter le moindre changement à cette circonstance; car si le sang forme une colonne non interrompue , qui , par tous les points de sa surface , exerce une pression uniforme sur la paroi , il ne s'agit non plus que de la force absolue de la paroi qui résiste à cette pression.

5° Lorsque l'on ouvre une artère sur un animal vivant , et qu'on assujettit un tube perpendiculaire au bout tourné vers le cœur, le sang, échappant à la pression qu'il éprouve dans l'intérieur du système artériel , pénètre dans le tube , et y monte jusqu'à ce que le poids de la colonne qu'il y forme égale la pression qui a lieu dans l'intérieur des artères. Mais cette pression doit être la même partout, et, en effet, Poiseuille a trouvé que le sang parvenait à la même élévation dans le tube, quelle que fût l'artère à laquelle on avait appliqué celui-ci (1). Haies a tenté de mesuVer ainsi la pression que le sang éprouve dans le système artériel : il a reconnu que le

(i) Répertoire général d'anatomie , t. VI , p. 70.

sang de l'artère d'un Cheval montait dans le tube , depuis huit pieds jusqu'à neuf et demi, celui d'un Agneau, de six pieds et demi, celui d'un Daim, de quatre pieds et plus , celui d'un Chien , de quatre pieds et demi; à chaque battement du cœur le sang s'élevait davantage , et sa hauteur augmentait d'un à trois pouces chez le Cheval. Le sang de la veine jugulaire d'un Cheval s'éleva à douze pouces, celui d'un Agneau à cinq pouces et demi , celui d'un Chien, depuis quatre jusqu'à sept pouces ; la pression du système veineux était donc à celle du système artériel dans la proportion d'environ 1 10. Cette différence lient en partie à ce que le cours du sang artériel trouve plus de résistance dans les vaisseaux capillaires, et à ce que celui du sang veineux en rencontre moins dans le cœur; lorsque l'entrée du sang veineux dans le cœur était rendue difficile par les mouvemens de l'animal, ou par d'autres circonstances , ce liquide montait plus haut dans le tube , et si une ligature empêchait totalement son passage , il s'élevait presque à la même hauteur que le sang artériel.

Poiseuille s'est servi , pour des mesures analogues , d'un appareil particulier ( hémo-dynamomètre ) , dans lequel le sang était mis en contact avec du carbonate de soude , pour empêcher qu'il ne se coagulât, et qui lui permettait de peser de bas en haut sur une colonne de mercure. De cette manière , il a trouvé qûe la colonne mercurielle à laquelle le sang artériel faisait équilibre était de cent cinquante et un millimètres, chez les Chiens, de cent cinquante-neuf chez les Chevaux, et de cent soixante et un chez les bêles bovines, ce qui équivaut à des colonnes d'eau de six pieds et demi, six pieds huit pouces , et six pieds neuf pouces.

0° Les différais organes sont dans un état de tension les uns à l'égard des autres, de sorte que les vaisseaux , notamment les veines , sont comprimés par les parties voisines , ce qui favorise la circulation. Aussi le cours du sang se ralentitil d'une manière notable dans les veines du bas-ventre, après l'ouverture de la cavité abdominale : on voit surtout les veines mésentériques se gonfler et devenir variqueuses (1). De là

(1) Hallev, Ojoem vwwra, 1. 1, p. 89 , 232.

vient encore qu'une compression exercée sur la peau peut activer la circulation ; car lorsque cette dernière est ralentie par l'atonie du système cutané , on l'accélère au moyen de bandages, ce qui rend l'application d' une bande roulée utile dans les cas d'ulcères atoniques et de varices. Dans les contusions , les parties sont relâchées, et le sang s'y accumule jusqu'à ce que l'équilibre de la tension contre la pression qui s'exerce dans le reste du système vasculaire soit rétabli par sa masse : mais si l'on exerce une compression prompte et soutenue sur la partie qui vient d'être contuse , on prévient l'accumulation du sang et la formation de la tumeur qui en serait le résultat.

6° Le mouvement des organes , notamment du canal intestinal et des poumons , ou des muscles soumis à l'empire de la volonté (§ 773), tels que ceux de l'abdomen et le diaphragme , doit accroître la pression sur les veines , et par suite accélérer la marche du sang dans leur intérieur : les veines cutanées paraissent avoir des parois plus fortes que les veines profondes , précisément parce qu'elles sont moins soumises à l'influence du mouvement musculaire ; cependant elles n'y sont point entièrement soustraites, et de là vient , par exemple, que , dans la saignée du bras , le sang coule par un jet plus fort quand la personne remue la main, ou tient quelque chose entre les doigts , parce qu'alors les muscles de l'avantbras se contractent d'une manière intermittente ou soutenue.

Les artères peuvent diûîcilement agir du dehors sur les veines par leurs pulsations , car il n'y a que les troncs et les gros rameaux qui se meuvent , et ils ne touchent point ceux des veines. En observant une veine mésentérique qui passait sur une artère , Spallanzani (1) ne put apercevoir aucun changement de la circulation produit par les pulsations artérielles.

7° La pression de l'atmosphère , qui , sur la surface du corps humain, est évaluée à quinze ou seize pieds carrés, égale, à une hauteur de deux cents pieds au dessus du niveau de la mer, un poids de trente à trente-six mille livres, maintient les

(1) Loc. cit., p. loO.

dispositions mécaniques de l'organisme dans leur état normal , et concourt notamment à favoriser la circulation , en restreignant l'afflux du sang vers la surface. Quand on soustrait une partie du corps à cette pression , par l'application d'une ventouse sèche , elle se gonfle , rougit et devient gorgée de sang. Rien ne prouve mieux combien la soustraction de la pression atmosphérique borne le mouvement du sang vers le cœur , que la découverte faite par Barry (1) , et constatée par les nombreuses expériences de Kupfer (2) , du pouvoir qu'ont les ventouses d'empêcher les poisons portés dans une plaie d'exercer leur action délétère. On a quelquefois remarqué sur les hautes montagnes , où l'air est très-raréfié , des accidens causés par des congestions vers, divers organes. Les observations de Roulin (3) n'ont rien appris de positif sur l'accroissement de la fréquence du pouls à de grandes hauteurs; mais , suivant Parrot\ cette fréquence, qui est de soixante et dix pulsations par minute au niveau de la mer, devient^ de soixante-quinze à mille mètres , de quatre-vingt-deux à quinze cents mètres , de quatre-vingt-dix à deux mille , de quatre-vingt-quinze à deux mille cinq cents , de cent à trois mille , de cent cinq à trois mille cinq cents, et de cent dix à quatre mille (4).

§ 727. Le temps que le sang emploie à faire sa 'révolution est en raison inverse de l'espace qu'il doit parcourir ; par conséquent aussi l'amplitude des vaisseaux est en raison inverse de la vélocité de la circulation.

1° Le sang marche avec lenteur dans un anévrysme , et si la tumeur est très-volumineuse, elle ne bat'presque pas, ou chasse si peu de sang, que le pouls des parties situées au dessous est faible et petit , que le membre entier devient blême, froid , flétri et faible. Dans les vivisections, Haller (5), Spallanzani (6) et Wedemeyer (7) , ont souvent trouvé les vais-

(1) Archives générales , t. IX , p. 131.

(2) Comment atio de viquam aer pondère sua et inmotum sanguinis et in àbsorptionem exercet. Léipzick , 1828 , in-8u.

(3) Journal de Magendie , t. VI, p. 1-13.

(4) Froriep , Noii'zen , t. X , p. 216.

(5) Opéra minora, t. I, p. 88, 194.

(6) Loc. cit., p. 144.

(7) Loc. cit., p. 198. '

seaux offrant des dilatations, où le sang coulait avec lenteur, mais au sortir desquelles il reprenait sa vélocité précédente. SpaUansani a vu également la circulation marcher plus vite dans tout point accidentellement rétréci d'un vaisseau , qu'au dessus et au dessous (1). Quand on pratique une saignée , la bande dont on entoure le membre rétrécit les veines cutanées , et celle qu'on pique donne alors un jet de sang , tandis que , si l'on n'appliquait pas de lien , ce liquide ne coulerait qu'en nappe. Lorsque Wedemeyer vidait plusieurs vaisseaux capillaires, en exerçant une compression sur eux (2), celte limitation apportée au développement des courans rendait les autres d'autant plus rapides. Bichat (3) a prouvé , par ses expériences, que la circulation dans les organes creux n'est point favorisée par leur distension1: cet état paraît même la ralentir; du moins Spallauzani (4) a-t-il remarqué que, pendant la diastole des artères , le sang s'arrêtait dans les veines disséminées au milieu de leurs parois , et qu'il coulait avec vitesse durant leur diastole.

2° Les veines sont plus nombreuses que les artères , surtout dans tous les organes de la vie animale ( cerveau et moelle épinière, crâne et colonne vertébrale, membres et peau) et dans les viscères du bassin (rectum, organes génitaux et urinaires). Elles ont aussi un diamètre qui surpasse le leur. Cette diflèrence se prononce jusque dans les vaisseaux capillaires, où les deux systèmessont en communication immédiate l'un avec l'autre. Dœllinger (5) a trouvé les petits courans artériels moins nombreux, plus grêles, mieux délimités, plus dendi itiques ; les veineux, au contraire, plus nombreux, plus larges, moins nettement tranchés, et plus réticulaires. Il est difficile de déterminer exactement la proportion de la capacité des deux systèmes , attendu qu'elle change beaucoup pendant la vie , et qu'elle varie aussi en raison du genre de mort, car on l'a trouvée plus grande après une apoplexie ,

(1) Loc. cit., p 155 , 258.

(2) Loc. cit., p. 208.

(3) Rech. sur la vie et la mort, p. 205.

(4) Loc. cit., p. 200.

(5) Dcnkschriften, t. VII, p. 199.

et moins considérable à la suite d'une hémorrhagie mortelle, attendu enfin qu'après la mort les artères se rétrécissent davantage et les veines se dilatent plus, par l'effet des injections, que pendant la vie et dans l'état normal, où on les trouve ordinairement plutôt flasques que rénitentes. Quand donc on admet que le rapport du système artériel au système veineux, eu égard à la capacité , est de 1 : 4 , ou de 1 2, 25 (4 : 9]), ou de 1 : 1, 66 (3 '. 5) , ce ne sont là que des évaluations approximatives, dont la dernière semble s'écarter moins que les autres de la vérité. Maintenant, comme tout liquide quelconque coule plus rapidement dans un espace resserré que dans un autre où il trouve plus de place pour s'étendre , on peut aussi supposer un courant plus rapide dans les artères que dans les veines. Or l'expérience journalière atteste que le sang coule avec plus de lenteur et moins de force d'une plaie veineuse que d'une plaie artérielle.' D'ailleurs , l'observation directe de la circulation dans les vaisseaux parle en faveur de cette hypothèse : Haller (1) a vu le sang marcher ordinairement avec plus de lenteur, couler même deux ou trois fois moins vite (2), dans les veines que dans les artères, et il ne s'est offert à lui qu'un petit nombre de cas dans lesquels la vélocité fût égale de part et d'autre. Spallanzani, il est vrai , admet que ce dernier cas est la règle (3) ; mais , dans un autre endroit (4) , il restreint l'égalité aux vaisseaux de moyen calibre , et dit (5) que le courant a la même rapidité dans les artérioles et les veinules , mais qu'il est plus lent dans les branches veineuses que dans les artères correspondantes. L'inégalité des deux courans est confirmée aussi par les observations de Dœllinger (6) et de Wedemeyer (7) ; le premier a remarqué un mouvement plus rapide dans les points

(1) Opéra minora , 1. 1 , p. 82, 83 , 91 , 98.

(2) Ibid.,?. 206.

(3) Loc. cit., p. 268.

(4) Ibid., p. 190.

(5) Ibid., p. 163.

(6) Loc. cit., p. 211.

(7) Loc. cit., p. 198.

d'une veine où s'abouche une artère, et l'autre (1) n'a observé quelquefois une rapidité plus grande dans les artères que dans les veines qu'en cas de faiblesse des battemens du cœur , et surtout pendant l'agonie. On ne peut également considérer que comme des à peu près les évaluations anciennes , d'après lesquelles le sang franchirait, par minute, soixante-six pieds dans les veines et cent quarante-quatre dans les artères.

Du reste, nous reconnaissons, dans le cœur (§ 707, 7°), que la capacité et la force propulsive sont en raison inverse l'une de l'autre ; le ventricule pulmonaire a une colonne de sang plus courte à mettre en mouvement ; il a donc besoin d'une force propulsive moins considérable , et, par suite, sa capacité dépasse celle du ventricule aortique ; mais , quand celui-ci a subi une dilatation morbide , il ne pousse plus le sang avec l'énergie nécessaire , d'où résulte que ce liquide s'accumule dans les poumons et que la respiration devient gênée (2).

3° Toutes les artères se partagent ou se ramifient , les unes plus , les autres moins ; en général , on admet qu'elles se divisent vingt fois environ en branches. Or les branches , prises ensemble , l'emportent en capacité sur le tronc , de sorte que le système artériel représente un cône , dont le sommet se trouve au cœur et la base à la périphérie. A la vérité, cette différence n'est point réellement assez considérable pour sauter aux yeux quand on compare les diamètres , puisque la capacité des cylindres ne peut être comparée que d'après le carré de leurs diamètres ; mais , même en se bornant à ce moyen d'appréciation , elle est encore assez grande pour qu'on juge qu'elle doit influer sur la vélocité de la circulation. Ainsi , par exemple , Wedemeyer a trouvé la circonférence de l'artère crurale = 12 , et celle des deux brandies dans lesquelles elle se bifurque = 18 ; de sorte que le rapport de la branche aux rameaux serait , d'après les diamètres , de 12 : 18 = 1 ! 1,50 ; mais, d'après les carrés des diamètres , c'està-dire d'après la capacité réelle, elle est de 144 : 162 = i: 1,12.

(1) Loc. cit., p. 214.

(2) Legallois, Œuvres, 1. 1, p. 338.

Or, puisqu'il y a plus d'espace dans les ramifications , le sang doit y couler avec plus de lenteur que dans les troncs (§ 711, 3°). Haies introduisit dans l'aorte d'un Chien mort un tube qu'il remplit d'une quantité d'eau dont la pression, était égale à celle du sang qui s'écoulait du cœur d'après son calcul ; si alors il venait à fendre l'intestin le long de son bord convexe , trois cent quarante-deux pouces cubes d'eau sortaient , en quatre cenls secondes , des dernières ramifications artérielles ainsi ouvertes ; en incisant le mésentère près de l'intestin, la même quantité d'eau sortait, des branches des artères mésentériques , en cent quarante secondes; enfin, les branches fournissaient un écoulement plus rapide encore à leur entrée dans le mésentère.

Le système veineux offre des dispositions analogues , sous le rapport de la capacité; ici, également , la circulation est plus lente dans les racines , et plus rapide dans les troncs , comme l'ont constaté surtout Haller (1) , Spallanzani (2) et Dcellinger (3). Lorsqu'un courant veineux est fortifié par un afflux latéral venant d'une branche , et qu'ainsi la veine se remplit davantage , la vitesse augmente , et celle-ci ne demeure la même que quand une certaine étendue de la veine ne change point de diamètre et ne reçoit pas de racines (4). Suivant Spallanzani , la circulation est trois fois plus rapide dans les racines que clans les troncs. Cependant il a été trouvé plus d'une exception à celte règle, comme, par exemple, quand la systole des oreillettes rejetait une certaine quantité de sang du cœur dans les troncs veineux.

4° La cessation des pulsations dans les ramifications déliées des artères a été attribuée à la diminution de la force avec laquelle le sang est mis en mouvement à partir du cœur ; mais nous avons vu (§ 714, 4°) que c'est précisément quand les battemens du cœur sont faibles, qu'on voit puiser les courans contenus dans les vaisseaux capillaires. Le pouls nous a semblé bien plutôt être le résultat d'obstacles contre lesquels se

(1) Loc. cit., p. 98, 206.

(2) Loc. cit., p. 163.

(3) Loc. cit., p. 210.

(4) Spallanzani, loc. cit., p. 258.

raidit la force du cœur (§ 725 , 4° y. Or, d'un côté, les vaisseaux capillaires présentent un plus grand espace, et, de l'autre, ils conservent généralement le même diamètre dans tout leur trajet ; par conséquent , lorsque le sang s'y est une fois introduit, il éprouve moins de résistance, et coule d'une manière uniforme. Voilà pourquoi l'aorte des Poissons ne bat point , et non parce que son sang a traversé auparavant les vaisseaux, capillaires des branchies ; de même , suivant Barkow (1) , les branches de la carotide cérébrale de la Brebis n'exécutent point de pulsations , parce que leur sang a franchi le réseau admirable , tandis qu'elles en offrent chez le Lapin , qui ne possède point ce réseau.

5° Beaucoup de vaisseaux conservent le même diamètre pendant leur trajet ; tel est le cas surtout des artères, tant qu'elles ne fournissent pas de branches ; mais on observe aussi le même phénomène sur un grand nombre de veines , quoiqu'elles se ramifient. Lorsqu'un tronc donne plusieurs branches, il se rétrécit ordinairement un peu, de manière que le sang, agissant à la manière d'un coin , marche avec plus de vitesse ; mais plusieurs artères , telles que la carotide , la vertébrale , la coronaire labiale , la mammaire interne , la splénique et la spermatique, vont en s'élargissant un peu vers la périphérie, lorsqu'elles parcourent une certaine étendue sans donner de branches considérables, et par là ralentissent le cours du sang (2).

§ 728. Quant à la direction, elle a aussi de l'influence.

1° Si le sang coulait par ondées, à chaque courbure d'un vaisseau , il heurterait contre la paroi opposée , et diminuerait ainsi la vélocité de son mouvement; mais , comme il représente une colonne indivise , qui exerce une pression uniforme par tous les points de sa surface , la flexuosité du vaisseau ne peut pas produire un tel effet. C'est aussi ce que l'observation démontre. Quand Haller (3) ployait une artère mésentérique à angle aigu , ou lorsque Spallanzani (4) la tor-

(1) Meckel , Archiv fuer Anulomie , 1830 , p. 4.6.

(2) Autenrieth , Handbuch der Physiologie, 1. 1 , p. 165.

(3) Opéra minora , t. I , p. 194.

(4) Loc. cit., p. 156.

tillait plusieurs fois sur elle-même en chiffonnant le mésentère, la marche du sang ne devenait pas plus lente. Cependant , quoiqu'il n'y ait point ici de ralentissement sensible , on a été trop loin en niant qu'il ait lieu quand le courant s'accroît par saccades, puisqu'alors le flot, malgré sa continuité, n'en heurte pas moins contre la paroi opposée , à l'endroit des courbures. En effet , l'extension et le mouvement latéral d'une artère flexueuse doivent diminuer la force (§710, 3 °), et nous savons d'ailleurs que le courant n'est entièrement interrompu ni toujours ni sur tous les points (§ 705). Mais certains faits aussi ne peuvent pas être expliqués d'une autre manière que par un heurtement de cette sorte ; la courbure de la paroi artérielle étant toujours plus forte au côté convexe, c'est une preuve que ce côté a un effort plus considérable à supporter; si , dans les congestions abondantes vers la tête , celle-ci éprouve quelquefois un mouvement visible à chaque battement du pouls, comme Haller l'a éprouvé sur lui-même (4) , il faut manifestement l'attribuer à ce qu'en pénétrant dans son canal , la carotide se porte perpendiculairement vers le rocher, après quoi elle se recourbe.

Du reste , Wedemeyer dit aussi avoir vu le sang couler d'une manière plus lente et saccadée dans de grosses artères mésentériques qui décrivaient ^Je nombreuses courbures (2).

2° Il en est de même pour les éperons placés aux bifurcations. Le sang représentant une colonne non interrompue , il doit couler aussi vite dans une branche qui se détache du tronc sous un angle droit ou obtus, que dans celle qui en émane à angle aigu, et qui., par conséquent, s'écarte moins de la direction primitive. Aussi Haller (3) , Spallanzani (4) et Dœllinger (5) n'ont-ils pas vu que le mode de division exerçât la moindre influence sur la vitesse du mouvement du sang. Cependant cette règle paraît ne s'appliquer qu'à la circulation en général et à ses phénomènes appréciables. Haller a remar-

(1) Elem. physioloy., t. IV, p. 118.

(2) Meckel , Archiv fuer Anatomio , 1828 , p. 351.

(3) Opéra minora, t. I , p. 88 , 208.

(4) Loc. cit., p. 145.

(5) Denkschriften, t. VII , p. 223.

que quelquefois un cours plus lent du sang dans les branches qui naissaient sous un angle très-ouvert (1). Spallanzani a vu plusieurs fois les globules heurter contre l'éperon , et même se reiourner sur eux-mêmes, avant de continuer leur marche (2). Dœllinger a reconnu que le sang coulait plus lentement dans une branche veineuse faisant un angle obtus , tant qu'il marchait dans celte direction , c'est-à-dire vers la périphérie, et qu'il ne reprenait sa vélocité première que quand la branche se replaçait dans la direction de son tronc (3).

b. Résistance du sang.

§ 729. A l'égard du sang lui-même :

1° Sa quantité doit être égale à la résistance qu'il oppose au cœur. Mais le cœur a besoin d'un certain degré de résistance , et ce n'est qu'à cette condition qu'il agit avec la force convenable. Voilà pourquoi, après une forte hémorrhagie, cet organe se meut faiblement , et la circulation s'arrête dans les vaisseaux capillaires. La masse du sang ne gêne sa marche que quand elle devient par trop considérable.

2° La qualité du sang exerce incontestablement aussi de l'influence. Un sang fort épais- ne coule qu'avec lenteur du vaisseau ouvert. Gruithuisen (4) a vu , dans une petite branche artérielle , un bouchon de sang épaissi , qui avançait à peine d'une manière sensible , et qui , parvenu à la scission du vaisseau en deux capillaires , resta près de dix minutes immobile, jusqu'à ce qu'un mouvement de l'animal le divisât en deux parties , qui passèrent lentement dans les veines , en suivant chacune son capillaire. Mais un sang très-atténué et pauvre en cruor se meut également avec lenteur, parce qu'il ne stimule point assez le cœur, qui , par cette raison , bat avec lenteur et faiblesse.

3° La pesanteur du sang est vaincue par la force du cœur, puisque la systole fait monter ce liquide dans l'aorte ascendante, et que la diastole l'attire de la veine cave inférieure.

(1) Loc. cit., p. 193.

(2) Loc. cit., p. 461.

(3) Loc. cit., p. 223.

(4) Beitrœije sur Phyiioynosie , p. 90.

Mais le cœur est si puissant , que , dans l'état normal , on n'aperçoit pas du tout l'effet de la pesanteur , qui ne devient sensible qu'en proportion de la diminution de son énergie (l)î, comme Haller (2) et Spallanzani (3) l'ont remarqué chez les animaux. Dans de pareils cas , Haller (/i) a vu que , quand il tenait le mésentère perpendiculaire, l'intestin étant tourné vers le haut, le sang coulait avec plus de vitesse dans les veines, et que les artères se vidaient, mais que le rétablissement de la situation naturelle ramenait la circulation à l'uniformité; qu'en tenant le mésentère verticalement , l'intestin tourné en bas, le sang s'arrêtait dans les veines ; enfin (5) , que la pesanteur remettait en mouvement le sang devenu stagnant dans les artères. Lorsque Piorry avait ouvert la veine jugulaire à un Chien, et qu'au bout de quelque temps le sang avait cessé de couler, ce liquide recommençait à sortir quand il soulevait le train de derrière , et l'animal périssait exsangue , ce qui n'arrivait pas lorsqu'on lui tenait la tête haute (6). Ainsi donc, si la force du cœur triomphe de la pesanteur dans les gros vaisseaux, l'adhésion aux parois , ou ce qu'on nomme la capillarité, produit le même effet dans les vaisseaux capillaires. Chez des Salamandres qui avaient été tuées par l'électricité, de manière que le sang ne se coagulait pas sur-le-champ, Spallanzani le voyait descendre rapidement dans les troncs , plus lentement dans les branches , et presque pas dans les ramifications déliées (7). En vertu de la circulation, la perte que la force du cœur subit de la part de la pesanteur, se trouve compensée d'un autre côté par celle-ci même : après que le sang a monté contre la loi de la gravitation , son retour est favorisé par cette même loi.

Maintenant nous trouvons , dans certains organes , des rapports entre la force du cœur et la pesanteur qui correspondent

(4) Bourdon , Essai sur l'influence de la pesanteur, p. 22.

(2) Opéra minora , t. I, p. 148.

(3) Loc. cit., p. 202.

(4) Loc. cit., p. 415.

(5) Loc. cit., p. 419.

(6) Archives générales, t. XII, p. 527,

(7) Loc. cit., p. 302, 372.

à leur situation normale. Le fait est plus prononcé à la tête que partout ailleurs ; ici la force du cœur agit avec tant de puissance que les congestions y sont beaucoup plus communes qu'aux parties inférieures du corps; mais, la force aspirante étant moins considérable , parce que la pression atmosphérique ne \ient point à son secours dans l'intérieur du crâne ( § 726, 7° ) , elle a par elle-même besoin du secours de la pesanteur. Aussi le saltimbanque parvient-il , à force d'exercice , à pouvoir se tenir pendant quelque temps sur la tête ; mais le gonflement et la coloration violacée de la face n'en annoncent pas moins combien le retour du sang éprouve alors de gêne. La situation de la tête a donc des effets déterminés, qui dépendent des rapports vitaux entre le sang et l'encéphale. Les personnes pléthoriques éprouvent des vertiges quand elles se baissent , et si elles restent long-temps le corps penché , elles sont prises de céphalalgie ; la position horizontale est nuisible quand il y a menace d'apoplexie et dans toutes les congestions à la tête. Celui qu'on saigne tombe bien plus aisément en syncope lorsqu'il se tient assis que quand il reste couché , et l'on fait cesser la syncope en plaçant la personne assise de manière qu'elle ait la tête plus basse que le tronc. Lorsque la respiration était devenue stertoreuse chez un Chien dont il laissait couler tout le sang par la veine jugulaire, quejes baitemens du cœur ne se faisaient plus sentir, et que la vie animale avait cessé , si Piorry venait à soulever l'arrière train de manière que le sang fût obligé, par sa pesanteur, de se porter au cerveau , aux poumons et au cœur, les battemens de ce dernier organe reprenaient, la respiration redevenait plus libre , et il reparaissait des mbuvemens volontaires à la tête et aux pattes de devant ; venaiton à soulever de nouveau ces parties, la vie s'éteignait encore en elles. Dieffenbach s'est servi de cette manœuvre afin de favoriser les effets de la transfusion employée pour ranimer des animaux auxquels il avait laissé perdre tout leur sang.

Aux membres supérieurs , la circulation est normale surtout dans l'attitude et les mouvemens obliques, rapprochés de l'horizontalité ; si on laisse pendant long-temps les bras pendanset inactifs, les mains rougissent et leurs veines s'engor-

gcnt; elles deviennent, au contraire , pâles et exsangues quand on lève perpendiculairement les bras. Aux membres inférieurs, l'éloignement du cœur ( § 725, 3° ) fait que la force impulsive est moindre , et que le cours du sang dans les artères est aidé par la pesanteur ; au contraire , la force aspirante est plus puissante , parce que la pression de l'atmosphère porte sur une étendue plus considérable de la peau , et les veines charrient leur sang à l'inverse de la loi de la pesanteur. La situation horizontale des jambes diminue l'afflux du sang vers elles, et devient nécessaire pour la guérison des ulcères; une station trop prolongée, et qui n'alterne point avec le mouvement , rend aussi le retour du sang par les veines difficile , et donne lieu à des varices, à des amas de sérosité, etc., ce qui néanmoins n'arrive guère que quand il y a en même temps atonie générale.

La situation sur l'un des côtés du corps paraît ne pouvoir y déterminer une accumulation notable de sang que quand le cours de ce liquide est faible. Voilà comment on explique , d'après Bourdon (1) , pourquoi les poumons des moribonds se remplissent de sang du côté sur lequel la mort a eu lieu, et pourquoi, dans les maladies graves qui ont obligé de rester longtemps couché sur l'un des côtés, la peau de cette région de la poitrine devient plus épaisse. Il n'est pas aussi certain qu'on doive, comme le fait aussi cet écrivain, attribuer la plus grande fréquence à droite de l'ophthalmie chronique, de l'épistaxis , des épanchemens cérébraux , de la pneumonie , des adhérences et des hépatisations du poumon , à ce que la plupart des hommes ont l'habitude de se tenir sur le côté droit quand ils dorment; car, comme il y a beaucoup de cas dans lesquels on trouve non seulement certaines artères , telles que les carotides et les vertébrales, mais encore des troncs nerveux , par exemple celui de la paire vague , ayant plus de volume à droite qu'à gauche (2) , et qu'on peut difficilement admettre qu'une telle inégalité se soit produite pendant le sommeil, des circonstances plus générales d'organisation semblent

(1) Loc. cit., p. 7.

(2) Buïdach, forn Berne des Gehirns, t. III, p. 364.

concourir ici à la manifestation du phénomène. Bourdon (1) a cependant remarqué que la narine se bouche du côté sur lequel on se couche , et il attribue cet effet à la stase du sang , parce qu'il avait lieu chez lui lorsque le nez était libre de mucosités et que la tête reposait seulement sur les doigts écartés les uns des autres ; ce phénomène ne s'observe pas chez tous les hommes.

4° Les divers courans sanguins, quand ils viennent à se rencontrer , agissent les uns sur les autres en vertu de^leur direction, comme on le voit dans les cours d'eau qui se réunissent. Lorsque deux courans de force égale s'abouchent ensemble , ils luttentl'un contre l'autre, et chacun d'eux acquiert alternativement la prépondérance. Quand deux vaisseaux capillaires veineux qui n'admettent qu'une seule série de globules se réunissent avec un troisième qui ne charrie non plus qu'une seule série de ces petits corps , celui-ci , d'après les observations de Spallanzani (2), reçoit les globules tantôt de l'un et tantôt de l'autre des deux affluens , dont les corpuscules s'arrêtent à l'embouchure jusqu'à ce qu'ils parviennent à se glisser dans le courant. De même, Dœllinger a vu (3) que, quand deux courans artériels parallèles étaient unis par une anastomose transversale, les globules , allant au devant les uns des autres dans celle-ci, s'arrêtaient, et se balançaient, jusqu'à ce que l'un d'eux, cédant le pas , rétrogradât et fût suivi par celui qui l'avait en quelque sorte chassé. Si les deux courans sont d'inégale force , les globules du plus fort empêchent souvent pendant quelque temps ceux du plus faible d'entrer, ou même les refoulent (4) , quand ils ont déjà pénétré ; quelquefois aussi ceux du courant le plus faible sont attirés les premiers, et redoublent de vitesse , tout comme, dans les anastomoses veineuses , le sang coule avec plus de rapidité au voisinage du courant Yers lequel il se porte , qu'au voisinage de

(1) Loc. cit., p. 2.

(2) Loc. cit., p. 177.

(3) Denkschriften, t. VII , p. 225.

(4) Ibid., p. 213.

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